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Le Bar de la Taverne
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[nouvelle] Un peu trop humain

Voici une nouvelle fraîchement terminée. J'ai mis un sacré bout de temps à l'écrire. Près de 3 semaines, surtout faites de blocages. Malgré cela je pense que quelque chose de joli est sorti.

A vous de me dire ce que vous en pensez. Attention elle est longue. Si vous voulez l'imprimer, il y a une version plus lisible (et en une partie) sur mon site : http://morethil.free.fr/


Un peu trop humain

Il était 15 heures lorsqu’ils sont venus. Jeanne était assise à son bureau, bien au centre de son pupitre, occupée à taper les rapports de l’entreprise sur le clavier de son ordinateur. Depuis hier je voyais bien qu’elle était anxieuse. Pourtant elle n’avait rien voulu me dire. Quelques minutes avant, je la regardais en souriant, pour essayer de la détendre.
Ils sont arrivés par l’allée centrale. Le DRH Johnson était accompagné de trois miliciens. Harnaché de leurs armures bleues, ils jouaient à frapper sur leurs cuissardes de leur lourdes matraques.
Il est rare de voir des miliciens à cet étage. Non seulement notre travail n’est pas trop pénible, mais surtout nous sommes de bons producteurs.
Ils sont allés directement vers le bureau de Jeanne, sans rien dire à personne. Je me suis levé derrière eux, pour leur demander des explications.
« Retournez vous asseoir Anton Peter ! A lâché le DRH sans même se retourner. Ne vous mêlez pas de ça ! »

J’ai obéit, par réflexe, sans pour autant reprendre mon travail. Quelque chose m’avait fait tendre l’oreille. J’aurais pu être puni pour la perte de temps ainsi provoqué, mais ma réaction était simplement humaine.
A l’autre bout de la salle je voyais le visage de Jeanne se figer sur les hommes qui l’approchaient. Elle avait peur, cela ne faisait aucun doute, au point de se mettre à trembler.
Dressé devant elle, le DRH s’est contenté de prononcer son énoncé après avoir tapoté sur son mobile.
« Mademoiselle Jeanne Devreau, vous êtes accusé d’improductivité. Nous venons de recevoir le calcul de vos heures de travail, et il vous manque près de 45 minutes d’activité sur les 3 derniers mois.
Le conseil d’administration de l’entreprise a vu les preuves irréfutables de votre forfait sur le bilan trimestriel, et vous a déclaré coupable. Etant donné votre qualité vous avez été condamné à être rééduqué. Vous avez quelques chose à déclarer ?
- Je vous en prie DRH Johnson, laissez moi rattraper le temps perdu, je resterais plus longtemps s’il le faut. »
Jeanne s’était mise à pleurer.
« Ne dites pas de bêtise, a repris le DRH. Vous savez bien que l’entreprise ne peut pas rester ouverte simplement pour vous permettre de rattraper vos heures mademoiselle Devreau. Vous coûteriez plus cher que ce que vous rapporteriez.
- Je vous en prie, je ferais ce que vous voulez…
- Nous allons vous emmener en rééducation. N’opposez pas de résistance et tout se passera bien.
- Non ! Je refuse la rééducation ! J’ai le droit de payer une amende, ne m’envoyez pas à la rééducation ! » Elle était paniquée.

Tendis qu’elle pleurait de plus belle le DRH a simplement consulté son mobile. Les 3 hommes en armure le regardaient froidement, en attendant les ordres. Je n’avais qu’une envie, me lever et sortir Jeanne de cette pièce, partir, quitter l’immeuble, quitter la ville même, en l’emmenant avec moi. Mais je n’en fit rien.

