Les marches de la baronnie d’Agkard - Première manifestation divine du onzième mill..

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Pour les autres royaumes de l’oued Al’Aziif, Erisma n’était d’autre qu’une petite baronnie sans prétention, versée dans le commerce et l’artisanat, comme la plupart des fiefs de l’époque. Et bien que ses habitants parlèrent leur propre dialecte, occasionnant maintes fois quelque mésentente, cette baronnie s’unit en commune alliance aux royaumes alentours.
Mais à la vérité, ce petit bout de terre avait un secret, que les gens d’Erisma peinaient parfois à garder. Ainsi le fief d’Agkard, seigneur éclairé, riche commerçant aux mœurs critiquées, renfermait une prodigieuse richesse. Car ses sous-sols, si fertiles que les potagers se transformaient communément en mines de joyaux plus précieux les uns que les autres et que les fruits de la terre étaient plus connus pour leur éclat chatoyant que pour leurs intérêts culinaires, servirent autrefois à cacher les trésors d’un peuple oublié. De ses trésors et de son commerce, Erisma tirait donc toute sa richesse. La ville avait même gagné les faveurs de la Guilde des métiers des petits objets, grâce à ses orfèvreries, qui bien qu’inférieurs aux ateliers nains, surent développer leur style propre, qui plaisait beaucoup aux gens du désert.
Bien que située au milieu du désert, la Ville des Vents sut développer un imposant réseau d’irrigation ; en effet Agkard savait faire profiter de ses trésors aux gens de son fief. Ainsi c’est depuis un lac son nom que le canal principal tirait son eau. Les ingénieur mandatés par Agkard vinrent tout droit de Lazaria, la cité naine. Ceux-ci jugèrent judicieux d’adopter un système de moulins à eau, certes compliqué, mais qui fonctionnait admirablement grâce à un vent constant frappant jour et nuit les pales de centaines de moulins, répartis le long du canal.

Or donc Agkard, baron d’Erisma, menait une vie paisible mais grandement critiquée par les fiefs voisins. En effet celui-ci vouait une adoration sans borne pour Zephyr, dieu du vent et du désert, et passait le plus clair de son temps à prier dans la plus haute tour d’Erisma. Et malgré les sarcasmes des terres extérieurs, Agkard faisait partie de ces nouveaux adorateurs, volontiers considérés comme hérétiques si ils avaient été moins riches. Pourtant Agkard avait ses raisons, la prospérité de sa baronnie lui importait, et c’était un demi-orc. Il avait redécouvert certains manuscrits faisant référence aux anciennes sectes idolâtres de Zephyr et s’appliquait du mieux qu’il le pouvait à respecter la ligne de conduite prônée par quelque sage ou prophète.

Tard dans l’année 10000, Agkard fut tiré de sa prière plus tôt que d’ordinaire. Les paysans des marches Est de la baronnie, situées aux abords de terres dont personne ne se préoccupait car peu enclin au commerce et dont le sol, recouvert de marécages, protégeait l’accès, rapportèrent des scènes de violence peu communes pour l’époque. Ils avaient été chassés de leur métayage à coups d’épées, d’arcs et de haches. Certains d’entre eux prétendirent que la horde de trolls, responsable de la fuite des gens de la marche Est, convoitait les richesses d’Erisma. Le fief était petit, et bien que les assaillants eussent pris leur temps, il ne leur faudrait quelques jours seulement pour atteindre la Ville de Vents.
Le baron avait dissout son armée depuis fort longtemps, et ne subsistaient que çà et là quelques mercenaires susceptibles de pouvoir défendre le fief. Mais leur nombre était bien trop faible pour qu’ils puissent inquiéter, d’une quelconque façon, la troupe des trolls.

Or donc, en dernier recours, Agkard décida d’ouvrir les portes de sa ville aux gens de sa baronnie. Et pour la première fois, on vit dans les rues d’Erisma une foule si nombreuse que l’on dut jeter enclumes, établis et meubles de toute sorte à l’extérieur des enceintes.
Agkard s’était réfugié dans ses prières et attendait son heure en espérant qu’à la vue de l’or, les trolls fussent pris de compassion envers ses sujets.

Un jour chassa l’autre. L’eau ne coulait plus guère dans la ville, les moulins avaient dû être détruits, et déjà un nuage de sable s’élevait à l’Est. Agkard n’était pas sorti de ses prières. Mais tout à coup, alors même que l’on commençait à discerner la silhouette des trolls, le sable aux abords de la cité se mit à frémir. Un vent violent vint percuter le sol, tout autour de la ville, comme lancé à la verticale depuis le haut du ciel. Une gigantesque gerbe de sable s’éleva alors jusqu’aux nuages, alimentée par un vent fort et régulier qui la transforma bientôt en un mur infranchissable. Erisma tout entière fut recouverte de sable jaune. Et les trolls, pris de panique en voyant le mur étincelant briller sous le feu du soleil, déguerpirent plus vite qu’ils n’étaient venus.

Du haut de la plus éminente tour d’Erisma, le baron vit le rideau de sable s’effondrer, vidé de son ardeur divine. Mais sa trace demeura. Sous la pluie de sable s’était creusée une faille sans fond, qui devint par la suite un lieu révéré des Demi-Orcs, comme des Trolls, qui dans leur propre langue la nommèrent La Balafre de Tempête. C’est alors qu’Agkard se tourna face aux vents, et ses lèvres, guidées par Zephyr, entonnèrent le premier verset des trois litanies dédiées à la gloire du dieu du désert.


Ô toi, qui gonfles nos cœurs comme tu gonfles les voiles,
Des navires aux cales ivres de louanges en ton nom.
Toi qui fais danser le sable et chanter la tempête,
Tumulte des vents, enfant du souffle de Gothar.

Zephyr, donne-nous la force de la tourmente éthérée.
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