[BG] Histoire de Ahr'Das

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Histoire de Ahr’Das



1ère partie : Hîthlómë et Sir’uin
(Yano 8000 à 8020)


Je suis né Aurdjay Terr’Vor’Pring de Yano 8'000. Mon père, Sir’uin, aimait raconter que j’avais poussé mon premier cri au moment même où jaillissait des fontaine, en ce glorieux Djay qui marqua le tournant de la guerre, la bénéfique et puissante mana. J’étais le septième et définitivement dernier rejeton de ma famille. Une sœur, puis que des frères. Ma mère, Hîthlómë, avait tant souhaité une fille qu’ils en oublièrent de choisir un prénom mâle. Ainsi, j’aurais dû, si j’avais été une femelle, me nommer Aradae, la Noble Ombre. Heureusement, je suis un mâle et mon père, elfe pragmatique, transforma quelque peu ce prénom, n’hésitant pas à le scinder en deux, comme pour lui-même, ce dont il tira une certaine fierté, au grand désappointement de ma mère, et l’on m’appela donc Ahr’Das. Ce qui me plaît nettement plus.


Nous étions ce que nous pouvons qualifier maintenant d’elfes-noirs. Ou encore Sang Damné, Renégats, Esclave de l’Ombre… et toutes sortes d’autres charmants termes. Pour notre part, nous nous disions le Peuple Sombre, tant il est vrai que notre point commun à tous fût, pendant les millénaires que dura la guerre, se cacher dans des montagnes et ne vivre que la nuit. Nos habitations ont certes maintenant évoluées, mais plus jamais nous ne pourrons affronter Sol comme ne le font les autres races. Sa vive lumière est un mal pour nous et, du haut du ciel, au-delà des deux lunes scindées qui n’en furent qu’une, il nous rappelle le prix de nos sacrifices et de nos actes.


Mes parents, originaires tout d’eux de Clans des Grottes, dont les Maisons ne cessèrent jamais de se battre contre les Dragons et d’éviter les traquenards des pratiquants de la magie constructrice, qui les haïssaient. Après les rudes combats qu’ils avaient menés, eux aussi, rencontrèrent un très vieil elfe-noir, dont le nom était presque aussi célèbre que celui de Vuuar lui-même, et ainsi ils entrèrent au service de Dînsereg, le formidable stratège et redoutable meneur d’hommes qui redonna espoir aux elfes bannis et aux adeptes de la magie destructrice, en leur démontrant qu’elle était utile, non pas comme une magie commune, mais comme une arme qui peut aussi bien servir à attaquer qu’à se défendre. Il gagna ainsi le respect de certains elfe-des-bois, qui n’étaient pas tous tombés dans le fanatisme des suiveurs d’Eliak le Fou, et de la plupart des autres races. Sous les ordres de l’un de ces fidèle second, Kyorl del Zhaunil demi-orc aussi massif et costaud qu’instruit et intelligent, mes parents firent incorporés dans une unité spéciale. C’est en fait à ce moment-là qu’ils tombèrent amoureux, au pied des gigantesques constructions qu’ils érigeaient et qui allaient devenir les fontaines de mana, notre salut…


Tout en construisant ces fontaines, mes parents mirent au monde une femelle et cinq mâles, qui tous suivirent les enseignements des Immortels, car à cette époque, il était encore facile de rejoindre les rangs des Apôtres afin d’y apprendre les Arts de ceux qui vinrent nous sauver de la défaite finale. Quand je fus né, le réseau de fontaines était terminé. Les architectes, maîtres d’œuvre, maçons, menuisier, manœuvres et tout le personnel eurent alors le choix entre retourner se battre, pour la victoire, cette fois-ci, ou demeurer près d’une fontaine, afin de l’alimenter de garder sa puissance au maximum. Mes parents, enfin, je pense que ma mère trouva les mots juste pour convaincre mon père, décidèrent donc de s’établir. Ils ouvrirent donc une auberge près d’une fontaine située sur la route qui menait du Royaume des Montagnes à celui des Volcans.


