|
Avertissement : attention, long post ! Inspiré de mes préoccupations et de textes postés ici (comme quoi je tire quelque chose de ce que vous écrivez), j'écris un pavé dont j'aimerais qu'il donne un débat serein. Il serait peut-être bien, pour ce sujet, de tester les nouveaux outils de modération. Je verrais bien une limitation du nombre de messages par compte sur ce sujet, par exemple deux messages par jour.
En lisant les divers messages politiques sur la Taverne, je me suis dit que 99 % des posteurs sont des gens sincères, qui ont simplement une vision différente de la société. Mais que parfois, le problème ne vient pas tant des solutions proposées pour un problème particulier, mais des hypothèses sous-jacentes. Si on ne part pas des même bases, il est pratiquement impossible de se comprendre. Une base fondamentalement différente pour beaucoup de personnes est la nature de la réalité. Si on part de réalités différentes, on ne peut pas vraiment discuter. Ce qui m'amène à ce post, à propos de la "réalité" économique de nos jours. Plus spécifiquement, on entend souvent - on l'a entendu par exemple à propos du CPE et CNE - que la France doit se plier à la réalité, la mondialisation les contraintes économiques, etc. Et que du coup les Français doivent - ils n'ont pas vraiment le choix - s'adapter à cette réalité. Et c'est vrai. La mondialisation est une réalité, les contraintes économiques aussi. Et c'est faux. Car ce que laisse entendre ce discours, c'est que c'est une réalité immuable, que l'on n'a pas le choix. Or on a le choix, c'est une réalité que l'on peut changer au lieu de s'y adapter. La nature de la réalité Parlons un peu de la nature de la réalité. Mais pas la peine de faire de philo, on ne va pas se demander si le réle est voilé ou accessible, ou faire appel à Platon ou Aristote. Disons simplement que certaines choses sont assez réelles dans un sens concret pour que tout le monde les accepte : par exemple, un nuage passe dans le ciel. On s'en fout, on est content ou mécontent, mais de toute façon, on n'a le qu'un choix : s'adapter à cette réalité, y réagir. On ne peut rien à cette réalité elle-même : le nuage est là. Il y a sans aucun doute des choses moins accessibles aux sens et tout à fait réelles aussi. Par exemple, les réserves de pétrole diminuent, inexorablement. La pollution agit la planète, ce n'est pas inexorable, mais grave. Et on peut continuer comme cela. Je vais en rester à cette définition du réle. Notons simplement pour l'instant qu'il y a un réle que l'on peut percevoir et sur lequel il est plus ou moins possible d'agir. Et que finalement, face au réle, on a deux choix : on le change, on s'adapte, ou on fait un peu des deux. Revenons maintenant à ce que certains donne comme une réalité pour laquelle on n'a pas le choix, pour laquelle il faut s'adapter ou disparaître, la réalité économique. Je ne vais pas m'étendre sur cette description de la réalité, que tout le monde connaît. Qui n'a pas lu, ici ou ailleurs "welcome in the real world" ? Un monde où si on n'est pas content, ceux qui ont le pouvoir installeront leur entreprise ailleurs, embaucheront quelqu'un d'autre, etc. Un monde où on a pas le choix : la réalité est comme cela, on doit devenir "flexible", accepter de voir disparaître les acquis sociaux, démanteler les protections, parce que l'on est si nombreux dans ce monde et que l'on a si peu de pouvoir... Mais autant je disais que je pense que 99% des posteurs ici sont sincères, autant je crois qu'il y a une malhonnête fondamentale dans le discours d'une certaine classe dirigeante. Que ce discours sur la réalité est faux, qu'il est biaisé pour, pour favoriser les intérêts de ceux qui ont pouvoir et argent. Qui ont aussi, d'ailleurs, les moyens d'influencer la perception de la réalité de la société, à travers les médias et la politique. Il y a quelques temps de cela, j'avais fait un post sur comment est le monde, que je cite ici : Citation :
