En dehors de l'affaire proprement dite je pense que ça pose des questions intéressantes sur le statut d'un dirigeant d'institution internationale.
Ce qu'on voit depuis l'arrestation publique de DSK c'est des variations du cours de l'euro et d'autres monnaies, et réactions en conséquence des marchés qui semblent directement liées à cette situation. Sans vouloir hurler au complot, s'il y en avait un, les initiés auraient déjà pu se faire quelques centaines de millions à spéculer dessus.
Dès lors quels que soient ses crimes et leur réalité, je m'interroge franchement sur la pertinence de traiter un dirigeant de cette envergure comme "un justiciable comme un autre". Dans la mesure où les conséquences de son arrestation publique montrent bien qu'il n'en est pas un (et je ne parle même pas des conséquences sur sa carrière personnelle, mais de conséquences politiques et économiques mondiales).
Pour moi un minimum aurait été de traiter l'affaire avec la plus grande discrétion, et en s'assurant autant que faire se pouvait de l'exactitude des déclarations de la supposée victime (là la vitesse même de l'arrestation montre qu'elle n'a pas été interrogée longuement avant qu'on lui accorde crédit, ce qui me semble extrêmement suspect considéré le caractère très sensible de l'affaire, l'étrangeté de sa présence dans une chambre occupée, et le nombre de personnes qui pouvaient avoir intéret à un faux témoignage).
Sachant qu'un directeur du FMI serait de toutes manières retourné aux Etats-Unis pour son boulot (ou passé par des pays extradant vers les EU), et qu'une fuite de sa part n'aurait pu que ruiner sa carrière, il n'y avait vraiment rien qui pressait. Et quant à l'offrir en pâture à la presse, ce qui accroît les effets économiques et politiques de son arrestation, ça me semble juste totalement irresponsable. Et naturellement suspect quand ça arrive dans des pays qui (dont les élites) pourraient trouver un intéret à la chute d'un dirigeant européen du FMI.
Si cette affaire doit aboutir à quelque chose, c'est à faire évoluer le statut des dirigeants d'organisations internationales, qui devraient, pour la durée de leur mandat, bénéficier d'une immunité diplomatique nécessitant une décision internationale pour être levée, quitte à supprimer toute prescription pour les délits qu'ils pourraient commettre dans cette période. Un dirigeant du FMI (ou de l'OMC, ou autre organisation de cette ampleur) est largement aussi important qu'un chef d'état, dans les conséquences que peuvent avoir sa mise en accusation, ça me semble absurde qu'il soit moins protégé et qu'une quelconque justice/police locale puissent jouer au "Bucher des vanités" avec lui (là c'est arrivé dans une théorique démocratie et pour d'apparente bonnes raisons, donc les gens peuvent trouver cette non immunité juste, mais pensez que si la même chose aurait très exactement pu arriver dans l'une des nombreuses dictatures qu'un dirigeant d'organisation internationale se doit de visiter, et sans plus de protection de la part du droit international).
A part ça, pour ce qui est de l'affaire particulière de DSK, j'oscille entre y croire un peu et de très gros doutes.
D'un coté il y a des rumeurs (et le fameux témoignage d'une "victime" à Ardisson ; si le lieu et la manière de celui ci n'étaient pas si étranges qu'ils le rendent peu crédibles) qui semblent accréditer que peut être pourquoi pas il serait taré (et stupide) à ce point dans ses approches des femmes.
Mais vu ces mêmes rumeurs il est certain que si des gens avaient voulu le faire tomber, ils auraient cherché à exploiter cette faiblesse connue du personnage, donc ça peut être vu dans un sens comme dans l'autre. Jusqu'avant cette affaire rien n'avait été prouvé si ce n'est que DSK est un homme à femmes, libertin et dragueur parfois un peu trop insistant. Il y a des millions d'hommes dans ce cas (et un particulièrement large nombre d'hommes publics ayant cette tendance au don juanisme) et ce ne sont pas des violeurs pour autant.
Pour finir, là où je trouve le moins de conséquences à cette affaire, à moins que les français (et particulièrement l'électorat socialiste) s'avèrent totalement stupides, c'est pour notre politique intérieure. Sérieusement, vous voyez de grosses différences dans le programme que souhaiteraient mettre en oeuvre Hollande ou Aubry (ou même un improbable comme Montebourg ou Royal) par rapport à celui qu'aurait appliqué DSK. Il n'y en a strictement aucune de conséquente. Et quant au "charisme", vu le nombre de casseroles qu'avait DSK de toutes manières (ne serait ce que son action au FMI qui aurait entraîné maintes critiques à gauche du PS), je pense qu'un candidat au charisme légèrement moindre peut faire largement aussi bien.
Tout ce que les électeurs de centre gauche ont à faire c'est de reporter leurs suffrages sur le gagnant de la primaire à venir (qui aurait d'ailleurs parfaitement pu être Hollande même sans l'arrestation de DSK, vue sa progression de popularité bien avant ces évènements) et battre Sarkozy et Marine sans plus de problème, qui n'ont aucune raison de profiter de l'absence de DSK (à la limite Borloo, par contre, en profitera peut être arrivant en récupérant les plus centristes à remplacer Sarko comme 1er candidat de droite, ... mais je ne le vois pas plus haut que troisième homme après Marine et le candidat PS...).
Bon après, je me fais certainement des illusions sur la cohérence de l'électorat, dans un pays où des gens se disant de gauche ont voté Sarkozy "car il semblait plus sérieux que Royal" tout est possible c'est vrai.
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