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Prologue : à la rencontre de Natmagus, l’elfe de bois
Il fallait que je sache, même si je devais le regretter. Il fallait que je tente tout pour découvrir la vérité.
Abandonnant mes compagnons les Seigneurs Dark quelques temps, je partis vers le sud, dans la Forêts des Ombres où se cachent les elfes des bois et plus particulièrement Natmagus, le vieil érudit, tellement vieux qu’il a dû connaître Shakaar lui-même.
Comme d’habitude, alors que j’avançais, de plus en plus sûr d’avoir échappé au guetteurs des bois, je sentis la pointe d’une flèche sur ma nuque… “ Alors, Sadra Ame Sombre, à nouveau parmi nous ? Tu n’as pas supporté les températures du nord ? ”, et mes trois gardiens surgi des arbres de s’esclaffer. “ Sais-tu, cher Aydin, que tes oreilles tomberaient, brisées en milles morceaux, avant même que je ne sache qu’il fait froid ? ” maugréais-je. “ Déjà qu’elles touchent presque le sol ” se moqua Baflet, le deuxième des trois compagnons. Quelques embrassades plus tard nous partîmes vers leur camp, qui avait à nouveau changé d’emplacement.
- Est-ce votre manque de confiance en vos visiteurs qui vous poussent à changer d’endroits tous les trois mois? questionnais-je.
- Il est venu à nous un elfe noir peu recommandable, partit depuis peu à la rencontre de sa horde, alors nous nous protégeons… plaisanta Aydin.
- Des trolls se baladent dans la région et d’aill… commença Bandegan, celui qui n’avait encore pas dit un mot. Alors une volée de flèches s’abattit sur quatre trolls qui justement couraient sus à nous. J’accueillit le cinquième d’un aller-retour de ma lame gauche sur son cou.
- D’ailleurs, nous changerions quand même tous les trois ans d’endroit afin que les saisons puis les années recouvrent les blessures que nous infligeons à notre mère la terre, termina Bandegan alors que je tournais la tête à gauche et à droite à le recherche d’autres trolls.
- Ne t’inquiète pas, il n’étaient que cinq. C’est toi qu’ils suivaient depuis ton entrée dans nos bois. Sachant que nous arrivions, ils ont attaqué coûte que coûte…il ont faim, me dit encore Aydin.
D’un geste, Baflet écarta des branchages de son bras, et la cité provisoire des elfes des bois m’apparût. “ Tellement semblable et pourtant si différente de la dernière cité ” m’exclamais-je, “ magnifique… ”.
Seul ceux ayant vu une cité des bois peuvent comprendre ce que j’ai ressenti à ce moment là et bénissent Neutra de sa grâce.
Descendant un escalier avec la grâce d’un félin, la beauté faite elfes apparût devant moi en la personne d’Aglamant, la plus belle des elfes, si chère à mon coeur.
“ De retour parmi nous ou simplement de passage, Sadra Ame Sombre ? ” me demanda la belle Reine de la Forêt des Ombres.
- Bonjour, ma belle Reine, cela sera malheureusement un peu plus compliqué… Il faut que je rencontre Natmagus l’Ancien, j’ai certaines questions à lui poser.
- Natmagus ? mais tu sais comme moi qu’il peut disparaître des lunes entières sans donner signe de vie ! Autant combattre un dragon ! me dit-elle en haussant ses jolies épaules.
- C’est que cela concerne peut-être ma mère, c’est important pour moi…
- Ma Reine ! Je sais où il se cache ! cria un enfant elfe, j’apprit plus tard qu’il s’appelait Dodiwain, accourant vers nous.
C’était la première fois que je voyais un enfant elfe et penser que son enfance ne durerait même pas le centième de sa vie, par rapport au sixième de la vie d’un homme me laissa perplexe un instant…
- …cavernes des Pierres Vertes, termina le petit elfe.
- Très bien… Sadra ? Sadra ! murmura Aglamant à mon oreille, voilà où il faut te rendre.
