Cette façon de dire "vous" et "nous" sous-tends un fossé de différence que j'aimerais, personnellement, voir disparaître. On peut cultiver une différence autrement qu'avec des clivages.
Personnellement, je ne vois aucun clivage dans ce slogan.
L'affiche représentant un personnage qui s'adresse au public en l'interpellant ne date pas d'hier, et l'on peut trouver de nombreux exemples de ce type où le personnage s'adresse au public, et où il est bien obligé d'utiliser la 1
ère et la 2
ème personne pour s'exprimer, et où il n'est pas question de clivages, mais bien plus simplement d'une personne précise qui s'adresse à d'autres personnes.
Je crois que l'un des plus vieux exemples du genre (dans le domaine de l'affiche publicitaire) est l'oncle Sam s'adressant aux américains en lançant « I want you (for US army) » : pas de clivage entre le I et le you, il s'agit d'un peuple (you) et de son histoire (I/Oncle Sam), enfin, en très gros.
Ici, le « nous » représente le couple sur l'affiche et non l'ensemble des homosexuels, et le « vous » représente l'ensemble des passants, quels qu'ils soient et quelles que soient leurs préférences sexuelles.
(Cette affiche n'implique pas de clivage entre les homosexuels d'un côté et les hétéro de l'autre, ou les tolérants d'un côté et les homophobes de l'autre ; le clivage, c'est
notre interprétation qui peut l'amener, ou pas, selon la façon dont on répond soi-même à la question, peut-être ?)
Et je préférais nettement le slogan précédant celui qui a été imposé par Métrobus.
Dans le slogan de Métrobus, il y a une affirmation sans appel (« ça ne change rien pour vous ») et fausse, car il est complètement évident que pour certains, voir des homosexuels s'embrasser, implique une gêne ou en tout cas, ça ne les laisse pas indifférents, d'une manière ou d'une autre.
Alors que dans le slogan précédent, il y avait une question, simple et sincère, une recherche de compréhension qui s'adresse à tous, une volonté d'ouverture.
Là où l'affirmation ferme une porte, la question en ouvre une, et sur ce point, Métrobus a malheureusement gagné, ils font passer cette campagne pour ce qu'elle n'est pas : une affirmation et une obligation d'accepter la différence.
Car il n'est pas si évident de donner une réponse à la question de base : « ça change quoi pour vous ? »
Quelles que soient les préférences sexuelles et les
convictions du passant, la réponse vaut le détour, et son pesant de cacahuètes.
Cette question n'a rien d'une agression alors que quand on lit les arguments de Métrobus sur l'aspect « choquant » du slogan, on a presque l'impression qu'un slogan du genre « vous ne supportez pas l'homosexualité, donc vous êtes con » a été proposé.