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Cela fait une semaine qu’Echtelion ère dans la forêt. Sa solitude habituelle n’a pas changé. Jour après jour, du matin au soir, il parcourt la forêt d’est en ouest, arpentant les moindres grottes à la recherche d’une quelconque créature lui permettant d’affiner ses aptitudes au combat, ou de récolter des matières premières afin de pourvoir à ses besoins. Cependant, la forêt regorge de mystères et de créatures dangereuses, tout comme de guerriers valeureux, et autres fous. Plusieurs fois le matin, le crâ a rencontré d’étranges bêtes, sortes de loups démesurés, souvent accompagnés d’un petit groupe de loups plus petits. Les locaux les surnomment mulous et milimulous, et semblent les apprécier pour leur fourrure, et certaines autres parties de leur anatomie. Ainsi, parfois, Echtelion rejoint-il les groupes formés le plus souvent sur le tas, dans des combats féroces contre ces … animaux.
D’autre fois, lorsqu’il est seul, souvent des arbres mouvants, chose étrange qu’il n’avait plus vu depuis sa forêt d’adolescence, l’attaquent. Ils ne sont pas comme ceux qu’il avait connu, non. Plus grand, plus fort, plus féroce, et souvent en groupe organisé, l’Abraknyde de cette forêt est bien plus redoutable que celui qu’il avait connu de par le passé. Heureusement pour lui, Echtelion a également évolué, et maîtrise maintenant sans difficulté le feu, sous toutes ses formes. Et pourtant…
Son assurance et son courage, qui lui paraissaient sans faille, ne l’avaient jamais préparé à ce qui l’attendait…
Un jour, en plein après-midi, alors qu’il venait de longtemps combattre des groupes de milimulous et d’abraknydes, Echtelion s’arrêta près d’une grotte, à l’ombre d’un arbre, afin de se préparer un petit mélange dont il avait le secret : un thé aux diverses herbes qu’il pouvait se procurer dans cette même forêt, mélangées à d’autres ressources qu’il avait toujours dans sa besace. Ici donc, tranquillement installé sur un petit bout d’herbe fraîche, il profitait d’un moment de détente, en attendant l’arrivée de créatures diverses… Or, peu de temps après, un groupe d’aventuriers arriva. Certes, cela n’était pas ce qu’il attendait, mais ne posait pas de problème pour autant.
Proposant de partager sa mixture aux nouveaux venus, il fut surpris de l’enthousiasme de ceux-ci, qui acceptèrent volontiers de s joindre à lui. Et là… parmi le groupe, il fit la plus belle, et la plus bouleversante rencontre de sa vie : Ludina. Il ne connaissait alors pas son nom, mais son seul visage le marquerait pour l’éternité. Elle était parfaite : des traits doux, une ligne plus qu’idéale, un visage lumineux, des yeux pétillants, des joues légèrement rosées par le froid ambiant, et un ensemble fushia et jaune des plus jolis. Et comme toutes celles de sa race, et même plus, elle avait le charme et la délicatesse qui étaient propres aux fécates.
Ainsi donc, tous s’installèrent à même le sol, dans la petite clairière, autour d’un petit feu allumé à la flamiche, sur lequel chauffait un récipient plein d’eau. Tranquillement posés, tous parlaient, de tout et de rien comme toujours dans ces cas là, et Echtelion observait la fécate. Bien sur, il parlait aussi, mais ses paroles étaient soit vides de sens, soit à double sens, légèrement chargées de clins d’oeils imperceptibles. Et pour cause : la crainte d’être démasqué, et de souffrir venait de naître en lui. La seule peur qu’il avait connu jusque là était celle de ne pouvoir faire face à son ennemi, et encore… Mais là, sa force ne lui serait d’aucun recours. Seules son âme et sa conscience pourraient l’aider, or il avait longtemps négligé ces aspects de l’être humain.
Après quelques instants, qui semblèrent une éternité pour le crâ, comme toujours dans ces cas là, le groupe se décida à retourner à la chasse au mulou, et invita Echtelion à y prendre part. Habituellement solitaire, et ne rejoignant de tels groupes que très ponctuellement, et pour un bref instant, il hésita. Mais la curiosité qu'éveillait en lui la jeune fécate, l'attrait qu'elle exerçait sur lui, le poussèrent à accepter. Il se retrouva donc parmi ces gens qu'il ne connaissait que depuis peu, participant à leurs jeux divers, et les aidant dans leur quête.
Toujours souriante, la fécate était silencieuse hors des moments de pause, et se mettait souvent à l'écart, semblant avoir une préférence pour la solitude…comme lui. De temps à autres, il lui sembla qu'elle le regardait, l'observait, lui souriait. Cela était certainement un contrecoup de trop d'isolation, mais le pauvre crâ était bouleversé, perdu dans ses pensées, ne sachant que faire, comment se comporter…
La journée s'achevait, la chasse avait été plutôt bonne, et tous semblaient satisfaits. Alors qu'ils s'apprêtaient à se rendre chez eux, pour la plupart à Amakna, ou dans les contrées voisines, Echtelion tournait en rond. En effet, contrairement aux autres, il était chez lui. Cette forêt était son jardin, les arbres sa maison, et la nuit venue, l'endroit été comme endormi, englobé dans une vague apaisante, le silence uniquement percé par le hurlement soudain d'un mulou en chasse. Mais là, ce soir, quelque chose manquait. Il avait envie de se laisser entrainer par le flot de personnes rentrantes, d'aller, comme eux, à la ville, d'être comme tout le monde. Pour la première fois depuis plusieurs années, sa différence, sa distance par rapport au monde extérieur le dérangeait.
Mais il n'était pas prêt, pas encore. Tout ceci l'attirait, or il savait très bien qu'il ne supporterait pas toute cette agitation, tous ces gens autour de lui, toute cette indifférence ambiante. Ainsi, il se résigna, et retourna lentement vers sa demeure, regardant la douce fécate s'éloigner, lentement, insouciante… Jusqu'à leur prochaine rencontre, qu'il attendrait avec impatience, il essaierait de mieux la connaître au travers des gens, d'en découvrir plus sur elle, la guilde à laquelle elle semblait appartenir, et ferait de son mieux pour être prêt à la suivre, ce jour là…
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