Ahmadinejad et l'ONU

Répondre
Partager Rechercher
Citation :
Publié par Aloïsius
La première ambition du régime iranien, c'est la survie du régime iranien. Les possibilités d'expansion sont très limitées : la Turquie, l'Arabie Saoudite, le Pakistan, la Russie sont des puissances nucléaires ou alliées à des puissances nucléaires, et ont des moyens militaires nettement supérieurs.

Il reste l'Irak et les petits émirats du golfe, où les Américains sont présents.... De l'autre côté, le merdier Afghan où les Etats-Unis, le Pakistan, l'Inde, la Chine et la Russie ont ou ont eu une présence...

En réalité, derrière la revendication de statut de puissance régionale de l'Iran, il n'y a pas grand chose : ses grands voisins sont tous plus forts et le resteront, même avec la bombe atomique. Même le rival islamique saoudien est à mon avis dans une autre catégorie, grâce à son pognon et à la alliance américaine. (sans parler d'une démographie monstrueuse)
D'un côté, au vu des voisins, je comprends tout à fait que l'Iran se sente menacé et entende ré-équilibrer le rapport de force en se dotant de l'arsenal nucléaire. Surtout qu'historiquement et jusqu'à maintenant le Moyen-Orient a été un exemple d'ingérence et de cupidité occidentale.
Citation :
Publié par Racen
et jusqu'à maintenant le Moyen-Orient a été un exemple d'ingérence et de cupidité occidentale.
Tu veux dire, pas comme l'asie, l'amérique du sud ou l'afrique?
Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle dans les dégâts causées par les attitudes colonialistes ou post-colonialistes des pays occidentaux. Le sujet étant l'Iran, j'en me tiens au Moyen-Orient, inutile de déborder sur le monde dans son ensemble.
on dirait que c'est plus ou moins fini...
J'y ai cru pendant un moment mais la société Iranienne est bien plus verrouillée qu'avant. Amahdinejad n'a pas perdu son temps pendant ses quatre ans au pouvoir.
Les quatre prochains s'annoncent terrible pour tout ceux qui ont osé protester.
Le simple fait de klaxonner en support de l'opposition vaut de se faire shooter par des billes de peintures pour identification ultérieure et explication cordiale avec les Basidjis

Voir Amhadinejad fanfaronner lors de ses déplacements à l'étranger va devenir particulièrement insupportable
Citation :
Publié par touffe
Oui mais non ... Pour le pétrole tu ressors un article qui a 3 ans. Et où est ce que tu lis que Ahmadinejad menace d'atomiser Israel dans l'article de France-Soir ?
Il est certain que si Ahma dit qu'il utilisera la bombe atomique contre israel, ca va pas l'aider à obtenir sa bombe. Il est con mais quand meme...
Pour l'article, il est toujours d'actualité et le sera tant que ce probleme iranien ne sera pas reglé.
D'ailleurs, cest ecrit dans l'article:si l'occident empeche l'Iran de construire la bombe(programme nucleaire bombique) l'arme petroliere est une possibilité.
Meme avec la bombe, l'Iran touchera pas à un cheveux d'Israel, sachant qu'eux aussi l'ont. C'est toujours plus facile de soutenir le hamas pour aller emmerder Israel que d'aligner des missiles sachant qu'on va en prendre le double en retour...

Le truc, c'est que la réciproque sera vrai.
Citation :
Publié par touffe
Et s'il envoie une bombe sur Israel, l'Iran sera aussi de l'histoire ancienne ... Il est con mais quand même
On est au moins d'accord sur un point
Citation :
Publié par Repu Ewemek
Meme avec la bombe, l'Iran touchera pas à un cheveux d'Israel, sachant qu'eux aussi l'ont. C'est toujours plus facile de soutenir le hamas pour aller emmerder Israel que d'aligner des missiles sachant qu'on va en prendre le double en retour...

Le truc, c'est que la réciproque sera vrai.
Un precedent n'est pas impossible surtout quand le president menace de detruire son ennemi. Hitler etait probablement une utopie à son epoque et ca ne l'a pas empeché d'inventer la solution finale.Donc pourquoi pas l'extinction d'une nation?

La bonne question est: doit on laisser un type dire qu'il veut detruire une nation et le laisser, en meme temps, construire ses bombes?

Si l'Algerie dit: "on va detruire la France et on va construire des bombes atomiques", quelle sera ta reaction?
nan mais le problème, c'est pas que l'Iran envoie la bombe sur Israel. Pour moi c'est clair, ça n'arrivera pas. Le problème, c'est le déséquilibre géostratégique que cela va entraîner. Le fait que derrière, l'Arabie Séoudite, l'Egypte puis la Syrie, et l'Irak vont se la faire aussi pour contrer l'influence Iranienne. Et que ces pays ne sont pas à l'abri d'une prise de pouvoir par des extrémistes...

Mais bon, faut noter que c'est pas un problème lié à Ahmadinejad. Quasiment tous les dirigeant Iraniens ont voulu cette bombe (le shah y compris), parce que l'Iran se voit (à raison) comme une grande puissance Historique et qui veut être considéré en tant que telle. La seule exception c'était Khomeyni. Et si c'est un Iran modéré qui a la bombe, ça ne changera le problème de fond : le fait que tous les voisins voudront à leur tour leur bombe à eux.
Citation :
Publié par Amon Ré
Un precedent n'est pas impossible surtout quand le president menace de detruire son ennemi. Hitler etait probablement une utopie à son epoque et ca ne l'a pas empeché d'inventer la solution finale.Donc pourquoi pas l'extinction d'une nation?
Je ne vais pas t'apprendre le principe de la dissuasion. Hitler ne craignait aucun retour de flamme, du moins rien qui pouvait détruire le IIIeme reich en 1 seconde.

