GW - Le théâtre de Dame Althéa

Le legs des ancêtres…

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Ma participation au concours, en espérant que je n'ai pas oublié trop de fautes d'orthographe et de grammaire.

Le legs des ancêtres…

Une jeune femme se penchait vers lui pour l’aider à se relever. Sa peau noire contrastait fortement avec la blancheur de son armure, des ailes de nacre couvraient ses cheveux de jais crépus, le symbole du soleil ornait sa boucle de ceinture et surtout, surtout, un bandeau lui couvrait les yeux.

« Je la connais… » Pensa-t-il « Jadis à Gandara, ensemble nous avons affronté les Kournans… »

Cette pensée fut aussitôt détournée par une autre : « Gandara ? Mais où est-ce ? Nul village ou citadelle ne porte ce nom en Kryte et ce n’est certainement pas chez les Asuras que…»

Malgré ses yeux couverts, elle semblait plonger directement son regard vers le sien tandis que ses lèvres esquissaient un sourire :

« Il ne fait pas bon voyager seul de part le monde, surtout dans ces contrée abandonnées des Dieux » Lui dit-elle d’une voix douce mais suffisamment ferme pour lui faire comprendre qu’elle avait l’habitude de commander des hommes. « Voyez, vous êtes presque arrivés au bout de votre voyage. »

Alors qu’il se tournait, son regard fut aveuglé par une immense lueur, comme si, un glorieux soleil d’été avait soudainement surgit par-delà les sommets des Cimefroides. Elle détourna alors son regard et commença à s’avancer dans la lumière tout en entonnant de sa voix douce une chanson qu’il ne connaissait pas. Cela ressemblait à un chant de bataille, l’un de ces hymnes repris à pleine voix par les soldats vétérans de la garde de la Reine quand ils faisaient leur démonstration lors des évènements annuels et qui parfois faisaient jusqu’à trembler les murs du Conseil.

Et au fur et à mesure que sa voix s’élevait de grandes ailes dorées commençaient à pousser dans son dos et à se déployer, s’étendant vers l’infini. Aveuglé par la lumière, assourdit par la voix qui menaçait maintenant de lui faire exploser ses tympans, il s’écroula à nouveau sous un déluge de plumes dorées.

« Kormir ! » S’écria-t-il en se relevant couvert de sueur. Le feu était éteint, mais la roche basaltique de la caverne ainsi que les étranges jarres qui ornaient l’une des parois semblaient avoir retenu la chaleur. Probablement que les Asuras y étaient pour quelque chose. Après tout, c’était bien là l’un des points d’accès de leur réseau, même si plus personne ne l’utilisait. Machinalement sa main se porta sous les épaisses fourrures de son manteau et effleura le symbole du soleil qui ornait sa propre armure… cette vieille armure dont ses parents… ainsi que la Reine, étonnamment, avaient insistés pour qu’il soit vêtu avant de partir. Encore ce satané rêve ! Et depuis son départ, ces rêves n’avaient pas cessé de le hanter.

Sa famille était originaire d’une lointaine ile dans le sud. Pour ce qu’il en savait ils étaient partis, avec d'autres, pour la Kryte il y a déjà plusieurs générations quand un seigneur mort-vivant avait pris le contrôle de leur région du monde. Alors qu’ils étaient pourchassés par la nouvelle autorité, ils avaient pris le soin de la préserver et de l'emporter ; ainsi l’armure du soleil avait voyagé avec eux jusqu'à leur nouvelle patrie. À sa connaissance, il était la toute première personne à la porter depuis celui pour qui elle avait été initialement forgée il y a plus de deux siècles de cela. Malgré les ans, elle était toujours intacte et n'avait pas eût besoin d'être ajustée pour qu'il puisse l'endosser ; jamais un forgeron de Kryte n’avait pu reproduire un tel prodige. C’est comme si les dieux avaient jadis béni cette protection ou qu'elle s'était chargée d'elle-même d'une formidable résistance mystique au fil des périgrinations de son ancêtre, comme si une relique était née d'une armure ordinaire.