Quelle émotion de sentir Aglamant si près de moi, et je pense que cela se ressentit, car il y eût comme un malaise parmi les personnes présentes. Mais la Reine s’en tira comme d’habitude d’une pirouette dont elle a le secret et dit : “ Aydin, Bandegan et Dodiwain, accompagnez-le là-bas, et par la même occasion, dites à Natmagus de revenir parmi nous, il faut que je lui parle. Et soyez prudents…” ne put-elle s’empêcher de préciser avant de disparaître derrière un voile cachant ses appartements.
C’est ainsi que nous partîmes, Aydin longues oreilles et Bandegan, les fiers Gardiens de la Forêts des Ombres, Dodiwain le jeune apprenti Rôdeur et moi, Ame Sombre comme ils m’appelaient là-bas, pour les cavernes des Pierres Vertes, lieu inconnu de ma personne jusque là, et que j’aurais souhaité ne jamais connaître, même pour ce que j’y ai appris.
Je compris en route que m’accompagner n’était pas la seule motivation de mes compagnons et quelques dizaines de trolls en firent de même. Que leurs camps sont faciles à trouver, qu’ils sont bêtes et méchants. Mais j’ai pitié d’eux, de leur vie de charognard et de la faiblesse de leur Ame fasse au néant qui les a emprisonnés…
Le voyage dura deux semaines. Mis à part les ronces, les chemins effacés à redécouvrir et les trolls, il n’arriva pas grand chose. Il ne nous restait qu’à mettre un pied devant l’autre et avancer.
Les cavernes des Pierres Vertes se trouvent dans les Monts du Dragon Figé, un des pics les plus élevé, ayant la forme d’un dragon prêt à s’envoler. Il est difficiles de les trouver car tous les petits vaux se ressemblent et le seul moyen, selon Aydin, de les trouver est de garder le Dragon figé toujours à sa gauche et, lorsque le soleil se couche, d’avoir la lune sombre devant soi. Ce fût Bandegan qui les trouva, bien cachées. Il ne restait plus qu’à trouver la bonne entrée parmi ces dédales de couloirs obscures et verdâtres. Nous décidâmes de camper là avant de nous aventurer dans ces labyrinthes, heureusement que nous avions emportés quantité de cordes elfique. Fines et solides, légères et longues, discrètes mais toujours visibles aux yeux d’un elfe, les meilleures cordes de Ganareth.
La nuit se passa tranquillement et quelle ne fût pas notre surprise, au matin, de découvrir un feu bien garni et du thé bouillant nous attendant. Nous nous regardâmes sans comprendre lorsque surgit de derrière un rocher un vieillard décrépi qui nous lança : “ pour des elfes, vous avez le sommeil bien lourd, gamins ! ”.
- Natmagus, crièrent en chœur mes compagnons en courant vers lui.
- Mais que faites-vous là ? Aglamant s’inquiète-t-elle du sort d’un vieux fou tel que moi ?
- Elle requiert votre présence auprès d’elle, en effet, mais nous ne savons pas pourquoi, répondit Aydin, par contre Ame Sombre souhaite s’entretenir avec vous de sujets qui le préoccupe.
- Tu n’es que de passage, cette fois-ci, et tu cherches des réponses, Sadra ? Je craignais de voir arriver ce jour, car ce n’est pas seulement ton destin que tu vas influencer, mais aussi celui de beaucoup d'autres personnes…
- Serait-il possible que vous deviniez l’avenir Sage Natmagus ? rétorquais-je, je suis à présent membre d’une guilde et ai des devoirs envers elle.
- Je connais Torwen, ton Seigneur, c’est un sage parmi les elfes noir, mais je doute qu’il vous conduise à la paix, surtout toi, Sadra. Ton cœur est amère et ta soif de vengeance au dessus de ta volonté.
- Par Neutra, je sais me maîtriser !, et c’est en finissant ma phrase que je compris… Natmagus n’eût pas besoin de répondre, le sang me montait d’autant plus qu’il avait raison.