Citation :
Si l'Algerie dit: "on va detruire la France et on va construire des bombes atomiques", quelle sera ta reaction?
Je prendrai un billet d'avion vers un DOM pour regarder bien au chaud l'Algérie se suicider s'ils passaient à l'acte.

Mais ce n'est pas pret d'arriver, non pas que je n'aime pas les DOM, mais les algériens ont un cerveau et oeuvrent en fonction de leurs interets. Le suicide n'en fait pas partie.
Enfin une bonne nouvelle ?

Du new york time :
Citation :
Ayatollah Ali Khamenei, Iran’s supreme leader, might actually be losing a power struggle with the former president Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, who supported and bankrolled the campaign of the opposition candidate Mir Hussein Moussavi:

Looking past their fiery rhetoric and apparent determination to cling to power using all available means, Iran’s hardliners are not a confident bunch. While hardliners still believe they possess enough force to stifle popular protests, they are worried that they are losing a behind-the-scenes battle within Iran’s religious establishment.

A source familiar with the thinking of decision-makers in state agencies that have strong ties to Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei said there is a sense among hardliners that a shoe is about to drop. Ali Akbar Hashemi Rafsanjani — Iran’s savviest political operator and an arch-enemy of Ayatollah Khamenei’s — has kept out of the public spotlight since the rigged June 12 presidential election triggered the political crisis. The widespread belief is that Rafsanjani has been in the holy city of Qom, working to assemble a religious and political coalition to topple the supreme leader and President Mahmoud Ahmadinejad.

“There is great apprehension among people in the supreme leader’s [camp] about what Rafsanjani may pull,” said a source in Tehran who is familiar with hardliner thinking. “They [the supreme leader and his supporters] are much more concerned about Rafsanjani than the mass movement on the streets.” [...]

Now that Ayatollah Khamenei has become inexorably connected to Ahmadinejad’s power grab, many clerics are coming around to the idea that the current system needs to be changed. Among those who are now believed to be arrayed against Ayatollah Khamenei is Grand Ayatollah Ali al-Sistani, the top Shi’a cleric in neighboring Iraq. Rafsanjani is known to have met with Grand Ayatollah al-Sistani’s representative in Iran, Javad Shahrestani.

A reformist website, Rooyeh, reported that Rafsanjani already had the support of nearly a majority of the Assembly of Experts, a body that constitutionally has the power to remove Ayatollah Khamenei. The report also indicated that Rafsanjani’s lobbying efforts were continuing to bring more clerics over to his side. Rafsanjani’s aim, the website added, is the establishment of a leadership council, comprising of three or more top religious leaders, to replace the institution of supreme leader. Shortly after it posted the report on Rafsanjani’s efforts to establish a new collective leadership, government officials pulled the plug on Rooyeh.

We have no idea what EurasiaNet’s sources are, so it is hard to evaluate the reliability of this reporting, but the article is a reminder that for all the attention paid to Tehran, and the arguments about whether the protesters on the streets there represent a majority or minority of Iran’s voters, it remains a fact that it is the votes of just a few clerics in the holy city of Qum that really matter. In Iran’s complex system of government, the people choose a president, but the country is ruled by a supreme leader chosen by a few dozen clerics. If enough of those clerics were to side with Mr. Rafsanjani against Mr. Khamenei, the Islamic Republic could still see only its second ever change of leadership at the very top.

Pour résumer : Rafsanjani fait du lobbying intensif pour que l'assemblée des experts destitue le guide suprême et d'après ce texte son boulot commence à porter ses fruits. Khamenei et Amhadinejad ne sont peut être pas sortis de l'auberge.
Je vais me permettre aussi de copier un article (dont le ton est ce qu'il est, récupéré d'un yahoo groupe) mais qui fera echo au niveau explications du fonctionnement, au tien.
Citation :
A l’heure ou ces lignes sont écrites les manifestions de l’opposition se poursuivent en Iran, malgré le black out et une répression croissante. L’issue de cette crise est essentielle non seulement pour les iraniens eux même mais aussi sur le plan régional et mondial. Voici pourquoi.
Tous les observateurs avaient souligné la dynamique qu’avait suscitée la candidature de Mir-Hossein Moussavi, principal opposant au président de la République sortant Mahmoud Ahmadinejad. Personne n’avait prévu cependant une telle mobilisation pour contester le résultat officiel du scrutin. Et pourtant… Rappelons d’abord que le régime des mollahs en Iran n’est pas une simple dictature organisée autour d’un homme et d’un bloc au pouvoir comme le sont les régimes tunisien, égyptien, ou ouzbèk, pour parler de pays voisins.
Un régime théocratique complexe
Il s’agit d’un système de double pouvoir. D’une part, un pouvoir religieux (la République islamique est donc de ce fait ce qu’on appelle une théocratie), dominé par une « Assemblée des experts » composée de 86 dignitaires religieux élus par le peuple pour huit ans, mais dont les candidats sont sélectionnés par un « Conseil des gardiens » (composé de douze membres dont six dignitaires plus dignitaires que les autres). Cette assemblée élit le « Guide suprême », le plus haut dirigeant du pays, poste crée pour le fondateur du régime Rouhollah Khomeini et occupé aujourd’hui par Ali Khamenei. Le guide est « Velayat-e faqih », c’est-à-dire arbitre religieux suprême, il est assisté d’un « Conseil du discernement » (toujours des dignitaires plus dignitaires que les autres : les six gardiens, des autorités « civiles » dont le Président de la république et des membres nommés…par le guide).
D’autre part, à coté de ce pouvoir religieux existe un pouvoir « civil », avec le Président de la république, élu au suffrage universel, les ministres, les députés, les élus des collectivités locales, la justice... Civil ? Les candidats à la présidence et de la république mais aussi les autres candidats aux autres postes éligibles ou les directeurs administratifs sont « sélectionnés » par le pouvoir religieux (le Conseil des gardiens). C’était le cas cette foi-ci encore, des quatre candidats agrées comme suffisamment « islamiques » pour être « aptes à concourir » à cette présidentielle.
Les opposants au régime islamique n’ont donc pas voix au chapitre. Ce qui ne signifie pas que les partisans du régime (y compris les religieux) soient tous sur la même position. On distingue (grossièrement) trois tendances. Celle des « radicaux-conservateurs », représentés par le président sortant Ahmedinejad, est ostensiblement soutenue par le Guide suprême Khamenei et majoritaire dans les instances islamiques. La tendance « pragmatique », incarnée par l’ancien président Hachemi Rafsandjani, n’est pas sans influence puisque son leader est président de l’Assemblée des experts. Enfin, les « réformateurs », minoritaires, incarnés par l’ancien président Mohammad Khatami.
Qui soutient Ahmadinajad et les « radicaux conservateurs » ?
Pour comprendre le poids des « radicaux conservateurs », il faut revenir sur l’histoire de l’Iran depuis la révolution islamique de 1979. Le puissant mouvement populaire et révolutionnaire qui a renversé le régime pro-américain du Shah était composite et divers. Il comprenait des libéraux démocrates, des nationalistes iraniens, des nationalistes des minorités ethniques (Kurdes), des communistes orthodoxes, des marxistes-révolutionnaires, des islamo-révolutionnaires (les Moudjahidines du peuple), et surtout des mouvements islamistes chiites de diverses sensibilités.