Je passais donc toute mon enfance en ce lieu, aidant mes parents à tenir l’auberge, tâchant d’imiter mes frères dans leurs travaux. Etant le plus jeune, il leur arrivait de me taquiner, voir même de m’en faire voir de toutes les couleurs. C’est là que je dus développer mon agilité et ma vivacité au corps à corps et ma persuasion, car j’arrivais toujours à en mettre un au sol et à rallier un autre de mes virulent frère à ma cause. Je me souviens aussi des leçons que nous devions suivre, trois Djay par Dekad, avec les vieux pèlerins qui, ne pouvant plus voyager, s’établissaient dans des monastères et distillaient leurs savoirs aux enfants de la région. Comme je l’appris plus tard, je faisais bien de me méfier d’eux, car au-delà des Yano, l’Histoire se confond avec les légendes et les fantasmes auxquelles elles se mêlent. Non pas que leurs enseignements fussent faux, mais ils étaient déformés par le trop de réflexions qu’ils avaient apportés à chaque élément. Au lieu de nous raconter ce qu’il s’était réellement passé, ils nous apprenaient à en tirer des messages, y déchiffrer des paraboles et à en faire un espèce de cycle de notre propre existence. Le Verbe, le Savoir et la Culture sont vitaux, au contraire de la philosophie ou de la morale, qui ne dépend que de chacun…


Quand à ma sœur, je ne me souviens guère d’elle, car elle nous quitta assez vite. Mîraelin épousa non moins que le frère du Baron local, qui tomba amoureux d’elle à l’un de ces festivals de Vor’Pring, la saison où tout était prétextes à s’amuser. Elle alla donc vivre dans l’un de ses domaines, dans l’une de ces forteresses modernes, censées défendre les terres alentours. Le Seigneur de ma sœur, malheureusement, mourût peu de Yano après, en lui laissant cinq enfants sur les bras. Elle décida donc de s’en revenir chez ses parents afin de les aider à tenir l’Auberge, et mes parents furent heureux de voir à nouveau l’animation d’enfants jouant autours d’eux, car quand elle revint, mes frères étaient déjà partis… et moi aussi.
2ème partie : Kyorl
(Yano 8020 à 8199)


Chaque Yano, peu avant Winiver, je n’attendais plus que la visite de Kyorl, qui passait annuellement à chaque fontaine dont il avait la responsabilité, pour une inspection et aussi afin de prendre d’éventuels surplus pour les fontaines où soit du bois, soit du cristal sombre manquait. Il avait gardé d’excellents contacts avec mes parents et restait en général plusieurs Djay chez nous, à parler « du bon temps » avec mon père. Ils étaient alors servis comme des rois par ma mère, et nous profitions nous aussi de cette époque bénie de la visite de mon demi-orc préféré, qui était par ailleurs mon parrain.


Je me souviens de la source intarissable d’historie et de connaissance qu’il représentait pour moi. Son calme, hormis quand il parlait de sa race, qu’il appelait Nov’orc, qu’il tentait d’amener à être l’égale de toutes les autres. Les demis-trolls, entre autres, lui sont également redevables pour le poids qu’il apporta dans la reconnaissance des enfants des trolls et des humains comme une souche à part entière, et non plus comme les bâtards issus de viols ou d’autres contes impies et erronés juste bons à faire peur aux enfants pas sages… Nous passions des Prenokt entière à les écouter, lui et mon père, cachés sous la cage de l’escalier, jusqu’à ce que notre mère, estimant certainement que ses enfants avaient assez abusés, ne s’en vienne nous border.


Mon enfance s’écoula donc lentement, jusqu’à mes vingt Yano. Ce Nar’Hotomn là, quand Kyorl arriva, je savais que j’allais partir avec lui. Cela faisait déjà deux Yano que ma mère convainquait mon père de ne pas me laisser partir, mais cette fois-ci, alors que je devenais officiellement et légalement adulte, elle ne pût plus m’empêcher de préparer mon baluchon afin de partir visiter le monde et en apprendre tous ses secrets avec mon parrain Nov’orc. Dès le moment où il franchit la porte, mon impatience atteignit des pics jamais plus approchés jusqu’ici, et je doute que telle impétuosité me gagne encore un Djay, vu mon âge. Enfin, quad le moment de partir fût arrivé, je dis au revoir à mes parents et leur promis de faire attention et d’obéir scrupuleusement à Kyorl. Bien-entendu, pendant tout le temps que je suivis mon parrain, nous passâmes les trouver à Nar’Hotomn, et à chaque fois, ma mère tentait de me faire rester, tout en comprenant mon désir d’aventure. Après tout, j’étais de cette génération pour qui les fontaines, la mana, les Immortels et leurs suivants étaient considérés comme normal. Ainsi, nous autres, né après que les demis-dieux soient venus, accompagnés peu après par les fées, avions la certitude qu’un Djay, nous vaincrions Dragoon, ses lieutenants, leurs hordes de Trolls et leurs meutes d’Orcs. Nous avions soif d’aventures, soif de vengeance… Et là où nos parents se sentaient heureux s’ils pouvaient vivre en sécurité plus dix Yano au même endroit sans se faire attaquer, nous autres ne connaîtrions le bonheur que quand la Bête ne serait plus qu’une tête au-dessus de l’âtre de la demeure de Vuuar.


