J'avais neuf ans, j'étais dans un pensionnat catholique, ça rigolait pas, j'en ai encore des souvenirs traumatisants. Faut savoir qu'à l'époque, il étaient assez pour les châtiments corporels et le simple fait de regarder un prof droit dans les yeux était considéré comme un acte insolent passible de claques dans la gueule. En fait, la moindre grossièreté, le moindre ton un peu hostile se payait cher, c'était très camp de marines quand j'y pense. Enfin, les armes en moins mais les messes en plus.
Bref, on était 700 mômes la bas et y'avait un mec qui veillait à la discipline, ce type avait soit un passé militaire, soit des antécédents psychiatriques, bref, il foutait les chocottes à tout le monde. Il suffisait qu'on entende son trousseau de clés pour flipper. Genre, on déconne dans les couloirs
schling schling !
Et la, on fait les statues grecques.
Ce type a nourri mes pires cauchemars pendant mon enfance. De plus, en étant pensionnaires, on restait la nuit, on ne rentrait que le week end et comme je dormais les yeux ouverts, je prenais régulièrement des baffes dans la gueule vers trois heures du matin parce que le gars passait dans les dortoirs pour surveiller si on dormait et comme j'avais les yeux ouverts, j'avais des réveils sportifs. Ce mec ne dormait jamais, je pense que c'était un Terminator en version civile.
Voila, le décor étant planté, voici l'histoire.
Le Prefet de discipline (c'était son titre) repère une embrouille dans la cour et décide de jouer à la Main de Dieu en punissant un éléve au hasard. Pas le pot, ça tombe sur moi (sur ce coup là, c'était pas moi) Bref, pendant que les éléves partent en salle d'étude (oui, ils surveillaient qu'on fasse nos devoirs) j'étais condamné à la sanction humiliante de ramasser les feuilles mortes dans la cour (en plein mois d'octobre, j'étais pas près d'en voir la fin). Et autant, je ne râlais jamais quand je me faisais chopé quand je faisais une connerie, autant, je ne supportais l'injustice des punitions arbitraires. Ca me foutait la rage. Donc, je ramasse ces putains de feuilles mais mon tempérament me joue des tours et je commence à déclamer toutes les insultes que je connais sur ce type me croyant seul, ça défoule au moins.
Enc.... de gros naze
Fils de p....
Pue du c.... ce sale c....
Sa mère s.... des b....
Bref, un joli compliment.
Puis, vous vous en doutez, il n'était pas loin (ce mec avait des compétences ninja pour la téléportation et le déplacement silencieux). Alors que je me retournais pour ramasser une feuille ma tête à buter contre quelque chose de mou, c'était son ventre. Bien sûr, plus aucun son ne sortait de ma bouche et je suis resté quelques secondes collé contre lui avec un freeze mental et physique en me demandant comment j'allais m'en sortir.
Ca a été je crois le pire moment de solitude que j'ai connu dans mon enfance.
Ensuite, ma tête à buter contre quelque chose de dur, ses poings je crois, j'ai pas bien vu mais secouait la tête, peut-être les pieds aussi (il avait des compétences ninja je le rapelle).
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