Khomeiny a réussi dans un premier temps à fédérer le tout puis à éliminer toutes les tendances laïques, libérales, communistes, révolutionnaires. La domination des islamistes radicaux a été facilitée par l’exigence d’unité nationale provoquée par l’agression irakienne de novembre 1980 (avec le soutien de l’Occident en particulier des Etats-Unis et de la France), début de la longue guerre Iran-Irak (1980-1987). La Révolution n’est dès lors pas seulement celle de l’Islam, mais aussi celle de la « Grande nation » (« millat i bozorg »), une expression explicitement empruntée par les islamistes radicaux de 1980 aux révolutionnaires français de 1792 !

Dans ce contexte, et pour éviter une dérive « bonapartiste » de la révolution islamique en guerre, Khomeiny va renforcer le corps des Pasdaran, une armée islamique parallèle à l’armée régulière et directement liée au Guide suprême. Une sorte de « garde nationale » est adjointe aux Pasdaran, la milice des Bassidji, qui deviendra plus tard une police islamique parallèle à la police régulière.

Le pays est sorti exsangue de la guerre Iran-Irak, avec des centaines de milliers de jeunes tués au front et des millions d’anciens combattants organisés en associations. Il a connu ensuite, sous la présidence de Hachémi Rafsandjani, entre 1989 et 1997, une phase de développement et de libéralisme économique débridée, creusant les inégalités sociales et développant la corruption. Cette situation a provoqué deux types de frustrations. Face à la montée des inégalités, celle des pauvres, des mostazafin (déshérités), souvent des familles d’anciens combattants et de martyrs de la guerre. Face au conservatisme réactionnaire des mollahs et à l’absence de liberté, celles des classes moyennes urbaines, des femmes et des jeunes.

Largement plébiscité par les seconds, le « réformateur » Mohammad Khatami va gagner l’élection présidentielle de 1997. Mais il ne parviendra pas à réaliser son programme de réformes du fait des verrouillages des conservateurs, tandis que les bassadjis réprimeront violemment les étudiants contestataires en 1999. Aux élections de 2005, où les jeunes désabusés s’abstiennent massivement, c’est la maire de Téhéran, le radical-conservateur Mahmoud Ahmadinejad qui est élu avec le soutien des pauvres, des petits fonctionnaires et d’anciens combattants (lui même est un ancien combattant pasdaran).
La révolte contre la fraude et la dictature
Les réformistes refoulés, les opposants au régime islamistes marginalisés, les radicaux-conservateurs semblent assurés de contrôler la situation, cherchant aussi à refonder une unité nationale de la « patrie en danger » face aux menaces extérieures américaine et israélienne. La fonction des déclarations provocatrices d’Ahmedinejad sur la destruction d’Israël a contribué à ce climat qui justifie par ailleurs l’idée d’avoir besoin de la dissuasion nucléaire (rappelons que l’Iran est menacé par deux puissances nucléaires hostiles, Etats Unis et Israël, et compte deux ennemis nucléaires potentiels, la Russie, qui a été une menace historique aux 19ème et 20ème siècles, et le Pakistan qui pourrait tomber sous la coupe d’islamistes anti-chiites forcenés).

Le pouvoir « radical-conservateur » a d’autant plus besoin de cette atmosphère de mobilisation que la situation intérieure est catastrophique. La politique économique menée par Ahmadinejad s’est révélée catastrophique. Même les subsides qu’il a accordés aux plus pauvres ont été rongés par une inflation galopante. Les sanctions internationales n’ont rien arrangé. Tout cela a provoqué le mécontentement non seulement des gens déjà hostiles (intellectuels, jeunes et femmes des villes) mais de plus en plus de couches sociales plutôt bien disposées à l’égard du régime, commerçants et ouvriers par exemple.

L’ouverture proposée par Barack Obama a contribué à délégitimer le discours sur la patrie en danger, si utile pour rallier les hésitants. Soucieux d’éviter dans un tel contexte l’élection d’un nouveau Kathami, le conseil des gardiens a encore plus verrouillé que par le passé l’élection présidentielle, sans prévoir que Mir-Hossein Moussavi, un ancien très proche de Khomeiny retiré de la vie politique depuis des années, allait cristalliser sur sa candidature toute les oppositions.