Si je demeurai vingt Yano avec mes parents, je n’en passai pas moins près de deux cents en compagnie de Kyorl. Ainsi, au fil du temps, notre statut passa de rapports parrain à filleul à celui de père à fils, mais sans oublier, bien entendu, mon vrai père. Mais c’est tout de même Kyorl qui m’apprit ce que l’on appelle les choses de la vie. Ensuite, alors que je grandissais, nous devînmes ensuite un maître et son élève, qui apprenait toutes les subtilités de l’entretien, de la surveillance et de l’approvisionnement des fontaines de mana, m’expliquant bien qu’il ne fallait pas avoir la gestion de plus de fontaines qu’on en pouvait en visiter durant les quatre Sezone. Plus tard, l’on peut dire que nous restâmes, l’un pour l’autre, de véritables amis. Et maintenant, c’est à un frère que je m’adresse, quand nous nous rencontrons, malheureusement trop peu souvent.


Comme pour mes parents, chaque Yano, notre tournée des fontaines nous amenaient dans ces monts escarpés et ces vallées arides, là où ceux de mon peuple creusèrent les montagne pour s’abriter, ne pouvant plus vivre dans les bois de leur déesse tutélaire. Ces moments là étaient pour moi l’occasion d’observer le grand Dînsereg, qui avait combattu aux côtés de mes parents. L’on disait que c’était l’un des seuls à avoir osé refuser de suivre les enseignements des Immortels, même sous la démonstration des pouvoirs de terreur de Shakaar. Sa voie, disait-il, était de faire avec ce qu’il avait comme troupe afin de s’assurer de la victoire. Au lieu d’apprendre les Arts, il préféra donc peaufiner ses stratégies de guerres, tout en tenant compte des nouvelles possibilités offertes par ces nouveaux combattants, usant autant leurs bras que leurs esprit ou la mana. Je rêvais d’un Djay servir sous ses ordres, après qu’un Apôtre m’aurait appris les arts des Guerriers, comme je le souhaitait à l’époque. Mais il en alla autrement.


Mais chaque fois, nous repartions. J’étais devenu un spécialiste des fontaines, et étais même capable de trouver des gisements de cristaux sombres. Las, alors que plus les dragons reculaient et se retiraient de nos terres, plus les conflits entre adeptes de la magie constructrice et nous-mêmes éclataient, d’abord par-ci par-là, puis, en quelques temps, un peu partout. Les fées ne parvenaient plus à maintenir un quelconque équilibre entre les membres du Conseil des Sages. En 8199, à contrecœur mais, disait-il, pour ma propre sécurité, Kyorl me laissa dans les montagnes, avec le gros des troupes de Dînsereg, afin d’y apprendre à me battre. Commença alors la période la plus longue, la plus trouble, la plus sombre et la moins mémorable de ma vie…
3ème partie : Morlach
(Yano 8199 à 8625)


Dînsereg… En tout est pour tout, je ne le vis qu’une seule fois, lors de mon arrivée, alors que lui-même partait avec sa garde. On nous présenta brièvement. J’étais impressionné. L’effet de l’âge ne semblait pas avoir d’emprise sur lui. Après m’avoir salué et souhaité bonne chance, il dit à un officier de m’équiper et de pratiquer comme d’habitude. Je ne le revis que bien des Yano plus tard, mais alors, je ne savais pas que pendant plus de quatre cents Yano, j’allais arpenter des terres désolées, traquant et tuant des familles entières de dragons. Ma rencontre avec lui, il n’y rien à en dire. Je passai les quelques temps passés parmi la troupe restée à ce point de garde à m’entraîner au maniement de la dague. Très vite, je me fis à l’utilisation de cette arme, mêlant ma vivacité et mon agilité à celle de cette arme. Une armure de cuir me suffisait et je n’usai guère de bouclier, encombrant et peu maniable, sauf en Winiver, quand la neige recouvrait les pentes de la montagne. A ce moment là, nous dévalions les monts enneigés, en équilibre sur ces larges boucliers d’infanterie. Ma main libre ne me servant à rien au combat, je décidai de me servir de ma dague dans la main gauche, tout en apprenant à user d’une lame longue de ma main droite. Je trouvai mon style.


