On peut dire ce qu'on veut, mais Howlin' Wolf, c'est quand même à peu près ce que ce foutu vingtième siècle a produit de plus viscéral. Quand Howlin' Wolf chante, il regarde Satan dans les yeux d'un air noir et furieux avant de lui courir après pour lui botter les fesses. Quand Howlin' Wolf chante, c'est quelque chose comme la toute-puissance de l'humanité qui s'exprime par cette voix de sulfate de cuivre.
Anytime you're thinking 'bout evil, you're thinking 'bout the blues.
Sans lui, pas de Tom Waits, pas de Screaming Jay Hawkins, pas de Jim Morrison, pas de Mick Jagger (ou presque), il fut l'un des premiers à hurler, à se déchaîner vocalement comme un fou furieux, à littéralement coller la frousse aux petits blancs qui voulaient s'approcher du
mojo. Personne ne peut lutter avec Howlin' Wolf,
goddammit.
Dans la deuxième vidéo, on le voit avec le contrebassiste Willie Dixon, une sorte de génie absolu dont tout le monde se fout aujourd'hui, qui a composé 90% des titres de blues auxquels se sont frottés les petits Anglais dans les années 60, des "Back Door Man" (l'hymne sodomite repris par les Doors), des "Bring It On Home", "I Can't Quit You Babe" ou "You Shook Me" (que Led Zeppelin a recopiés / pompés / vampirisés avant d'admettre qu'ils étaient de Dixon, au contraire du "Killing Floor" de Howlin' Wolf, retitré "The Lemon Song" et crédité "Led Zeppelin" sur le premier album), des "Spoonful" (Cream), des "Pretty Thing" ou des "You Can't Judge A Book By Its Cover" (Bo Diddley tous deux), enfin, oui, un compositeur absolument dément.
Sur la première et la troisième, on voit le guitariste presque parfait, à savoir Hubert Sumlin. Il est toujours en vie (77 ans et il tourne toujours après un cancer des poumons, yeah), et a été cité comme influence par de plaisants amateurs comme Keith Richards, Eric Clapton, Jimi Hendrix, Stevie Ray Vaughan, Jeff Beck ou Jimmy Page (ça va, quoi). Un des héros oubliés du blues et du rock'n'roll, ce type devrait être dans les livres d'histoires et avoir des statues partout, mais non, tout le monde l'a oublié. Pfff.
Allez hop, je vous colle une leçon de guitare par ce bon vieux Hubert :
Hey hey, "Smokestack Lightning", man !