Confronté à une mobilisation de masse contestant un trucage trop évident, malgré le contrôle absolu des médias, le pouvoir est ébranlé. Apparemment, les Pasdarans n’ont pas voulu risquer d’être considérés comme une armée tirant sur le peuple, ce qui avait provoqué l’effondrement – après il est vrai des centaines de morts – de l’armée du Shah en 1979, et refusent pour l’instant d’intervenir contre les manifestants. La contestation s’exerce aussi au cœur du pouvoir religieux. Non seulement les habituels « réformateurs », comme Khatami, mais aussi les partisans de Rafsandjani (dont la fille s’est affichée dans les manifestations), un certain nombre de grands Ayatollah, dont le très respecté Ali Montazeri, ont pris fait et cause pour les manifestants. Et Mir-Hossein Moussavi assume son rôle de leader.

La répression brutale du mouvement n’est pas exclue. Le noyau dur des forces de répression demeure fidèle aux « radicaux conservateur » et les arrestations sont nombreuses. Il est très possible aussi que le pouvoir reprenne plus ou moins progressivement le contrôle de la situation (comme cela a été le cas dans d’autres pays récemment), au prix de concessions de forme (réduire le score électoral d’Ahmadinajad) ou plus ou moins limitées (ouvrir le gouvernement a des « pragmatiques »). Mais cette stabilisation, par la terreur et la tragédie, ou par une répression limitée et un certain compromis, a peu de chance de réellement répondre aux défis de l’heure. Car ce pouvoir est rejeté par une énorme partie du peuple iranien, et en particulier de sa jeunesse éduquée (très nombreuse du fait de l’effort de scolarisation de la République Islamique).
Elections contestées, société divisée et luttes pour la démocratie
Il est intéressant de noter qu’un certain nombre de pays viennent de connaitre des épisodes électoraux marqués par la contestation des résultats et la multiplication des manifestations. On a vu en Géorgie (janvier 2008), en Arménie (février 2009), en Moldavie (avril 2009) des manifestants descendre en masse dans la rue, dénoncer la fraude électorale, réclamer un second tour. On a vu des cortèges plus ou moins imposants se réclamer du « camp du peuple » ou du « camp de la démocratie » comme au Liban (juin 2009, mais là sans fraude électorale massive) ou le mouvement du 8 mars (avec le Hezbollah, le leader chrétien Aoun et la gauche) contre celui du 14 mars (des autres leaders chrétiens, des sunnites, des druzes et des libéraux). On voit certains de ces mouvements se réclamer de la « démocratie occidentale », comme les opposants moldaves, les Libanais du 14 mars contre des adversaires parfois anti-occidentaux comme le Hezbollah. Les médias occidentaux ont vite fait de célébrer des « démocrates » qui ne les sont pas toujours (cf. la présence de l’extrême droite raciste dans les manifestations moldaves). Les analystes un peu myopes essayent de classer toutes cette effervescence selon des critères qui ressemblent à ceux de la guerre froide entre bon pro-ouest et barbares orientaux… Dans le détail, chacune de ces crises politiques est très différente de celle du pays voisin. Mais elles posent toutes la question de l’expression de la volonté populaire, de la mobilisation des masses et de la résolution des contradictions autrement que par la guerre civile ou la dictature. Bref, de la démocratie, celle à laquelle aspirent les peuples. Pas celle que voulait exporter George W. Bush, du genre de ce que pratiquent les dictatures pro-occidentales de Tunisie ou d’Egypte.

De ce point de vue, l’issue de la crise dans un pays aussi important que l’Iran est essentielle. Ces Iraniens, qu’Ahmadinejad a traité, en proclamant sa victoire, de « poussières », se sont soulevés. Et ces grains de poussière écrivent l’histoire.

Bernard Dréano est président de l’AEC (Assemblée européenne des citoyens)
edit de l'après midi :

La manif parisienne du jour un peu plus culturelle que d'habitude (Jean Mineur, je veillerai à ce que ça ne dégénère pas )
http://whereismyvote-paris.blogspot.com/
Citation :
Soutien au peuple iranien pour la démocratie et les libertés

Depuis la proclamation des résultats falsifiés aux élections présidentielles, les Iraniens manifestent, quotidiennement et massivement, leur opposition au détournement de la démocratie et à l’imposition d’un candidat par la fraude. A cette grande protestation pacifique et courageuse, le régime du « guide » répond par la terreur, l’arrestation, le meurtre.
Nous nous réunissons pour apporter notre soutien au peuple iranien dans sa lutte pour la démocratie et les libertés. Nous nous réunissons aussi pour défendre le droit et la paix pour l’ensemble de la région, tant il est évident que le sort des Iraniens nous concerne tous.

Mercredi 24 juin 2009, 20 heures,
La Bellevilloise, Plateau FORUM
21, rue Boyer, 75020 PARIS
Metro Gambetta, ou Ménilmontant

Nous donnerons la parole à des citoyens actifs et représentatifs de la société civile iranienne
Marjane Satrapi, artiste dessinatrice (persepolis)
Chahla Chafiq, sociologue
Mohsen Makhmalbaf, réalisateur
Ahmad Salamatian, analyste politologue

Avec les témoignages de soutien de
Hocine Aït-Ahmed, homme politique algérien
Fethi Benslama, professeur d’Université

Karim Lahidji, président de la Ligue de défense des droits de l’homme en Iran et vice-président de la FIDH
Pierre Tartakowsky, vice-président de la LDH

Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts
Isabelle Lorand, membre du comité exécutif national du PCF, responsable aux droits humains
Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l’homme

Avec le soutien du Centre culturel iranien Pouya
Et un article encore similaire à celui de clair obscur en français, sur lacroix
http://www.la-croix.com/article/inde...811&rubId=4077
Citation :
Rafsandjani, un homme de l’ombre contre Ahmadinejad

Le président iranien sortant Mahmoud Ahmadinejad ne cesse de rencontrer sur sa route l’un des plus puissants personnages politiques du pays, Ali Akbar Hashemi Rafsandjani
Edit²
Iran: un mouvement sans leader 20mn
Ca contrebalance un peu les détails des articles précédant, qui parlent surtout de l'organisation du régime.
Un petit massacre pour la route : http://www.20minutes.fr/article/3347...ls-meurent.php

Notez que les orcs au service d'Ahmadinejad s'en prendre prioritairement aux femmes. Elles courent moins vite (vu comment elles sont fringuées) et sont moins susceptibles de se défendre, je suppose.