« Vous avez déjà dépassé vos quotas d’amendes mademoiselle Devreau. Je lis que vous avez payé par trois fois, en 95, 97 et 2100, pour être renvoyé, vous n’y avez donc plus le droit.
- Alors je démissionne ! S’est-elle mis à hurler. Je démissionne, vous n’avez pas le droit de m’en empêcher !
- Le personnel de votre catégorie n’est pas autorisé à démissionner mademoiselle Devreau. Laissez vous faire, tous se passera bien. »

Sur ces mots il a fait signe aux trois miliciens. Ils ont commencé à la frapper. Les matraques volaient de haut en bas, elle hurlait, pleurait, suppliait mais rien n’y fit.
Les autres employés du bureau s’étaient remis à travailler, emplis d’angoisse. Je regardais la scène avec dégoût, paralysé. Quand ils l’ont traîné vers l’extérieur elle était encore réveillée. Ses jambes gigotaient dans tous les sens, en frappant le sol. Elle laissait derrière elle des gouttes de sang sur la moquette. Lorsqu’ils sont passé devant mon bureau elle m’a regardé murmurant sa supplique.
« Anton, aide-moi… »

Mais je n’ai pas bougé. J’aurais voulu me lever, mais le geste du DRH m’en empêcha. Il avait braqué les yeux sur moi levant son index menaçant. Sa tête faisait un signe de dénégation à mon encontre, et même s’il ne parlait pas j’entendais sa voix caverneuse me dire « Je vous le déconseille Monsieur Peter. » Elle suppliait, et je n’ai pas bougé…

Il faisait nuit quand Peter est sorti de son travail. Il est descendu directement au parking, et a rejoint sa place dans le verbus collectif. Une fois plein, l’appareil aux multiples compartiments s’est élancé à travers la vieille ville. Il donnait l’apparence d’un serpent mécanique. Il roula longtemps avant de commencer sa division, au point d’être invisible parfois à l’œil des caméras.
Tous au long du chemin, Peter était resté silencieux. Quand son compartiment s’est détaché du reste du véhicule Peter s’est contenté de s’accrocher aux poignées de sécurité. Quelques mètres plus loin il est simplement descendu de son siège et s’est mis à marcher.

Accompagné de l’un de ses collègues Peter a supporté la pluie, sans rien dire. Celui qui avançait à ses côtés était Richard Al Phabis.
Anton n’aimait pas vraiment Richard, mais ils étaient voisins, alors tous les soirs ils rentraient ensemble dans le même compartiment, et devaient se faire la conversation. C’est l’entreprise qui avait planifié cela. C’était l’une des dispositions légales du secteur logistique pour faire des profits sur l’énergie. En tant que bons voisins, chacun avait des autorisations de l’autre.
Richard était l’un des meilleurs travailleurs de l’entreprise, il travaillait sans discontinuer du matin jusqu’au soir, et n’utilisait que rarement ses pauses réglementaires.
Peter était comme cela avant, mais depuis cette après-midi quelque chose, chez lui, s’était détraqué, et faisait lentement son chemin.

« Peter, je m’appelle Peter, songeait-il. Ou Anton ? Anton Peter ! Peter… »

Silencieux Peter a monté les marches qui menaient à son appartement. Il entendait la voix de Jeanne qui l’appelait au secourt. Il se voyait immobile tendis que son amie suppliait, et il avait honte de lui.
Arrivé devant sa porte il a simplement montré son œil au judas. L’identification oculaire lui a ouvert sa porte, comme tous les soirs, et il est allé baisser son store intérieur.
Dehors l’enseigne au néon de l’hôtel voisin donnait à la rue, par intermittence, des couleurs roses et bleu. La lumière passait entre les lamelles mais Peter n’y pouvait rien, ses volets étaient bloqués depuis longtemps, cassés lors d’une tentative de cambriolage.

« Peter, je suis Peter… se souvenait-il. Ho mon Dieu ! »

Anton s’est écroulé sur le lit, prostré, les yeux écarquillés, rivés sur le plafond. Il souffrait d’imaginer sa compagne emportée en chambre de rééducation. Lui-même avait déjà vécu une séance de rééducation, et connaissait les douleurs que cela provoquait.
« Non ! Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! » Hurle-t-elle pendant qu’ils la traînent par les bras. Elle hurle, elle se débat, et les brutes du service d’ordre se contentent de la river au fauteuil de métal avant de lui enfoncer le casque sur le crâne.
Peter se lève précipitamment de son lit pour chasser ces images de devant ses yeux. Il se dirige vers son frigo et en sorts sa ration. En démoulant le pot d’1kg Peter s’assoit sur le tabouret qui vient de se dresser à côté de sa table. La gelée brune tremble à l’unisson des mouvements de la table. Peter plonge sa cuillère dedans, et ingurgite petit à petit la matière visqueuse.

