Saison 10: Ombre et lumière

 
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L’été radieu touche à sa fin, les jours raccourcissent, une brise légère fait voler la poussière du chemin. La monture de Belithiel, avance au pas, laissant sa cavalière se remémorer sa dernière visite en ces lieux. Le hameau de Catterick apparaît au détour d’un chemin, il n’a pas beaucoup changé. Les paysans sont aux champs, les échos de leurs chansons de travail, parviennent par vague aux oreilles de la thaumaturge, portés par le vent capricieux. Quelques constructions nouvelles remplacent les fermes incendiées, la palissade érigée par Belouis a presque entièrement disparue, ne subsiste que quelques vestiges moussus pour rappeler la bataille qui s’y est déroulée. La vue d’un tertre couronné d’une stèle midgardienne serre le cœur de l’avalonienne. C’est un triste anniversaire qu’elle est venue fêter. La tombe est fleurie comme celle des autres combattants tombés ces fameux jours sombres. Un cheval broute sagement dans le pré jouxtant le cimetière, signifiant la présence de son cavalier dans la petite enceinte.
Un homme en armure, un genou en terre, se recueille, appuyé sur son épée. Belithiel démonte tranquillement et laisse sa monture aller s’ébattre joyeusement avec le cheval qu’elle semble reconnaître. L’avalonienne, un bouquet à la main, tire sur les pans de sa robe et s’engage sur le chemin caillouteux. L’homme n’a pas bougé, la dame s’arrête à quelques pas, ne voulant pas interrompre ses prières.
Gaumont Campbell, le paladin est venu honorer la mémoire de son ami, le vieux général nain. Les souvenirs affluent, et rosissent le visage de la thaumaturge, le vieux guérisseur les aura tous marqué de son aura bienveillante. Les larmes jaillissent et font renifler la dame. Le paladin semble prendre conscience de sa présence mais ne se retourne pas. Gaumont se relève lentement et recule de plusieurs pas, associant de cette façon la nouvelle venue à son moment de recueillement.
L’avalonienne s’avance et dépose son bouquet, elle récite quelques prières pour les morts puis reprend sa place aux côtés du soldat de l’église.
Le highlander brise le silence.
- Je n’avais jamais très bien compris pourquoi il était venu mourir ici.
Gaumont lui avait donné rendez-vous la semaine passée. Elle s’était alors rappelé cette date, puis alors qu’il était parti, son attitude sombre l’avait troublée. Gaumont semblait tourmenté et cela ne cadrait pas avec le paladin qu’elle connaissait depuis tant d’années.
- Je crois qu’il ne s’attendait pas à mourir.
- Ce n’était pas le sens de mon interrogation.
- Ou peut être, était-ce, cela qu’il était venu chercher, une cause à défendre, et une mort de combattant, les armes à la main.
- On peut le penser. Mais je songe à autre chose. Il a tout abandonné de ce qui fut sa vie, pour venir en Albion.
- C’est très étrange, sans doute a-t-il voulu connaître ceux contre qui il s’est battu toute son existence.
- Peut-être trouvait-il son existence futile, peut être se remettait il en question.
Le ton de cette réplique fait lever les yeux de Belithiel, la dame tourne la tête vers son compagnon. Le paladin a l’air bien pénétré de ce qu’il dit. Belithiel fronce les sourcils et se demande si elle ne vient pas de découvrir une faille chez son ami.
- Quelles que furent ses raisons, elles nous ont permis de le connaître, si peu de temps que ce fut.
- Je me demande s’il a trouvé ce qu’il cherchait.
- Nul ne le saura jamais.
- Il a eu le courage de changer complètement sa vie et de s’ouvrir à d’autres choses, et d’autres gens.
Le paladin soupir bruyamment. La thaumaturge perçoit de plus en plus son malaise, Gaumont semble établir un parallèle entre le destin de son ami disparu et le sien. Belithiel ne se rappelle pas l’avoir vu aussi troublé, sauf après le décès de son épouse. Ce terrible souvenir ne fait rien pour la rassurer. La dame va pour tendre la main et la poser sur l’épaule de son ami. Un geste d’apaisement qu’elle sent devoir faire. Belithiel n’achève pas son geste, le paladin semble figé dans la contemplation de la tombe du vieux guérisseur, une aura impénétrable semble le tenir à distance. Jamais Gaumont ne lui a paru aussi inaccessible, pourtant il est là a une coudée. Son corps est présent mais son esprit est ailleurs. Sa voix tombe comme une sentence.
- C’est terminé.
Pleine d’inquiétude l’avalonienne s’enquiert.
- Quoi donc?
- La guerre, les intrigues, la justice des hommes, celles des dieux, j’en ai assez.
- Tu as connu ta part, et l’église t’a chargé souvent de lourds fardeaux.
- C’est terminé.
- Tu as toujours accompli ton devoir de façon honorable.
- Je suis arrivé au bout de mon rouleau.
Le ton résigné affole plus encore Belithiel que s’il avait été alarmiste.
- Veux-tu renoncer à l’église et retourner dans le siècle?
- Je veux trouver l’apaisement.
- Veux-tu reprendre le titre de ton père?
- Non, je vais me cloîtrer.
- Te cloîtrer?
Belithiel tombe des nues, Gaumont le chevalier sans peur, le modèle de paladin. Est-il possible qu’il soit si tourmenté qu’il songe réellement à se retirer dans un couvent?
- Ma décision est prise, je comprends enfin ce qu’a ressenti John, il a voulu voyager, se sentir libre.
- N’est ce pas un peu trop radical de se cloîtrer, te sentira-tu libre entre les quatre murs d’une cellule de moine?
- Je veux me retrouver seul face à ma conscience et le très haut.
- Que peux-tu donc avoir de si lourd a te reprocher? l’évêque Kustan...
- L’évêque Kustan a déjà accepté.
- Penses-tu à ta famille, à tes amis.
Belithiel se retient d’ajouter “à moi” tant cette réflexion lui semble inopportune et imbue d’elle-même. La détresse commence de l’envahir, est-elle incapable de retenir son ami?
- Ils ne comprendront sans doute pas, mais ils accepteront mon choix.
- Que se passe-t-il? Que t’arrive-t-il?
- J’ai besoin de le découvrir. Ma vielle amie, j’ai besoin de ton aide.
Gaumont se tourne vers la thaumaturge et lui tend son épée au fourreau.
- Trouve mon frère Marhalt et donne lui mon épée.
Belithiel répugne à prendre l’épée mais s’y résout finalement, tant elle sent l’inflexible volonté du paladin.
- Nous reverrons nous ?
La supplique, délivrée du bout des lèvres, n’attend même pas de réponse.
Libéré de son épée comme d’un fardeau, le paladin tourne les talons et semble fuir à grands pas, autant les questions que Belithiel souhaites lui poser que les réponses qu’il redoute de devoir donner.
Un paysan croise la route du palefroi lancé au grand galop et salut la dame.
- Milady Belithiel, n’est ce pas notre bon seigneur Gaumont qui s’en va à vive allure?
- Si fait.
- Pleurez-vous?
- Ce n’est que la poussière du chemin.
La thaumaturge serre sur son cœur l’épée de l‘homme qui ne l’a pas saluée, ni pour dire bonjour, ni pour dire au revoir. Lui a-t-il seulement adressé un regard?
épisode 2
Le thé doit être froid, cela fait bien longtemps que Belithiel agite sa cuiller pour dissoudre le miel dans sa tasse. Assise dans la taverne du crépuscule, elle vient de confier la décision de Gaumont à quelques amis.
Granmother imperturbable essuie sa vaisselle derrière son comptoir. Belouis, le visage fermé est assis prés de la cheminée, la mousse de sa bière est retombée, les pensées se bousculent sous son crâne. Seule Diomedre, sautille et trépigne.
- Ze m'en doutais, le pauvre paladin, à touzours vouloir l'emmener en espédition, à la cité d'Avalon. Lui qui est si bon, zamais il ne refuse d'y aller. C'est normal qu'il finisse par en avoir marre!
Belithiel avale son thé en grimaçant.
- Si ce n'était que cela, Diomedre, mais j'ai bien peur que ce ne soit plus grave.
Belouis grogne dans son coin.
- Ne dit pas de bêtises!
La petite nécrite hausse les épaules et s'essuie les mains sur son tablier avant de retourner éplucher ses légumes dans la cuisine. Les clients commencent à arriver, il n'est plus temps de discuter d'un sujet qui les a tous bouleversés.
Belithiel n'oublie pas la mission dont l'a chargé son ami. Elle a donné rendez-vous à Marhalt Campbell ce soir pour lui donner l'épée de son frère. l'avalonienne est assise face à l'entrée, et peut donc voir toutes les personnes qui entrent ou sortent de la grande salle. Granmother va de tables en tables, Belouis demeure grognon dans son coin.
Leur attente est de courte durée, la silhouette enveloppée d'un long manteau sombre du grand highlander s'encadre dans la porte. D'une démarche féline le mercenaire évite les tables et s'assoit en face de la thaumaturge. Granmother rend son salut discret au nouveau venu, et pose une chope devant lui.
Belithiel a préparé une petite explication à l'intention du frère de son ami, mais sa présence massive, et son regard scrutateur lui ôtent ses moyens. La thaumaturge se contente de faire glisser l'épée, enroulée dans une pièce de tissus, sur la table.
Le mercenaire goûte sa bière et écarte négligemment un pan de tissus, la garde ouvragée de l'arme apparaît. Marhalt blêmit et repose sa chope suffisamment brusquement pour répandre du liquide sur la table. Le grand highlander plante son regard dans celui de l'avalonienne.
- Comment mon frère est-il mort?
Belithiel rougit violemment, et comprend soudain l'ambiguïté de son attitude. Il faut vite qu'elle dissipe le malentendu.
- Votre frère n'est pas mort, et pardonnez le manque de lucidité qui m'a conduit à vous induire aussi dramatiquement en erreur. Votre frère a décidé de se retirer, il m'a demandé de vous confier son épée.
Les couleurs reviennent sur les traits du mercenaire, il reprend sa respiration et fait glisser une large rasade dans son gosier.
- Mon frère se retire?!
Cette question constatation, n'appelle pas de réponses, elle affirme juste que Marhalt prend acte de l'information qu'on vient de lui délivrer. Aussi Belithiel se contente d'observer le silence en attendant que le mercenaire prenne l'épée. Le highlander sans toucher l'arme, la regarde de façon plus intense, puis brusquement, comme pour la cacher à sa vue, la recouvre du tissus d'un geste définitif.
- Je n'en veux pas!
Belouis sursaute prés de son âtre. Belithiel ouvre grand les yeux. Seule Granmother derrière son comptoir n'a pas bronché.
- Votre frère a émis le souhait que son épée vous revienne, si vous ne la prenez pour vous, prenez la pour vos fils.
- C'est l'épée de notre père.
Prononcée comme une sentence, Belithiel ne comprend pas les implications que semble mettre au jour cette révélation.
- C'est le voeu de votre frère qu'elle vous revienne.
- Evidement vous ne pouvez pas savoir. Notre père a l'instar de son Roy, le Roy Arthur, s'est converti à la lumière. C'était une décision politique, il fallait se rallier l'église romaine et ses évêques. Le Roy voulait s'appuyer sur l'organisation efficace de l'église pour affermir son emprise sur son nouveau royaume. La coopération de l'église avait un prix, la conversion massive des seigneurs bretons et highlanders. Notre père fut le premier converti dans notre famille qui était de l'ancienne tradition. Notre grand-père ne l'a jamais accepté, il prétendait être aussi bon sujet en restant fidèles à ses croyances, que tous ces hypocrites de convertis sans foi.
- C'est une histoire ancienne, et vous savez bien que votre frère est sincère dans sa foi, et son attachement à l'église.
Marhalt ôte son gant et retrousse sa manche, un dragon celtique tatoué s'enroule autour de son poignet.
- Je ne partage ni sa foi, ni votre conviction, la question de religion demeure vive dans notre famille. L'église a instillé son venin, elle est à l'origine de l'annulation de mes premières noces. Ma première épouse a été rappelée à Rome, elle était paladine, cela ne se faisait pas.
Le ton du highlander prend de l'ampleur, Belithiel comprend qu'elle évolue en terrain miné, elle n'avait pas songé pas que donner une épée aurait pu être aussi délicat.
- Je n'ai qu'une chose à vous dire, rendez cette épée à mon frère, à défaut de lui rendre le goût de vivre.
cette déclaration s'apparente largement à une attaque personnelle, cela n'a pas échappé à Belouis qui fronce les sourcils et serre les poings dans son coin. Belithiel saisi l'intention de faire mal, mais ne comprend pas le motif de cette animosité.
- Cette conversation prend une tournure déplaisante.
- C'est déplaisant de se voir mettre en face de ses responsabilités. Si Gaumont avait un fils, il saurait à qui transmettre cette épée.
- Gaumont est veuf!
- Mon frère est assez jeune pour reprendre femme, et avoir des enfants, vous l'aimez, il vous aime, qu'attendez vous! Transmettez cette épée à vos enfants, l'église vous laissera-t-elle faire?
Belithiel voit rouge et se lève.
- Je n'ai pas de conseil en la matière à recevoir de quelqu'un qui a semé ses bâtards partout dans le royaume.
Le mercenaire a un ricanement muet, Belithiel regrette aussitôt sa prompte réaction, révélant le trouble soulevé par les propos de Marhalt.
Le highlander se lève et renfile son gant, il prend congé d'un bref hochement de tête et tourne les talons.
Belithiel reste pantoise. Belouis décroche sa rompoya du mur sous les yeux médusés de son amie. Elle craint que le maître d'arme ne se lance à la poursuite du mercenaire pour lui faire rendre gorge de ses propos venimeux. La thaumaturge pose la main sur le bras du demi-ogre.
- Je t'en prie Belouis, ne laisse pas un conflit familiale s'aggraver plus qu'il ne l'est déjà.
Belithiel pose son autre main sur l'arme tribale du maître d'arme.
Belouis inspire profondément, et remet sa rompoya entre les mains de l'avalonienne. Belithiel lui sourit. Le demi-ogre ôte alors le tissus de l'épée du paladin, l'arme brille de mille éclats dans l'atmosphère sombre de la taverne. Le maître d'arme accroche l'épée au mur à la place de sa rompoya.
Belithiel se sent comme soulagée du geste de son ami, elle vient de gagner du temps pour régler cette histoire.
- Savoir Gaumont sans arme ne cesse de m'inquiéter.
- Un paladin armé de sa foi et de son bouclier n'est jamais désarmé.
épisode 3
Andhromede la clerc est assise devant une table couverte de parchemins à la taverne du crépuscule. C’est le matin et les clients ne se bousculent pas. La jeune fille opère de savants calculs à l’aide d’un boulier tout en consultant divers grimoires et notant les résultats à la plume sur une feuille de vélin. Granmother lui a servi son bol de thé chaud sur la table à côté ainsi que plusieurs tranches de pain tartinées de miel parfumé. L’arrivée d’une grande avalonienne blonde chargée d’un lourd cabas, fait lever la tête de la jeune fille, ses yeux se mettent à briller. Andhromede embrasse la nouvelle venue et l’invite à s’asseoir à ses côtés.
- Vaanille, je travaille justement à ta garde-robe.
- Je reviens d’une expédition en Dartmoor, mon cabas est rempli de choses très intéressantes.
- Ce pauvre Golestandt, à force de piller son trésor, vous allez le mettre en colère.
- Voler un voleur ce n’est pas vraiment du vol.
- Montre-moi vite.
L’avalonienne déballe son sac tirant des exclamations d’Andhromede à chaque trouvaille. La jeune clerc inspecte les robes, pièces d’armure, armes et bijoux avec un grand ravissement. Elle déroule plusieurs parchemins et biffe d’une croix faite à la plume, chaque pièce qui entre dans la composition d’une garde-robe et qu’elle cherche depuis longtemps.
- Vaanille tu va faire des heureux, tient jette un œil sur ça.
Andhromede tend une feuille à demi enroulée à Vaanille. La thaumaturge la déroule complètement, y apparaissent des dessins et de longues colonnes de chiffres et signes obscurs.
- C’est la commande que tu m’as faite, mais si on la modifie avec la coiffe que tu as ramenée, je peux changer l’anneau qui n’est pas terrible et le remplacer par un autre, ça te permettrait de caper plusieurs résistances sans toucher à ta vitesse d’incantation et en conservant les transfos de base.
- J’aurais l’air d’une grand-mère avec cette coiffe!
- Tu veux gagner un concours de miss, ou devenir la terreur des Lurikeens?