Parfois, quand il était enfant, on le surnommait « Istani » quand il commettait quelques chapardages au marché, mais lui se sentait Krytien dans l’âme même s’il n’avait vraiment pas l’air d’un Krytien pure souche et que les tatouages n’étaient pas trop dans le genre de la tradition familiale. D’ailleurs même si on fêtait encore les traditions des différents peuples réunis aux Étendus des Divinités, cela faisait longtemps que les peaux rouges des Krytiens, les peaux noires et basanées des Éloniens, les yeux bridés des Canthiens et les cheveux clairs des Ascaloniens avaient tous fusionné pour former le peuple de Kryte actuel. Et c’était encore plus vrai dans la nouvelle cité libre de l’Arche du Lion, une ville corsaire pourtant hors de l’autorité de la Reine de Kryte et des Sénateurs, qui avait été fondée près du nouveau portail vers les Brumes peu après le retrait des eaux. Cependant quelques traits ressortaient parfois dans la jeune génération et quand il était à son poste aux tours de garde, des voyageurs récemment arrivés dans la capitale lui demandaient parfois si les routes commerciales vers Elona étaient à nouveaux ouvertes.

Cela s’était passé le jour de la Désignation, le jour où parmi les pages et élèves de la Garde du Lion, certains étaient choisi et d’autres pas, le jour des Élus... Parfois le meilleur pupille de la garde, celui qui accumulait toutes les récompenses, n’était pas choisi tandis que l’enfant miséreux et boiteux qui avait été rejeté lors des sélections des classes recevait désormais tous les honneurs. Et il avait été choisi lui, un élève moyen s’il en faut, souvent puni et abonné au nettoyage des écuries.

Devant le trône, seule au beau milieu de l’immense salle, une enfant, ou du moins, ce qui semblait à première vue n’être qu’une enfant d’une dizaine d’année, regardait avec émerveillement les colonnes richement décorées qui retenaient la coupole. Elle était légèrement vêtue pour la saison et ses cheveux, d’un étrange vert feuille, retombaient sur ses épaules comme les ramures de quelques plante exotique. Sous les colonnades, les courtisans, les Sénateurs et autres conseillers de la Reine regardaient d’un œil norme la garde du Lion, les élus et leur famille qui leurs faisaient face de l’autre côté de l’allée centrale. Quand elle eut finir d’admirer le plafond, la jeune fille aux cheveux verts lança effrontément :

« Vos arbres de pierre sont bien étranges, ils n’ont pas de racine et pourtant ils sont suffisamment forts pour développer cette immense canopée de roche et de minerai au dessus de nos tête. »

Se souvenant de sa mission, elle poursuivit d’un ton solennel et étrange, désormais dépourvu de toute trace d’humour, comme si des dizaines de voix essayaient de se faire entendre de part sa bouche :

« Le Sylvari a envoyé cette pousse vous prévenir vous, nos aînés, tout comme d’autres pousses ont été prévenir les géants dans les hautes montagnes glacées, les alchimistes dans leurs laboratoires sous terre, les tigres féroces sur leurs terres ancestrales ainsi que les oiseaux qui marchent sans plus savoir voler ou même les coureurs des plaines avec lesquels vous vous battez pour le contrôle de ces terres. Nous cherchons même à prévenir les premiers nés qui jadis doraient leurs écailles au soleil du désert qui nous brûle tant et nous roussi nos tiges. »

« Nous, le Sylvari, sommes jeunes mais nous nous rendons compte que même le Rêve a été touché ; plusieurs pousses se sont flétries et sont mortes après avoir exploré les songes en quête de réponses. Certaines pousses hésitent même désormais à dormir et à partager leur expérience de l’existence avec l’ensemble du Sylvari. »

« Ce que vous et vos astrologues avaient jadis craint s’est produit. Ce que nous avons pu retirer du Rêve est formel : ILS ont fini de se réveiller. Tous les soubresauts de mère nature, ces cataclysmes, comme vous les appelez, survenus jusqu’à présents, n’étaient que des signes avant-coureurs. Si rien n’est fait, votre temps, tout comme le notre, est désormais compté. »

Chose rare, c’est la Reine en personne qui lui répondit et bien qu’elle fût elle-même très jeune, c’est ainsi qu’elle s’exprima :

« Je vous remercie mon enfant, vous, ainsi que l’ensemble de votre peuple. Vous confirmez enfin ce que nos archivistes des Soupirs craignent depuis plusieurs dizaines d’année. »

