Je vais exposer une opinion personnelle, une façon de voir. Je vais prendre l’expression « avoir foi en » dans le sens « avoir confiance en les capacités à aller vers une situation meilleure » et dans le sens « capable d’évoluer ».
Pour moi, se poser la question d’avoir foi en l’humanité, c’est indissociable d’avoir foi en soi. Je suis humain, l’OP est humain, et à part pour les bots de recherche qui scannent le net, tous ceux qui lisent cette conversation voire y participent sont humains. Si je pose la question « est-ce que j’ai foi dans l’humanité ? » je suis a priori inclus dans cette humanité.
Si l’OP s’exclut de la question, ou si vous-même vous excluez de la question, à quel titre ? Perso, je ne vois pas en quoi je serais si différent de l’humanité que je devrais en être exclu pour ce genre de question. Je ne suis pas un être à part. Si je pousse un peu plus loin cette logique, je pourrais dire qu’il est possible de ne pas avoir foi en soi mais avoir foi en l’humanité, de manière générale : on a foi en tout le monde sauf des exceptions. Je trouve beaucoup plus dur de soutenir « Je n’ai pas foi en l’humanité sauf en quelques exceptions ». Ces exceptions sont des êtres humains à part entière, cela veut dire qu’avoir foi en eux c’est potentiellement avoir foi en tous les êtres humains semblables, même si on ne les connait pas, même si on n’a pas entendu parler d’eux.
On peut en revenir à la question, abordée de façon plus personnelle. Avez-vous foi en vous ? On peut traverser des épreuves et douter de soi, à plus d’un titre. Cela m’est arrivé, et cela m’arrivera encore. Parfois des gens perdent tout espoir, toute foi en eux, se suicident. Pour ceux qui continuent à vivre, même si leur santé mentale se détériore, même s’ils s’éloignent de la société, par exemple à travers le crime, même si cela semble sans espoir, il n’y a aucune raison réelle de décréter que c’est sans espoir. Pour une raison ou pour une autre, les gens peuvent toujours changer, que ce soit en mal ou en bien. La vie est changement, et quelqu’un qui est vivant est soumis au changement. Cela ne veut pas dire que j’approuve n’importe quel comportement. La société doit se protéger de certains comportements, à travers la prévention et la répression. Mais quel que soit le comportement, on ne peut pas exclure qu’un jour une personne en qui on n’a pas foi puisse changer et devenir une personne en qui on a foi.
En ce qui me concerne, heureusement je n’ai pas de problème de comportement extrême, de maladie mentale, d’addiction ou de comportement violent, par exemple, qui rendrait la foi en moi difficile. Et même si j’avais ces problèmes… J’ose espérer qu’en moi, une partie continuerait à espérer m’en sortir, à avancer dans la vie, à m’améliorer, à aller vers ce que je considère être le « bien ». Et sans avoir de problèmes aussi extrêmes, j’ai eu et j’ai encore des problèmes, qui m’ont fait douter de moi et qui peuvent encore parfois me faire douter. Je pense que c’est le propre de l’être humain. Et là, le mot « foi » est bien choisi. Quand, envers et contre tout, malgré les circonstances et les choix malheureux que l’on a fait, on a une petite voix interne qui nous souffle qu’il faut continuer, que l’on s’en sortira, que l’on s’améliorera, qu’au fond de soi on a quelque chose de « bien » et qu’il faut aller vers cela… c’est irrationnel, c’est de l’ordre de la foi, mais c’est ce qui nous permet d’affronter les épreuves, les doutes, les remises en questions. C’est aussi ce qui fait que l’on est profondément humain, quelles que soient nos qualités et nos défauts.
Cette foi en soi, on peut l’étendre aux autres, de manière générale. Ils ne sont pas fondamentalement différents de nous et nous ne sommes pas fondamentalement différents. C’est peut-être une situation globale de merde, mais individuellement, il y a quelque chose dans l’être humain qui le pousse à aller vers le bonheur, à avoir des relations, à vivre ce que l’on vit tous : la joie, la peine, la colère, l’amour, la déception, etc.