La porte s’ouvre laissant entrer Tamaya, Leouan et Belithiel. Toutes les dames s’embrassent et s’extasient sur le contenu du cabas répandu sur une table. Granmother dispose plusieurs tasses sur une table prés de la cheminée et rempli une théière d’eau bouillante directement tirée de la marmite suspendue sur les braises. Rapidement l’artisan et sa pourvoyeuse se penchent à nouveau sur leur parchemin. Les nouvelles venues s’asseyent et se découpent des tranches de pain prés de la cheminée. Belithiel se lance après quelques minutes d’un petit déjeuner silencieux.
- C’est pour cela que j’ai pensé que tu pourrais donner l’épée à un de tes frères, vu que Marhalt se refuse à s’en charger.
Leouan s’essuie la bouche avec une serviette et avale une gorgée de thé chaud.
- Ce doit être possible, mais le seul de mes frères que je connaisse suffisamment est en garnison à Erasleigh.
- Ramors est maître d’arme, cette épée lui plairait-elle?
- Je doute qu’il ait les même réticences que mon père, ça restera une façon détournée de remplir ta mission.
Tamaya, la bouche à moitié pleine, ajoute son grain de sel.
- Ne ferais-tu mieux pas de conserver cette épée pour le retour de ton prince charmant?
- Par pitié, ne t’y met pas non plus, j’ai détesté les allusions de Marhalt.
- Sans doute parce qu’elles recèlent un fond de vérité.
- ça ne fait mystère pour personne, que le souvenir d’Arielle et votre réserve personnelle s’opposent à l’évolution de votre relation. Réserve personnelle inhérente à son statut de paladin et à la froideur de ta spécialisation magique.
- La psychologie de comptoir émanant d’une thaumaturge feu, au demeurant toujours célibataire, me laisse froide comme la g… le marbre.
Les reparties piquantes de cet échange laissent place à un silence ponctué de rires sous cape. Vaanille qui de la table d’à côté n’avait rien perdu de la discussion se lève tout à coup.
- En parlant de Marhalt.
Andhromede et Leouan se redressent à l’évocation de leur père. L’avalonienne ôte une lanière de cuir de son cou, un petit sac de cuir y est suspendu. La thaumaturge en extirpe un anneau ancien ciselé, d’une façon oubliée. La jeune femme le poses au creux de sa main et le tend vers ses amies afin que chacun puisse le voir. Dames et jeunes filles se lèvent pour observer l’objet merveilleux.
- Un anneau de force arcanique!
Cette exclamation d’une voix inconnue, fait tourner les têtes et se refermer la main de Vaanille. Les dames se tournent pour découvrir une grande highlander dans une jolie robe bourgeoise. La jeune femme leur fait une profonde révérence.
- Pardonnez-moi, je ne souhaitai pas être indiscrète, je m’appelle Nydalitha, c’est la première fois que je viens à Camelot, je ne m’attendais pas à voir un objet aussi précieux dans une taverne des faubourgs.
Granmother indique à la jeune femme une table et lui sert un petit déjeuner. Andhromede avenante la salue au nom de toutes. Leouan lui propose de se joindre à elles pour lier connaissance.
- Les tavernes de Camelot ne sont pas toujours bien fréquentées, mais Granmother sait remettre les trouble-fête à leur place et les dames n’y sont pas importunées.
- Je suppose que c’est pour cela, que l’on me l‘a conseillée.
Nydalitha s’assied sur une chaise libre en face du zinc de Granmother. Vaanille souriante range l’anneau dans son sachet et le tend à Andhromede qui s’empresse de biffer une ligne sur un parchemin. Belithiel s’enquiert poliment du but de la visite de la jeune highlander à la capitale.
- J’y viens me marier.
Les faces se font rayonnantes et les félicitations fusent. La jeune fille ne semble pas partager cette vague de joie qui déferle.
- C’est un mariage arrangé par mes parents, je ne connais pas mon fiancé, je sais juste qu’il est très riche, et aussi très vieux.
Un silence gêné s’instaure, que Belithiel tente de rompre, tant il devient pesant.
- Je suppose que vos parents pensent à votre bien en arrangeant le mariage le plus intéressant pour vous.
- Certaines pourraient épouser l’homme de leur cœur et ne le font pas, d’autres sont contraintes d’épouser le prétendant choisi par leurs parents.
Cette pique de Tamaya inaugure un silence qu’elle n’a pas souhaité et qu’elle tente de combler comme elle peut.
- Quand vous mariez-vous donc?
- Dans deux jours, je vous remercie de m’avoir invité à votre table, je vous trouve toutes très sympathiques. Je ne connais personne dans cette ville accepteriez-vous de venir à mes noces? Qu’au moins je ne me retrouve pas seule avec mon mari et ma belle-famille !
Cette proposition sincère désamorce le malaise, et la conversation va bon train sur le choix de la tenue appropriée pour ce jour important.
épisode 4
Le caquetage se poursuit et provoque maints éclats de rire. Cependant la jeune highlander cesse progressivement d'y participer, elle tripote négligemment sa tasse, le regard dans le vide. Belithiel le remarque et songe que le sort de la jeune fille est peu enviable. Nydalitha n'a pas le choix, mais peut-être sera-t-elle heureuse? Les filles ne se marient-elles pas toutes de cette façon? Se marier, cela contraint l'avalonienne à étudier son propre cas. Pourquoi ne s'est-elle jamais mariée? La réponse semble simple, mais impossible à exprimer. Si déjà elle parvenait à faire le tri dans ses sentiments, cela serait une bonne chose pour... pour tout le monde. Belithiel observe soudain que Nydalitha à fixé son regard sur un objet en hauteur derrière elle. L'avalonienne frissonne en songeant qu'il n'y a qu'un objet accroché ainsi au mur, l'épée de Gaumont.
- A quoi songez-vous Nydalitha?
- Je me demande si mon époux me laissera certaines libertés.
- Pourquoi pas, tous les maris ne sont pas des geôliers, à quoi songez-vous donc?
La jeune fille se lève et tend la main pour décrocher l'épée. Belithiel fronce les sourcils, le silence s'est fait dans la pièce.
- Je suis fille de marchand, on m'a élevée pour faire une bonne épouse. Je suis Née à Ludlow, ville prospère entourée de forêts, qui se relève à peine de son attaque par Golestandt le dragon. J'ai appris à me défendre.
Nydalitha dégaine l'épée, la lame brille, et siffle en tranchant l'air.
- De nombreuses femmes, des filles, des sœurs, des mères, assurent notre protection aux frontières et dans tout le pays. Je ne suis pas faite pour rester enfermée et servir de faire-valoir à un riche bourgeois.
- Votre mari souhaitera peut-être plaire à sa jeune épousée. Mais partir aux frontières demande une bonne préparation. La fille d'un marchand possède-t-elle cette formation?
- Pas encore mais je sais ou je pourrais l'acquérir. Connaissez-vous les compagnons archers de la forêt de Campacorentin?
Belithiel et ses amies, ont une moue complice.
- Nous en avons entendu parler.
- Ce sont des gens formidables, ils acceptent toutes les bonnes volontés dans leurs rangs, ils se dévouent à la défense des frontières et ne laissent jamais tomber leurs frères d'armes.
- Il n'est plus qu'a souhaiter que votre futur époux vous donnera son accord.
Tamaya rempli négligemment sa tasse et ajoute malicieuse.
- Une femme n'est pas femme qui ne sait se faire ob... entendre de son mari.
- Ô Tamaya, maîtresse femme, apprend nous donc tous tes secrets!
Un grand éclat de rire empli la pièce. Tamaya prend un air mystérieux.
- Mon secret ce sont les boules.
- Les boules?
- Les boules de feu!

Vaanille et Andhromede quittent la joyeuse assemblée pour poursuivre dans un atelier plus adapté leur recherche d'efficacité, et de mode vestimentaire. Granmother débarrasse les tables, quand la porte s'ouvre vivement, laissant entrer un groupe de personnes décidées. Parmi elles, deux paladines, semblent diriger les opérations. La plus grande s'adresse poliment à la tavernière.
- Bonjour madame, Je me Nomme Oraclis, paladine au service de l'évêque Kustan, nous accompagnons Maître Cosme, ici présent. Nous avons oui-dire que sa fiancé se trouvait en ces lieux.
Granmother se dresse comme un rempart au milieu de la pièce, jette un rapide coup d'œil a Nydalitha. La jeune fille se ferme, mais se lève.
- Je suis Nydalitha, la fiancé de maître Cosme.
Un vieux beau, habillé à la dernière mode bourgeoise, bouscule les paladines pour se trouver au premier rang.
- Nydalitha! Je ne tolérerai pas une minute de plus votre présence dans cet établissement miséreux! Cela n'est pas digne de la future épouse d'une des plus grosses fortunes de Camelot!
Maître Cosme jette dédaigneusement une bourse rebondie sur une table. Le rouge commence à monter aux pommettes de la demi-ogresse. Voyant l'incident pointer le bout de son nez, Oraclis se rapproche de Granmother.
- Nous vous sommes infiniment reconnaissant d'avoir pris soin de la jeune dame et d'avoir averti l'évêque de sa présence ici, nous étions fort inquiets.
Le clerc et la paladine qui accompagnent Oraclis, froncent les sourcils et échangent quelques mots en latin. Ils semblent désapprouver l'esclandre provoquer par leur encombrant compagnon. Maître Cosme de son côté, n'a d'égards pour personne, et poursuit invectives et ordres.
- Votre séjour est payé, suivez nous, quittons ce bouge infâme.
- Je prend mon bagage et je...
- Martel se chargera de votre bagage.
Le dit Martel jusqu'alors caché derrière les personnes présentes, se montre et s'incline brièvement.
- Dites moi quelle chambre, et je me charge de tout.
A la vue du garde du corps de son fiancé, Nydalitha recule d'un pas. Granmother appelle son petit-fils d'une voix forte et l'invite à accompagner le mercenaire dans la chambre de Nydalitha. Le grand maître d'arme en voyant la colère lisible sur les traits de sa grand-mère, ne réfléchi pas une seconde, il prend le mercenaire pour un nuisible et ne le lâche pas d'une semelle. Granmother prend un manteau et en couvre les épaules de la jeune fille.
- Jeune fille, vous serez toujours la bienvenue chez moi.
- Dépêchez-vous!
Maître Cosme s'attire quantité d'inimitié par sa manifestation d'impatience. Nydalitha, rouge de honte, ne songe qu'a abréger son supplice public. Elle rabat son capuchon et file droit dehors, suivie par maître Cosme. L'atmosphère devient aussitôt plus respirable. Oraclis toujours gênée, s'excuse auprès de Granmother.
- Je suis sûre qu'en temps ordinaire, maître Cosme est plus civil. La disparition de sa fiancé lui à mis les nerfs à rude épreuve. Il faut lui pardonner.
- Sa disparition?
Interroge Belithiel.
- La caravane qui la conduisait de Ludlow à Cotswold à été attaquée, elle à disparue plusieurs jours. Ce n'est qu'hier soir, que nous avons appris qu'elle était sauve dans cette auberge.
- Dame Oraclis je ne vous tiens pas rigueur de l'attitude de ce triste sire, vous et vos amis de l'église serez toujours les bienvenus dans mon établissement.
La paladine traduit en latin les propos de la tavernière, le visage du clerc et de la paladine s'éclairent, ils s'inclinent de concert devant la vielle demi-ogresse.
- Vous le savez peut-être, je rentre de Rome après quelques années d'absence. Mes compagnons, Longosguardo et Piccine la Brontolina, sont romains, ils ne parlent pas notre langue. Ils sont en mission et très curieux de découvrir notre pays.
Belithiel et ses amies se lèvent et s'inclinent poliment. Granmother sert une chope au trio.
- Benvenutti en la osteria di crepusculo.
Dit-elle a la surprise générale.
- Vous parlez latin, Granmother?
La tavernière fait mine de ne pas avoir entendu et trinque, son sourire retrouvé. Le retour de Martel, suivi de prés par un Belouis toutes griffes dehors, met fin à cette pause sympathique. Les gens de l'église prennent congé courtoisement.
- C'était quoi mamie?
- Rien, tu prends cette bourse et tu vas la donner à l'église de Saint Padraigh, pour leurs pauvres.
Le maître d'arme s'exécute.
Sitôt Belouis disparu, Belithiel se campe devant la demi-ogresse.
- C'était quoi mamie?
- La gamine à échappé à l'attaque, on me la amenée ici, j'ai prévenu les autorités, rien de plus.
- Rien de plus? Qui te l'a amenée?
- J'ai promis la discrétion.
Belithiel réfléchi un instant, puis appelle.
- Diomedre!
La petite nécrite jailli de dessous une table et se frotte les main sur son tablier. Leouan et Tamaya pouffent de rire. Diomedre dévisage tour a tour la demi-ogresse et l'avalonienne, de ses grands yeux bleus profonds. Granmother fronce les sourcils, Belithiel souri.Une lutte intérieure semble déchirer, la petite sorcière, puis elle baisse la tête.
- Ze me rappelle plus...
Granmother ri, Belithiel souri.
- Je n'insisterai pas. Il me semble que cette pauvre fille aura besoin du soutien de toutes ses amies le jour de son mariage.
épisode 5
Les cloches de la cathédrale de Camelot appellent les convives à la noce. Belithiel presse le pas, elle a pris un peu de retard. Le pavé humide l'incite à la prudence. L'avalonienne passe devant la statue du Roy Arthur en s'inclinant légèrement. Belithiel trousse sa robe en sortant du jardin, pour aborder la pente délicate qui la conduit dans la rue de la grande église. Les portes sont fermées, mais avec soulagement elle constate qu'elle n'est pas la seule à ouvrir la petite porte dans le grand battant. L'avalonienne grimace au grincement qu'elle provoque en pénétrant dans la pénombre du lieu sacré.
Elle est persuadée que tous les regards sont tournés vers elle, mais il n'en est rien. Une petite pause pour accoutumer ses yeux à la faible lueur, et la thaumaturge s'engage derrière les colonnes de pierre, à la recherche de ses amies.
Andhromede lui fait des signes discrets, elles lui ont retenu une place. Était-ce nécessaire? Il y a peu de monde dans la travée réservée aux parents et amis de la mariée. En revanche, le tout Camelot du commerce et de la finance semble s'être donné rendez-vous de l'autre côté. Si quelques pontifes de l'église ont daignés se déplacer, il n'y a aucun noble. Belithiel se glisse au milieu de ses amies, et cherche des yeux les mariés.
- Je ne suis pas trop en retard?
- Tu arrives pile-poil, on n'attend plus que les heureux élus.
- Leouan as-tu pensé à moi?
- La lettre est partie hier, mon frère devrait la recevoir sous huitaine.
- Et sous une autre huitaine la réponse, diantre, j'aurais du y aller moi-même!
- Si même il donne une réponse, il n'en a peut-être rien à fiche.
- C'est beaucoup trop long!
- Tu es pressée?
- Imagines que Gaumont...
- Oncle Gaumont s'est rasé le crâne, et s'est enfermé à l'abbaye de Vetustat, que crains-tu donc?
Le cœur de Belithiel se serre.
- C'est vrai? Tu l'as vu? Il ne t'as rien dit?
- Je n'ai pas le droit de parler aux reclus.
- Ne parles pas de lui comme ça, j'ai trop mal au cœur.
- Je ne vois pas comment en parler différemment.
La conversation s'interrompt, un petit orchestre, s'est mis à jouer. Les luths et flûtes annoncent par leurs accords joyeux le début de la cérémonie. Les têtes se tournent, curieux de voir arriver les fiancés, ou même d'apercevoir le prêtre qui va les unir. Le grand portail s'ouvre, la lumière inonde la cathédrale, les yeux se plissent, un couple franchi le seuil et avance à pas comptés dans l'allée.
La porte refermée on peut enfin distinguer les traits et les vêtements des arrivants.
- Ils sont magnifiques!
- Mais ce n'est pas Litha?!
- La maman du jeune marié n'étant plus de ce monde, c'est sa fille qui conduit son père à l'autel.
- Sa fille?! Elle a l'âge de Litha!
- Heureux homme...
- Pauvre Nydalitha...
C'est l'évêque Kustan lui même qui va officier, insigne honneur que réserve l'église au couple. Belithiel se demande ce qu'a bien pu faire Cosme pour mériter ce traitement. Le marchand est tout sourire et porte sa fierté comme un étendard. C'est son jour de gloire. La musique joue en sourdine, en attendant la fiancé.
- Qui va conduire Litha à l'autel?
- Je ne sais pas, son père est à Ludlow, peut-être un oncle ou un frère.
Sa famille n'est pas là, Cosme n'a pas voulu les attendre, l'attaque du convoi, à interrompu le trafic quelques jours, le temps de l'enquête.
- Il aurait pu remettre la cérémonie.
- Il aurait pu.
- Ce sera peut-être un paladin de l'évêque?
- Gaumont aurait été parfait.
Ajoute Tamaya.
Cette évocation, rappelle aussitôt le mariage d'Arielle et Gaumont à Belithiel, ses deux meilleurs amis dans cette même église. Le souvenir des funérailles de son amie d'enfance, lui tire des larmes. Souvenirs heureux et douloureux se bousculent dans sa tête. Tamaya consciente du froid qu'elle a jeté, pose sa main sur celle de Belithiel. L'avalonienne sourit à son amie, les yeux embués. La mariée se fait attendre, cela agace le prétendant qui hèle ostensiblement son âme damnée Martel.
Le spadassin à peine endimanché, s'est contenté de se couvrir d'un manteau aux armes de son maître. Un manteau assez pratique pour dissimuler ses lames, songe Belithiel. Martel presse le pas derrière les colonnes de pierre pour aller s'enquérir de la nouvelle acquisition de son maître. En le suivant des yeux, Belithiel remarque des visages connus. Dame Oraclis et ses amis romains sont de faction de part et d'autre du grand portail. Les récentes connaissances échangent des salutations discrètes de leur place respective. La porte grince. Une rumeur de soulagement se répand, Cosme se redresse le sourire aux lèvres. La lumière envahi l'église, une silhouette se détache et avance dans l'allée. Quelque chose ne va pas, ce n'est pas Nydalitha. Une voix forte et claire claque dans la cathédrale.
- Je m'oppose à cette union!