« Contrairement à ce que certains de mes conseiller et des Sénateurs veulent bien penser » Dit-elle en s’adressant cette fois-ci à la foule « et ce malgré les dissensions qui existent désormais entre nos races ; nos ancêtres et leurs alliés non-humains avaient prévu que ce jour arriverait. Même si le dieu noir a disparu depuis longtemps, chaque année de nouveaux élus sont toujours choisis par l’Œil de Janthir ; et chaque année ils sont entraînés dans les arts et les secrets de l’Ordre des Soupirs. »

Enfin son regard se posa sur la rangée des jeunes élus et à l’étonnement général, elle déclara :

« Mais cette année, les choses se passeront différemment, nous n’avons plus le temps pour ces chose-là. Chacun d’entre vous devra se plonger dans l’histoire de votre famille et quelque soit ses origines, Krytien, Ascalonien, Canthien banni ou Elonien en exil, vous aurez une tache à accomplir, tache qui a été déterminée par vos aïeuls, bien avant votre naissance. Vous partirez immédiatement explorer le monde sur les traces de vos ancêtres. Puisse votre entraînement dans la garde royale vous être utile si vous voulez survivre au-delà de nos frontière. Et puissiez-vous survivre pour notre bien à tous. »

Contrairement à ce qu’avait annoncé la Reine, ils n’avaient pas été immédiatement lâchés dans la nature. La garde du lion et les archivistes des Soupirs avaient, semble-t-il, eut des remords à laisser partir des novices à moitié entraînés à leur mort certaine. Mais les deux mois qui suivirent, virent leur entraînement atteindre une cadence infernale. Outre les entrainements communs pour le maniement des armes et les rudiments en arts magiques ou mystiques, chacun avait droit à des sessions personnalisées supposées mettre en avant des aspects nécessaires à l’accomplissement de leur mission. Et à son grand étonnement, lui, le cancre devait désormais apprendre à commander les hommes et à motiver les troupes sur le champ de bataille. Des Asuras, récalcitrants il est vrai, venaient même lui apprendre les règles de base et autre protocoles à appliquer en cas de translation ainsi que les positions de portes primaires de leur réseau de transport. Les dernières semaines se passèrent à Rata Sum où, après avoir dit adieu à sa famille, s’être séparé de ses amis qui allaient eux-mêmes vers d’autres régions du monde et après avoir plongé une toute première fois dans l’inquiétant cercle magique, il dut s’aguerrir dans la chaleur moite de la jungle tropicale coincé entre le dédain des Asuras et la curiosité sans limite du Sylvari.

« Tout ça pour se retrouver bloqué dans les neiges du Nord » Songea-t-il d’un air dégoûté. « L’ironie de la situation ne m’échappe pas, même à moi… »

Les rêves avaient commencé à venir le hanter à cette époque, probablement un effet d’avoir côtoyé le Sylvari de trop près, encore qu’il était très difficile de se défaire de la présence des jeunes pousses tant leur curiosité à l’égard du monde les rendait téméraires et accueillantes, trop parfois, à l’égard des étrangers.
Non ! Les rêves, ainsi que certains cauchemars, avaient commencé depuis la Désignation ; sa fréquentation du Sylvari n’avait fait que les renforcer, les rendre plus clairs et intelligibles. Depuis cette époque, les visions de Kormir se répétaient toutes les nuits, difformes et sans consistance au début, elles avaient gagné en précision et en intensité à chaque étape de son voyage. Cependant, chaque nuit elles étaient différentes ; il avait donc perdu à jamais tout ce que la Déesse de la Vérité avait bien pu lui dire lors de ses premières apparitions.

De Rata Sum il s’était translaté près des Marais de la Lumillule, dangereusement proches de restes, à présent émergés, d’Orr où reposait désormais l’une des grandes menaces annoncées. De là, une longue et difficile marche à travers les Cimefroides du Sud, entrecoupée d’attaques de Draguerres sauvages et féroces, avait amené la caravane dont il faisait partie à la nouvelle capitale des Norns : la Forge de Droknar. Chassés du Nord par quelque créature encore plus grande qu’eux, ils étaient venus en nombre s’installer dans les rues désormais vides de la plus grande des cités des nains. Enfin… pas complètement vides… parmi les géants blonds avides de batailles et de boissons, un vieux nain vivait encore les dernières années de sa vie ; Ogden Guéripierre attendait l’accomplissement de sa dernière mission. Apparemment son arrivée lui avait causé une grande commotion :

