L'été à l'ombre des boucliers (suite du Retour du Printemps)

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Cette nouvelle fait suite au Retour du Printemps



Le cavalier tira sur les rênes et sauta à terre avant même que sa monture ne se soit complètement arrêtée. En quelques enjambées il fut au pied de la fontaine de mana. Il posa un genou à terre en tendant le message au Baron Chanelak, se releva et se dirigea vers son dodo, espérant pouvoir lui offrir quelques minutes de repos avant que son seigneur ne lui remette un nouvel ordre à transmettre.

Le Baron ouvrit la missive, la survola quelques instant, puis se tourna vers ses capitaines qui attendaient à quelques pas de là, comme il le leur avait ordonné :
« Messieurs, les cavaliers sont en place au Nord Ouest. Préparez vos hommes, nous partons dans 10 minutes. »

D'un même élan, les quatre capitaines se dirigèrent vers leurs dodos, et s'éloignèrent bientôt entre les rangs de l'armée rassemblée en ordre dispersé. Les soldats, assis pour la plupart, cherchaient une position confortable dans l'herbe rare et s'abritaient le visage à l'ombre de leurs boucliers.

Chanelak savait que les grandes manoeuvres allaient bientôt commencer. Il s'attarda quelques minutes de plus au pied de la fontaine de mana, dans le peu d'ombre qu'elle projetait. Le soleil d'été allait bientôt atteindre le sommet de sa course et la chaleur de midi accablait le campement.

De la sacoche de son dodo de combat personnel, il sortit le message qu'il avait rédigé quelques heures plus tôt en prévision de l'arrivée du messager venu du Nord. Ce dernier se trouvait à quelques dizaines de mètres de lui, brossant les plumes de son dodo, visiblement fatigué par ses courses du matin. Voyant que le Baron l'observait, le soldat s'approcha, prenant la nouvelle missive.
« Je te ferai signe quand tu devras partir » lui dit le Baron.

Le message, à destination du capitaine Himuk, contenait cette simple phrase : « Continuez selon le plan initial ». Himuk, commandant la cavalerie de la Baronnie, était parti vers le Nord le matin même, aux premières lueurs de l'aube.

Le plan était simple, mais Chanelak ne pouvait pas faire grand-chose de mieux. L'assaut des nains Darks sur la forteresse du Baron De Mirken devait déjà avoir commencé. Ou plutôt, l'assaut sur la forteresse du successeur de De Mirken, assassiné au début du printemps, il y avait de cela quelques mois. Il ne parvenait pas à se souvenir du nom du nouveau baron, élu par une assemblée de sages le cinquantième jour de l'été. Chanelak ne l'avait rencontré qu'une seule fois, trois jours plus tôt, mais il lui avait semblé être parfaitement incompétent et imbu de lui-même.

De Mirken avait été extrêmement antipathique, mais parfaitement juste et raisonnable. Les négociations étaient dures, mais les solutions auxquelles elles aboutissaient étaient sages. Par opposition, le nouveau baron était expansif, mais désespérément obtus et dénué de bon sens.
Chanelak avait mis de précieux jours à le convaincre, par missives interposées, que les assassins de De Mirken n'avaient pas été envoyés par lui. Certes ils portaient les uniformes blancs frappés de la goutte mauve, emblème de Chanelak, mais ces uniformes avaient été volés.
Et pendant ce temps, les nains avaient assemblé une armée, et avaient menacé ce stupide baron. Les nains se préparaient et lui refusait l'aide de Chanelak !
Et aujourd'hui, les mêmes nains devaient, en ce moment même, lancer leurs premières vagues contre la forteresse du baron Braturi ? Bratuiru ? Barturui ? Non, décidément, impossible de se rappeler de son nom !
Peu lui importait en soi que la Baronnie de De Mirken tombe. Mais cela signifierait que des nains Darks menaceraient bientôt sa propre Baronnie !