Au passage, un article intéressant sur l'idéologie d'Ahmadinejad : http://www.liberation.fr/monde/01015...a-la-dictature

Qu'on complètera avantageusement avec la description de son mentor http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammad-Taqi_Mesbah_Yazdi

Un partisan de l'esclavage, de l'utilisation de la bombe atomique, du meurtre sans jugement contre ses adversaires politiques... Les récentes "élections" n'ont plus grand chose de surprenant. Je me demande combien de temps l'alliance Khatami-Ahmadinejad pourra tenir ? Sans doute ce qu'il faut pour éliminer les autres factions...
La vache
en fait je connaissais déjà le personnage mais par contre je n'avais jamais entendu d'un lien entre Amhadinejad et lui .
Si c'est vrai, ça pue encore plus que je le pensais..
genre le fou-furieux illuminé plus le Pasdaran...
Citation :
Publié par ClairObscur
La vache
en fait je connaissais déjà le personnage mais par contre je n'avais jamais entendu d'un lien entre Amhadinejad et lui .
Si c'est vrai, ça pue encore plus que je le pensais..
genre le fou-furieux illuminé plus le Pasdaran...
Le pire: au nom de Dieu.
J'avais indiqué il y a quelques jours que certains joueurs iraniens avaient porté un brassard vert en soutien à Moussavi lors d'un match de qualification de coupe du monde de football.

La réaction s'est vite faite sentir du côté iranien : les quatre joueurs, dont une star du football iranien, sont suspendus à vie par la fédération iranienne de football, et ont vu leur passeport confisqué à leur retour de Corée du Sud. Le coach de l'équipe a également été arrêté pour ses liens présumés avec l'opposition - officiellement pour corruption parce qu'il aurait payé ces joueurs pour qu'ils portent ce brassard...
Citation :
Publié par Pinta
J'avais indiqué il y a quelques jours que certains joueurs iraniens avaient porté un brassard vert en soutien à Moussavi lors d'un match de qualification de coupe du monde de football.

La réaction s'est vite faite sentir du côté iranien : les quatre joueurs, dont une star du football iranien, sont suspendus à vie par la fédération iranienne de football, et ont vu leur passeport confisqué à leur retour de Corée du Sud. Le coach de l'équipe a également été arrêté pour ses liens présumés avec l'opposition - officiellement pour corruption parce qu'il aurait payé ces joueurs pour qu'ils portent ce brassard...


Mdr, c'est impressionnant la vitesse à laquelle ils ont tourné au régime ultratotalitaire ;/
Les graines étaient déjà bien plantées.

On aboutit rarement à une dictature dès un premier mandat, mais plutôt au second, une fois que le réseau est bien mis en place... Décidément Amhadinejad n'avait pas perdu sont temps.
Citation :
Publié par ClairObscur
Les graines étaient déjà bien plantées.

On aboutit rarement à une dictature dès un premier mandat, mais plutôt au second, une fois que le réseau est bien mis en place... Décidément Amhadinejad n'avait pas perdu sont temps.
Tourner en dictature alors que les relations peuvent nettement s'améliorer avec l'occident...c'est du suicide pour l'Iran.

Et dans cette voie la la coalition arabe ne le suivra pas. Au final l'iran va devenir un tiers monde isolé.
Citation :
Publié par ClairObscur
On aboutit rarement à une dictature dès un premier mandat, mais plutôt au second, une fois que le réseau est bien mis en place... Décidément Amhadinejad n'avait pas perdu sont temps.
L'Iran est une dictature religieuse, donc totalitaire ou totalitarisante, depuis la prise du pouvoir par Khomeiny. Elle a connu des périodes d'assouplissement plus ou moins relatif, mais l'épisode actuel était presque inévitable étant donné la structure du pouvoir iranien.
Tout ce qui se passe en ce moment découle du rôle que joue les Pasdarans, les Bassidji et le Gardien de la révolution dans le régime, et de la nature de ces trois forces : une élite militaire fanatisée qui étend son contrôle sur l'économie, une milice brutale et analphabète récompensée pour sa violence envers les cibles qu'on lui désigne, un führer suprême incontestable censé être neutre mais placé de fait à la tête des organes de répression.
Un autre son de cloche ? :

(source : http://www.michelcollon.info/index.p...cles&Itemid=11 )

Citation :
Elections iraniennes : le bobard du « vol du résultat »
James Petras
« Pour les pauvres, le changement, cela signifie avoir à manger et avoir du travail ; ça n’est une question ni de code vestimentaire branché, ni de récréations mixtes… En Iran, la politique a énormément plus à voir avec la lutte des classes qu’avec la religion »
Edito du Financial Times, 15 juin 2009.


Introduction

Il n’est quasiment pas d’exemple d’une élection dans laquelle la Maison-Blanche ait eu un intérêt important, et dans laquelle la défaite du candidat pro-américain n’eût été dénoncée comme « illégitime » par l’élite politique et médiatique (occidentale) dans son entièreté… Dans la dernière période, la Maison-Blanche et l’arrière-ban de son camp ont crié au scandale après des élections entièrement libres (et supervisées par des observateurs internationaux) au Venezuela et à Gaza, tout en fabriquant allègrement un « succès électoral » au Liban, en dépit du fait que la coalition emmenée par le Hezbollah y a recueilli plus de 53 % des suffrages.