« Grand Nain ! Je te prie de m’excuser » dit-il quand il eut repris ses esprits. « J’ai soudainement cru que j’étais revenu 250 ans en arrière ; à moins qu’un fantôme tout droit sorti des cryptes du Soleil ne soit revenu d’Istan pour me hanter. »

« J’ai quelques histoires à te raconter ; enfin… si jamais l’impétuosité de ta jeunesse peut se calmer quelques heures ; le temps de laisser un vieux tas de pierre comme moi raconter son histoire. Ensuite, comme convenu depuis longtemps avec l’Ordre et avec l’accord de la Reine, je te révélerai la teneur de sa mission. »

« Quand j'ai rencontré ton ancêtre pour la première fois dans les profondeurs de la terre, il était déjà un Héros aguerri et renommé ; cependant les aventures qu'il a vécu pendant ses jeunes années m'ont été racontées par un autre Lancier, connu sous le nom de Koss... » Et pendant toute l’après-midi et jusqu’au plus profond de la nuit, il lui avait raconté toute l’histoire de sa famille, comme jamais personne ne le lui avait raconté ; des faits d’arme qu’on lui avait enseigné enfant à l’école et dont il ne savait pas que son ancêtre y avait participé et encore moins qu’il avait été un acteur important de l’histoire passée. Puis le vieux nain l’avait renvoyé vers la porte des marais en lui donnant les coordonnées d’un portail hors réseau.

« Ta mission » lui dit-il « est de retrouver et d’interroger le bassin divinatoire qui nous mis jadis en garde contre la dernière grande menace de mon époque. C’est là ta mission officielle pour sauver ton époque et ton monde puisque le mien a depuis longtemps été changé en pierre. Mais j’ai dans l’idée que tu trouveras bien plus que ce que l’Ordre et la Reine veulent te faire trouver… »

Il atteignit enfin le sommet de la colline ; devant lui derrière un petit lac gelé se trouvait la base d’une grande tour ; une construction titanesque qui ne pouvait pas être l’œuvre des humains. Le nain l’avait prévenu mais il en resta quand même estomaqué. La tour s’élevait pourtant loin dans les airs malgré le fait que son sommet avait été brisé dans des temps immémoriaux. Jadis, les Norns avaient toujours évité l’endroit ; maintenant qu’ils avaient fuit la région, la zone était complètement désertique et abandonnée.

« Jadis » songea-t-il « malgré sa cécité, elle nous a conduit, les Lanciers et moi, à travers le Tourment… »

« Encore le rêve ! » s’écria-t-il « Désormais, je rêve même en plein jour ? »

Kormir se trouvait à ses côtés et contemplait la grande lumière qui leur faisait face :

« Jadis, des Héros du monde entier ont répondu à mon appel, moi qui n’était qu’une simple humaine. Ce monde est à vous et, une dernière fois, nous avons influencé les rêves et les actions des races mortelles. Partout ailleurs, chez tous les peuples doués de raison et d'intelligence, même ceux qui ne nous vénèrent pas, des aventuriers grands ou petits, forts ou faibles, intelligents ou fous se sont mis en marche : certains comme toi pour chercher le legs de leurs ancêtres et faire que leurs actions ne soient pas oubliées ; d’autres pour se faire un nom par eux-mêmes et pour qu’une place leur soit réservée pour toujours dans le Panthéon des Héros dans les Brumes. »

« De part mon existence mortelle passée, je suis jeune par rapport aux autres Dieux et pourtant, pourtant, je me souviens encore du jour où nous avons créé le monde… »

À ses côtés, plusieurs formes changeantes composées de brumes regardaient dans la même direction qu’elle : un grand homme dont la tête arborait un visage rude avec six yeux d’un violet éclatant et qui avait une longue crinière de tentacules qui lui retombaient sur les épaules, derrière lui, encore plus éloignée et indistincte, une grande forme arachnide avec un nombre incalculable de bras et de jambes et d’énormes yeux à facettes et derrière eux, encore plus loin,… Tous regardaient ensemble dans la même direction avec le même espoir que Kormir.

