Voilà les premiers textes qui me sont apparus. Ces derniers temps, c’est la quasi-totalité de la vie du demi- elfe que j’ai eu l’opportunité de découvrir.
Je vous tairai les textes relatant les toutes premières années de son enfance. Les évènements marquants de sa vie viennent plus tard.
Sachez seulement que Morkith, sa mère, l’éleva durement, dans des conditions de vie difficile, à cause du froid qui sévissait dans cette région et de la santé déplorable de l’enfant qui jamais ne s’arrangea.
Bien que son éducation fût assez atypique, Sarnack était heureux ainsi. Privé de père, l’enfant reporta tout son amour sur Morkith. Celle-ci, malgré ses dires et son attitude austère, lui donna l’amour et l’affection nécessaires à son épanouissement.
Ainsi, la mère ne respecta pas totalement ce qu’elle s’était dite, à savoir qu’elle ferait comprendre à son fils qu’il lui devait la vie.
Cependant, Sarnack n’avait pas besoin qu’elle le lui dise ou qu’on le lui fasse comprendre, car, très tôt, elle lui expliqua pourquoi il n’avait pas de père et les circonstances de sa venue au monde ; le demi-elfe alors très jeune fut profondément marqué par cette révélation et considéra dès lors qu’il devait tout à sa mère et que dorénavant, elle passerait avant sa propre existence.
Quoi qu’il en soit, un jour arriva l’heure ou il du aller à l’école.
Raconté par Morkith. Tiré d’une œuvre inconnue. Année inconnue, probablement aux alentours de l’année 1980.
Mon fils a eu seize ans récemment. Demain, il ira pour la première fois à l’école. Je suis inquiète. Il n’a encore jamais été confronté véritablement au monde qui l’entoure. Il eut été un enfant normal, aucun soucis je ne me saurais fait. Mais cet enfant est différent. Il a d’énormes aptitudes pour tout ce qui touche aux études, mais il est souffrant et faible. Je connais mon peuple, et j’ai appris à connaître les hommes. Il aura, je pense, du mal à s’intégrer. Tous les autres enfants de son âge sont scolarisés depuis plus d’un an au moins. Tous se connaissent. Lui ne connaît personne si ce n’est son cousin Alasen, le fils à ma sœur. Mon neveu est fondamentalement différent de mon fils. Il est fort, grand, agile, et excelle dans les exercices physiques, déjà à son âge.
Peut être pourra-t-il contribuer à l’intégration de Sarnack.
Auteur inconnu. Œuvre inconnue.
Le jeune demi-elfe était euphorique. Il rentrait à l’école pour la première fois. Combien de fois s’était-il imaginé ce moment là.
A présent, c’était vrai, il allait à l’école. Il était un peu âgé pour une première fois, mais sa mère avait insisté pour qu’il ne rentre pas dès son plus jeune âge comme tout le monde. Il avait seize ans, mais, étant d’origine elfique, n’en paraissait qu’environ cinq aux yeux d’un humain.
Le bambin avait revêtu un pantalon chaud, ainsi qu’une légère paire de bottes. Il portait une chemise grise qui se fondait avec son teint blafard. Une sombre veste de cuir pendait autour de sa taille, il faisait chaud pour la saison.
L’école n’étant pas loin, le demi-elfe insista pour y aller seul : il désirait faire bonne impression. Il arriva donc dans la cour de récréation qui, comme à chaque rentrée, était agitée par des pleurs, des rires et des cris.
Une fois que chaque enfant eut fait ses douloureux adieux à ses parents, il se dirigeait vers le directeur de l’école, l’elfe noir Ssinjin, qui veut dire en elfe noir « Plaisant ». En réalité, le vieux professeur n’avait rien de véritablement plaisant, il était grand, rachitique, muni d’un impressionnant front et d’une petite paire de lunettes rectangles pendant au bout de son long nez, le tout agrémenté par une petite couette de cheveux grisâtre et hirsute...