La stupeur provoquée, par cette déclaration tonitruante laisse la place à une agitation indescriptible. Cosme explose. Les portes se referment. Le contre-jour qui gardait le mystère sur l'intrus se résorbe.
Chacun peut admirer les traits fins du jeune highlander dressé face au monde.
- Timeo Danaos!
Lance Andhromede.
- Saisissez vous de cette racaille! Trouvez ma fiancé!
Martel fond sur sa cible. Voyant le danger, Timeo traverse l'allée principale à toute allure. Le ménestrel dépasse les filles en leur faisant un petit sourire contraint.
- Par les boules du grand feu de Satan! C'est Timeo!
- Dans quoi s'est-il fourré?
Cosme furieux se jette à la rencontre du trouble-fête, les bras écartés. Tamaya, fait grandir une boule au creux de ses paumes. Ses amies la regardent tétanisées. Belithiel retient le bras de son amie avant qu'elle ne carbonise maître Cosme. Timeo crochète astucieusement le marchand et l'envoie s'étaler dans sa corporation ébahie. Les issues sont fermées, la retraite du ménestrel est coupée. Sa vitesse et son agilité ne suffiront pas à lui éviter le lent encerclement. Hommes au service de l'église et du marchand resserre leur étau. Timeo ne peut se cacher dans les ombres.
- Il faut l'aider, ils vont l'attraper!
- Tu veux mettre la feu à la ville?
- Ils vont l'attraper!
- Que risque-t-il? Une bonne volée pour avoir agi stupidement? Ce serait mérité! L'évêque ne laisserait pas une injustice se perpétrer dans son église!
Tamaya reste encombrée de sa boule de feu, et cherche à s'en débarrasser.
- Litha sauve toi!
Hurle le jeune homme. Ce qui rappelle à tout le monde, que la fiancé n'est toujours pas là. Piccina la Brontolina met le grappin sur Timeo alors qu'il s'apprêtait à lancer un sort. La technique de la paladine est imparable, le jeune highlander est aussitôt submergé par ses poursuivants. Les gens de l'église, dame Oraclis en tête, refoulent tous les vautours accourus aux ordres de Cosme. Timeo est arraché à une foule en fureur, et extrait manu-militari de la cathédrale.
La confusion est à son comble, la fiancé a disparu, le ménestrel est voué aux gémonies. Les conclusions les plus saugrenues fusent. Les amies quittent l'église plus perplexes que jamais.
- Qu'as-tu fait de ta boule?
- Ma boule? Quelle boule?
Sifflote Tamaya en passant devant des bénitiers asséchés.
épisode 6
Les amies marchent en silence, en essayant d'analyser la situation en dehors de la fureur déclenchée par le ménestrel. Le jeune homme connait Nydalitha c'est évident. Comment l'a-t-il connue? Pourquoi vouloir interrompre ses noces? L'attaque de son convoi était-elle innocente? Qui est le mystérieux protecteur de la jeune fille? Celui qui l'a conduite à la taverne du crépuscule. Nydalitha s'est-elle enfuie? L'a-t-on enlevée? Pour quelle raison? Ça bouillonne sous les crânes. Leouan s'immobilise laissant les autres la devancer de quelques pas avant de se retourner.
- Qu'y a-t-il?
- Nydalitha est en danger.
- Elle veut juste éviter un mariage malheureux.
- Sommes nous en sûres? Convenez qu'il y a beaucoup de mystères autour de tout cela.
- Une petite enquête ne serait pas de trop.
- Je vais essayer de trouver des témoins de l'attaque du convoi à Cotswold.
Décide Tamaya.
- Je me demande si Martel est bavard devant une chope?
S'interroge Andhromede.
- Il est temps que Granmother en dise plus au sujet de ce mystérieux bienfaiteur.
Déclare Belithiel.
- Si j'ai bien compris, il ne me reste qu'a forcer la garde de Timeo pour avoir quelques éclaircissements.
Constate Leouan.
Les filles se séparent en se souhaitant bonne chance.

Tamaya vide discrètement sa chope dans la sciure du plancher de la taverne de Cotswold. La thaumaturge est décidée à employer les gros moyens pour obtenir des informations. L'aubergiste a crédit illimité pour rassasier la clientèle en son nom. Habitués et gens de passage ne se privent pas de venir la saluer, le sourire aux lèvres. L'interdiction de circuler sera levée d'ici quelques heures, il n'y a rien à faire d'autre que d'attendre à l'auberge. La Bretonne espère un retour sur investissement rapide. La foule joyeuse, en partie éméchée, est extrêmement loquace, trop loquace. Les témoins de l'incident se multiplient ainsi que les versions contradictoires. A l'origine on parlait d'un groupe décidé, qui ne s'en est pris qu'à un chariot, et s'est évaporé, leur coup fait. Nous en sommes maintenant à une attaque d'envergure, de généraux midgardiens et hiberniens, alliés dans un raid destructeur en direction de la capitale. Raid évidement repoussé par une poignée de pochtrons, à coup de canifs et de pelles à crottin. Tamaya se dit que, si l'alcool délie bien les langues, il débride aussi les imaginations. Nullement échaudée, la thaumaturge décide de changer de méthode, il doit bien y avoir quelques factionnaires pas encore trop imbibés, qui auront des choses intéressantes à dire. Tamaya quitte l'établissement sous les hourras, et marques exubérantes de satisfaction. La fraîcheur du soir donne un petit coup de fouet, à la bretonne, qui vient de passer plusieurs heures attablées dans la fumée, au milieu d'ivrognes en goguette. Tamaya dirige ses pas vers le pont de Cotswold, au loin les remparts de Camelot s'élancent vers le ciel. Le pont est gardé jour et nuit.
- Psst!
Tamaya se retourne, on vient de la héler d'un recoin sombre de l'extérieur de la taverne.
- Psst! Venez milady! J'ai des informations pour vous!
Tamaya jubile, son plan se déroule sans accrocs. Pour qu'on souhaite la rencontrer à l'écart; c'est que l'on souhaite lui faire des révélations. La bretonne tourne les regards de droite et de gauche, s'assure que personne ne la regarde, puis glisse promptement dans les ombres du bâtiment.
La silhouette fébrile l'entraîne derrière l'auberge, loin de tout témoin indiscret.
- Je vous écoute, si vos renseignements en valent la peine, il y aura une bonne récompense pour vous.
- Sale catin, tu es trop curieuse!
Tamaya sent une présence dans son dos, les deux agresseurs se ruent sur elle, leur dague luisent à la pleine lune. Sa bulle de protection se dissipe, Tamaya se concentre, les coups pleuvent déchirants ses vêtement et sa chair. L'arrière-cour de la taverne s'illumine brièvement mais intensément.
Tamaya surgit titubante dans la rue principale du village, croisant un couple de gardes en patrouille.
- Rhaa! C'est laid une femme qui boit!