« Déjà, jadis, ils étaient tapis dans l’ombre attendant que notre regard se détourne pour s’incarner en ce monde et venir piller les fruits de notre création. Et nous les Dieux, ne pouvons rien contre les formes primitives du chaos. Ces formes qui existaient avant nous… »

Tous les reflets de ses incarnations passées s’évanouirent lorsqu’elle se retourna vers lui.

« Ce sera ma dernière apparition à tes cotés, nous somme trop près de leur domaine et ils ne tarderont pas à me détecter. Toi qui n’es pas encore un puissant, tu passeras inaperçu dans les mailles de leur filet. Ce n’est pas tant ce que tu trouveras ici que ce que tu auras compris au cours de ton voyage qui fera la réussite de ta mission. »

Le monde redevint gris et froid. Serrant son manteau, il entreprit la descente de la colline et la traversée du lac gelé.

L’intérieur de la structure était tel que le vieux nain l’avait décrit ; une immense salle dont le plafond était perdu dans les ténèbres malgré les larges ouvertures sur les bords qui laissaient passer les lueurs des aurores boréales. On y distinguait à peine les formes d’une immense vasque suspendue dans le vide qui avait jadis servit tant à réchauffer l’atmosphère qu’à illuminer l’endroit. Ça et là, des restes d’armes et d’équipement montraient encore que l’Avant-garde d’Ebon s’était retirée précipitamment à l’annonce de la destruction de la Cité d’Ascalon. Leurs espoirs, portés durant des décennies, avait été finalement anéantis par cette annonce et le groupe c’était séparé, une partie rejoignant les exilés ascaloniens installé en Kryte depuis longtemps, tandis que les plus déterminés s’en étaient aller poser les fondations de la citadelle du Faucon d’Ébène, bien plus loin au sud et qui, deux siècles après, résistaient toujours contre l’envahisseur charron.

La colossale tour avait quand même souffert du passage des années : près de la porte au fond un éboulement de pierres des falaises qui surplombaient la base de l’édifice avait crevé la couverture du passage et une congère bloquait à présent l’accès à l’arrière de l’Œil. Gêné par la neige et le vent qui s’engouffraient dans la faille, il lui fallu plus de deux heures pour débloquer un accès praticable en cumulant ses maigres connaissances en Magie du feu avec le bâton de flamme Asura qu’il avait acquit à Rata Sum. L’endroit auquel il eut bientôt accès avait encore plus mal supporté le passage du temps : des lambeaux de tenture jonchaient le sol, un autre éboulement avait fait tomber une grande statue ailée qui se trouvait tout au fond du Panthéon, détruisant au passage plusieurs présentoirs dont la fonction lui échappait, sa tête reposant maintenant au fond d’un bassin pratiquement asséché. Des armures décrites par Ogden, il ne restait que des tas rouillé qui laissaient encore parfois supposé qu’elles avaient été d'un blanc nacré et ornées de motifs ailés. Le visage de la statue la moins oxydée était étonnamment proche du sien ; elle avait été peinte pour représenter le porteur des armures de son vivant. Mis à part la couleur des cheveux noirs et des yeux d’un bleu plus foncé que les siens, il avait l’impression désagréable de se regarder dans un miroir.

D’autres statues de bronze se trouvaient dans la partie gauche du Panthéon, elles semblaient représenter des animaux exotiques et d’autres personnages que son ancêtre avait connus et certaines d’entre elles faisaient ressurgir de sa mémoire les récits qu’Ogden lui avait fait de ses aventures passées. Le piédestal immédiatement à sa droite semblait promettre d’être plus intéressant : alignées et semble-t-il parfaitement conservées malgré les intempéries, une quinzaine d’armes étaient à sa portée. Par réflexe, il tandis la main vers ce qui semblait être un lourd bouclier ; sa surface était étrange, on eût dit de la lave qui s’était solidifiée depuis longtemps refroidie par les neiges du Nord. Les mots du nain lui revinrent à l’esprit :

« Ces carapaces de Destructeurs ! » Lui avaient-il dit, « On avait tellement de mal à en finir avec ces choses qu’on a dut demander à un vieux prêtre qui avait quelques notions d’alchimies de nous créer un acide capable de s’infiltrer dans les craquelures et les failles qui couvraient leur corps et de les ronger de l’intérieur. Ah ! L’idée était si brillante qu’elle a même cloué son clapet à ce blanc-bec d’Asura qui croyait tout savoir sur tout ! Ces trucs-là semblaient avoir une espèce de feu intérieur, comme les feux du centre du monde s’étaient incarnés à la surface. »