Les récentes élections, le 12 juin 2009, en Iran sont un classique du genre : le président sortant nationaliste-populiste Mahmoud Ahmadinejad [MA, dans la suite de cet article] a recueilli 63,3 % des suffrages (soit 24,5 millions de voix), tandis que le candidat de l’opposition libérale soutenue par l’Occident, Hossein Mousavi [HM, dans la suite de l’article], a recueilli 34,2 % des suffrages (soit 13,2 millions de voix).

Cette élection présidentielle a motivé plus de 80 % de l’électorat, avec notamment un vote outre-mer sans précédent de 234 812 électeurs, dans lequel HM a remporté 111 792 suffrages, et MA, 78 300. L’opposition, emmenée par HM, n’a pas accepté sa défaite, et elle a organisé une série de manifestations de masse, qui ont pris un tour violent, entraînant l’incendie et la destruction d’automobiles, de banques, de bâtiments publics, ainsi que des affrontements armés avec la police et d’autres services d’ordre. C’est la quasi-totalité du spectre des décideurs politiques occidentaux, y compris tous les principaux médias papier et électroniques, les principaux sites ouèbes libéraux, radicaux, libertaires et conservateurs qui ont fait écho à l’allégation faite par l’opposition iranienne d’une fraude électorale généralisée. Les néo-conservateurs, les conservateurs libertariens et les trotskystes ont joint leurs voix à celle des sionistes, saluant les protestataires de l’opposition iranienne, voulant y voir une garde avancée d’on ne sait trop quelle « révolution démocratique ». (Aux Etats-Unis), les Démocrates et les Républicains ont condamné le régime actuel en Iran, refusant de reconnaître le score de ces élections et saluant les efforts des protestataires visant à en renverser le résultat. Le New York Times, CNN, le Washington Post, le ministère israélien des Affaires étrangères et toute la direction du Conseil des Présidents des Plus grandes Associations Juives Américaines en ont appelé à des sanctions renforcées contre l’Iran, proclamant l’ouverture faite par Obama en vue d’un dialogue avec ce pays « morte et enterrée ».


Le bobard de la fraude

Les dirigeants occidentaux ont rejeté les résultats des élections iraniennes parce qu’ils « savaient » que leur candidat réformiste ne pouvait perdre… Depuis des mois, ils publiaient quotidiennement des interviews, des éditoriaux et des reportages depuis le terrain, « passant en revue » les échecs de l’administration d’Ahmadinejad ; ils citaient le soutien de clercs, d’anciens responsables gouvernementaux, de commerçants du bazar et, par-dessus tout, de femmes et de jeunes bobos urbains parlant couramment l’anglais, comme gage de la victoire inéluctable de Mousavi, dont ils nous annonçaient qu’elle serait de l’ampleur d’un raz-de-marée. Une victoire de Mousavi nous était présentée comme une victoire « des modérés », telle était tout du moins la présentation de ce cliché vide de sens dont la Maison-Blanche nous a gratifiés. Des universitaires libéraux éminents en ont déduit que les élections avaient nécessairement été bidonnées, le candidat de l’opposition, Mousavi, ayant été mis en minorité dans son enclave ethnique, parmi les Azéris… D’autres universitaires ont prétendu que le « vote de la jeunesse » - en se basant sur leurs interviews d’étudiants des classes supérieure et moyenne habitant dans les quartiers huppés du nord de Téhéran étaient, dans leur écrasante majorité, favorables au candidat dit « réformiste ».

Ce qu’il y a d’étonnant, dans la condamnation occidentale unanime du résultat de cette élection, présenté comme frauduleux, c’est le fait qu’il n’y ait pas la queue du début de la moindre preuve, ni sous forme écrite, ni sous forme d’observations, qui nous ait été présentée, ni avant, ni une semaine après le dépouillement des bulletins de vote. Durant toute la campagne électorale, aucune accusation crédible (ni même, d’ailleurs, aucune accusation douteuse) de tripatouillage électoral n’avait été émise. Aussi longtemps que les médias occidentaux ont continué à croire à leur propre propagande concernant une victoire immanente de leur candidat-fétiche, le processus électoral a été présenté comme hautement libre, animé de débats publics enflammés et de niveaux sans aucun précédent d’activité publique, sans aucune entrave attribuable à un excès de prosélytisme public. Les dirigeants et les mass media occidentaux étaient à ce point persuadés d’avoir affaire à des élections totalement libres et ouvertes qu’ils étaient persuadés que leur candidat chouchou ne pouvait que gagner.

Les médias occidentaux se sont reposés sur leurs reporters couvrant les manifestations monstres des partisans de l’opposition, ignorant et minimisant l’énorme score réalisé par Ahmadinejad. Pire : les média occidentaux ont ignoré la composition sociale des manifestations opposées, celles des partisans d’Ahmadinejad – le fait que le candidat élu bénéficiait du soutien de la classe bien plus nombreuse des ouvriers pauvres, des artisans et des fonctionnaires, alors que l’essentiel des manifestants de l’opposition appartenait aux étudiants de la haute et de la moyenne bourgeoisies, ainsi qu’à la classe des hommes d’affaires et des professions libérales.

De plus, la plupart des leaders d’opinion et des journalistes occidentaux basés à Téhéran ont extrapolé leurs projections à partir de leurs observations dans la capitale – ils sont très rares à s’aventurer dans les provinces, dans les villes, petites et moyennes, et dans les villages où Ahmadinejad bénéficie de l’essentiel de ses soutiens. S’ajoute à cela le fait que les partisans de l’opposition constituent une minorité agissante d’étudiants facilement mobilisables pour des manifs dans les rues, alors que les soutiens à Ahmadinejad se situent dans la majorité de la jeunesse ouvrière et chez les femmes au foyer, qui allaient pouvoir s’exprimer dans les urnes et n’avaient ni le temps ni l’envie de se lancer dans la politique de la rue.