La taverne du dragon noir, un lieu presque mythique pour la jeune Andhromede. C'est ici que son oncle Gaumont avait établi son quartier général, dans l'affaire de Catterick. C'est ici qu'elle a suivi Martel le mercenaire. La jeune fille ne sait comment l'aborder, mais est bien décidée à obtenir des renseignements. Le highlander s'assied dans un coin prés de la cheminée, le tavernier, lui sert à boire sans qu'il ait eu à commander. Décidée, Andhromede prend le taureau par les cornes, et prend la chaise en face du garde du corps.
- La même chose pour moi!
Lance-t-elle à l'intention du tavernier, ne quittant pas de son regard effronté, le mercenaire. Le highlander fronce d'abord les sourcils, puis détaille la jeune fille, la trouve finalement à son goût, et lui rend son sourire en coin.
- Quelle agitation ce matin à l'église, ce serait drôle si ça n'en était pas si terrible pour votre maître!
- A qui ais-je l'honneur?
Andhromede reste interdite une seconde, juste une phrase et la voilà en difficulté.
- Quelle importance mon nom? Pour vous, je puis être celle que vous voulez.
Andhromede appuie ses propos d'un regard qu'elle espère enjôleur.
- Je vois, peut-être comptez vous sur moi pour être présentée à mon maître et le consoler?
La jeune fille commence à sentir que le jeu va être beaucoup plus dangereux que prévu, elle regrette déjà de s'être lancée sans plus de réflexion dans cette affaire.
- Je peux être d'un grand réconfort, pour qui se donne la peine de me connaître. Votre pauvre patron, trahi par sa fiancé, le jour de ses noces, il doit être bien triste! La belle aurait-elle un coquin?
Le mercenaire rit doucement.
- Bien triste? Bien furieux ouais! Le vieux n'a que ce qu'il mérite, et j'espère qu'elle prend son pied en ce moment, car le réveil sera douloureux. Le vieux lui fera payer très cher son humiliation publique.
- Je gage qu'il ne doit pas être bien tendre avec vous aussi.
- Il paye bien.
- On prétend que la donzelle se serait évaporée quelques jours avant ses noces, êtes vous au courant?
Martel fronce les sourcils sans répondre.
- Pensez-vous que cela ait un rapport quelconque avec l'attaque de son convoi?
Le mercenaire se penche vers la jeune fille et lui saisi la main, comme pour lui faire une confidence.
Au lieu de cela, l'homme lui broie la main dans la sienne.
- Rappelle moi ton nom.
- Lâchez-moi!
Andhromede se débat sur son siège.
- Répond moi petite pute! Ton nom? Qui t'envoie?
La jeune fille est tirée violemment en arrière par quelqu'un qu'elle ne voit pas. Le mercenaire lui lâche la main. Andhromede se retrouve debout face à Senso le proxénète. La jeune fille est prête à lui sauter au cou, pour le remercier de la tirer d'un aussi mauvais pas. Le breton est furieux, il gifle la jeune fille sans égards.
- Petite traînée! Encore à essayer de faucher des clients à mes gagneuses!? Si je te retrouve sur mon territoire, je te surinerai le visage! Dis à ton mac que j'en aurais autant pour lui!
Andhromede fond en larme, et file sans demander son reste.
Le breton alpague le mercenaire au moment ou il tente de suivre la jeune fille.
- Reste là! Si tu veux t'envoyer en l'air, y a tout ce que tu veux ici!
- C'est qui cette fille?
- Rien qu'une petite pute! Je t'interdit de ramener de la concurrence sur mon territoire!
Quand Martel peut enfin sortir, Andhromede est déjà loin.
épisode 7
Leouan passe devant les écuries, et ralenti le pas, en approchant de la tour de garde de l'église. Elle espère que c'est bien là que Timeo a été incarcéré. La jeune femme toque à la porte, et est accueillie sans formalités dans les lieux. Dame Oraclis l'invite a s'asseoir.
- Nous nous connaissons n'est ce pas?
- Nous nous sommes rencontré le jour ou vous avez escorté maître Cosme pour ramener sa fiancé.
- Je me rappelle, quelle étrange histoire. Encore une jeune fille déçue de son mariage.
- Il n'y a que dans les contes pour enfant que la bergère épouse le prince charmant.
Dame Oraclis sourit.
- Prenez donc un peu de thé. En fait de prince charmant nous avons sous clé, un joyeux plaisantin qui prétend que la jeune fille l'aime, mais qui ne sait pas ou la trouver.
- C'est assez contradictoire, ou alors il ment.
- Je ne pense pas qu'il mente, s'il avait su les projets de la demoiselle de son cœur, il n'aurait pas fait son cirque.
- A la réflexion c'est inquiétant. Si, ni son fiancé, ni son pseudo amant ne savent ou elle est.
- Les déclarations du jeune homme sont a prendre avec des pincettes, après tout peut-être fabule-t-il?
- Je connais ce jeune homme, si je lui fais comprendre que Nydalitha est sans doute en danger, il nous dira ce qu'il sait.
- Votre visite n'est donc pas innocente.
- Rien moins qu'innocente, je me suis pris d'amitié, pour Litha, et je m'inquiète vraiment pour elle.
- Timeo restera enfermé le temps que cette affaire se tasse, je ne vous cache pas qu'on à déjà tenté de le voir, pour lui faire un mauvais parti. Pourquoi devrais-je vous faire confiance?
- Parce que vous assisterez a notre entrevue, Timeo parlera si il comprend que Litha est en danger.
La paladine invite la soigneuse à la suivre. Dans les escaliers qui descendent vers les geôles, les dames croisent Piccina la Brontolina, et Longosguardo. Après un court salut, Oraclis explique en latin sa démarche à ses amis. Les deux romains acquiescent de la tête et cèdent le passage.
- C'est curieux que vous reveniez en Albion accompagnée de ces émissaires.
- Il vont rencontrer le Roy sous peu, pour une affaire que j'estime mineure. Quand le Roy Arthur à unifié le pays, il a renversé beaucoup de roitelets locaux. Certains sont morts, certains se sont ralliés, d'autres se sont enfuis... à Rome. Même si plus aucun de ces monarques ne respire de nos jours, ils ont eu une descendance. L'un d'entre eux, à réussi à nouer des contacts avec des mécontents du règne de Kystennin. C'est une histoire banale comme il en existe beaucoup, nous doutons que ces contacts osent vraiment se rebeller un jour ouvertement. Le vrai danger est que ce prétendant, aille demander de l'aide aux vrais ennemis du royaume. Sa sainteté nous envoie aviser le Roy de ses craintes.
- Un souverain qui se ferait aider par l'ennemi ne trouverait pas de légitimité dans son pays.
Oraclis déverrouille une lourde porte, et introduit Leouan dans la cellule. Timeo git sur un tas de paille, lourdement enchaîné.
- Ce n'est pas de gaîté de cœur, mais un ménestrel a droit a un traitement spécial, nous ne connaissons que trop bien leurs capacités d'anguilles.
- Leouan?! Tu viens me faire sortir?
Leouan s'agenouille et prodigue quelques soins au jeune homme.
Hélas non! Tu as irrité un homme puissant, tu es à l'abri ici, ces dames sont incorruptibles.
- Mais je ne peux pas rester ici, le mariage va avoir lieu! Je dois empêcher cela!
- Le mariage est reporté, Litha a disparue, nous sommes très inquiets, dis nous ce que tu sais!
Timeo regarde la paladine de travers. Leouan le presse.
- Ce n'est pas le moment de tergiverser chaque seconde compte, est-elle en danger?
- En vérité je ne sais trop que penser, je vais vous dire tout ce que je sais. J'étais moi même parmi les voyageurs du convoi, c'est ainsi que j'ai fais connaissance avec Litha. Elle m'a raconté qu'elle allait se marier et nous avons sympathisé, nous chantions des chansons, enfin, c'était assez plaisant. Puis l'attaque a eu lieu, curieuse attaque, ils ont foncé sans hésitation sur le chariot de la miss. Je l'ai prise par la main et nous avons fui, personne ne nous a rattrapé. Nous sommes restés quelque jours dans la forêt, c'est un souvenir inoubliable. Puis elle a été prise de remord, elle ne voulait pas trahir la volonté de ses parents, surtout pas avant d'avoir fais connaissance avec son fiancé. Elle m'a forcé à la ramener à Camelot, et m'a fait promettre de ne rien faire, et de ne rien dire.
Timeo se mord les lèvres.
- J'ai trahi ma promesse, c'était trop dur de la voir sacrifier sa vie sur une décision de sa famille.
- Et te voilà ici, c'est étrange cet intérêt pour le chariot de la demoiselle, tu n'as rien remarqué d'autre?
- Ce n'était pas vraiment le sien, mais un chariot appartenant à son futur mari. En revanche j'ai reconnu parmi les assaillants un des frères Dyfwich. Daffyd Dyfwich, il vient d' une famille de coupe-gorge qui écume les collines de camelot.
- Nydalitha est peut-être l'enjeu d'un trafic mystérieux, ou le témoin de choses gênantes.
- Ils n'ont pas paru se soucier d'elle. Ni du reste du convoi, mis à part quelques bourses coupées et surtout le chariot en question.
- Ça ne nous éclaire pas beaucoup, mais c'est déjà une piste à explorer.
- Pensez-vous me garder longtemps?
Implore le jeune ménestrel.
- A moins que vous ne souhaitiez faire plus ample connaissance avec un certain Martel Conroy.
- Martel? C'est l'homme de confiance de maître Cosme.
- Nul doute que s'il savait que vous avez passé quelques jours et quelques nuits avec la future maîtresse Cosme, nul doute qu'il vous fasse regretter amèrement vos ébats et qu'on ne vous retrouve plus mort que vif dans un fossé.
- Il est préférable que tu restes ici Timeo. Encore une question, est-ce toi qui lui a parlé des compagnons archers de la forêt de Campacorentin?
- Oui, c'est moi, je voulais qu'elle vienne avec moi.
- Tout s'explique, si elle les a rejoint, elle sera à l'abri, Elhystan et ses amis la protégeront. Mais si elle n'est pas libre de ses mouvements, il faut agir au plus vite.
- Je peux vous aider! Je serais discret!
- Au revoir Tim!
Oraclis et Leouan, remontent les marches vers la lumière.
- Un peu... spontané votre ami.
- Très, c'est son pire défaut, agir avant de réfléchir, mais très bon cœur.
- Très bon cœur d'artichaut.

Belithiel franchi le seuil de la taverne du crépuscule avec la ferme intention d'en découdre avec Granmother. Il n'est plus temps de garder des secrets, qui pourraient mettre la jeune highlander en danger. Pour mal faire, l'aubergiste n'est pas là. Seul son petit-fils, Belouis le maître d'arme est présent, il s'entretient avec un moine qui tourne le dos à l'avalonienne. Sans prendre de gants la thaumaturge s'adresse à lui.
- Elle a disparue Belouis, elle a disparue!
Le demi-ogre blêmi, le moine se retourne, et lui demande avec des accents connus.
- Disparue? Qui a disparue?
Gaumont! Ce moine totalement rasé dans sa robe de bure, c'est Gaumont. Son ami est inquiet. Belouis, dans le dos de l'ecclésiastique fait de grands signes désespérés.
- Nydalitha, la jeune fiancé a disparue. Le jour de ses noces.
- Quelle est cette histoire? Raconte moi Beli veux-tu?
Gaumont la fait assoir, Belouis poursuit ses gesticulations. Belithiel lève les yeux. L'épée de Gaumont n'est plus accrochée au mur. Belouis fait un geste d'impuissance, en désignant Gaumont.
L'épée de Gaumont a disparue, et Belouis ne lui a rien dit. Belithiel est effondrée.
épisode 8
Gaumont sent la tension qui règne dans la pièce, il saisit cette occasion de détourner l'attention.
Quelle attention? La leur? Ou la sienne? Cette affaire de disparition qui semble les troubler tous, les rendre fébriles, il s'en empare comme une bouée de sauvetage. Ils ne doivent pas savoir, ils ne doivent pas se rendre compte. Ils ont tous été choqués à sa vue, pendant quelques secondes il s'est cru transparent, mis à jour, découvert. Ce n'était que sa robe de bure, son visage mangé par une vilaine barbe sans doute, un choc visuel. Ils n'ont rien vu, ils ne savent rien, de ce qui le tourmente, ses amis. Douleur, Gaumont se maîtrise à grand peine, Belouis vient de lui poser une main sur l'épaule. Le maître d'arme ne veut pas le broyer, c'est juste un geste amical. Mais la bure, déjà source de souffrance, ne le protège pas de ce contact déflagrant. Gaumont est assis, sinon il serait tombé, il se retient au bord de la table et reprend le dessus. Ont-ils vu? Que dit Belithiel? Belouis le regarde-t-il de travers?
- Cette jeune fille n'est donc pas reparue? Depuis combien de temps?
- La dernière fois que je l'ai vue, son futur mari l'emmenait comme une marchandise précieuse.
Gaumont reprend la maîtrise de son corps, et de son esprit, il se remet à réfléchir. Quand reprendra-t-il la maîtrise de son âme?
- Nous menons notre enquête, je devais justement avoir quelques mots avec madame Bones. A propos d'un mystérieux bienfaiteur qui l'aurait soustrait à l'attaque du convoi et conduit ici.
Les yeux se tournent vers le comptoir. La vieille dame essuie sa vaisselle, personne ne l'a vue reprendre sa place. La demi-ogresse lève un œil et prévient toute question.
- J'ai promis de ne rien dire, je ne trahirai pas ma parole.
- Il ne s'agit pas de promesse ou de parole, madame Bones. Vous avez protégé cette jeune fille en l'acceptant chez vous. En vous taisant maintenant, vous la mettez peut-être en danger. Vous ne lui rendez pas service.
- Si je pensais que je détenais des renseignements qui vous seraient utiles, ou que vous ne puissiez obtenir d'une autre façon, alors peut-être que je consentirais à mettre ma réputation de discrétion en péril. Ce que je sais, ne vous aidera pas, je ne le pense pas, et vous pourriez tout savoir par un autre biais.
- Vous nous feriez gagner du temps madame Bones, ne nous faites pas lanterner, le temps nous est précieux, et à la jeune fille plus encore. Dites nous maintenant ce que nous pourrions apprendre dans une heure.
- N'insistez pas.
L'atmosphère n'est pas joyeuse, Belouis fait signe à ses amis qu'il est inutile d'en attendre plus de sa grand-mère. Le silence règne quand Leouan fait son apparition.
- Oncle Gaumont?! Que tu es maigre!
Le highlander n'a pas le temps de répondre à sa nièce, à peine l'a-t-il embrassée que Belithiel la noie sous les questions.
- Rassurez-vous, Timeo va très bien, il est sous bonne garde, sous bonne protection même. Il ne s'est pas fait que des amis, mais dame Oraclis est vigilante.
- As-tu pu le voir? T'as-t-il parlé?
- J'y viens, c'est lui qui a conduit ici Nydalitha.
Les têtes se tournent vers la tavernière qui, imperturbable astique son zinc.
- Il était dans le convoi, il à reconnu un des agresseurs. Un certain Daffyd Dyfwich, un bandit qui sévit dans les collines.
- J'ai déjà entendu parler de lui et de ses frères.
- Ils ont agi de façon très étrange, mais rien ne prouve que c'est lié.
Tamaya à son tour rapporte les résultats de son enquête. La bretonne volcanique s'est refait une santé avant de retourner à la taverne. Son résumé est simple, les gens qui souhaitaient la faire taire, ne sont plus là pour parler. Il y a une conspiration du silence que les méthodes d'investigation de la thaumaturge n'ont pas réussi à briser.
Personne ne sourit à l'évocation des péripéties de la thaumaturge, aucune pique ne vient les commenter, comme les filles en ont l'habitude. Alors que chacun médite sur cette absence d'information qui en soit en est une, une petite créature blafarde aux grands yeux bleus sort de sous une table, le poil hérissé. Diomedre feule en regardant la porte, l'assemblée la regarde interdite. Belithiel interroge du regard Belouis. Le demi-ogre hausse les épaules et fuit le regard de l'avalonienne. Andhromede, larmoyante pousse la porte, la nécrite fonce sur le perron l'œil aux aguets, après plusieurs bonds et tours sur elle même, la petite sorcière referme la porte, l'air mauvais. Andhromede est accueillie et soutenue par ses amis, choqués de la voir aussi désemparée.
Cinq doigts rouges marquent son visage, des regards entendus s'échangent. Belouis, le visage fermé, fait craquer ses phalanges. La pauvrette ne sait que hoqueter, ses approbations ou dénégations du chef, n'éclairent en rien la situation, tant les questions fusent. Gaumont impose le silence dans la salle et ne pose qu'une question.
- Qui?
Andhromede tente de reprendre son calme, et sa respiration. Enfin un mot cohérent peut franchir ses lèvres.
- Senso...
La surprise le dispute à l'incrédulité, Senso le fléau d'Arawn leur compagnon d'aventure. Le proxénète. Belouis froid comme la mort cherche des yeux sa rompoya, c'est Diomedre qui lui apporte, les lèvres retroussées sur ses canines.
- Un criminel reste un criminel, il ne connaît rien d'autre que la loi du plus fort, je vais lui passer l'envie de frapper les femmes.
Le maître d'arme et la sorcière veulent sortir, mais Andhromede s'est levée leur interdisant la sortie.
- Non! Non! N'y allez pas, c'est ma faute!
Andhromede à l'air paniquée. Belouis la dévisage, le regard plein de commisération.
- Bien sûr, il a réussi à te faire culpabiliser, je vais lui briser les genoux!
- Non! Belouis écoute moi! Senso m'a tirée des pattes de Martel Conroy! Je me suis crue finaude, j'ai voulu l'aguicher!
Andhromede tremble nerveusement. Belouis la domine de toute sa stature de géant.
- Il a tout de suite vu clair en moi, j'étais piégée! J'ai agi sottement!
- C'est Martel qui t'a giflée?
- Non, Senso est intervenu avant que ça ne dégénère. Je m'en tire avec une gifle et de vilaines émotions. Senso a agit pour mon bien, il m'a chassée de la taverne en me faisant passer pour une fille de rien, il a retenu Martel, le temps que je disparaisse.
Andhromede s'accroche à la rompoya du maître d'arme, la détermination du géant fléchi. Diomedre à l'air de regretter que son ami se laisse détourner, elle tire sans effet sur les basques de Belouis. Gaumont achève de convaincre le géant de ne pas agir impulsivement au grand dam de la petite sorcière. Le highlander fait assoir tout le monde autour d'une table, et résume la situation pour tous.
- Nous ne savons toujours pas où est cette jeune fille. Nous ne savons pas si l'attaque de son convoi à un rapport avec sa disparition. Nous supposons qu'elle ait pu rejoindre la foret de Campacorentin, suite aux incitations de Timeo, en ce cas elle n'est pas en danger. Nous devons éclaircir l'affaire du convoi. Timeo pense avoir reconnu un des frères Dyfwich, c'est par là qu'il faut continuer. Qui dans nos connaissances connait le mieux la pègre?
Gaumont dévisage Belouis. Le maître d'arme se tasse sur sa chaise et grommelle.
- Senso.
- Nous irons voir Senso, il nous en apprendra peut-être plus sur Martel Conroy et les frères Dyfwich.
Gaumont met fin à la réunion et fixe un rendez-vous pour le lendemain. Belithiel attire Belouis prés de la cheminée.
- Je suis dans une situation impossible, que faire pour l'épée de Gaumont?
- Patienter, nous retrouverons la fille, je suis sûr que c'est elle qui a volé l'épée.
- Et puis quoi? Il verra bien que je n'ai pas donné l'épée à son frère! Je n'ai jamais menti à Gaumont!
- Tu n'es pas responsable de ce vol, je l'imputerai plutôt à Marhalt qui a dédaigné ce bien familial. Vraiment? Es-tu bien sûre de ne lui avoir jamais menti?
Le demi-ogre se penche sur l'avalonienne. Belithiel rougit et ne peut soutenir le regard inquisiteur de Belouis. La thaumaturge astucieuse, se ressaisi.
- Connais-tu Diomedre depuis longtemps?
La maître d'arme, pris au dépourvu, tique.
- Depuis tout petit, mais ne va pas t'imaginer des choses!
- Ne la trouves-tu pas bizarre par moment?
- Nan!
Le géant coupe court à la conversation et bat en retraite, Belithiel respire.
épisode 9
La taverne enfumée est bondée, la pluie battante à regroupé toute la communauté aux abris. Elhystan secoue son manteau et décrotte ses bottes sur le perron avant de s'engouffrer dans la salle principale. L'éclaireur se fait servir un laitage par le patron, et cherche des yeux ses compagnons. Ils sont autour d'une table prés de la cheminée, Elhystan joue des coudes pour les rejoindre, essayant de ne pas renverser sa boisson.
- Vous avez une place?
- Oui assied-toi, y avait une gamine mais elle est partie.
L'éclaireur pose son verre et s'assied.
- Elle a oublié son manteau.
- Elle reviendra le chercher.
- C'est confirmé, ce nigaud s'est fait arrêter par l'inquisition.
- L'inquisition?
- Les gardes du cardinal.
- Du cardinal?
- De l'évêque Kustan, les cul-béni quoi.
Les quatre éclaireurs prennent des airs de conspirateur et baissent le ton. Ils se connaissent bien, ce sont des compagnons d'arme, ils combattent ensemble pour le roy et Albion. Les dangereux combats d'avant-garde ont soudé leur amitié autant que leur goût pour la vie au grand air. Cerusi réfléchit, Archie dévisage Schuut.
- Je sens que tu va dire une connerie.
- J'ai faim.
- Pour une fois que ce n'est pas au beau milieu d'une mission.
- C'est quoi le plat du jour?
- Soupe au lard et aux oignons.
- Miam, c'est moi qui offre.
- Il s'est fait choper comment?
- Pendant la messe.
- Il est con!
- Il va à la messe?
- Il a interrompu le mariage d'un cornard.
- Le cocu devrait le remercier!
- C'est Tim le responsable de la floraison de ses cornes.
- Pourquoi que les curetons l'ont emprisonné? C'est un crime que de plaire aux dames?
- Si le cocu a le bras aussi long que ses cornes.
- Il en fera jamais d'autre.
- Les ménestrels sont des artistes.
- On se la joue comment? Frontal? Ou de dos?
- Frontal c'est ardu, y a une sacrée clique de palouf et de clercs là dedans.
- De dos ce serait le boulot de Sosh.
- Hey, on va pas égorger non plus des compatriotes!
- Va falloir ruser.
- On n'est pas sorti de l'auberge.
- Ahem!
Les quatre compagnons se tournent vers la jeune fille qui vient de toussoter pour attirer leur attention.
- Monsieur, vous avez pris ma place, par ailleurs, vous êtes assis sur mon manteau. Vous seriez bien avisé de déguerpir.
Elhystan lève de grands yeux surpris sur la jeune fille qui le toise. L'éclaireur se lève et tend son manteau à la jeune fille.
- Je vous rend votre manteau, je me serais sans doute excusé si j'avais eu affaire à une gamine plus polie.
- Rendez-moi ma place, j'y avais laissé mon manteau pendant ma courte absence, et si j'étais vous...
La jeune highlander se penche sur la table et chuchote.
- Si j'étais vous, je n'indisposerai pas un éminent compagnon archer de la forêt de Campacorentin.
La jeune fille se redresse d'un air entendu. Les compagnons se dévisagent, s'interrogeant du regard. Nul ne semble connaître ou reconnaître la fille. Elhystan le premier se lève.
- Il fallait le dire tout de suite, que vous êtes … ce que vous êtes, nous ne voudrions pas avoir des ennuis avec vos amis.
Les compagnons quittent la table et se frayent un passage jusqu'au zinc. La jeune fille s'assied et hèle une servante.
- Pourquoi on ne lui cloue pas le bec à la greluche?
- T'inquiète pas.