Le vieux nain avait raison ; soudainement l’intérieur du bouclier s’était illuminé comme si quelqu’un avait soufflé sur des braises encore chaudes. Instinctivement, par crainte de se faire brûler, il laissa tomber le bouclier au sol dans un grand bruit. Derrière lui, à la gauche du passage d’entré, lui une trentaine de petites paires d’yeux s’ouvrirent d’un long sommeil et un brouhaha de cris et de bruits informes s’éleva dans les ténèbres. Alors qu’il se retournait soudainement en essayant de se mettre en garde contre cet assaillant inconnu, il manqua de perdre son équilibre plus devant le spectacle qui lui faisait face qu’à cause d’une éventuelle plaque de glace. Dans la partie la plus protégée du Panthéon, des créatures minuscules semblaient dépenser une énergie folle à produire le plus de bruit possible et à se disputer entre elles pour se distinguer de manière à attirer son attention.

Un grognement sourd, les firent toutes se taire en même temps et s’arrêter de s‘agiter. Ce qui semblait être un petit dragon bleu-vert s’éleva de lui-même du piédestal et s’approcha de lui en ondulant jusqu’à venir flotter à quelques centimètres de son nez, soutenu par le léger battement de ses fines ailes transparentes. Tandis que les autres bestioles déconfites semblaient se replonger dans leur sommeil centenaire, une jeune femme armée d’une faux, un homme habillé en rouge avec deux épées, une créature cornue avec de grandes ailes de chauve-souris et une autre d’aspect insectoïde et qui portait une réplique miniature du bouclier qui gisait désormais sur le sol gelé émirent un léger soupir dans lequel il aurait juré pouvoir sentir poindre de la jalousie. Le dragonnet retourna immédiatement sa petite tête et émit un second rugissement, forçant les quatre renégats à suivre le mouvement des autres. Puis se focalisant à nouveau sur la personne en face de lui, intrigué, il se rapprocha davantage en tendant son museau et commença à renifler son visage à grands bruits.

La bestiole émit soudain un couinement de joie et aussi vite que l’éclair vint enrouler son corps longiligne tout le long de son épaule et de son bras gauche, rangeant délicatement ses grandes ailes. Interloqué, il hésitait encore à déterminer s’il s’agissait là d’une attaque ou d’une marque d’affection quelconque, quand il s’aperçut que le dragonnet, dont la tête reposait sur le dos de sa main gauche, ronronnait tranquillement tout en se réchauffant à la chaleur de son corps. Optant pour la seconde solution, il lui gratta la tête de sa main libre, ce qui ne fit qu’enfler les ronronnements.

« Étonnant » pensa-t-il « Il semble que cette chose ait finalement décidé que j’étais son maître. »

Sous sa patte arrière droite, il pouvait distinguer le sceau de la Maison de Mahk, le créateur de jouets le plus connu du monde, dont les descendants s’étaient eux aussi exilés en Kryte à la chute d’Istan. Faisant preuve de la qualité des créations de l’artisan depuis longtemps disparu, ces petites miniatures magiques espiègles avaient traversé les âges à l’abri des changements du monde. Mais cela pouvait attendre, se retournant il décida de se rapprocher de ce bassin dont on lui avait tant parlé.

Le bassin presque vide s’illumina soudainement et c’est comme si ses yeux voyaient désormais à travers les yeux d’un autre. La salle était de nouveau intacte et vivement éclairée ; les grandes tapisseries qui gisaient sur le sol en lambeaux ornaient désormais les murs tandis que de l’eau verte remplissaient le puits au centre de la salle… Il était de nouveau dans le hall d’entrée ; des bruits diffus, des voix humaines apparemment et de nombreux bruits de pas se faisaient entendre dans son dos et de temps à autre résonnait un bruit de métal, comme deux épées qu’on entrechoquait pendant un entraînement de soldats. À sa gauche, un nain, pensif se grattait la barde et maugréait des mots inintelligibles. Il allait lui demander son nom quand il réalisa qu’il s’agissait d’un Ogden plus jeune et encore dans la fleur de l’âge ; contrairement au vieux nain rabougrit et recourbé qu'il avait rencontré dans les montagnes du sud. Un soupir exaspéré lui fit retourner la tête vers son flanc droit : un jeune Asura, l’air effronté boudait dans son coin ; d’un geste vif, la créature se saisit de son bâton et, agacé, frappa le sol de sa base pour relancer quelque enchantement.