Un certain nombre de mandarins de la presse, dont Gideon Rachman, du Financial Times, avancent en guise de preuve qu’il y a eu fraude, le fait qu’Ahmadinejad a remporté 63 % des suffrages dans la province turcophone peuplée par des Azéris, ce, au détriment de son adversaire, Mousavi, qui est lui-même d’origine azérie. L’on a affaire, là, à ce présupposé simpliste selon lequel l’identité ethnique ou l’appartenance à un groupe linguistique (et non les intérêts sociaux, ou de classe) seraient les seuls facteurs possibles permettant d’expliquer un comportement électoral…

Un examen plus approfondi des résultats relevés dans la région orientale azerbaïdjanaise de l’Iran révèle que Mousavi n’a obtenu la majorité que dans la seule ville de Shabestar, dans les classes moyenne et supérieure (et avec seulement une faible marge), alors qu’il s’est fait laminer dans les zones rurales, bien plus importantes, où la politique de redistribution sociale du gouvernement Ahmadinejad avait aidé les Azéris à se désendetter, à obtenir des crédits à des taux modiques et, pour les paysans, à accéder sans difficulté à des prêts. Mousavi a effectivement gagné dans la partie occidentale de la région de l’Azerbaïdjan iranien, en se servant de ses attaches ethniques pour conquérir les votes des citadins. Dans la province très fortement peuplée de Téhéran, Mousavi a battu Ahmadinejad dans les centres urbains de Téhéran et de Shemiranat grâce aux voix des circonscriptions où habitent les classes moyennes et supérieures, alors qu’il a été laminé dans les banlieues ouvrières voisines, ainsi que dans les petites villes et dans les districts ruraux.

L’accent mis de manière brouillonne et délibérément fallacieuse sur le « vote ethnique », invoqué par des journalistes du Financial Times et du New York Times afin de justifier le fait qu’ils qualifiaient la victoire électorale d’Ahmadinejad d’ « élections volées » n’a d’égal que le refus arbitraire et délibéré, par les médias, de reconnaître un sondage d’opinion publique effectué à l’échelle de tout l’Iran et de manière scientifiquement rigoureuse par deux experts américains, trois semaines seulement avant le vote, qui montrait qu’Ahmadinejad avait une avance telle qu’il pouvait remporter plus du double des voix de son adversaire – c’est-à-dire une marge encore plus importante que celle de sa victoire électorale, le 12 juin. Ce sondage montrait que chez les électeurs d’origine azérie, Ahmadinejad bénéficiait de deux fois plus de voix que Mousavi, ce qui démontrait à quel point les intérêts de classe incarnés par un candidat sont capables d’occulter l’identité ethnique de l’autre (Washington Post, 15 juin 2009). Le sondage a également démontré à quel point les questions de classe, en fonction des groupes d’âges, avaient plus d’influence sur la formation des préférences politiques des personnes interrogées que des considérations de « style de vie » de telle ou telle génération. Selon ce sondage, plus des deux-tiers des jeunes Iraniens étaient trop pauvres pour avoir accès à un ordinateur, et ceux ayant entre 18 et 24 ans « constituaient le bloc électoral le plus puissant en faveur d’Ahmadinejad, parmi toutes les autres catégories d’électeurs » (Washington Post, 15 juin 2009). Le seul groupe qui soutenait avec constance Mousavi était celui des étudiants d’université et des diplômés, des entrepreneurs et de la classe moyenne supérieure. Le « vote jeune », que les médias occidentaux nous encensent en nous le présentant comme « favorable aux réformistes », représentait une minorité nette, atteignant moins de 30 % des intentions de vote, mais originaires de milieux sociaux très privilégiés, très largement anglophones, bénéficiant d’une sorte de monopole dans les médias occidentaux. Leur présence envahissante dans les informations présentées en Occident a généré ce qui a pu être qualifié de « Syndrome de Téhéran-Nord », partie de la capitale où se trouve l’enclave de la classe supérieure friquée dont la plupart de ces étudiants sont les enfants. Ces bobos ont beau avoir la langue bien pendue, être tirés à quatre épingles et parler l’anglais d’Oxford, ils ont été totalement balayés, dans le secret des urnes.

De manière générale, Ahmadinejad a fait de très bons scores dans les provinces pétrolifères dotées d’industries chimiques. Cela peut être un reflet de l’opposition des travailleurs de la pétrochimie à programme « réformiste », qui comportait des propositions de « privatisations » d’entreprises publiques. De la même manière, le président élu a eu de très bons résultats dans toutes les provinces frontalières, en raison de son insistance sur le renforcement de la sécurité nationale contre les menaces américaines et israéliennes, dans le cadre de l’escalade des attaques terroristes transfrontalières sponsorisées par les Etats-Unis, venant du Pakistan, et des incursions soutenus par Israël depuis le Kurdistan irakien, qui ont entraîné la mort de dizaines de citoyens iraniens. La sponsorisation et le financement massif des groupes responsables de ces attaques terroristes sont une politique officielle des Etats-Unis, héritée de l’administration Bush, mais que le Président Obama n’a nullement répudiée ; de fait, cette politique a connu une escalade durant les semaines ayant précédé les élections.

Ce que les commentateurs occidentaux et leurs protégés iraniens ont ignoré, c’est le puissant impact que les guerres et les occupations désastreuses des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan ont eu sur l’opinion publique iranienne : la position extrêmement forte d’Ahmadinejad en matière de défense contrastait avec la posture de défense molle de la plupart des propagandistes de l’opposition, dans ces élections.

L’immense majorité des électeurs du président actuel ont probablement eu le sentiment que les intérêts de leur sécurité nationale, l’intégrité du pays et le système de sécurité sociale, en dépit de tous ses défauts et de ses excès, seraient mieux défendus et améliorés avec Ahmadinejad au pouvoir, qu’avec de jeunes technocrates des classes aisées, soutenus par l’Occident, qui placent leur style de vie égoïste boboïsé au-dessus des valeurs et de la solidarité partagées par le peuple iranien.