Trois Winiver plus tard, l’un d’eux arriva. C’était un personnage mystérieux, vêtu d’une large bure sombre, capuchon rabattu au fond duquel brillait un regard de braise. Je fus placé en rang, parmi d’autres jeunes recrues. Le mystérieux visiteur nous passa en revue. Certains furent repoussés par sa main fine, sombre et crochue, qui sortait vivement de sa manche, d’autres tirés en avant, certains de leur sort. Je me souviens de ce que cet être me dit à ce moment là : « celui qui n’a pas connu ni la haine, ni la colère ne sait pas encore quelle force il recèle ». Je fus de ceux qui partirent à la suite du vieil homme ce Prenokt là. Pendant deux Dekad, nous cheminâmes dans le Royaume d’Agnar, nous dirigeant plus ou moins vers l’est. Enfin, nous arrivâmes à destination. Une espèce de cratère volcanique, où la vie avait renoncée à se battre. Immédiatement, je pensai à un antique champ de bataille. L’on nous plaça en cercle, tournés vers l’extérieur et nous restâmes ainsi durant je ne sais pas combien de temps. Régulièrement, trois demis-trolls venaient ramasser les corps de ceux qui n’avaient pas tenus le coup. Un Nokt, alors que j’allais m’effondrer, ils arrivèrent. Ils étaient quatorze demis-elfes, chacun représentant un Art. Ils se mirent à tourner autour de nous, sélectionnant ceux qu’ils jugeaient dignes de leurs enseignements. Jamais deux des Maîtres de Classe ne semblèrent se disputer un élève. Quand le servant de Arkorak passa devant moi, je tressaillis, prêt à le suivre, mais le regard qu’il me jeta me glaça les sangs et me dissuada de bouger. C’est alors qu’un être à l’armure sombre et menaçante me fît signe. Chevalier, telle allait être ma voie…


Jamais je ne le vis, mais toujours, Sa présence se faisait sentir. Une peur insondable, terrifiante, qui nous nouait les tripes et jamais ne se relâchait. C’est ainsi que nous apprenions, en subissant d’abord ce que nous pratiquerions sur d’autres par la suite. Pour le reste, notre apprentissage, si je peux l’appeler ainsi, consista à s’intégrer dans un groupe de sept combattants de Shakaar et de s’adapter et survivre… ou mourir. Notre spécialité était de s’engager en terrain ennemi, de trouver les œufs et de les détruire. Nous étions sans pitié et sans peur. Nos raids nous menèrent jusqu’au Royaume de Calder, où les cris des dragons femelles raisonnent encore de haine et de colère à notre égard. J’étais un combattant froid, concentré. J’avais pour habitude d’analyser la situation autant que possible et d’atteindre mes objectifs le plus rapidement possible. Au combat, je distillai la peur, telle que mes enseignants me l’apprirent. Ainsi, au fil du temps, j’appris à faire rejaillir la peur que Morlach m’inspirait sur mes adversaires. Moi libérés et eux terrifiés, le combat en devenait inégal. C’était facile, nous semions la mort et la peur, nous étions ce que les adeptes de Eliak haïssaient le plus.


Alors même que nous alignions victoires sur succès, des voix venues de certains membres du Conseil des Sages commencèrent à s’élever contre nos méthodes soi-disant barbares, viles et immorales. Il s’agissait bien sûr de personnes jalouses des insuccès des leurs, mais une décision fût prise à notre encontre. Nous devions cesser nos actes. Alors, notre groupe, dont je ne parlerai pas des autres membres, prit le nom de « Dobluth », c'est-à-dire paria. Et nous continuâmes ce que nos opposants appelaient des exactions. Certains voulurent nous en empêcher et vinrent à notre rencontre. Ils furent peu à rentrer chez eux, fous à jamais, incapable de raconter ce qui leur était advenu. Au fil des Yano qui filaient, nous ne nous retrouvâmes plus que trois Dobluth. Nous pourchassés de toutes part. Nous étions fatigués, las de se battre et nous avions contribué plus que notre part à la cause des Peuples Libres. Nous décidâmes de nous séparer.