- Sadra, reprit-il doucement, ne jure pas par Neutra lorsque tu prends position, c’est ridicule. Neutra est la déesse qui porte le mieux son nom, ne l’oublies jamais. Il va falloir que tu viennes avec moi, seul. Les autres, gardez l’entrée de cette caverne. Allons, suis-moi.
- Mais tu ne sais même pas ce que je veux te demander !
- Je le sais depuis que je t’ai vu la première fois que je t’ai rencontré, Ame Sombre.
Perplexe, je m’enfonçai dans la montagne à sa suite.
La douleur de la vérité
Sais-tu pourquoi l’on appelle ces grottes les cavernes des Pierres Vertes, demanda l’elfe des bois à l’elfe noir.
- Des pierres vertes s’y trouvent, incrustés dans la roche…, répondit l’elfe noir en ricanant. Mais l’autre leva la main et continua : “ elles possèdent une particularité intéressante, celle de faire resurgir des choses oubliées de la mémoire, mais pas n’importe quelle mémoire. Je m’explique. Si tu me raconte une histoire ici, je l’oublierai avec le temps. Mais si je reviens dans 200 ans dans un certain état d’esprit, une sorte de transe que je provoquerai, alors cette histoire ressortira mot pour mot de mes lèvres comme jadis des tiennes, comprends-tu bien cela ? Ce n’est pas moi qui vais te raconter une histoire, mais bien la personne qui me l’a racontée autrefois qui la racontera à nouveau par ma bouche.
Mais avant cela il convient de mettre certaine chose au point.
- Tu veux être payé ! s’écria l’elfe noir, scandalisé.
- Ne sois pas idiot, je veux juste t’expliquer certaines choses avant de commencer. Comme par exemple comment se fait-il que je sois au courant de ta venue ici même, aujourd’hui et quelles questions tu veux me poser.
- J’aime mieux ça, répondit l’autre en s’asseyant. Je t’écoute.
Je suppose que tu as consulté certaines archives du Seigneur Torwen, que tu y a vu le nom de Brawyn et de Cymogorn et que tu sais que certains des tiens sont partis de leur côté à la sortie des grottes ?
Souviens-toi d’abord que, si tu te souviens bien, tu n’est pas allé au nord par hasard lors de ton départ de la Forêt des Ombres, mais que c’était sur mon conseil.
Sache ensuite que lorsque je t’ai vu pour la première fois, je t’ai reconnu tout de suite, la ressemblance étant trop frappante, comme le fils de Branwyn, mais cela tu t’en doute depuis longtemps.
Sache pour finir que je sais tout de tes méfaits dans la maison de ton père, et que si tu est venu parmi nous c’est grâce à la berceuse que te chantais ta mère lorsque tu étais bébé, juste avant qu’elle ne meure…
Loin bébé, loin vers le nord,
Loin bébé, au pays des sorts
Dort bébé, dort dans les bois
Dort bébé, les elfes veillent sur toi
Etc…
L’elfe noir réprima un tremblement. Son regard se fit vide, les souvenirs affluaient en lui et il murmura : “tant de choses oubliées, jusqu’au visage de ma propre mère… ” et il se prit la tête entre les mains.
Natmagus laissa passer un moment puis continua : “ tout était fait pour que tu reviennes vers moi, pour qu’un jour tu sache l’histoire de ta mère et de sa quête, elle qui m’apprit des choses que j’ignorais moi-même. Je vais maintenant te conter l’aventure de Branwyn, l’elfe noire qui voulût tout voir et qui mourût pour son amour…”
L’elfe des bois s’agenouilla et joignit ses mains. Il commença à murmurer des mots d’une langue inconnue. La douce lumière des Pierres Vertes sembla alors attirée par le vieil elfe, convergeant vers lui et l’entourant d’un halo vert pâle. Une voix qui n’était pas la sienne sortit de sa gorge, mélange de sa propre voix et de la voix d’une personne à présent morte, celle de la mère de l’elfe noir, resurgie de la mémoire de sa petite enfance…
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