Chanelak se tourna vers l'armée qui commençait à former ses lignes. Il observa ce spectacle dont il ne se lassait pas, puis se décida à rejoindre la tête de ses troupes. Une fois sur son dodo, il fit signe au messager de se mettre en route, puis éperonna sa monture en direction de l'avant-garde de l'armée.

Himuk recevrait le message d'ici trois heures probablement. Le temps que la cavalerie se mette en route, la charge aurait lieu comme prévu en fin de journée. La forteresse de De Mirken était au Nord Est de sa position actuelle, à 3 heures de marche. Il espérait avoir bien calculé ses mouvements, et si tel était le cas, sa cavalerie chargerait de l'Ouest, dos au soleil, une heure après le début de la charge d'infanterie. Il espérait ainsi prendre en étau le gros de l'armée naine.

Ses chances de réussite étaient minces : les nains étaient descendus en nombre des montagnes, et surtout, il ne savait pas si la forteresse n'était pas déjà tombée, auquel cas il n'aurait d'autre choix que de battre en retraite, laissant ce stupide baron Bartriri (?) à son triste sort. Quand il avait visité la forteresse trois jours auparavant, il n'avait pas manqué de remarquer que le mur Nord semblait encore bien fragile, ce que ne manqueraient pas également de remarquer les nains...
Et depuis, il n'avait pas de nouvelle de Bartruli (y-avait-il un « l » dans son nom ?). Les passages à travers les fontaines de mana étaient rompus, ce qui signifiait que les nains avaient pris et alimenté en cristaux Darks les 2 fontaines proches de la citadelle. Et ses éclaireurs ne parvenaient pas à lui fournir les informations dont il avait besoin !

Il ne restait plus à Chanelak qu'à s'en remettre à sa chance, et espérer que ses estimations étaient justes.

Les armures rutilant sous le chaud soleil d'été, l'armée était fin prête, et se mit en branle. Et le bel alignement de ses lignes se perdit aussitôt. Chanelak ne disposait malheureusement pas d'une armée de métier suffisamment nombreuse, et avait dû accepter dans ses rangs de nombreux gens du peuple. A vrai dire, il comptait vraiment sur cette charge de cavalerie, car c'est là qu'étaient regroupés ses vrais soldats...
Pour son infanterie, il avait dû composer avec ce dont il disposait. Le résultat était cette armée bigarrée, où dominaient certes les humains, mais qui comptait également quelques braves, nains, ou elfes, et mêmes quelques gnomes et fées, bien décidés à ne pas laisser s'installer des nains Darks comme voisins !

L'ordre d'assaut fut donné dès que la forteresse fut en vue. Le temps pressait, les défenseurs ayant visiblement fort à faire pour repousser les vagues naines.
Mais Chanelak vit bien vite que la charge avait été lancée de trop loin : les lignes s'espacèrent et perdirent le peu de discipline qu'il leur restait. Rapidement, le Baron vit se détacher un petit groupe de Braves, plus rapides que le reste de l'armée, qui heurtèrent en premier les lignes naines. Et malgré la fureur de leur charge, il furent vite dépassés par le nombre de leurs opposants.
Chanelak décida de se rapprocher du front, pestant intérieurement contre la perte de tels combattants.

Les premières lignes disparurent bientôt sous un nuage de poussière, quand elles heurtèrent l'armée des nains. Les combats se changèrent en une mêlée indescriptible, où le bruit du métal et les hurlements n'étaient dominés que par les explosions magiques qui malmenaient les combattants des deux camps.

Chanelak s'était trouvé un poste d'observation idéal, une légère butte qui lui permettait d'embrasser du regard l'ensemble du champ de bataille. Un ballet de messagers montés sur dodos s'organisait autour de lui, portant ses ordres vers le front. Après de longues minutes, il s'aperçut que le centre de son armée faiblissait : aussitôt un messager fut envoyé au capitaine des mages, avec pour ordre de porter son attention sur ce secteur de la ligne de front. Quelques minutes plus tard, des étincelles magiques lui confirmèrent que les guerriers de sa première ligne n'étaient plus des guerriers ordinaires. Chanelak avait lui-même ressenti plusieurs fois l'intense plaisir que conféraient les sorts de puissance et d'accélération. Il espérait que cela serait suffisant pour que le centre de son assaut ne soit pas brisé.