Maître Cosme vitupère contre Martel.
- Il faut la retrouver! Elle et les lettres!
- J'ai pourtant fouillé toutes ses affaires, il n'y avait rien.
- Elle a pu les confier à quelqu'un, ce ménestrel par exemple.
- Je fais surveiller la prison, il ne nous échappera pas, mais ça ne colle pas, s'il était au courant de quoi que ce soit, il ne serait pas venu à l'église, il croyait vraiment l'y trouver.
- Je suis perdu si les lettres tombent en de mauvaises mains.
- J'ai une autre piste, j'ai retrouvé la fille de l'autre jour, celle qui me posait des questions louches. Je vais la coincer, j'arriverai bien à la faire parler.

Belouis est effondré, croyant bien faire, il est arrivé de très bonne heure ce matin à l'abbaye de Vetustat. Il voulait ramener son armure à son ami, jugeant qu'il en aurait besoin, et ravi de l'extraire de sa retraite. Il a surpris son ami pendant ses ablutions matinales. Gaumont était penché, le torse nu, sur un tonneau d'eau de pluie. Le dos du highlander était lardé de traînées sanglantes, formant un large v démarrant des épaules et se rejoignant dans le bas du dos. Ce n'est pas le genre de blessures infligées à un supplicié, le fouet laisse des traces parallèles et horizontales. Ce sont des marques d'auto flagellation. Gêné Belouis montre son armure au paladin, conscient d'en avoir vu plus qu'il n'aurait dû. Gaumont croise le regard du demi-ogre.
- Je la porterais le jour ou j'en serais digne, peut-être ne la porterais-je plus jamais.
Accablé, le maître d'arme n'ose pas questionner le highlander. Gaumont revêt sa robe de bure et chausse ses sandales.
- Je préférerai que tu gardes le silence sur tout ceci.
Belouis acquiesce d'un hochement de tête, la mort dans l'âme. Jusqu'à cet instant, jamais il n'avait pu imaginer que Gaumont, son ami, ce fier paladin imperturbable puisse en arriver a se mortifier dans sa chaire. Quel démon chasse-t-il? Quelle faute expie-t-il?
épisode 10
Belouis pousse la porte de la taverne du dragon noir, de si bon matin il n'y a pas de clients, juste un gamin qui balaye la sciure de la veille et la remplace par de la nouvelle. Le demi-ogre s'empare d'une loque humide et se débarrasse lui même une table. Le gamin pose son balais dans un coin et allume le feu sous la marmite, il y jette des légumes et des dés de lard. Un livreur se présente à la porte, et sans un mot, dépose cinq roues de pain sur le comptoir. Le gamin lui verse une bière qu'il avale d'un trait, et part aussitôt. Le jeune garçon découpe une large tranche de pain et la pose sur la table de Belouis, puis il attend sagement qu'on lui adresse la parole. Gaumont commande du thé et du miel. Belouis complète par une chope, des œufs, de la viande froide, des pommes et des raisins secs. Tout en déjeunant, Gaumont s'étonne.
- Nous aurions pu attendre les filles, elles vont nous en vouloir.
- Je ne crois pas non.
Le demi-ogre dévisage le highlander. Gaumont prévient tout interrogatoire.
- N'attend de moi aucune réponse.
- Je n'en ai pas besoin.
- Ton attention est louable, tu agi en ami, mais je n'ai pas besoin d'une épaule secourable.
- Je n'ai rien dit, rien demandé.
- Pourquoi écarter les filles de cette enquête?
- Je ne les écarte pas de l'enquête, je les écarte de l'endroit. Leur place n'est pas dans un repaire de catins.
Gaumont soupire. Une jeune femme descend les escaliers en catimini, sa chemise de nuit laisse deviner des formes généreuses, elle disparaît dans la cuisine. Les deux amis ne l'ont pas quitté des yeux.
- Une dame comme il faut, ne se promène pas dans cette tenue en public.
- Une dame comme il faut, ne vient pas dans ce genre de bouge.
- Tu as eu raison de ne pas les emmener.
Belouis hèle la belette quand elle repasse dans la salle. La fille arrive en trottinant.
- Il est trop tôt pour travailler, revient cet après-midi si tu veux.
- Tu refuses la clientèle? Ton mac va te rouer de coups!
- De quoi je me mêle? Je pourrais être à mon compte si je voulais, je travaille comme je veux, et quand je veux! Avec qui je veux! J'ai pas de mac!
- Tu pourrais être à ton compte mais tu bosses pour Senso.
- Il bosse peut-être pour moi qu'en sais-tu? C'est mon associé, il me protège et j'ai la paix pour travailler.
- Si ça te fait plaisir de le croire.
- Si ça te fait plaisir de me prendre pour une menteuse, il y en a bien pour me prendre pour une bonne sœur.
La fille provocante dévisage Gaumont.
- Le moine aimerait que je joue du goupillon? Ce ne serait pas le premier homme d'église à qui je trousserai la robe.
- Je vous remercie, cela ne m'intéresse pas, je suis venu voir Senso.
- Il n'est pas de ce bord là, mais je connais quelques sodomites qui te plairont sûrement.
Belouis manque de s'étrangler de rire. Gaumont regarde le fond de sa tasse.
- Je te promet que je m'adresserai à toi quand j'aurais besoin de rencontrer ces personnes. Ce n'est pas pour cela que je souhaite voir Senso.
- Je me doute un peu, finissez de déjeuner tranquillement, je vais le prévenir, le temps qu'il émerge, il sera bientôt là.
La catin s'éloigne en roulant ostensiblement des fesses. Belouis surprend Gaumont à l'observer.
- Tu as été marié non?
- Oui.
- Les femmes ne te manquent pas?
- Les femmes non.
- Et l'amour? Le sexe?
Gaumont pose le couteau qui lui sert a tartiner son miel et croise le regard de Belouis.
- Ma femme est morte.
- Mais pas toi.
- Je suis... enfin j'étais paladin, j'ai fait vœu de chasteté.
- Tu es un homme, les hommes aiment les femmes, les femmes aiment les hommes.
- J'aime ma femme.
- Ta femme est morte, tu es vivant.
- Nous nous sommes jurés fidélité.
- Tu as respecté ton serment, dois-tu cesser de vivre parce qu'elle est morte?
- Je respecte son souvenir.
- Non, tu t'enferme dans ta douleur, tu t'enferme dans ta tombe, tu es un mort vivant.
- Alors je dois courir la ribaude? Cela me rendra heureux?
- Tu n'es pas heureux, tu pensais que devenir paladin, t'occuper des autres te rendrai heureux. Qu'est ce qui te ronge?
- A quoi servirait-il d'exposer un problème sans solution.
- Tu n'oses même pas affronter la vérité en face.
Gaumont rougit et s'empare de son couteau d'un geste vif.
- Cette conversation commence à me déplaire, si tu es un vrai ami...
- Comme je suis un vrai ami, je te conseillerai d'avoir une discussion avec Belithiel.
- Je t'interdit...
- Redresse la tête! Regarde autour de toi! Tu n'es pas seul, crois-tu que tes états d'âmes n'affectent personne?
- Belithiel est une amie, je ne veux pas lui imposer mon fardeau.
- Une amie? A quoi servent donc les amis?
Gaumont cogne du poing sur la table.
- On se le demande!
Le silence se fait entre les deux compagnons, chacun rumine leur conversation. Senso en chemise, vient prendre place à leur table.
- Gaumont habillé en moine? Vous venez me chercher pour aller au hameau de Catterick? Tu as maigri.
- Il fait un régime monacal. Plus sérieusement, nous venons te parler de Martel Conroy.
- Ha oui, Andhromede s'est remise? Je ne sais pas à quoi elle jouait, mais titiller ce genre de loustic n'amène rien de bon, j'ai préféré couper court. La façon était brutale mais efficace.
- Qui est ce type?
Un mercenaire sans scrupule, qui trempe dans des affaires louches, un rusé qu'il ne vaut mieux pas essayer de tromper.
- Pourquoi travaille-t-il pour maître Cosme?
- Pour l'argent?
- Pourquoi maître Cosme a-t-il besoin d'employer un tel personnage?
- On ne peut pas avoir fait fortune sans s'être fait des ennemis. Maître Cosme n'est pas réputé accommodant avec la concurrence.
- Tu as une idée en tête?
- Si j'avais les idées de maître Cosme, je serais riche.
- Un lien avec les frères Dyfwich?
- Aucune idée, les Dyfwich sont des voleurs, maître Cosme est riche...
- Un lien de concurrence?
- C'est possible, ou un lien d'affaire.
- Tu pourrais nous arranger une entrevue, avec les Dyfwich?
- C'est envisageable, mais rappelez-vous que dans le milieu, le silence est de rigueur.
- Le silence et l'appât du gain, deux grandes constantes des criminels, présente les nous, on se charge du reste.
épisode 11
Timeo se morfond, allongé, enchaîné au fond de sa cellule. Pour un être aussi vivant que lui, l'enfermement et l'isolement sont de vrais supplices. Son corps immobile laisse vagabonder son esprit vers des avenirs possibles. Des plaines herbeuses parcourues à toute allure, des murs gravis dans le silence et l'obscurité, un public conquis applaudissant sa dernière chanson. Taulard, voilà ce qu'il est devenu, un taulard. A cause de cette stupide femelle, qui n'a même pas pris le temps de lui dire qu'elle n'irait pas à la cérémonie. Lui qui pensait surgir et l'enlever sur son beau cheval blanc devant un parterre ébahi, le voilà maintenant enchaîné, claquemuré. Une étincelle s'allume au fond de son œil. Taulard... c'est la frime devant les filles! Timeo s'imagine racontant son aventure carcérale à de jeunes demoiselles énamourées. Ses vingt-quatre... heures de détention, ça ne fait pas très sérieux, il va falloir un peu enjoliver. Une chanson! Oh oui! Une chanson, pour le faire entrer dans le cercle des artistes maudits, sortir de celui des minets sirupeux, intégrer la gente intellectuelle engagée. Le sombre et dangereux Timeo, évadé des geôles royales, évadé des geôles de l'inquisition, ça claque plus! S'évader, rien de plus facile, suffit d'embrouiller la pucelle en plaques, tout à fait à la portée d'un séducteur chevronné.
Une clé tourne dans la serrure. Timeo se coule dans son rôle de l'innocence outragée. Dame Oraclis se glisse dans la cellule, un plateau de victuailles dans les mains.
- Bonjour maître Timeo, je vous apporte votre repas, votre amie Leouan à laisser une bonne bourse au tavernier du coin, pour vous faire livrer autre chose que l'ordinaire de la prison.
Timeo fait mine de se réveiller, en clignant douloureusement des yeux.
- Ne criez pas si fort. Mon dieu, n'était-ce donc pas un cauchemar?
- Je suis navrée, de vous rappeler à la dure réalité de votre emprisonnement.
- Êtes-vous un ange? Vous qui surgissez pour me tirer des ces abysses infernaux?
- Un ange? Un cerbère à tout le moins.
- Je n'oses croire qu'une telle beauté puisse servir les desseins diaboliques qui me sont contraires.
- Je vous garde, certes, mais de vos ennemis et de votre exubérance.
- Vous me gardez pour vous?! Seule à pouvoir profiter de ma présence, déniant à toute autre le droit de me voir, de me toucher.
Oraclis renifle le broc d'eau.
- J'ai pourtant interdit que l'on vous serve du vin.
- Je ne suis ivre que de vous, votre vue empli ma vie, j'ai le cœur qui bondi, je béni ce jour qui nous à fait nous rencontrer, je suis votre esclave.
- Vous êtes esclave de vos fantasmes, soyez patient, vous serez bientôt libre d'aller courtiser toutes les donzelles de la ville.
- Vous hantez mes songes.
- N'était-ce pas un cauchemar?
- Un cauchemar que d'être séparé de vous! Vous avez enchaîné mon cœur au votre, vous êtes la geôlière de mon amour.
Timeo se jette aux pieds de la jeune femme, manquant lui faire renverser son plateau.
- Vous êtes fou, arrêtez de suite.
- Je suis fou de vous, que n'ôtez-vous ces jambières dures et froides comme votre âme, montrez-moi vos jambes, douces et chaudes comme mes caresses.
- La paladine, le cœur battant, fuit hors de portée du bouillant jeune homme.
- Il suffit! Je pose votre plateau et je m'en vais.
- Non, ne partez pas, ne luttez pas contre vos sentiments!
- Je lutte pour ne pas éclater de rire, adieu jeune homme.
- Ne fanfaronnez pas, acceptez notre amour, même une paladine y a droit!
- Adieu.
La porte claque, Timeo se rallonge en sifflotant, il fait joujou avec une clé. S évader, c'est vraiment trop facile.