Après un bref passage chez mes parents, qui vieillissaient lentement, où je fus choyé et requinqué, je repartis en Nar’Hotomn, avec Kyorl. Je restai avec lui le temps de rejoindre le camp de Dînsereg, à qui je voulais offrir mes services. Le voyage se passa tranquillement. Je ne parlai guère de ce qui m’était arrivé depuis notre séparation… Et il ne me questionna pas, car lui aussi, il a longtemps, avait été choisi pour suivre les enseignements de Shakaar…
4ème partie : Dînsereg
(Yano 8625 à 8768)


Pour la seconde fois, je rencontrai Dînsereg, et cela fût tout aussi bref. Cependant, ce qu’il ne dit resta gravé en moi… : « Vous avez quelque peu abusé… Mais qu’est-ce que vous leur avez mis… » Et comme la première fois, il s’en alla, non sans m’avoir ordonné de me mettre sous les ordres de… Kyorl. Il changeait d’affectation, car, depuis le temps, pendant mon « absence » disait-il, il avait eu le temps de former des gars capables de s’occuper des fontaines de mana. Enfin Kyorl pouvait faire ce qu’il appréciait pas dessus tout : de la diplomatie. Ainsi, nous devions parcourir les terres de Ganareth et y trouver des alliés, ou du moins des sympathisants, qui seraient d’accord d’apporter leur soutien à Vuuar, quand le moment serait venu. De villes en villes, Kyorl et moi, en dehors de nos missions de prospections, testâmes tout de chacune d’entre elles. Leurs tavernes, leurs bars, leurs cuisines, leurs boissons, leurs bibliothèques, leurs temples, leurs femmes... et j’en passe. Ce fût une époque bénie où, après mes années de maraude, je redécouvrais tous les plaisirs de la civilisation et découvrais ceux du luxe.


Bien entendu, nous n’étions pas les bienvenus partout, et nous dûmes nombre de fois quitter précipitamment une ville, voire même ne pas y entrer. Il arriva aussi que l’on tente de nous assassiner, de nous soudoyer ou de nous capturer, mais à chaque fois, grâce aux talents de détection de Kyorl, nous nous en sortions. Quand j’étais seul, c’était la peur que Morlach m’insulfait qui se répandait autour de moi, flottant dans l’air comme une brume invisible dans laquelle veillaient mille terreurs ou abominations. D’autre fois, en d’autres lieux, nous étions reçus tels des princes, siégeant à la table du noble local, dans des décors inimaginable, où nous participions à des festins sans fin et des réjouissances raffinées et recherchées.


Parfois, je recevais de mystérieuses missives où l’on me donnait rendez-vous. Sur place, m’attendaient en général six compagnons, dont l’un d’eux nous donnait les ordres. Nous étions la plupart du temps de différentes classes, toujours exactement adapté à la situation. Alors, comme une seule et unique entité, nous remplissions notre mission, puis retournions là d’où nous venions. Après quelques Yano, ce fût moi qui donnais les ordres, recevant mes ordres écrits directement de la plume de Dînsereg. Nos missions pouvaient parfois paraître étrange, mais jamais aucun d’entre nous ne les remit en question. Jamais. Pas plus que nous en parlions. Kyorl, je le pressentais, devait de son côté agir de même, mais le sujet de nos escapades solitaires ne fût jamais le sujet d’une conversation entre nous.


En 8861, je rencontrai Silrómen. Ma tendre Silrómen. J’avais fait part à Kyorl de mon intention de postuler à la maintenance de l’une des frontière du Nord et de mener une vie plus simple, de fonder un foyer. Sous son masque enjoué, je remarquai bien qu’il me cachait sa peine de nous voir nous séparer, nous, la fine équipe qui aurait pu convaincre un brave que son frère était une méchante fée Dark. Au lieu de montrer de la rancœur, il fît tout pour nous aider, et c’est même lui qui devait être notre Major de table aux noces… il le devait. En effet, ma tendre et douce bien-aimée est morte dans mes bras, dans un accident survenu lors d’une stupide chasse au Dragon. Bien que ses blessures auraient dues se soigner, car alors la mana coulait littéralement dans nos veines, il n’en fût rien. Inexorablement, son souffle vital diminuait, pour finir par s’éteindre un Marn de Hotomn, pour toujours. Cette fois-ci, alors qu’Agnar l’avait appelée, Ysatis ne nous la renvoya pas. Ainsi, du grand Cycle de la mort et la vie, Silrómen fût expulsée. Gothar l’avait jugée digne et l’avait appelée à Lui.