Mais que faisait donc sa cavalerie ? Humik aurait déjà dû être là. Cherchant du regard vers le Nord, il vit se profiler un groupe de cavaliers nains. Mauvaise nouvelle ! Ils se dirigeaient droit vers lui et allaient contourner la ligne de front. Il fit signe au chef des rangers Elfes qui constituaient sa garde personnelle, d'ordonner à ses hommes de tourner leurs arcs vers le Nord afin de tenter de repousser la charge. Il disposait encore de quelques minutes avant qu'ils ne soient sur lui, et il devait reporter son attention sur le gros des combats, car là aussi la situation devenait critique sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi. C'est alors qu'il réalisa que les flèches en provenance de la citadelle ne tombaient plus au milieu des nains ! Les archers humains qui garnissaient jusqu'à présent les remparts étaient peu à peu remplacés par des nains : la forteresse était en train de tomber !! Mais il n'y avait pas grand-chose qu'il puisse faire, même si certains mages semblaient avoir fait le même constat, et que plusieurs arcs électriques venaient se briser sur les murailles à intervalles irréguliers.

L'attention de Chanelak se reporta sur les cavaliers nains en approche quand les Elfes autour de lui commencèrent à tirer une pluie mortelle sur leurs assaillants. De nombreux dodos furent fauchés dans leur course, mais bien souvent leurs cavaliers se relevaient et reprenaient leur charge à pied.
Le Baron tira son propre marteau de guerre alors que les premiers dodos n'étaient plus qu'à quelques enjambées. Il accueillit le premier nain d'un violent revers qui le désarçonna. Il disparut sous les pattes de la monture du ranger Elf le plus proche, aux prises avec un nain particulièrement grand. Sans adversaire proche, l'oeil de Chanelak glissa sur le dodo de son adversaire tombé. Il remarqua tout de suite la goutte mauve sur fond blanc qui décorait la selle. Aussitôt il hurla : « Retraite ! Retraite ! »

Et tous les messagers sonnèrent le rappel. Il était inutile de gaspiller des vies supplémentaires : ces nains chevauchaient les montures de Humik. Il ne viendrait plus désormais, il était probablement déjà mort, et la bataille était perdue. Les chants des nains résonneraient dans la grande salle de la citadelle ce soir, et Bratumi, ou quel que soit son nom, n'aurait plus l'occasion de prendre de mauvaises décisions...
Sympa !

J'aime bien l'incorporation des éléments de gameplay dans l'histoire... Dans le premier texte on avait eu le droit à un assassinat, à la reconstruction d'un fort, à la gestion économique d'une région, etc.. Maintenant on a la gestion des combats, la capture d'une forteresse, les alliances, etc..

On pressent un futur politicien chez l'auteur, il a tout pour réussir : magouilles, astuces et imaginations.

La suite ! La suite ! Lasuite !
Je dois dire que j'ai un faible pour les fins abruptes... :-)

J'aime également suggérer plutôt que décrire. Et ici la retraite n'aurait pas apporté grand chose au récit. Cela aurait juste dilué la fin. Je préfère avoir une fin qui s'arrête quand le sort de la bataille est scellé, et pas laissé retomber la tension.

C'est un choix, je me suis posé la question moi aussi.

Enfin, je ne voulais pas une histoire trop longue, j'ai fait des coupes dans mes idées.

Merci pour les commentaires.

Si tu le souhaites, j'ai commencé à rédiger l'hiver. Si tu as des suggestions, elles sont les bienvenues !
j'aime toujours beaucoup, sympa aussi les petites allusions au fait qu'il ne se souvienne pas du nom du baron, ca rajoute du piment (je prends enfin le temps de lire ces histoires, c'est très agreable, je continue avec le troisieme )
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