*des cymbales tintinnabulent en arrière-plan*
"Je suis en bonne santé, je peux subvenir à mes besoins, j'ai des perspectives professionnelles et sentimentales et j'ai déjà au moins un personnage de niveau 50 à DAoC" après l'étalage du pedigree, einnandavancetoussa, la constatation cruelle : le cadre occidental jeune sorti d'une coquille dans laquelle la société a mis environ 21 ans pour le rendre opérationnel a tout pour être heureux, sauf peut-être une vague raideur nuquale l'empêchant de pratique de l'auto-fellation. C'est l'heure du retour sur investissement, la société récupère ses billes.
Pourtant, il doute. Il est même un peu...disons le tout net : la dépression le guette, tapie insidieusement dans les rails qui étaient censés le mener au moins jusqu'à la crise de la quarantaine (celle succédant la trentaine, ses amères constations sur le couple et la cinquantaine, son cancer, nous surprenant alors qu'on croyait avoir encore 20 ans devant nous). Chez certains, l'ennui suprême c'est l'écrasement d'une paire de lunettes par la copine ou l'épaisseur comme-un-bras d'un dossier de recrutement, chez d'autres c'est le gouffre existentiel, celui que même l'argent ne suffit à obstruer.
*les cymbales s'éteignent jusqu'à un silence complet destiné à renforcer l'intensité dramatique de la scène. Eclairage minimaliste, un spot est braqué sur l'acteur récitant son monologue d'un ton monotone*
Ce que dit Belmorgha est assez adéquat : il te manque un peu de douleur et de problèmes. Mais tu es venu sur JOL pour des solutions ET NOUS AVONS CE QU'IL TE FAUT ! Car un forum, n'est ce pas, c'est aussi fait pour ça quoi qu'on en dise.
Conseil N°1 : la voie de la lecture
Je ne cesse de déconseiller les ouvrages humoristiques de Paul Watzlawick "faites vous même votre propre malheur", mais le titre peut déjà te donner une idée générale de l'orientation que doit désormais prendre ton existence. Il te faut désormais lire. Mais pas n'importe quoi. Des lectures glauques, sombres, cafardeuses. Se nourrir des petites aigritudes de Céline ("Mort à crédit", par exemple, car Voyage porte encore une lueur d'espoir), se vautrer dans l'alcool avec Bukowski, dans le sexe avec Miller, dans le quagmire familial avec Faulkner, dans l'ennui toutes catégories avec Houellebecq. Les écrivains sales et méchants ne sont pas légions mais ont fait entendre leur voix. Evidemment côté forum il te reste Canivo, en plus l'abonnement est gratuit.
Après tu as 2 évolutions possibles, la voie du témoignage, du style le "scaphandre et le papillon" ou l'histoire déchirante de Lou Salomé, ou la voie de la littérature, un passage par l'existentialisme ("le mythe de sisyphe", "l'homme révolté" de Camus, kierkegaard, sartre, puis tu t'abimes dans la philo, nietzschilisme, tout péter tabularasa tout ça) qui s'achève en toute logique par une redécouverte de ce que l'existence à de plus beau à offrir jusque dans le moindre jeu d'ombre au plafond : la recherche du temps perdu.
Conseil N°2 : la voie de la Mour avec un grand M
L'homme seul est comme sur le bord d'un disque, penché au dessus d'un vide spatial et glacé. Réflexe : se pelotonner contre une source de chaleur. JOL ne fournissant qu'une image de chaleur il est urgent de trouver un copine qui deviendra une amie puis une femme avant de te quitter pour un amant en espérant que d'ici là elle aura rempli ses fonctions. Douter à deux c'est déjà être sûr qu'on est en phase avec quelqu'un. Et puis en vertu d'un gout prononcé pour l'aménagement d'intérieur, les femmes aiment les cadres, c'est bien connu (attend peut-être d'être cadre sup', l'exercice du pouvoir exerce un magnétisme puissant)
Conseil N°3 : la voie de la marmaille
Théoriquement après avoir fait 571 fois l'amour à la même femme l'ennui repointe le bout de son nez. L'homme doit être hyperactif sans quoi il pense à la mort. Et c'est là que les enfants interviennent. Au lieu de rentrer à 18h30 du boulot et de sangloter devant un mauvais film, tu rentres à 18h30, passage par monoprix pour acheter du lait, encombrement et dispute avec une mamy pour qui un cadre n'est rien qu'un jeune ayant tenté de le griller dans la queue. Arrivé à la maison les enfants doivent être lavés, nourris, éventuellement engueulés, divertis, changés, embrassés. ça t'amène à 21h et CROIS MOI tu ne percevras jamais plus les moments de désoeuvrement de la même manière.
Conseil N°4 : la voie de l'humanitaire
C'est là que Maleducata, un coeur gros comme ça, entre en jeu. Tu as voyagé un peu, c'est bien. Maintenant tu prends tes cliques et tes claques et tu vas dans un hopital d'enfants malades, aux restos du coeur, tu utilises tes compétences de cadre hydrocéphale pour aller concevoir un automate destiné à pomper de l'eau au Zaire, que sais-je : en librairie tu trouveras sans pb des magasines entiers dédiés au don de soi. Outre le fait que ça occupe, ton CV sera encore un peu plus gonflé, ton ego valorisé et ta copine fière. Si c'est utile et plus, tant mieux, mais on s'en fout un peu car celui qui a tout à y gagner, c'est toi. Vois ça comme ta première formation professionnelle : un recadrage pour cadre. Pour s'entrainer va donner tes plaquettes tous les 2 mois en plus les infirmières sont charmantes. Alternative moins chronophage : donner de l'argent aux bonnes oeuvres, mais c'est un succédané (donner au moins l'équivalent d'une journée de salaire par mois ça fait vite cher la substitution de bénévolat)
Dernier recours : la voie en sens inverse
Si tout le reste a échoué je n'ai plus qu'une carte : l'accident de voiture. Si même Proust n'a pas réussi à te rendre le gout de la madeleine, la perte de 2 membres (dans un premier temps) devrait au moins te donner :
- la nostalgie de la course à pied, du sport, toussa
- le désir de faire qque chose des membres restants (à toi de choisir si tu es plutôt manuel ou pedestre)
- qques semaines d'hopital pour t'introspecter sur les voies restantes, la religion, l'exil, la peinture, le kantisme, everquest...
Rien d'autre à déclarer :-/
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