Je n’ai pas le cœur à en dire plus sur ma tendre Silrómen, juste qu’elle fût une noble et grande Dame, pleine de courage, de dignité et de compassion. Réagir à sa mort me fût difficile. Je me mis à boire, mais plus dans le but de faire boire plus que moi mes interlocuteurs, afin de leur faire avaler mes tentacules de Zourit, mais à boire pour moi, jusqu’à n’en plus pouvoir. Ainsi je me mis à sombrer… Jusqu’au Djay où Kyorl vint me chercher. Il m’imposa un sevrage à la manière des demis-orcs. Une oasis dans un désert impossible à traverser seul pour qui ne le connaît pas. Cela me prit cinq Yano, pour que mes mains ne tremblent plus au Marn et que je ne m’éveille plus en sanglotant comme une femelle.


Et un Djay, Kyorl revint me chercher, avec un ordre manuscrit de Dînsereg. Nous devions aller convaincre des alliés potentiels de se joindre à nous, loin au Sud. Jamais, auparavant, une de nos mission fût plus excitante et plaisante à régler. Je m’étonne parfois encore de la facilité avec laquelle nous les avions convaincus du bien fondé de nos intentions. Un pied à terre aussi au sud relevait d’une importance stratégique sans précédant, aussi Kyorl décida de rester sur place, alors que je devais aller rendre rapport à Dînsereg. Et c’est là, sur une route menant au nord, dans une forêt du Royaume de Neutra, que je rencontrai celle qui changea ma vie…
5ème partie : Iriel
(Yano 8768 à 8881)


Alors que je retournais au camp principal de Dînsereg et de son état-major, qui se trouvait à deux Dekad de marche, j’eus à traverser une épaisse forêt du Royaume de Neutra. Et là, soudain, au milieu d’une clairière où coulait une petite rivière, assise sagement sur un petit pont, cette petite gamine d’environ six Yano qui semblait attendre je ne sais quoi. Elle me regarda fixement, avec ses grands yeux humides. Je passai devant elle en la saluant, puis continuai ma route. A peine avais-je fait quelques pas que la gamine sauta au sol et se mit à me suivre. Je me retournai et lui enjoignis de retourner vers sa mère, car les bois étaient dangereux. A nouveau, elle sembla se perdre dans mon regard. Je l’étudiai alors plus attentivement. De toute évidence, elle était seule ici depuis quelques Djay déjà, et personne ne semblait vouloir venir la chercher. Cela aurait été cruelle de l’abandonner ainsi à son sort et je décidai donc de l’emmener jusqu’au prochain village, où je trouverais bien quelqu’un qui s’occuperait de la petite. Je lui donnai un quignon de pain et me remit en route. Elle me suivit tout Solno, sans une plainte, ses longs cheveux emmêlés et sales lui retombant sur son visage barbouillé. Elle portait une robe simple, usée et sale elle aussi. C’est alors que je remarquai que moi aussi, suite à mon voyage, je étais alors dans un bien triste état. Je ris et, derrière moi, j’entendis son petit rire cristallin, comme un petit ruisseau…


A Desol, nous étions encore à une certaine distance du village. Pour aller plus vite, je fis monter la petite sur mon dos, et accélérai le pas. Je ne le lui ai jamais dit, et ne le lui dirai jamais, mais je pense que les débris encore fumants de la cabane en bois que je trouvai dans les bois étaient tout ce qui restait son foyer. Je la déposai délicatement au pied d’un arbre et la recouvris de mon manteau. Puis, jusqu’à ce que Nar’Nokt arrive, j’entrepris, au moyen des outils que je trouvai sur place, de donner des sépultures dignes de ce nom au couple d’elfe-des-bois et à leurs deux enfants, que je retrouvai gisant dans les cendres de la maison. Puis, le plus vite possible, je repartis avec la petite, mettant le plus de distance possible entre elle et ce lieu.