Belithiel arpente le plancher de la taverne du crépuscule, sous les yeux de Tamaya, et Leouan. Andhromede est postée à la fenêtre.
- Deux heures, ça fait deux heures! Que leur est-il arrivé?
- Ça ne ressemble pas à Oncle Gaumont.
- Gaumont ne se ressemble plus...
- S'il n'y avait que ça, que vient-il s'occuper de cette affaire?
- Il se cloître! Se dé-cloître! Me confie son épée, que je perd! Il traîne dans mes jupons alors que je devrais courir à sa recherche! Il va me rendre folle!
- Tu ne lui a rien dit?
- Non et je ne sais pas si je fais bien. Je ne lui ai jamais rien caché.
- Et tu crois que lui non plus?
Belithiel hausse les épaules.
- T'a-t-il dit pourquoi il s'était tonsuré?
- Non...
- Je n'en dirais pas plus.
- Tu vois le mal partout!
- Et toi tu vois le bien dans tout ce que fait ce paladin! Tu n'es pas objective!
- Je le connais depuis des années! Je sais de quoi je parle!
- Tu es amoureuse de lui, amoureuse d'un amour froid de thaumaturge glace!
- Que vas-tu inventer? Mon école de magie n'a rien à voir avec tout ça!
- Tu vois! Tu ne contestes pas les sentiments, tu te cache derrière ta magie!
- J'ai beaucoup d'affection pour lui.
- Si tu étais thaumaturge feu, tu lui aurais sauté au coup depuis longtemps, tu n'es qu'une vieille fille gelée dans ses principes!
- Tu déraisonnes complètement ma pauvre Tam!
- Sans entrer dans le débat glace-feu, je dois donner raison à Tamaya, je penses que tu te voiles la face sur tes sentiments pour mon oncle.
- Je rêve! Y a pas pire vieille fille que Tam, et je dois subir ses sentences sentimentales!
- N'essayes pas de noyer le poisson.
- S'ils n'étaient pas en retard, nous n'aurions même pas cette conversation!
- Et ça t'arrangerai bien, tu préfères rester figer dans ton incertitude plutôt que d'être fixée sur ses sentiments!
- Et quand bien même! Quel avenir aurions-nous? L'épouse paria d'un homme d'église défroqué?
- Nous y voilà!
- Je ne fais que pousser à fond ton raisonnement absurde.
- Pas si absurde.
- Tu as réussi à me rendre furieuse.
- Houla, j'en tremble!
Andhromede vient prendre place précipitamment aux côtés de ses amis.
- Les voilà! Ils arrivent avec Senso.
- Avec Senso! Ils nous ont posé un lapin!
- Ça va barder!
- Laisses moi rire.
épisode 12
Timeo n'a pas le temps de se servir de sa précieuse acquisition, que la porte s'ouvre à nouveau. Une Oraclis suspicieuse se montre. Timeo fait mine de s'intéresser à son petit déjeuner.
- Vous êtes venu vous jouer de moi? Le spectacle d'un homme en votre pouvoir vous réjoui?
- Je ne souhaites pas vous déranger, faites comme si je n'étais pas là.
- Il m'est difficile d'ignorer votre présence, votre parfum.
- Je n'en ai pas pour longtemps, je viens m'assurer que vous ne manquez de rien.
L'attitude de la jeune femme dément ses assertions, discrètement elle inspecte le sol, et le moindre recoin de la cellule. La paladine cherche sa clé, Timeo en est convaincu, intérieurement il sourit de la transparence de la jeune femme.
- Puis-je quelque chose pour vous?
- Si cela était? Le feriez-vous?
- Dites toujours!
- Je vous soupçonne d'avoir tenté de me séduire pour me dérober une clé.
- Vous me prêtez des intentions bien sombres! Douteriez-vous de mes sentiments?
- Je doute de la sincérité d'un homme qui brise le mariage d'une dame un jour et en courtise une autre le lendemain.
- La dure réalité de la vie m'a ouvert les yeux, cette fille ne m'aime pas, sinon elle m'aurait associé à sa fuite.
- Sauf si on l'a enlevée, vous avez bien des certitudes tout à coup.
- Je n'ai plus de certitude que mon amour pour vous!
- Cessez donc ce jeu cruel.
- Vous vous y connaissez en cruauté, quel crime ai-je commis pour mériter mon emprisonnement!
- C'est pour votre bien, vous le savez.
- Qui êtes-vous pour décider quel est mon bien? Libérez-moi, vous en avez le pouvoir.
- Je n'en ai pas l'ordre, rendez-moi cette clé.
- Si je l'avais en ma possession, pourquoi vous rendrai-je la clé de ma liberté?
La paladine se détourne du jeune homme, embarrassée.
- Cette clé ne vous sera d'aucune utilité, c'est une clé à usage privé.
- En ce cas, vous ne devez pas craindre que je m'en serve pour m'évader, je vous promet que si je la trouve, je vous le ferai savoir.
La jeune femme réprime un sanglot.
- Ne jouez pas avec moi, je vous sais gentilhomme. Rendez moi cette clé.
Timeo est intrigué par la détresse de la jeune femme.
- Qu'est donc cette clé pour vous? Qu'a-t-elle de si important?
- C'est la clé de ma ceinture.
- Votre ceinture?
Oraclis pousse un profond soupir.
- Ma ceinture de chasteté.
Timeo laisse tomber sa cuiller de bois dans son bol. Le ménestrel rougit jusqu'aux oreilles. Il essaye de comprendre tous les avantages qu'il pourrait tirer de la situation. Le long sanglot que laisse échapper Oraclis lui fend le cœur. Ses pensées lui apparaissent bien mesquines en regard de la souffrance qu'il inflige bien involontairement à la jeune femme. Le jeune highlander se lève.
- Pardonnez-moi, je ne pouvais imaginer une seconde la portée de mes actes, je ne cherchai qu'à fuir cet endroit.
Le ménestrel rend sa clé à la paladine. La jeune femme tourne les talons sans mot dire.
- Vous partez déjà?
- Je m'en vais à confesse.
- Oh je comprend, vous allez confesser vos sentiments pour un vaurien.
- Je m'en vais confesser un gros mensonge, fait pour abuser un vaurien, je n'ai jamais porté de ceinture de chasteté.

Gaumont expose les progrès de l'enquête dans un silence lourd de réprobation. Les piètres excuses évoquées n'ont pas convaincu les dames de leur sincérité.
- Interroger Martel Conroy, est à l'évidence hors de propos, il ne nous parlera pas, il est trop impliqué. Il nous reste à rencontrer les Dyfwich, encore une fois ce n'est pas la place des dames, je ne souhaite pas que vous nous accompagniez.
- Comme pour le rendez-vous avec Senso... La taverne du dragon noir, ne nous est pas recommandée.
- Ne le prenez pas mal, tant que nous ne savons pas où nous mettons les pieds, je préfère ne pas trop vous exposer.
- Nous avons parfaitement compris, Nydalitha est notre amie, mais vous avez décidé de n'en faire qu'à votre tête, et de nous écarter des affaires.
- Nous savons que Martel n'hésite pas à s'en prendre aux dames.
- Tu nous juges incapables de nous débrouiller? Il fut un temps ou tu t'es servi de l'auberge du dragon noir comme quartier général, et où nous y étions les bienvenues.
- Je me sens incapable de vous protéger, je n'ai pas mon armure, pas mon bouclier, et mon épée est en possession de mon frère. Vous pourriez peut-être rendre visite à Timeo.
- Nous allons lui faire une tourte farcie de limes et de scies. Tu n'es peut-être pas la personne la plus indiquée pour cette affaire. Nous ne devons pas pâtir de tes lacunes.
Les reproches énoncés platement achèvent de creuser le fossé entre les hommes et les dames.
- Je vous renouvelle mes excuses, nous espérons être de retour et vous faire notre rapport dès ce soir.
- Ce sera inutile, nous allons nous consacrer à des taches plus féminines, et bien moins dangereuses. Quand vous aurez retrouvez Litha, envoyez la donc nous retrouver au cercle de broderie que nous allons créer.
- Ne le prenez pas comme cela.
- Nous le prenons pour ce que c'est, au revoir messieurs.
Hautaines les dames quittent la réunion, devant un trio médusé.

Sur le perron, les dames ne tarissent pas d'épithètes plus colorés les uns que les autres pour la misogynie de leurs compagnons.
- Que fait-on? On ne va pas se laisser traiter de cette façon tout de même?
- La broderie, très peu pour moi.
- Nous allons retrouver Litha nous même, nous allons couper l'herbe sous le pied de ces machos. En même temps, on récupère l'épée de Gaumont et on l'accroche sur un mur chez Marhalt, il ne se rendra compte de rien.
- Tu nous accompagne Andhro?
- Non je dois retrouver Vaanille pour prendre des mesures, je suis très en retard. Mais si vous avez besoin de moi, je viens.
- Nous devrions pouvoir nous débrouiller seules, ne t'inquiètes pas pour nous.
- On passe par Camelot? Tu as des choses à prendre?
Je veux voir mon maître de magie, je voudrais qu'il m'enseigne quelques sorts de feu.
- Pourquoi le déranger? Je peux t'enseigner tout mon savoir!
- Belithiel, pourquoi ce revirement?
- Tu as entendu Gaumont? Je vais devoir apprendre à me passer d'un paladin.
L'avalonienne cloue ses compagnes sur place, elle avance à grand pas vers la capitale.
épisode 13
Gaumont applaudit en silence Belouis.
- Tu vois où aboutissent tes petites cachotteries.
- Tu aurais préféré que je leur dise que je souhaitais m'entretenir seul avec toi, à propos de ces lacérations dans ton dos?
- Tu aurais pu simplement nous éviter de nous fâcher avec mes nièces, et mes amies en m'écoutant et en renonçant à ta curiosité.
- Laisser un ami dans la détresse?
- Me ficher la paix! Tu as certainement beaucoup amélioré la situation en leur posant un lapin, nous avons été obligé de leur mentir et voilà le résultat.
Senso hausse les épaules.
- Un bouquet à chacune et ce sera réglé.
- C'est sans doute comme ça que tu traites tes « amies » Senso.
- Ça marche, mais pourquoi leur refuser de nous accompagner chez les Dyfwich? Tu accuses Belouis mais c'est ta décision.
- Je reconnais que c'est maladroit, j'aurais du saisir l'occasion pour nous faire pardonner. J'étais pris dans la spirale infernale du mensonge, invoquer le danger pour la taverne et ne pas le faire pour les Dyfwich était trop contradictoire.
- Je crois que tu es trop content de te débarrasser des filles, tu n'as pas trop envie de les voire.
Gaumont plonge le nez opportunément dans son bol, pour éviter de croiser le regard de ses amis. Belouis et Senso haussent les épaules. Ils ne saisissent pas les réticences du highlander.

Depuis plusieurs heures, les trois compagnons cheminent à cheval sur les routes des collines de Camelot. Senso leur a dit que ça pouvait être long mais l'impatience gagne. On ne trouve pas si facilement les Dyfwich, ce sont eux qui vous trouvent. Belouis dévisage sauvagement chaque passant, persuadé d'avoir affaire à un bandit, ce qui intimide les paysans et intrigue quelques gardes qui patrouillent nonchalamment.
- Ne peut-on pas aller directement à leur camp?
- Si je connaissais son emplacement, je ne m'y risquerai pas.
- On perd notre temps, jamais nous ne les rencontrerons, et ils ne nous attaqueront pas.
- Si ça peut te rassurer, nous les avons déjà rencontrés.
- Comment? Qui ça? Où ça?
- Si je te le disais, tu ne me croirais pas.
- Pourquoi ne veulent-ils pas nous rencontrer?
- Soit patient, il faut bien que l'information circule, qu'ils aillent prévenir le chef, qu'ils prépare un lieu pour discuter.
- Ils se méfient? Je croyais que tu les connaissais?
- Ce sont des voleurs, ils prennent leurs précautions.
- Que fait-on?
- On attend qu'ils nous contactent.
Une heure plus tard, un homme assis sur une branche basse, les hèle. L'homme saute à bas de son arbre et les désarme avant de leur indiquer un petit chemin broussailleux s'enfonçant dans les collines. Une courte promenade les amène dans une petite clairière où brûle un feu de bois. Un homme désarmé les invite à s'assoir.
- Bonjour Senso, qui sont tes amis?
- Bonjour Daffyd, voici Belouis, le maître d'arme et Gaumont Campbell.
- Enchanté de vous rencontrer, sire Campbell, je vous croyais paladin.
- Nous ne sommes pas ici pour parler de moi.
La repartie sèche de Gaumont fait tiquer le bandit.
- Vous souhaitez me parler, par curiosité je vous ai ménagé ce rendez-vous. Si un minimum de courtoisie vous arrache la bouche autant mettre fin à cette entrevue.
Gaumont le rouge au front, fait un effort pour ne pas sauter à la gorge du brigand.
- Je suis venu vous proposer un marché pas pour prendre le thé, ni échanger des amabilités, mais si vous voulez, je peux vous demander des nouvelles de madame et des enfants.
Belouis et Senso surpris de l'agressivité de Gaumont tentent de calmer le jeu.
- Je te remercie de nous rencontrer Daffyd, nous t'en sommes reconnaissant. Gaumont est bien paladin, il n'y a pas malice dans sa façon de s'habiller, nous ne te dissimulons rien. Il est juste en période de réclusion à Vetustat, un choix personnel dont il ne souhaite pas faire un sujet de conversation.
La tension baisse d'un cran, le bandit propose un verre pour oublier l'incident.
- Allons droit au but, que me voulez-vous?
- Tu as attaqué un convoi venant de Ludlow, pour qui? Pourquoi?
- Il y a beaucoup de gens qui s'intéressent à cette histoire, je commence à regretter de m'en être mêlé. Deux de mes hommes sont morts, pour avoir tenter de garder le secret.
- Nous pouvons verser un dédommagement pour la perte de tes hommes et pour leur famille.
- Je n'ai rien à dire.
Nous sommes là à titre privé, nous recherchons une jeune femme qui à disparu au cours de cette attaque, nous recherchons la moindre information qui puisse nous permettre de la retrouver. La prévôté de saura rien.
- Je sais fort peu de choses, j'accepte votre dédommagement.
Daffyd Dyfwich porte son gobelet aux lèvres pendant que Gaumont pose une bourse rebondie prés du feu. Le bandit la soupèse d'un air mitigé.
- C'est peu pour la vie de deux hommes. Il n'est pas d'usage de parler de ce genre d'affaire.
Gaumont pose une seconde bourse, aussi lourde que la première.
- Il est bien entendu que vous me dédommagez pour la perte subie par la famille de mes deux hommes, et que par courtoisie envers vous, je me livre à quelques confidences sur de vieilles affaires.
- Une conversation entre amis, sans conséquence aucune.
- C'était une attaque commanditée, nous avons fait un peu d'esbroufe pour donner le change, mais le client ne visait qu'une seule chose, un porte feuille dans le chariot d'un marchand.
- Rien d'autre? Pas la fille?
- Il n'a pas prétendu s'en prendre à autre chose.
- Et le porte feuille?
- Il ne contenait que des lettres cachetées à la cire, il n'y avait aucun nom de destinataire écrit dessus. Il y en avait peut-être cinq ou six.
- Et le commanditaire? Qui était-il?
Daffyd outragé repose son gobelet.
- Nous sommes entre amis, comment peux tu songer une seconde que je puisse répondre à une telle question?
Gaumont aligne une troisième bourse.
- J'ai perdu deux hommes dans cette affaire, j'estime que cet individu m'a arnaqué, ce qu'il m'a payé pour une petite affaire sans danger est dérisoire en regard de la perte de mes amis. Je ne me sens pas lié à une telle crapule.
- Son nom?
- Il ne s'est pas présenté, c'est un grand mercenaire highlander, très peu loquace, J'ai juste remarqué des initiales marquées sur ses fontes de selle.
- Des initiales?
- M.C.
- Martel Conroy.