Elle hurle et il mâche. Il avale et elle souffre. L’énergie pénètre dans ses organes et cela lui fait mal. Ce n’est pas tant le fait de recevoir les décharges qui est douloureux, mais encore plus le fait de perdre ses souvenirs… ses souvenirs personnels. La rééducatrice procède ainsi. Elle filtre tous ce qui est improductif, et l’efface.

Plutôt que de supporter ces images, Peter retourne sur son lit, sans même prendre le temps de se déshabiller. Il cherche le sommeil, mais celui-ci ne vient pas. Anton ne sait plus très bien qui il est, mais une chose est sûre, il ne s’endormira plus. Il a envie de vomir, et se lève précipitamment pour régurgiter sa ration dans l’unique évier de son studio. Gâcher de la nourriture est interdit, et Peter a Mal.
Soudain Anton se précipite vers l’extérieur. Traverse la rue, et enfonce la porte de son voisin Richard. Bien sûr celle-ci ne s’ouvre pas. « Anton Peter ! » Dit-il d’une voix forte. Il montre son œil, et la porte s’ouvre, puisqu’en bon voisin. Peter fait partie des personnes autorisées.
Anton entre, prend l’ascenseur, et se précipite vers la chambre, dans le noir.

Une voix surgit du couloir : « Ne bougez plus ! » Peter s’arrête. « Retournez-vous ! Qui… qui êtes-vous ? » Peter se retourne. Devant lui se dresse son voisin, un fusil au poing, braqué sur son visiteur, mais il tremble tellement que s’en est pathétique. « Pi… Peter ? C’est vous Peter ? » Il allume la lumière précipité et peureux, et en reste bouche bée. L’information a du mal à rentrer dans son champ de réalités. Il baisse son fusil. « Peter, qu’est ce que vous faites là ? Vous devriez dormis à cette heure-ci… » Il sent quelque chose, mais il ne comprend pas ce que c’est. Il n’a pas été éduqué pour ça. « Vous allez bien Peter ? »
Anton le regarde la tête baissée. Ses yeux transpercent le regard de son voisin qui sent à nouveau la peur monter. L’autre esquisse un pas en arrière, et Anton avance brutalement sur lui. D’un geste rapide, il lui arrache le fusil des mains et le pointe sur Richard. « Avance ! » Ordonne-t-il en montrant la porte du salon. L’autre ne se fait pas prier. La gorge serrée, il reste muet.
« Assied toi ! Hurle Anton. Sur le Sofa ! Prend le téléphone ! Appelle la Police !
- Qu.. Que… Quoi ?
- Discute pas. Allez !
- Mais … pour… D’accord. »
Et il compose le numéro.
Ca sonne… Ca sonne… Richard a peur… Ca sonne…
« Ils ne sont pas la dit-il
- Tait toi ! »
Ca sonne…
« Allô ! Dit une voix dans le combiné. »
Richard se tait, des yeux il interroge son voisin.
« Mais oui ! » Lui lance Anton.
« Allô ! Répète la voix.
- Allô ! Ici Richard Al Phabis.
- Un instant s’il vous plait… » Richard regarde Anton, décontenancé, avec sur le visage l’air véritable d’un enfant désemparé.
« Elle va revenir. » Affirme Anton.
« Je suis là monsieur, reprend la voix. J’ai votre fiche sous les yeux, pourquoi ne dormez-vous pas ? » Demande-t-elle. Et lui reste muet.
« Dit lui !
- Je… commence Al Phabis. Mon voisin a…
- Je vous écoute Monsieur, dites-moi déjà de quel voisin il s’agit.
- Anton Peter. »
Et d ‘une voix incrédule elle demande : « Mais que fait monsieur Peter chez vous ?
- Et bien… » Al Phabis cherche ses mots. « Il tient mon fusil, et il le pointe sur moi.
- Comment ? S'exclame-t-elle. Mais l’autre n’a pas bien saisi.
- et bien il… » Imitant le geste de celui qui tient le fusil Al Phabis reprend son explication « Il tient la crosse dans son coude, et dirige le canon vers moi.
- Ho mon Dieu ! S’exclame l’interlocutrice qui devient soudain autoritaire. Dites-lui d’aller se coucher ! »
Après un petit silence Richard reprend pour Peter.
« Elle veut que tu ailles te coucher.
- Non ! Dit lui que je ne veux pas. Je veux voir Jeanne ou alors ils te perdent.
Anton ? »Et la situation soudain est redevenue sérieuse.
« Il refuse madame, articule Richard. Il me tient … » Il cherche encore ses mots, et cette fois la crainte le gagne.
« Je crois qu’il vous tient en otage monsieur Al Phabis.
- C’est ça, en otage.
- Raccroche ! Lui dit Anton. » Et Richard raccroche.