L’analyse démographique des électeurs met en évidence une réelle polarisation de classe, qui dresse des individus bénéficiant de hauts revenus, partisans du libre marché, capitalistes et individualistes, contre une classe laborieuse ayant de faibles revenus, fortement solidaires entre eux, partisans d’une « économie morale » dans laquelle l’usure et le profit sont strictement limités par des préceptes religieux. Les attaques ouvertes d’économistes oppositionnels contre les dépenses sociales du gouvernement, contre sa politique de crédit accessible et de très généreux subventionnement des produits alimentaires de première nécessité ne les ont pas vraiment fait apprécier par la majorité des Iraniens, qui bénéficient de ces programmes sociaux du gouvernement. L’Etat était considéré (par ceux-ci) comme le protecteur et le bienfaiteur des travailleurs pauvres contre le « marché », qui représentait à leurs yeux la richesse, le pouvoir, les privilèges et la corruption. Les attaques de l’opposition contre la politique étrangère « intransigeante » du régime et contre ses positions « lui aliénant » l’occident n’ont trouvé d’écho qu’auprès des seuls étudiants ultralibéraux et des affairistes de l’import-export. Aux yeux de l’immense majorité des Iraniens, la mobilisation et la menace d’escalade militaires du régime ont évité à l’Iran une attaque armée des Etats-Unis et/ou d’Israël.

L’ampleur du retard électoral de l’opposition devrait nous dire à quel point cette opposition est totalement coupée des préoccupations quotidiennes vitales de son propre peuple. Cela devrait rappeler à ses membres qu’en se rapprochant de l’opinion occidentale, ils ne font que s’éloigner d’autant de l’intérêt quotidien de ceux qui vivent moins bien que la classe moyenne et en-dehors des grilles du campus hyper-privilégié de l’Université de Téhéran pour leur sécurité, leur logement, leur boulot et les prix des produits alimentaires subventionnés qui leur rendent la vie tolérable.

La victoire électorale d’Ahmadinejad, vue sous une perspective historique comparative, ne saurait nous surprendre. Dans des contextes électoraux similaires, opposant des nationalistes-populistes à des libéraux pro-occidentaux, ce sont toujours les populistes qui l’ont emporté. Les exemples passés incluent Peron en Argentine et, plus récemment, Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie et même Lula da Silva au Brésil, qui, tous, ont fait preuve d’une capacité à s’assurer près de 60 % des voix, voire davantage encore, lors d’élections parfaitement libres et démocratiques. Les majorités d’électeurs, dans ces pays, préfèrent le bien-être social à la liberté débridée des marchés, ils préfèrent la sécurité nationale à l’alignement sur tel ou tel empire militaire.

Les conséquences de la victoire électorale d’Ahmadinejad peuvent désormais faire débat. Les Etats-Unis peuvent en conclure que le fait de continuer à soutenir une minorité, certes fort en voix, mais néanmoins battue à plate couture, ne présage rien de bon en matière d’obtention de concessions sur l’enrichissement d’uranium ou l’abandon, par l’Iran, de son soutien au Hezbollah et au Hamas. Une approche réaliste consisterait plutôt à ouvrir un débat extrêmement large avec l’Iran, et à reconnaître, comme l’a fait observer récemment le Sénateur Kerry, que le fait d’enrichir de l’uranium ne saurait représenter une menace vitale pour qui que ce soit. Cette approche différerait du tout au tout d’avec celle des sionistes américains infiltrés dans le régime Obama, qui suivent leurs chefs, en Israël, qui poussent à une guerre préemptive contre l’Iran, et recourent à l’argument ô combien spécieux selon lequel il n’y aurait pas de négociation possible avec un gouvernement « illégitime », à Téhéran, « illégitime », puisqu’il aurait « volé son élection » !..

Des événements récents indiquent que les dirigeants politiques en Europe, et même certains d’entre eux, à Washington, n’acceptent pas la version des mass médias sionistes, selon laquelle les élections en Iran auraient été « volées ». La Maison-Blanche n’a pas suspendu son offre de négociations avec le gouvernement nouvellement réélu, elle s’est plutôt focalisée sur la répression contre les protestataires oppositionnels (et non pas sur l’élection elle-même). De la même manière, les vingt-sept pays membres de l’Union européenne ont exprimé leur « sérieuse préoccupation au sujet de la violence en Iran », et ils ont appelé à ce que « les aspirations du peuple iranien soient satisfaites par des moyens pacifiques » et à ce que « la liberté d’expression soit respectée » (Financial Times, 16 juin 2009, p. 4). A l’exception du président « français » Sarkozy, aucun leader européen n’a remis en cause le résultat des élections iraniennes.

Le joker, au lendemain de ces élections, c’est la réaction israélienne : Netanyahu a signalé à ses partisans sionistes aux Etats-Unis qu’ils devaient recourir au bobard de la « fraude électorale » afin d’exercer une pression maximale sur le régime Obama et de le contraindre à mettre un terme à tous ses projets de rencontrer le régime Ahmadinejad récemment confirmé par les suffrages populaires.

Paradoxalement, ce sont les commentateurs américains (de gauche, de droite et du centre) qui gobé le bobard de la fraude électorale en Iran qui ont, par inadvertance, fourni à Netanyahu et à ses pantins américains les arguments et les falsifications qu’ils diffusent abondamment : là où ils voient des guerres religieuses, nous voyons des luttes entre classes ; là où ils inventent une fraude électorale, nous constatons une tentative de déstabilisation impérialiste…
Répondre

Connectés sur ce fil

 
1 connecté (0 membre et 1 invité) Afficher la liste détaillée des connectés