Et c’est ainsi que nous arrivâmes au premier des trois villages que nous traversâmes. Après m’être renseigné, on m’indiqua l’emplacement d’un orphelinat. Je leur confiai la petite et leur donnai un certain montant, pour lui acheter de quoi se vêtir et lui acheter des livres pour étudier. Après avoir dit au revoir à Iriel, je repris la route avec, je dois bien l’admettre, un pincement au cœur. Ce Djay là, rien n’alla comme il se doit. Je fus retenu à la sortie de la ville, car on me confondait avec un repris de justice. Je dus attendre l’intervention d’un officier avant de pouvoir m’en aller. Au repas de Midsol, il fallut un temps fou pour se faire servir une tambouille infâme dans une taverne bondée et minable. Ensuite, ce fût un marché à traverser et, pour terminer, un troupeau d’environ cinq milles têtes qui bloquaient la route. C’en fût trop. Je m’installai à l’orée du bois qui longeait la route, dans un léger contrebas qui me cachai de la vue des passants, fis un feu et commençai à me préparer à manger.


C’est alors que je la vis, soudainement, face à moi. Elle était encore plus sale qu’auparavant. Alors que je la sermonnais un peu durement, je ne pouvais m’empêcher de sourire face à son aplomb, sa ténacité et sa facilité à me suivre. Cependant, elle était épuisée. Après avoir grignoté un petit bout de fromage et du pain, je l’installai près du feu, enroulé dans mon manteau, puis je me mis de l’autre côté de l’âtre. Plus tard, au milieu de Nokt, je me rendis compte qu’elle était venue se blottir contre moi, roulée en boule. C’est à ce moment-là, je crois, que ma volonté de me débarrasser de ce si mignon et adorable petit fardeau se dissipa. Dans les deux autres villages, cela se passa exactement de la même manière. C’est ainsi que je décidai de la garder. Bien après qu’elle m’ait adopté.


Après mon compte rendu à Dînsereg, je dus redescendre vers le sud. Je prenais mille précautions pour qu’on ne la remarque pas trop. Bien vite, je constatai que je pouvais la laisser dans une cuisine, n’importe laquelle, tout un Morhor avant qu’elle ne se mette à ma recherche. Cela lui rappelait-il des souvenirs, je ne le sais pas. Mais au moins, cela me laissait le temps de remplir mes missions. Nous vécûmes ainsi vingt-quatre Yano. Kyorl, qui me traita de fou quand je lui racontai tout tomba tout de suite amoureux de la petite. Si vous n’avez jamais vu un Nov’orc faire « agada sur mon dodo », je vous promets que cela vaut le détour. Ces deux-là s’entendirent à merveille, me faisant tourner en bourrique dès que possible. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et Iriel grandissait. Elle était devenue une cuisinière hors pair et s’empressait de satisfaire les appétits voraces de ses « mâles », comme elle nous appelait, Kyorl et moi. C’est quand nous fûmes à nouveau victime d’une tentative d’assassinat que je décidai de mettre Iriel en lieu sûr. Et le lieu le plus sûr pour elle, le seul où elle accepta de rester, ce qui me donna des cauchemars et des nausées, fût un temple de Ysatis. Quand fus venu le moment de lui dire adieu, je la serrai fort contre moi en lui promettant de venir aussi souvent que je le pourrais et qu’un Djay, elle pourrait à nouveau me suivre…


Durant huitante-neuf Yano, j’allai la trouver aussi souvent que je le pus. Un bref moment, entre joie d’aller la retrouver et peine de devoir la quitter. Kyorl m’accompagnait aussi souvent qu’il le pouvait, ce qui rendait Iriel folle de joie à chaque fois. Et comme toujours, elle lui demandait de lui raconter l’histoire de Drest le demi-orc, comme quand elle était enfant... Ce qu'elle était toujours, à nos yeux. Puis nous la vîmes devenir adolescente, et enfin femme. Elle avait choisi la voie des clercs et nous harcelait sans cesse pour soigner la moindre de nos éraflures. Et le temps passa ainsi, au gré de nos visites au temps de Ysatis. Un Djay, alors que l’allais entreprendre ma visite de Calomer pour aller fêter son cent vingtième anniversaire, que je reçu cette convocation à un important conseil, signé de Dînsereg lui-même…
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