L'armure de chair,
Le rêve commençait par la douceur, les songes dessinaient l'image de « l'Être Unique », un petit masque noir sur son sein droit. Les bras en croix, les yeux clos que je pouvais sentir mais ne pas voir, une silhouette sans visage. L'appel incessant de son aura, son rayonnement, elle respirait la peur sans la montrer. Elle approuvait les ombres, laissait venir la « bête », son « Saigneur ».
La lame acérée perça le cou de « l'Elfe Argentée », libérant le fluide vital de sa gangue. Quelques gouttent venaient mourir sur les lèvres de la créature maudite, se délectant avec avidité du sang pur. Les gémissements de douleur et de plaisir lui dictaient de descendre l'arme le long du corps pour tracer une route parfaite, qu'importe l'agonie si c'était pour renaître à nouveau ; à l'instar de cette chenille qui se transforme en papillon sombre dans le cocon d'étoffe lunaire...
La lame acérée descendait lentement, enfoncée profonde dans la chair de sa chair ; un baiser langoureux au rythme du glissé macabre, mélangeant salive et sang naissant. L'image de l'autel des « Trois » prenait toute son ampleur, les grondements électriques de la porte des Ténèbres faisant appel sordide, déversant sa noirceur, mélangeant l'amour et le rêve d'harmonie. La pointe tranchante quémandait souffrance et pardon à la fois, libérant maintenant les viscères du ventre, jouant du sommet de son intimité. La créature vivaient intensément les spasmes d'une mort certaine avec voracité et folie, pourtant l'Elfe d'argent ne vacillait pas, en la magie du rêve, des chimères du Mercenaire haineux et aimant, adulant son amour, l'élevant au rang divin.
Des gestes lents, une prestance hautaine, un regard sombre, un sourire sadique et cruel, une main impudique qui caresse l'entre-cuisses offerte. Ses mains jointes, plongent dans les entrailles pour se faufiler dans la chair, épouser les formes des bras de la féminité, puis les doigts, les cuisses et les jambes, puis ses pieds. Môr'haun enfile cette armure de chair, lui plus petit, elle plus grande resserrant son étreinte de peau pour s'y confondre, lui pour s'y fondre.
Avant son dernier souffle, le dernier battement de son coeur broyé, il s'efface et libère toute l'intensité de la « Mère » la baignant dans la lumière Lunaire, s'enfonçant dans les eaux régénératrices de son berceau. Les clapotis effacent sa venue, ce qu'il emporte maintenant avec lui, provoquant la colère de ceux qui ont osé le faire naître, ceux qui ont osé lui infliger ce fardeau, ceux qui ont osé laisser vivre un rejeton non désiré...
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"Je n’obéis à aucune règle, aucune injonction...
Si je dois honorer un contrat, je décide
seul, pour qui et quand ! "
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