Les trois compères sur la route du retour devisent sur les informations qu'ils ont obtenu.
- L'employé indélicat qui vole son patron...
- Tu penses qu'il a agi pour son compte?
- Ça dépend du contenu des lettres. Les Dyfwich ont réclamé une belle somme pour leur aide.
- Des lettres de change au porteur?
- Ou des informations commerciales.
- Un chantage?
- Qui sait?
- Un vrai-faux vol? Martel envoyé par son patron pour faire disparaître à l'insu de son plein gré des documents compromettant?
- C'est tordu.
- J'ai encore plus tordu. M.C un mercenaire highlander du nom de Marhalt Campbell.
- Pour en avoir le cœur net, il ne nous reste plus qu'à aller secouer Martel.
- Tu parles d'or.
Belouis fait craquer les phalanges de ses poings.
épisode 14
Nydalitha avance, le pas léger, dans la forêt de Campacorentin. Elle a tout abandonné, père, mère, frères et sœurs, mais surtout son fiancé. Elle aurait bien aimé lui dire non en pleine face et devant la foule assemblée, cette idée lui plaisait bien, mais fuir en robe longue n'était pas envisageable. Maintenant elle est libre, et Timeo a donné un sens à sa vie. Elle n'est pas amoureuse de ce nigaud, mais grâce à lui, elle sait où aller, vers qui se tourner. Elle veut se fondre dans la communauté furtive d'Albion, participer à la défense du pays et savourer la solidarité des frères d'arme. La réputation des compagnons archers n'est pas surfaite, elle a pu constater elle même l'effet produit sur les gens quand elle se réclame d'eux. Elle aime sentir le regard des personnes qui comprennent qu'ils ont affaire à une femme libre et dangereuse. Il ne reste plus qu'à les trouver et se faire accepter d'eux, la partie la plus facile de son plan. Après tout elle a toute les qualités requises et bien d'autres encore. Ça a été un jeu d'enfant de quitter sa famille et son promis, mais tant qu'elle n'aura pas rejoint les compagnons archers, elle craint que Cosme ne la retrouve et lui fasse payer cher le mauvais tour qu'elle lui a joué. Ses pas, sur la grand route qui traverse la forêt, la conduisent vers Caer Ulfwych, capitale occulte des forestiers. Nydalitha presse l'allure, les hauts arbres, assombrissent la lumière du jour, et le moindre craquement de la forêt lui fait lancer des regards suspicieux. Il ne fait pas de doute que de sombres créatures habitent le sous-bois, et la jeune highlander n'a rencontré qu'une seule patrouille de gardes forestiers depuis ce matin. L'après-midi tire vers sa fin, elle aimerait passer la nuit, à l'abri dans le relais de la forêt. Un craquement plus sinistre que les autre la fait sursauter et se retourner. Rien, que les arbres et le tapis d'aiguilles de pin qui couvre le chemin. Nydalitha s'immobilise et coupe sa respiration, pour mieux percevoir le moindre son. Ses yeux sont à l'affut, espérant repérer un danger avant qu'il ne surgisse. Rien. La jeune fille rabat son pan de cape gauche derrière son épaule, la dague de sa ceinture clairement visible. Elle se veut vigilante et dangereuse. N'est-elle que craintive et tremblante? Elle reprend son souffle et tente de calmer les battements de son cœur. Vraiment rien, elle se décide enfin à reprendre sa route. Horreur, une silhouette sinistre lui barre la route à quelques mètres à peine. Un homme revêtu d'une grande pèlerine, maintient dissimulés ses traits, dans une ombre menaçante. Comment est-il là? Pourquoi ne l'a-t-elle pas vu, ni entendu? Elle est pourtant sur ses gardes, les hommes de Cosme l'auraient-ils si vite retrouvée? L'homme ne bouge pas, ni ne dit rien. Il lui barre simplement le passage, horrifiée elle se rend compte qu'elle n'aura pas le cran de poursuivre sa route. Il lui est impossible de songer à passer prés de lui, il est un obstacle infranchissable. Courir, courir le plus loin et le plus vite possible, se retourner et fuir. La jeune femme fait volte-face, prête à piquer un sprint. Un autre homme lui coupe la retraite, presque son jumeau, même taille, même façon de s'habiller, même immobilité. Nydalitha est cernée, la route lui est interdite, la jeune fille dégaine sa dague ostensiblement. Elle défie du regard ses adversaires, n'osant leur tourner le dos trop longtemps, combien peuvent-ils être? Avant qu'elle ne soit définitivement coincée, la jeune highlander bondit hors du chemin et s'enfonce dans la forêt sombre dans un tonnerre de branches cassées et de plantes foulées. Il semble que personne ne la suive, mais est-ce bien sûr?

Sur le chemin, Archie ôte sa capuche, et franchi les quelques pas qui le séparent de Cerusi.
- Jolie foulée.
- Mais zéro pour tout le reste. Elle n'a rien capté.
- Elle a la gueule plus grande que les bras.
Schuut sort des ombres, occupé à se couper une rondelle de saucisson.
- Et elle n'est pas la seule.
- J'ai faim, qui veut du sifflard?
- Envoie.
Elhystan tend l'oreille, et suit à distance la fuite de la jeune fille. Un bruit sourd et un juron lui apprennent que Nydalitha vient de se prendre les pieds dans un tapis de ronces.
- On va la chercher?
- Non, t'inquiètes pas elle va revenir toute seule.
Schuut est interrompu dans sa distribution de rondelles par un hurlement de terreur. Les éclaireurs portent le saucisson à leur bouche et bandent leurs arcs. Nydalitha traverse la route comme une folle à une cinquantaine de mètres plus au sud. Les archers la voient disparaître dans les arbres, poursuivie par deux araignées géantes. Les flèches fusent, les araignées tombent. Les compagnons baissent leurs armes, et recrachent les peaux de saucisson.
- Y a quoi de ce côté?
- Des ogres, si je me rappelle bien.
Une petite gorgée prise à la gourde que fait passer Cerusi, et un nouveau cri de terreur retenti. Le bruit de la végétation foulée, leur fonce droit dessus. Archie, Cerusi et Schuut bandent leur arc, Elhystan brandi son bouclier. Nydalitha jailli de la forêt comme un diablotin de sa boîte. Poursuivie par des ogres, elle se trouve face à quatre forestiers pointant leurs flèches vers elle. La jeune fille se sent perdue, dans un geste de désespoir, elle décide de vendre chèrement sa peau, elle fonce dague en avant vers les archers. Miraculeusement, elle échappe à tous les tirs qui lui sifflent aux oreilles, Nydalitha ne compte pas survivre, mais au moins entraîner un de ses agresseurs avec elle dans la mort. Elhystan met fin à tous ses espoirs d'un solide coup de bouclier. La jeune fille percutée de plein fouet recule de plusieurs mètres sous l'impact. L'éclaireur la soulage de sa dague et encoche une flèche. C'est la fin. Une volée de flèche part. Des ogres tombent, les archers n'ont pas bougé d'un pouce. Nydalitha est vivante, elle se remet lentement du choc, se relève et vérifie qu'elle n'a rien de cassé. Plusieurs Ogres gisent sur la route, les éclaireurs récupèrent leurs flèches. La jeune fille reconnaît les hommes de la taverne, quelle sotte. Sans aucun doute possible, ce sont des compagnons archers de la forêt de Campacorentin.
- Merci messieurs, vous m'avez sauvée, je me rend compte combien j'ai été ridicule.
Les éclaireurs ne lui répondent pas, ils ne lui adressent même pas un regard.
- Veuillez accepter mes excuses, pour mon comportement de l'autre jour. En vérité c'est vous que je cherche. Vous êtes des compagnons archers?
Toujours le même mutisme, ils rangent leurs flèches et rabattent leur capuchon sur la tête. Ils se mettent en route en file indienne vers Caer Ulfwych. Nydalitha leur emboîte le pas.
- Je veux vous rejoindre, je veux me battre pour le Roy.
- Tu es des highland.
- Et alors?
- Trop grande, trop lente, trop bruyante.
- Timeo est highlander!
- Il est ménestrel.
- Tu connais Timeo?
- C'est lui qui m'a parlé de vous.
- Trop bruyant! Trop bavards ces fichus highlander! Tu es ménestrelle?
- Non, mais je sais tirer à l'arc!
- Ne serais-tu pas la fille à cause de qui Tim est en prison?
- En prison?
- C'est toi qui t'es enfui le jour de tes noces?
Nydalitha rougit, et reconnaît les faits.
- On a voulu me marier contre mon gré. Je ne pensais pas que Timeo serait jeté en prison. Mon fiancé est un homme riche et puissant, il doit être responsable de cela. Il doit me rechercher aussi.
- Contre son gré! C'est comme ça qu'on marie les filles! Et même les gars!
La jeune fille tourne les talons, en pleurant.
- Où vas-tu?
- Me marier, pour faire libérer Timeo!
Les compagnons archers s'arrêtent et se consultent du regard. La jeune fille s'éloigne. Les archers la rattrapent, Elhystan lui tend sa dague.
- Tiens tu aura besoin de ça.
- Merci.
- Et de ça aussi.
L'éclaireur lui fourre un arc dans les bras.
épisode 15
Vaanille s'inquiète du retard d'Andhromede, elles avaient rendez-vous mais la jeune soigneuse n'est pas encore là. Granmother Bones lui sert une nouvelle tasse de thé, tandis qu'elle étale sur la table d'autres trésors trouvés en Dartmoor. Ses expéditions dans cette contrée lointaine et dangereuse, ainsi que son partenariat avec la jeune artisan lui sont très profitables. Dame Oraclis, l'air soucieux entre dans la taverne du crépuscule, la paladine salue les clients et va s'accouder au comptoir. La vieille demi-ogresse s'approche pour la servir, quand la bretonne pose bruyamment un objet circulaire sur le zinc.
Le plateau pèse très lourd et fait s'arquer les sourcils de la tavernière.
- Que puis-je pour vous?
- Vous ne reconnaissez pas cette tarte?
La vieille se penche sur la pâtisserie et la renifle.
- Non, je devrais?
- Diomedre votre commis, prétend que c'est un gâteau de votre part pour Timeo.
La bretonne extrait une part de tarte déjà tranchée. Une lourde lime sert de garniture entre deux épaisses couches de pâte. Le rire de la demi-ogresse déclenche celui des autres témoins de la scène.
- Ce n'est pas de ma part, mais je reconnais là, la main de Diomedre.
- C'est assez ennuyeux, je n'ai pas fait de rapport, je comptais sur vous pour la raisonner. En d'autres circonstances, ce pourrait-être considéré comme une complicité d'évasion.
- Je vous promet de lui parler, mais vous savez Diomedre, n'est pas tout à fait comme nous, elle vit dans son monde à elle.
- Elle est nécrite?
- Oui mais ce n'est pas une nécrite comme les autres, elle est très immature par certains aspects, un peu sauvage. Tout en étant une petite personne très charmante.
- Qui a son charme.
Corrige Vaanille.
- je peux lui faire admettre qu'elle ne doit plus rien envoyer à Timeo, mais elle ne comprendra pas pourquoi.
- Je vous remercie d'essayer.
- Le plus simple serait de libérer Timeo.
- J'y songe, l'affaire à l'air de se tasser.
- Il ne vous donne pas trop de fil à retordre?
- Je crois que je l'ai vexé, je crains le pire, c'est pour cela que je passe tout au crible.
- Il n'y a pas que de Dio dont vous devriez vous méfier.
- Si je croyais qu'il serait mieux dehors, je le relâcherai tout de suite.
- Que risque-t-il? Une bonne volée? Il l'aurait méritée, il s'est conduit inconsidérément.
- Il pense avoir bien agi, il est un peu fleur bleu à ce qu'il me semble.
- Il vous a embobiné.
- Sûrement pas, mais je n'aimerai pas qu'on lui brise les doigts, Martel Conroy me semble capable d'estropier un ménestrel par plaisir.
A ce nom Vaanille semble prise d'un mauvais pressentiment.
- En venant n'auriez-vous pas vu Andhromede? Elle devait me rejoindre. Elle a eu quelques mots l'autre jour avec Martel Conroy, je m'inquiète de son retard.