Perso, je continue à voir « foi » en moi, même si parfois je suis très déçu de moi. Si j’examine mon comportement avec n œil critique, je suis loin d’être parfait. Loin d’être parfait dans la façon dont je me traite moi-même, dont je mange, dont je m’occupe de ma santé, etc. Loin d’être parfait vis-à-vis de mes proches. Loin d’être parfait vis-à-vis de la société, par exemple vis-à-vis des questions environnementales.
Et pourtant, même si je cède parfois à la tentation de l’autocritique, même si parfois je peux être découragé, je garde foi et espoir en moi. J’avance. J’essaie de changer des choses, dans mon comportement, pour avancer. Et peu à peu je les change. Pour l’environnement, j’étudie sérieusement la question, et je me lance dans une action (dont je ne parlerai pas dans ce sujet, je suis assez long comme ça), pour changer les choses. Je suis un putain d’être humain imparfait, comme tout le monde, peut-être parfois pire que la moyenne, mais j’ai confiance en moi, et j’ai confiance de manière générale en l’être humain. Parce que d’une manière générale, potentiellement, l’être humain, c’est moi. Potentiellement, je suis un saint et un salaud, potentiellement, je suis, on est tous, tout ce qu’est l’être humain.
Je viens d’exposer une vue à la première personne, à la fois intérieure (ce que je crois, ce que je ressens, à propos de moi-même, moi-même au sens réduit, égocentrique, et moi-même au sens large en tant qu’être humain) et à la fois dans sa dimension extérieure, en disant que cette foi en soi de traduit par des actes qui, selon moi, m’approchent de la définition du bien. En résumé, malgré mes défauts, j’ai foi en moi, et par extension, malgré les défauts de l’humanité, j’ai foi en l’humanité.
Il y a deux autres perspectives importantes sur cette question, « avoir foi en l’humanité ». Une concerne ce qui est partagé par l’humanité, en termes d’intersubjectivité, de valeurs, etc. L’autre est ce que l’on peut comprendre en voyant la société comme un système de systèmes. Je ne vais pas en parler là, malgré leurs importances, je ne voudrais par endormir les derniers lecteurs courageux qui m’ont suivis jusqu’ici

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Je vais simplement dire qu’il y a des raisons objectives de penser que l’humanité continue à évoluer, vers quelque chose de « positif », dans le sens où cela va vers plus de relations, de communication et de prise en compte de l’autre. Ces raisons se trouvent aussi bien, par exemple, dans la simulation de l’évolution de la vie à travers des programmes – ces programmes simulent des organismes qui vivent, se reproduisent, mutent, etc. – que l’étude du développement des sociétés à travers les âges. Par exemple, dans l’étude de l’évolution à travers les simulations informatiques, on s’aperçoit que si individuellement un être informatique a une stratégie gagnante égoïste, l’évolution globale de cette population d’êtres simulés fait apparaitre l’équivalent de la compassion et génère des conduites où des individus se sacrifient pour le groupe, c’est un plus pour l’espèce, dans l’évolution. L’évolution nous amène vers cela. Ou, si on a une vue moins matérialiste, un principe supérieur, divin (quel que soit le sens que l’on mette derrière ce mot), nous amène vers cela. Bon, les faits, c’est que l’évolution nous amène vers des visions de plus en larges, de plus en plus inclusives, de plus en plus efficaces pour gérer les problèmes de la société et nous permette de vivre et de croitre en tant qu’espèce. Que cela soit dû à un hasard mécaniste ou à un plan divin n’est pas vraiment le sujet et pour le coup, vraiment une affaire de foi et de vision du monde.
Tout cela ne veut pas dire que je n’ai pas d’inquiétude pour l’humanité et que je sois sûr que l’on va s’en sortir en tant qu’espèce. Il peut y avoir une sorte de régression dans la spirale évolutive, on peut aussi à un moment trop déconner pour que ce soit rattrapable par la suite. Particulièrement à notre époque, où tout se base sur un modèle économique basé sur la croissance infinie et à terme condamné, faute de ressources qui pourraient soutenir une croissance infinie, et sur des problèmes environnementaux qui vont rendre l’avenir très difficile, très dur. On a la capacité de tout foutre en l’air, c’est clair.
Mais on a aussi la capacité de résoudre les problèmes, d’évoluer, d’avancer. J’y crois à titre personnel et pour notre espèce.