« Alors ce doit être Vekk probablement… Je serai donc revenu aux temps anciens ? » Songea-t-il.

S’avançant vers le bassin, il vit devant lui une jeune femme qui essayait d’arranger nerveusement une fleur des champs qu’elle avait dans les cheveux. N’y arrivant pas, elle porta sa main droite à sa bouche et se mordilla rapidement le bout les doigts. Elle se retourna alors vers lui comme si elle l’avait entendu approcher ; son regard était tourmenté et elle donnait l’impression d’être partagée entre l’envie de fuir et celle de tout détruire autour d’elle. Ogden et Vekk, le dépassèrent chacun d’un coté et rejoins par la femme, ils se tournèrent tous les trois vers les profondeurs du bassin. Ils semblaient attendre quelque chose… ou quelqu’un… et surtout, surtout, ils ressemblaient traits pour traits aux statues de bronze qui ornaient le piédestal à la gauche de la salle. Ils se retournèrent à l’unisson comme pour accueillir la personne attendue. Faisant de même, il fut soudainement atterré de croiser le regard féroce et déterminé… d’un Charr

« Un Charr ? Ici ?! » S’écria-t-il en saisissant sa petite lame krytienne dérisoire. Mais le grand prédateur le dépassa d’une longue foulée, semblant l’ignorer ou ne pas l’avoir entendu. Le spectacle de ceux qui entrèrent dans le Panthéon à sa suite le laissa sans voix : une immense femme blonde, une Norn apparemment, un centaure aux cornes décorées d’or, un vieil homme au visage caché par une cape rouge, une femme basanée en habits de corsaire accompagnée d’un espèce de lézard à grand museau, aux grandes dents et au corps couvert d'épaisses écailles, deux moines, un vieil homme dont la partie droite du visage était couverte de scarifications et une jeune fille au port altier mais à l’air espiègle, un nécromant au corps couvert de cicatrice, … Et il en arrivait encore et encore, dont certains qui n’avaient pas de statues : un grand Tengu au regard aiguisé comme des couteaux et à la démarche leste, un moine chauve couvert de tatouages accompagné d’une femme blonde qui fusillait du regard toutes les autres personnes de la gente féminine déjà présentes dans la pièce, une femme noire dont la tenue légère ne semblait pas pouvoir la protéger des rigueurs du nord et qui baillait de fatigue comme si on l’avait soudainement réveillée de sa sieste et pour finir, clôturant la marche, une jeune femme aux cheveux châtain clair, vêtue d’une armure d’Ascalon portant à bout de bras un grand marteau. Alors que tout ce monde se répartissait autour du bassin, un mouvement à la limite de son champ de vision retient alors son attention. De l’autre coté de l’étendue d’eau, un grand oiseau multicolore se déplaçait avec légèreté entre les rangées de pierre.

La salle fut soudainement engloutie dans une lumière vive. La miniature de dragon était de nouveau enroulé autour de son bras et ronronnait tranquillement en profitant de la chaleur de son corps ; il était revenu à sa propre époque. Lorsque sa vision se fut de nouveau habituée aux pénombres, il s’aperçut que le phénix était toujours là de l’autre coté de l’étendue d’eau désormais morte.

« Mais je ne suis pas Rôdeur ! » S’écria-t-il « Je ne connais rien aux techniques pour charmer les animaux ! »

Au loin les plaintes du vent lui apportèrent une réponse inattendue. Par moment en tendant bien l’oreille, on pouvait y distinguer la voix douce et ferme d’une jeune femme qui entonnait un chant de bataille. Déployant ses ailes, l’oiseau fit lentement le tour du bassin et vint délicatement poser sa tête contre sa main droite.

« Des armes et des alliés… » Pensa-t-il alors « Pourtant cela semble bien faible par rapport à la menace qui s’est découverte… »

Dans un murmure, la voix du vent lui répondit à sa question non formulée :

« D’autres alliés viendront et tu seras toi-même l’allié d’autres… Ce monde est le votre, vous ne combattrez jamais seul… Ceci… n’est qu’un nouveau commencement… »
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