Andhromede sort en trombe de chez elle, elle n'a pas vu l'heure passer, penchée qu'elle était sur son travail. Vaanille ne dira, rien mais elle déteste les gens en retard. Flûte que veux donc ce sale gosse?
Son frère tombé du toit? Tant pis elle sera en retard, pauvre gamin. Par la main, l'enfant la conduit dans une venelle sordide, ciel, où vont donc jouer les mioches de nos jours. La ruelle est encombrée d'ordures et empeste l'urine, les hauts murs qui la cernent, empêchent le soleil de jamais éclairer l'endroit.
- Où est ton frère?
Le gamin détale, à l'issue de la ruelle un homme lui lance une piécette. Cette démarche, Martel Conroy, bien sûr. Andhromede fait demi-tour et essaye de quitter les lieux avant qu'il ne la rattrape.
Peine perdue, l'autre extrémité du passage est bloqué par deux crapules goguenardes. Il ne lui reste plus qu'à faire face.
- Mademoiselle Andhromede Campbell!
- Monsieur Martel Conroy.
- La fille de Marhalt Campbell, que nous vaut donc l'intérêt que vous nous portez?
- Je suis aussi la fille de Lydlus Ombre, je vous garanti un mauvais sort, si vous ne vous écartez pas immédiatement.
- Vous pouvez toujours pleurer votre maman ma pauvre chérie, ne vous gênez pas. Je ne vous lâcherai pas tant que vous n'aurez pas parlé.
- Qu'aurais-je bien à vous dire?
- Pourquoi votre père vous a-t-il envoyé nous espionner?
- Vous vous méprenez, mon père n'a pas besoin de moi pour ce genre d'affaire, surtout pour ce genre d'affaire. C'est à titre personnel que j'agissais, je cherchai des informations pour retrouver Nydalitha.
- A d'autres, qui pourraient bien s'intéresser à cette sale gosse pourrie gâtée.
- Votre patron peut-être? Ou ses amies!
- Ne jouez pas à la plus fine, parlez tout de suite. Cela nous évitera de perdre du temps, vous et moi, car de toute façon vous parlerez!
- Je vous ai dit tout ce que je savais! Je n'ai rien à ajouter! Que je sois la fille de Marhalt n'est qu'une coïncidence, vous en tirez des conclusions tirées par les cheveux mon pauvre ami, vous frisez la paranoïa!
- Je comprend, vous avez, ce qu'on appelle de l'honneur, et aussi ridicule soit-il, cet honneur, vous empêche de me parler librement. Je vais vous aider, je vais vous libérer du poids de cet honneur. Le terme exact est « déshonorer » je crois. Quand je vous aurais déshonorée, plus personne ne pourra vous reprocher d'avoir parlé.
Martel et ses hommes se rapprochent dangereusement.
- Si vous m'accusez de quoique ce soit, j'ai des témoins, ne vous êtes-vous pas jeté à ma tête l'autre jour? En réalité, c'est ce que vous cherchiez. Les gens diront que vous l'avez trouvé.
- Vous êtes fou ma mère va...
- Je ne suis pas certain que votre mère vous croie, ce sera ma parole contre la votre. J'ai des témoins. Je n'ai peur ni de votre père, ni de votre mère.
Martel se saisi de la main d'Andhromede, ses hommes se ruent vers eux. La jeune fille hurle, mais est bientôt muselée, entravée, jetée au sol. Les hommes rient grassement en troussant son kilt et en lui caressant les cuisses.
- Tu a eu tord de nous faire attendre ma pauvre chérie.
Une ombre passe l'angle de la ruelle, le gamin de tout à l'heure les pointe du doigt.
- Dégage! Tu n'as plus rien à faire ici!
Le gamin saisit une pièce au vol et disparaît. Oraclis et Vaanille s'encadrent dans l'entrée de la ruelle. Les lames jaillissent, les bandits se précipitent sur la paladine et la thaumaturge glace. Les lueurs de la magie glaciale éclairent la venelle comme elle ne l'a jamais été. Les ordures volent, les lames heurtent le bouclier. Les hommes de main peu fiables sont les premier à fuir, Martel pris dans l'étreinte implacable de la paladine subit la magie jusqu'à son dernier souffle.
épisode 16
Granmother explose, elle vient juste de tomber sur une petite créature velue détalant dans sa cuisine.
- Diomedre!
La vieille demi-ogresse soupçonne sa protégée d'accueillir une faune clandestine dans son établissement. La petite nécrite est absente, se cache-t-elle? Les cris de la tavernière demeurent sans écho. Gaumont et Belouis saluent la vieille dame, qui les remarque à peine. Le highlander, le visage figé dans un masque de réflexion douloureuse, ne répond pas à son ami.
- Nous n'y pouvions rien, comment aurions nous pu savoir, ce n'est pas ta faute.
Les deux amis ont appris l'agression qu'a subit Andhromede, le paladin accuse très mal la nouvelle. Il se sent coupable d'avoir écarté les filles de l'enquête, il aurait du les garder prés de lui pour les protéger.
Granmother prend un balais et retourne dans sa cuisine bien décidée à exterminer la vermine.
- Diomedre! C'est à toi cette satanée bestiole? Rappelles toi! J'avais dis, pas de bestiole en cuisine!
La vieille est furieuse, Diomedre ne se montre pas. Les cris de la tavernière fond trembler les murs. Gaumont relève les yeux.
- Il faut exterminer la vermine, j'ai trop tergiversé, par ma faute Andhromede à été agressée.
- Ce n'est pas ta faute!
- Si j'avais été présent, si j'avais agi comme il convient, cela ne serait pas arrivé. J'ai failli. Mon introspection égoïste, à mis mes amis, ma famille en danger.
Le maître d'arme se rappelle ses propres moments de faiblesse.
- Nous avons tous nos moments de doute.
- Pas moi, je n'y ai pas droit, je suis un paladin. La réalité me rappelle cruellement que chaque fois que je n'assume pas mon rôle, l'ennemi est là pour nous frapper.
- La petite s'en sort sans égratignure, juste un peu choquée.
- Elle aurait du être avec nous dans les collines avec les bandits. Cela ne se reproduira plus.
Gaumont précède le demi-ogre jusque sa chambre. Le highlander dénoue sa ceinture et fait tomber sa bure au sol.
- Aide moi à enfiler mon armure, nous allons trouver les filles et partir pour la forêt de Campacorentin.
Le maître d'arme s'exécute non sans un certain plaisir. Pourtant il craint que cacher les lacérations sous une plaque d'acier ne soit pas une solution. La faille demeure en Gaumont, aucune armure ne peut l'en protéger. Le paladin achève de se sangler et fait crisser les gantelets de métal.
- Mon épée?
Belouis regarde son ami en fronçant les sourcils.
- C'est vrai, où avais-je la tête. Prête m'en une en attendant que mon frère me la rende.
Le maître d'arme tend son épée sans dire un mot.
En salle les deux amis croisent Diomedre, sale comme un peigne, on la croirait tout droit sortie d'une cheminée. La petite sorcière entend Gaumont dire à Belouis de réunir les filles pour partir à la recherche de Nydalitha dans l'heure.
- Si vous croyez qu'elles vous ont attendu pour azir! Elles sont parties ce matin!
Gaumont apostrophe Diomedre.
- Où ça?
- Pour la forêt de Campa!
- Tu n'es pas avec elles?
- Z'avais des choses à faire!
Des hurlements et bruits de casseroles renversées dans la cuisine témoignent de la lutte acharnée que mène la tavernière contre l'invasion des indésirables. Diomedre semble soudain inquiète et fonce derrière le comptoir. Gaumont prend la porte, Belouis dans son sillage.
- Je file voir si Andhro est en sécurité, passe prendre des chevaux à l'évêché, tu prends les meilleurs en venant de ma part.
- Je passe prendre Senso, il m'a demandé de le prévenir si nous partions.
Diomedre entre en hurlant dans le laboratoire de Granmother.
- Nan mamie! Nan mamie! Tuyes pas mes topines! Tuyes pas mes topines!
- Dio?!
Granmother Bones découvre une Diomedre crasseuse au possible, qui se jette à quatre pattes sous les meubles pour ramasser des petites créatures craintives.
- Elles m'ont aidées, faut pas les tuyer!
- Tu es dégoutante ma pauvre fille! D'où viens-tu? Tu ne peux pas rester dans cet état dans ma cuisine!
La vieille laisse la sorcière récupérer ses bestioles.
- Allez hop, à la marmite!
- Nan faut pas manger mes topines!
- Je ne vais pas les manger, la marmite c'est pour toi! Faut te décrasser, tu ne peux pas travailler pour moi si tu n'es pas propre! Et débarrasse moi le plancher de ces horreurs.
- Je vais les ramener chez elles!
- Dépêches toi et reviens vite me dire où tu t'es salopée comme ça!
- Z'étais aux cratacombes!

Prés de l'évêché, Belouis croise une patrouille de gardes en alerte, menés par dame Oraclis. La paladine interroge le demi-ogre.
- Vous n'avez pas vu Timeo?
- Timeo? Non, vous l'avez libéré? Martel Conroy disparu, vous n'avez plus de raisons de le retenir!
- Nous allions le libérer, mais le voyou s'est évadé!
Belouis éclate de rire.
- Évadé? Une de vos jeunes recrues a succombé à ses charmes?
- Ne vous moquez pas, il est maintenant coupable d'évasion!
- Vous n'auriez pas dû le retenir contre son gré, comment s'est-il évadé?
- Il à eu des complicités, des amis ont creusé un tunnel jusque sa cellule.
- Un tunnel?
- Un tunnel creusé à partir des catacombes.
- Les égouts du paradis.
- Un trou de taupe géante.
épisode 17
La petite compagnie furtive progresse en petite foulée dans les plaines de Salisbury. Nydalitha peine à suivre le rythme. Les compagnons agissent toujours de concert et sans prévenir, ce qui la déroute beaucoup. Comme les conversations, qu'elle ne comprend pas. C'est comme s'ils reprenaient une discussion interrompue plusieurs heures plus tôt, ou que par inadvertance ils poursuivaient une conversation télépathique de façon orale. Les bribes de paroles lui semblent obscures et découlent d'une longue habitude de vie commune plus que d'une volonté de l'écarter. Les compagnons l'ont intégrées et prennent pour acquis qu'elle les comprenne, ce qui est loin d'être le cas. La petite bourgeoise rebelle apprend à la dure, le mode de vie des soldats de l'ombre. Les tertres et cercles de pierre, leur rappelle l'ancienne religion. Les plaines sont parcourues de multiples dangers. La sinistre Stonehenge n'en est pas le moindre. Du sommet d'une butte, les compagnons en aperçoivent les pierres dressées. De la colline suivante, un nuage de poussière s'élève. Un groupe de cavaliers fonce à leur rencontre, sur la route sinueuse. Nydalitha est seule, que se passe-t-il? Les cavaliers, à un jet de pierre, ont démonté. Un éclat lumineux en leur provenance lui cause un léger malaise. Litha encoche une flèche, et bande son arc. Les intrus courent dans sa direction, elle ne les voit pas vraiment, elle les devine, elle est incapable de fixer son attention sur eux. La jeune femme comprend qu'elle est victime d'un maléfice, ses amis ont senti le danger et se sont fondu dans les ombres. Litha prend ses jambes à son cou et essaye de se dérober à la vue de ses agresseurs. Impossible de bouger, un froid intense lui grimpe le long des jambes, une gangue de glace la fige sur place. Les ennemis, ils sont trois, lui foncent dessus, elle ne peut pas leur échapper, sa perception perturbée l'empêche de les identifier. Fichus magots! La silhouette la plus agressive lui saute sur le râble et la gifle impitoyablement.
- Rend moi l'épée petite garce!
Cette voix!
Leouan empêche Belithiel de gifler à nouveau la pauvre Nydalitha en larmes.
- Ça suffit, tu vois bien qu'elle ne l'a pas! Tu deviens folle?
- Qu'en as tu fait? Répond!
Tamaya invoque une sphère de prescience, elle est sûre que Litha n'était pas seule.
- Quelle épée?
- Ne fait pas l'hypocrite, l'épée de Gaumont!
- Je ne l'ai pas prise!
- Calme toi Belithiel, tu es méconnaissable!
- On appelle ça, un effet pyrotechnique.
Glousse Tamaya.
- De froide comme la glace à chaude comme la braise, je préfère l'ancienne Belithiel!
- Je vous jure que je n'ai pas pris l'épée, même si j'y ai songé.
- Où sont passés tes complices!? Tu n'étais pas seule.
En dehors du cercle de prescience, surgissent des ombres, les quatre compagnons, arme au pied, la capuche baissée. Elhystan incline légèrement la tête.
- Le bonjour des compagnons.
Tamaya laisse mourir une boule de feu qu'elle gardait au creux de la main.
- Je vous trouve bien énervée dame Belithiel.
- Je ne vous dirais pas toutes les raisons de mon attitude, mais au moins deux concernent cette jeune personne. Sa fuite cause du tort à Timeo, et j'ai des raisons de croire qu'elle a dérobé son épée à Gaumont.
- Elle ne portait pas d'épée quand nous l'avons rencontrée et pour ce qui est de Timeo, cette jeune personne rentre à Camelot pour le libérer.
Belithiel tape du pied.
- Nom d'une pipe qui a bien pu voler cette épée!
- Comment comptez-vous libérer Timeo?
- Je vais épouser maître Cosme.
- La jeune femme n'aura pas besoin d'en arriver là, nous avions l'intention de libérer Tim et d'aller passer quelques temps en zone frontière.
La gangue de glace a fondu, la perception de Litha redevient normale. Belithiel, s'éloigne de quelques mètres et brûle toute végétation autour d'elle pour évacuer sa frustration. Les spectateurs médusés la regardent sortir d'un cercle de cendre noir.
- C'est quoi cette histoire d'épée?

Au relais des marches ouest, Gaumont houspille les palefreniers pour seller les chevaux de remonte au plus vite. Belouis, Senso et Gaumont ont crevé leur monture pour arriver ici. Le paladin ne veut pas perdre une minute et prend à peine le temps de se rafraîchir. Le chef du relais ne voit pas d'un bon œil l'arrivée de chevaux en si piteux état et rechigne à en confier d'autres à des gens aussi peu soucieux de leur animal. L'intervention de Senso et de quelques pièces d'or destinées aux soins des bêtes réussi à éviter un incident. Belouis sent la fureur du paladin sourdre par tous ses pores. L'arrivée au relais des compagnons archers et des filles, soulage le highlander. Les trois amis se précipitent au devant de la petite compagnie. Belithiel bat froid son ami.
- Mission accomplie, Nydalitha est avec nous, et pas grâce à toi.
Belithiel passe devant Gaumont et entre dans la taverne. Leouan embrasse son oncle.
- Avoue que tu l'as un peu cherché.
- Il n'en a pas fallu beaucoup pour que Belithiel s'enflamme.
Ajoute Tamaya moqueuse. Gaumont attrape Nydalitha par le bras, avant qu'elle n'entre à son tour dans l'auberge.
- Maître Cosme, Martel Conroy, que manigancent-ils?
- Lâchez-moi vous me faites mal!
- Répond!
Nydalitha attend une aide des compagnons qui ne vient pas.
- Répond!
- Je n'en sais fichtre rien! Je vous le jure!
- L'attaque du convoi? Que cache Cosme?
- Je n'en ai aucune idée!
- Vous ne fuyez que votre mariage?
- Rien d'autre!
Elhystan pause la main sur l'épaule de la jeune fille signifiant sa confiance en elle et la fin de l'interrogatoire.
- Tout cela ne se résumerai qu'a une banale histoire de gamine rebelle et de marchand douteux?
- Il ne peut pas y avoir de complots partout. Le profit et la cupidité sont à l'origine de bien des crimes. Nous n'avons pas les moyens de remonter jusque Cosme, ses trafics nous demeureront secrets.
- Timeo est libre, la fille en sécurité, tout s'achève ici.

Senso s'assoit aux côtés de Leouan.
- Oncle Gaumont ne nous rejoint pas?
- Il est reparti.
Belithiel se lève inquiète.
- Déjà?
Belouis claque la porte derrière lui.
- Depuis quand un thaumaturge feu à besoin d'un paladin?

Bors fait entrer Marhalt après quelques minutes de patience. Le mercenaire pose un porte feuille de maroquin rouge devant son seigneur. Le duc des marches du nord en extirpe cinq lettres qu'il décachète et lit consciencieusement. Le mercenaire observe la physionomie du rude highlander changer.

Oraclis, trouve son cadeau emballé et se demande qui a bien pu lui faire une telle surprise. Piccina l'interromps juste avant qu'elle ne l'ouvre, elle descend du pigeonnier avec un message à la main. Un courrier de Rome.
- Vinguette! En voilà des nouvelles! L'usurpateur a quitté Rome en secret, on le soupçonne d'être en route pour Albion!
Oraclis dépêche immédiatement la jeune Romaine auprès de l'évêque Kustan. Enfin seule pour ouvrir son cadeau. Une ceinture de chasteté?!
- Le conno!

Devant l'abbaye de Vetustat, Marhalt, rend son épée à son frère.
- Garde là, je n'en veux pas.
- Tu ne peux pas fuir ce que tu es.
- Que suis-je?
 

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