Extraits du manuscrit Vie et mort de Sam Crow :
Vie et mort de Sam Crow (SAMCRO, alias Sons of Anarchy Motorcycle Club, Redwood Original) : Comment les Sons of Anarchy ont perdu leur route et trahi leur idéal, par John Thomas Teller. Pour mes fils, Thomas, qui est déja en paix, et Jackson, que lui ne connaisse jamais cette vie de chaos.
La plupart d'entre nous n'étaient pas violents par nature, nous avions tous nos problèmes avec l'autorité, mais aucun d'entre nous n'étaient anti-social. Nous avions compris que dès que l'on se plaçait en marge de la société, on renonçait à la sécurité que son cadre procurait. Hors du carcan social, le sang et les balles sont l'unique loi. Si tu es un homme de conviction, le recourt à la violence est inévitable.
Quand on passe à l'action pour venger ceux que l'on aime, la justice personnelle entre en conflit avec la justice sociale et divine. On devient le juge, le jury, et Dieu. De ce choix découle d'effrayantes responsabilités. Certains hommes plient sous leur poids, d'autres abusent de ce moment. Le vrai hors la loi trouve l'équilibre entre la passion de son coeur, et la raison de son esprit. La solution est toujours un égal mélange de pouvoir et de devoir.
La première fois que j'ai lu Emma Goldman, ce n'était pas dans un livre. J'avais 16 ans, j'étais allé trainer près de la frontière du Nevada. La citation était peinte sur un mur en lettres rouges. Quand j'ai lu ses mots, j'ai eu l'impression qu'on me les arrachait du plus profond de mon esprit :
" L’anarchie symbolise la libération de l’esprit humain de l’aliénation et de la religion. Elle est la libération du corps humain de la domination de la propriété, et des chaînes qui nous lient à l’oppression des gouvernements. Elle défend un ordre social, fondé sur la libre association et la communication harmonieuse entre individus"
Le concept était pur, simple, vrai. Il m'a inspiré. Il a allumé en moi le feu de la révolte. Mais finalement, j'ai appris la même leçon que Goldman, Proudon et bien d'autres. Que la véritable liberté s'acquiert au prix de sacrifices et de souffrances. La plupart des hommes croient vouloir être libres, mais la vérité est qu'ils se complaisent dans le carcan de l'ordre social, des lois rigides et du matérialisme. La seule liberté à laquelle l'homme aspire réellement, c'est celle du confort matériel. On veut tous un petit chez soit où rentrer le soir, à l'abri.
Plus je vieillis, plus je me rends compte que l'âge n'apporte pas la sagesse. Mais seulement la lassitude. Je ne suis pas plus intelligent qu'il y a trente ans. Je suis simplement trop fatigué pour continuer à jongler avec les mensonges et à cacher mes peurs. Le fait d'être conscient ne permet pas de révéler ses faiblesses. C'est l'épuisement qui les révèle.
A l'intérieur du club, la vérité devait régner, notre parole c'était notre honneur. Mais à l'extérieur, tout n'était que tromperie. Le mensonge était notre défense, notre défaut. Le mensonge et la vérité devaient sembler identiques. Mais quand on a acquis ce savoir faire, personne ne sait ce qui est vrai à l'intérieur du club, ou à l'extérieur. Surtout pas toi.
Einstein a dit que n'importe quel homme intelligent pouvait, avec une touche de folie, rendre les choses plus grandes, plus complexes, plus violentes. Mais il faut une touche de génie et beaucoup de courage pour faire évoluer quelque chose à contre courant. Je me rends compte que ma touche de génie et mon courage n'ont pas suffit et sont venus un peu tard. J'ai peur que pour SAMCRO il soit trop tard pour choisir une autre voie.
Je n'ai jamais consciemment décidé que le club soit une chose ou une autre. Cela s'est passé devant mes yeux, chaque événement violent était le catalyseur du prochain, et au moment où la violence a atteint des proportions épiques, je ne le voyais pas, le sang était de toutes les couleurs... J'ai conscience que dans ma spirale du désespoir, je tombais dans un abysse crée par mon absence de grâce envers l'humain. La plus évidente étant le pardon. Si j'étais trompé par quelqu'un, dans ou en dehors du club, je voulais une compensation, en argent ou en sang. Pas question de tendre l'autre joue. Quand les rapports humains deviennent un livre de comptes, on a ni amis ni êtres chers, rien que des plus et des moins. On est complètement seul.
J'étais perdu dans mon propre club. J'avais peu confiance, je craignais beaucoup. Les nomades offraient l'évasion et l'exil. Je ne savais pas si mon départ aurait guéri ou tué ce qu'on avait créé. Je ne savais pas si c'était de la force ou de la lâcheté. Je ne savais pas. Donc, je suis resté. Je suis resté, car en fin de compte, la seule façon de tenir bon était de souffrir sous ce poids.
A mon plus vieux, plus cher et plus sage ami, Piney Winston :
Ce que nous avons entrepris ensemble était une bonne chose, pour une bonne raison. Ce que nous sommes devenus est une chose différente, pour des raisons qui m'échappent. Je sens ma colère monter en puissance, et je ne sais plus combien de temps il me reste dans cette veste que j'aime tant. Ce livre, c'est pour tout ce que nous voulions, et pour ce que nous pouvons encore être. Je t'aime, mon frère.
J.T.