Broc - Midgard - L'ire du géant

 
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Après de longs mois de combat, les combattants avaient enfin pu regagner leurs familles durant quelques jours. Les stratèges avaient estimé que nous ne risquions pas d'attaques imminentes et avaient réduit les corps de garde à la frontière. Lorsque la corne annonçant les attaques avait retenti, les troupes stationnées non loin de Svasud Faste avaient été trop lentes à se préparer pour prêter moins fortes aux rares défenseurs de Bledmeer. Le fort avait été férocement défendu mais l'acharnement et le nombre des attaquants avaient eu raison de nos troupes.

Nous nous préparions à converger vers Bledmeer, fraîchement revenus des contrées ennemies que nous avions quittées à la hâte. Les couleurs bleues des Einherjars se mêlaient au rouge et blanc des Crocs Divins lorsque nous nous mîmes en mouvement. La route était longue et nous ne devions pas laisser à l'ennemi le temps de s'installer dans nos murs.

Nous constatâmes en arrivant qu'il était hélas déjà trop tard pour espérer surprendre l'ennemi en pleine préparation. Une dizaine de catapultes nous menaçaient déjà des remparts et les portes étaient solidement barricadées. Nos troupes étaient nombreuses mais l'avancée était rendue difficile par les pluies de boulets enflammés et la plupart d'entre nous ne pouvait s'approcher sans subir de graves blessures.

Nos guérisseurs étaient durement sollicités et lorsque la première porte était enfin tombée, nous leur avions promis une pause leur permettant de se ressourcer avant le prochain assaut. Quand notre petit groupe se rassembla un peu à l'écart, Morganekyrie semblait absorbée dans la contemplation du chemin menant au fort.

- " Et lui il ne fait rien ! Il ne protège jamais son domaine !
- Mais de qui parles-tu ?
- Du géant bon sang ! Du géant ! Il nous laisse mourir devant l'ennemi sans bouger le moindre orteil. Allons le voir ! Il doit comprendre que ses terres sont assiégées !
- Il n'aidera pas, il n'écoute pas les peuples de Midgard. Mais nous pouvons toujours essayer. Si cela réussissait..."

En se regardant silencieusement, les combattant se levèrent et rangèrent leurs armes avant de se mettre en route, tournant le dos au fort et aux combats.

La stature du géant imposait le respect. Souvent nous devions nous en approcher dangereusement et passer à sa portée puisqu'il gardait l'une des routes les plus fréquentées en direction des murs frontières, mais nous nous gardions généralement de vérifier de trop près s'il était éveillé. Cette fois-ci cependant il nous faudrait l'éveiller et tester sur lui nos talents de négociateurs. Grisés par l'aventure – qui pouvait se targuer d'avoir fait un jour la conversation avec le Géant du Glacier – nous étions cependant conscients qu'il s'agissait d'une pure folie qui pouvait nous être fatale. Qu'importe, nous irions jusqu'au bout.

Nous approchions. Il allait être temps de choisir qui serait notre porte parole. Serait-ce l'un des nains ou l'un des vikings ? Il était bien entendu impensable d'imposer l'abominable babillage kobold au géant, autant ne pas l'énerver d'entrée, d'autant qu'ils lui diraient sans doute qu'en temps qu'inférieur il devait suivre le peuple kobold et leur obéir. Mais les kobolds avaient dû comprendre nos pensées intérieures et en décider autrement. Nous nous fîmes en effet dépasser avant d'arriver par un petit être bleu courant aussi vite que ses jambes le permettaient et suivi de son fidèle esprit servant : Ssiena fonçait vers le géant.

- " Canoutouluiexpliquer, grandinférieurçacomprendre, vivivi, çasûr !
- Ssiena ! N... "

Trop tard ! Elle campait déjà fermement devant le géant et entamait sa litanie habituelle sur le deuxième Âge d'Or Kobold, usant la plus grande puissance de sa petite voix pour se faire entendre. Nous nous approchâmes à grands pas, sachant qu'il fallait arrêter rapidement les élucubrations de la kobolde.

Un mouvement presque imperceptible du visage du géant nous permis de comprendre que ce que nous craignons allait arriver : la kobolde était bel et bien de le réveiller mais il n'allait pas être de très bonne humeur et peu enclin à la négociation. L'instant d'après il levait un poing menaçant en poussant un rugissement qui résonna dans la vallée.

- " Ahbenanan ! Capaprévu ! Cagrandglacédevaitobéiràjolieparfaitekobolde !
- Cours, Ssiena, cours !
- Capatapeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeer ! "

Ssiena avait pris ses jambes à son coup et nous attendions qu'elle nous rejoigne. Les négociations avaient mal tourné, il allait falloir agir différemment. Le géant abattit hélas son poing sur la kobolde avant qu'elle l'ait le temps de nous rejoindre. Rapidement, un guérisseur se mis à couvert pour secourir la kobolde laissée pour morte alors que nous nous précipitions en direction du fort. Il fallait qu'il voit le spectacle de l'attaque, peut-être comprendrait-il alors pourquoi nous étions venus le chercher. Certains firent l'erreur de se retourner pour voir si le géant nous suivait encore, curiosité tout aussi inutile que fatale.

Certains d'entre nous furent sauvagement jetés en l'air ou écrasés d'un poing vengeur mais le géant semblait ne pas vouloir trop s'éloigner de son endroit de repos favori. Il fallut que nous nous époumonions, choisissant parfois de lui lancer un sort pour attirer son attention pour qu'il nous suivit suffisamment près du fort. Nous nous approchions le plus vite possible sans regarder derrière nous, l'ombre menaçante du géant nous surplombant, priant Odin pour parvenir à nos fins. Quelques midgardiens repliés loin du fort nous imitèrent et commencèrent également à tenter d'attirer l'attention du géant sur le fort.

Nous entendîmes soudain dans notre dos un immense rugissement qui fit vibrer nos tympans et n'eurent qu'à peine le temps de nous écarter avant que le géant nous dépasse à grands pas. Il avait repéré l'ennemi et s'apprêtait à frapper. Il enjamba aisément les murs du fort et nous vîmes soudain des corps projetés par delà les collines enneigées.

Du combat qui s'en suivit, albionais comme midgardiens ayant survécu se souviendront de la rage incontrôlable du géant qui frappa aveuglément sur tout ce qui était désormais à sa portée, l'ennemi comme les nôtres. Quant à nous, notre rêve s'était enfin réalisé : le géant du glacier s'était enfin battu pour Midgard.



http://pisarro.pse.be/sdo/gbled2.jpg


(En souvenir un peu romancé de la soirée où nous sommes parvenus à amener le géant à Bledmeer pour se débarrasser des albionais qui s'y étaient installés.)

Signature éditée.
 

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