Il entama un discours de bienvenue que le demi-elfe ne prit pas la peine d’écouter tant il était fasciné par les autres enfants.
Juste à côté de lui se tenait Gruntak, un des rares demi-orcs du village. Sarnack était heureux et rassuré de voir que les élèves n’étaient pas exclusivement des elfes noirs ou des humains.
Une clochette retentit, c’était le signal annonçant le début de la classe. Le demi-elfe fut doucement dirigé vers la classe qu’il devait intégrer. Alors qu’il allait rejoindre ses camarades, une violente frappe l’envoya au sol.
-Ha ! Salut cousin ! Je ne savais pas que tu étais ici toi aussi ! Ce que je suis content de te voir !
Le demi-elfe regarda ses mains légèrement écorchées avant de se relever pour faire face à son cousin, l’elfe noir Alasen.
Les enfants, qui n’avaient pas manqué un instant de leurs retrouvailles, riaient avec force, en pointant des doigts moqueurs sur le demi-elfe qui s’empourprait à vue d’œil.
-Pauvre crétin !vociféra celui-ci à l’encontre de son cousin dont le visage devint rouge de honte.
Sarnack se retourna vers les autres enfants qui ne cessaient de rire de lui.
-Arrêtez ! hurla-t-il, Arrêtez je vous dis ! Arrêtez !
Les enfants riaient de plus belle.
Alors, pour la première fois de sa vie, le demi-elfe connut le désir de tuer, le désir d’ôter la vie à des être vivants, le désir de sentir sous ses doigts le froid qui caractérise un corps mort.
Il se rua sur l’enfant le plus proche, un elfe noir nommé.
Le saisissant au cou, il lui coupa le souffle, ce qui eut l’effet de stopper net le rire de l’enfant...
Celui-ci était cependant plus fort et plus grand que le demi-elfe. Il lui prit les poignets et les tordit vivement, forçant le misérable enfant à se mettre à genoux. Le demi-elfe hurla de rage, mais, bien trop faible, il ne put que pleurer en se couchant, face contre terre.
Alors intervint Ssinjin qui saisit l’elfe noir par l’oreille en le secouant violemment.
-Non mais ça ne va pas ! Qu’est ce qui vous prend ?
-C’est pas moi m’sieur, c’est lui, il a essayé de m’étranglé !
-Est-ce vrai ? demanda le vieil elfe noir en aidant Sarnack à se relever.
-Oui, mais il se moquait de moi alors...
-Il suffit ! On n’étrangle pas un camarade parce qu’il rit de vous ! Vous êtes le jeune Sarnack, le fils de Morkith, je me trompe ?
-Non monsieur, répondit le faible demi-elfe en essuyant ses larmes.
-C’est bien ce que je pensais.
Le directeur se releva en saisissant Sarnack par son oreille gauche. Il tenait toujours l’autre enfant, qui s’appelait Xha’Tis, par l’oreille droite.
-Voyez comment sont punis ceux qui se battent ou créent des troubles au sein de mon établissement.
L’instituteur tira les deux « belligérants » derrière lui et les mena au centre de la cour sur un banc de granit. Il les fit se mettre à genoux sur celui-ci. La surface étant rugueuse et irrégulière, la position n’était pas des plus confortable...
-Vous resterez ainsi un heure, et que je ne vois pas l’un de vous bouger !
Alasen rentra honteusement en classe. Il savait qu’il ne valait mieux pas braver l’autorité du vieil elfe noir.
Les autres enfants pouffèrent de rire. Xha’Tis riait discrètement avec eux alors que l’instituteur regagnait la classe, tout en jetant des regard haineux vers le demi-elfe agenouillé en face de lui.
Sarnack avait la tête baissée.
Personne ne connaissait ses problèmes physiques. Personne ne le connaissait tout court, pourtant, tous riaient de lui à cet instant...
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