D'abord, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dis : les choses ont changé, et même si ce monde est toujours injuste, je préfère le monde d'aujourd'hui à celui du moyen âge. Ce que je veux, c'est simplement attirer l'attention sur les rapports de force et le discours de la classe dominante. Quand j'entends de nos jours des gens qui s'avouent vaincus d'avance, avec des discours du style "On n'y peut rien", "C'est eux qui ont le pouvoir", "la société est comme cela", etc., je remarque que les rapports de forces entre les couches sociales n'étaient pas meilleurs à l'époque. C'était même plus dur. On peut très bien imaginer un paysan insatisfait de son sort, au moyen âge, et qui dise "On n'y peut rien", "C'est eux qui ont le pouvoir", "la société est comme cela". Pourtant... les siècles ont passé, il y a même eut une révolution, et tout a changé, au moins en France. Les rapports de force sont-ils pires aujourd'hui qu'avant ? Non, pas vraiment. Ils sont, à première vue, clairement en faveur des puissances économiques, et très peu en faveur des masses. Pourtant, en fin de compte, c'est bel et bien la masse des gens qui a le vrai pouvoir. Les classes dirigeantes ne peuvent vivre sans votre travail. Le discours de la classe dominante Il y a toujours eu un discours dominant, un discours de ceux qui ont le pouvoir et tachent de le garder. Au moyen âge, c'était celui de la société telle que Dieu lui-même la voulait. Excusez du peu ! La réalité Le premier pilier de ce discours est de s'approprier la réalité, de présenter un état de fait politique comme étant juste une réalité, une réalité immuable, c'est comme cela, on n'y peut rien. Au moyen âge, c'était la division en trois couches de la société. De nos jours, c'est la mondialisation, la libéralisation et ses conséquences... Bien sûr, si l'on accepte ce discours, cela limite considérablement nos choix politiques : quelle que soit la solution, il faudra qu'elle ait lieu dans le cadre définit par les puissances qui nous gouvernent, dans un cadre qui ne remet pas en cause leur richesse et leur pouvoir. La soupape de sécurité Au moyen âge, par l'art, la vaillance aux armes, parfois par l'artisanat et l'argent, parfois par la religion, il y avait une possibilité d’échapper à son destin et de sortir de la classe immense des exploités. Une sorte de soupape sociale. Une illusion, en fait, car c'était extrêmement rare. Après tout, la justice ultime était divine : après la mort, le jugement divin. De nos jours, ce discours de justice divine, du moins dans le monde occidental, passe moins bien. Et la soupape sociale, la possibilité de s'élever (le rêve américain) est plus réalisable. Oui, de nos jours, avec du travail et de la chance, des gens peuvent très bien s'en sortir, échapper à un destin de pauvre, par exemple. Mais cela reste marginal, une sorte d'illusion, qui ne fait que renforcer le discours dominant : si vous ne vous en sortez pas, vous ne pouvez que vous en prendre à vous-même : c'est de votre faute, vous ne bossez pas assez. Ou vous n'êtes pas assez doués, brillants, chanceux, etc. En tout cas, ce n'est pas la faute du système, hein, tout le monde sait que l'on naît égaux... Des réalités immuables ou pas ? Pourtant il y a des réalités à peu près immuables (l'existence du Soleil) et d'autres qui sont créés par l'homme. A ce titre, elles peuvent aussi être modifiées, détruites, améliorées ou remplacées par l'homme. La "réalité" économique est de celles-là. C'est nous qui créons la société, par nos choix, par ce que l'on accepte ou pas, par ce que l'on laisse faire ou pas, par ce que l'on crée ou pas. De la politique, au sens noble. Ce qu'essayent de nous faire croire les puissances économiques actuelles, c'est qu'il faut renoncer à nos acquis sociaux, à la justice sociale de manière générale, que l'on doit s'adapter à la réalité. La vérité c'est que l'on peut changer cette réalité plutôt que de s'y adapter. Et que l'Humanité a sacrément intérêt à le faire. Sacrément intérêt parce que si l'on laisse le discours dominant encadrer la politique, autrement dit la politique primer sur l'économie, on va à la catastrophe. Les choix des entités économiques sont bons pour leur bénéfices, pas pour l'humanité Le discours présentant la réalité économique comme immuable est celui des entités économiques qui ont le pouvoir. Ces entités savent défendre leurs intérêts. Une entreprise, un conseil d'administration, etc. sait ce qu'il faut faire pour favoriser la vie de l'entreprise, même si parfois des erreurs sont commises. Mais ils ne savent pas ce qu'il faut faire pour gérer la planète. On ne peut pas demander aux entreprises de prendre les meilleures décisions pour protéger l'environnement, pour donner la meilleure éducation à tous, pour assurer la meilleure santé pour tous, pour favoriser la justice sociale... Ce n'est pas leur rôle ! Elles sont là pour gagner de l'argent, point. Et le font plutôt bien. Même si à terme, cela détruit notre environnement, si cela appauvrit les monde, si cela transforme toute vie en marchandise... Les entreprises ne sont pas mauvaises en elle-même. Elles ont un rôle positif à jouer dans notre société, un rôle très fort. Mais il faut qu'elles se cantonnent à ce rôle, sans prendre le pas sur la politique ! Primauté du politique sur l'économique A l'évidence, si l'on veut protéger notre planète, notre éducation, notre santé, notre justice sociale, etc., il vaut mieux accorder la primauté au politique par rapport à l'économique. Cela veut dire refuser le discours qui présente la réalité économique comme immuable. On peut la changer, on peut tout changer. Comment ? En faisant de la politique. De la politique classique, par exemple. Vous êtes de droite ? Ok, adhérez à un parti. Votez. Mieux, militez, collez des affiches, etc. Vous êtes de gauche ? Idem. De droite ou de gauche, en tout cas, faites passer le politique, votre vision du monde et de l'homme, avant l'économique. Ceci dit, il y a d'autres pistes d'actions que les partis classiques. Les divers mouvements alter mondialistes, par exemple, essaient d'agir de manière concertée, à l'échelle de la planète. De même certaines organisations écologiques. Qu'en pensez-vous ? Vous adhérez au discours dominant, selon lequel on ne peut changer la réalité économique et il faut s'y adapter, ou vous croyez comme moi que l'on peut accorder la primauté au politique et que l'on peut changer la réalité économique ? Il ne s'agit pas, dans ce fil, de discuter des solutions possibles, on peut créer d'autres fils pour cela. Il s'agit de savoir si on accepte ou pas ce qui est présenté comme la réalité. |
![]() |
|
Aller à la page... |
Réalité et politique
Suivre Répondre |
|
Partager | Rechercher |
|
Fondamentalement, il me semble que nous avons guère le choix d'accepter autre chose que la réalité...
Le comble, c'est que bien des gens sont morts pour l'égalité et que les politiques d'éducation et de logement sont resté inchangées. Pour un système de partage par le temps. |
![]() |
|
|
Allez, avouez, vous veniez d'apprendre ça en cours aujourd'hui et vous vous sentiez le besoin de faire partager vos nouvelles connaissances avec nous ?
|
![]() |
|
Alpha & Oméga
|
![]()
Rappel a tous nos économistes:
Les délocalisations ne sont que le résultat de la disparition de nos taxes de douanes. Elles ne sont nullement inévitables. |
![]() |
|
Alpha & Oméga
|
![]() Citation :
|
![]() |
|
|
Arg ...
Soir, Comme je n'ai de cesse de le répéter à qui veut l'entendre, il n'y a pas de réalité, il n'y a pas d'objectivité, il n'y a que des subjectivités. De la même façon, il n'y a pas de solution, il n'y a pas de bon et de mauvais modèle. Il n'y a que des choix. L'existence et l'opposition des modèles est saine. La croyance en l'absence de limite, en "La gauche et la droite c'est pareil", la pensée unique, est délétère. En ce sens, un gouvernement de droite faisant une politique de droite est la meilleure chose qui pouvait arriver à la gauche. A condition qu'elle en fasse quelque chose. 2 cps. EDIT : Pour ce qui est de ce que tu identifies comme finalement le sujet principale de ton fil, il y a une semaine ou deux, dans marianne il y avait un article dont le titre était "Il faut sauver le capitalisme" et était plus ou moins centré sur la personalité de Bernard Stiegler. Et l'objet n'était pas la promotion à tout crin d'un libéralisme débridé. Ars industrialis site d'une association dont fait partie Bernard stiegler. Ici en lien, une quatrième de couv' d'un de ses bouquin "l'esprit perdu du capitalisme". |
![]() |
|
Suivre Répondre |
Fil d'ariane
Connectés sur ce fil1 connecté (0 membre et 1 invité)
Afficher la liste détaillée des connectés
|