Il n’a pas fallu longtemps pour que la Police arrive. Alerté par la secrétaire deux sous-traitants aux logements sont arrivés dans les 5 minutes. Quelques instants après est apparu le DRH Johnson. Tous étaient accompagné de leurs hommes. L’affaire était donc entre les mains du DRH, qui s’imaginait pouvoir régler cela en quelques minutes.
L’insonorisation des logements voisins se fit en moins de 15 minutes. Certains des habitants montrèrent de l’inquiétude bien sûr, mais l’application d’un couvre feu accompagné d’une menace d’amende fit taire les derniers récalcitrants.
Enfermé dans leurs logis jusqu'à nouvel ordre, l’ensemble des habitants du quartier pourrait reprendre son travail le lendemain comme si rien ne s’était passé.

Regroupé en face de l’immeuble les véhicules des forces de l’ordre encerclaient l’entrée. Les phares allumés, ils éclairaient la façade du bâtiment. Au centre du dispositif une camionnette estampillée d’une publicité portait les mégaphones. Le DRH s’abritait derrière celle-ci, avec son collègue des logements.
« Monsieur Peter ? Lâchait le DRH dans son microphone. Pour votre information, nous vous informons que toutes les issues de l’immeuble sont sous contrôle. »

Le sous-traitant au logement instruisait les miliciens sur la topographie des lieux. Le STL Verdan leur montrait des plans standard sur son ordinateur.
« Je ne veux faire de mal a personne, avait hurlé Anton. Mais si vous m’obligez, je n’hésiterais pas à en finir avec Richard. Et après je me tuerais !
- Détendez-vous monsieur Peter, nous non plus ne voulons pas qu’il y ais de la casse, répondit le DRH pour gagner du temps. »

« Qui est l’otage ? Demanda le DRH à Verdan.
- Richard al Phabis, un contremaître. L’entreprise y tient.
- Quel est son taux de rentabilité ?
- 8 sur 10.
- Effectivement, je comprends. »

Derrière eux une camionnette marquée du logo de l’entreprise venait de faire son apparition. C’était un véhicule de la Télévision.
« Vous savez quoi faire monsieur le directeur ?
- En théorie oui.
- Et en pratique ?
- Non, en théorie !
- Je vois… Et quel sont les premiers ordres ?
- Récupérer les accréditations des journalistes. Vérifiez leurs statuts, et si l’un d’eux essaye de transmettre des informations sans carte arrêtez le pour exercice illégal du journalisme.
- Voulez-vous que nous préparions un communiqué de presse officiel ?
- Oui, mais faites-le moi lire avant l’envoi. Et n’informez pas le PDG, cela ne vaut pas la peine de le déranger pour si peu.
- Entendu. »

(à suivre)
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Jouant son rôle d’assistant le STL s’en fut suivre les ordres dans la camionnette de la milice. Spontanément il avait éprouvé de l’admiration devant le calme de son supérieur. Lui-même n’avait jamais eux l’occasion de voir une prise d’otage, et c’est à peine s’il en avait entendu parler dans ses programmes d’école. Il en était de même pour le DRH Johnson, et malgré cela, ce dernier gardait toute sa contenance. Mais après coup, il lui vint à l’esprit que son supérieur comme lui-même était éduqué pour cela. Finalement quelle autre réaction aurait-il pu avoir ?

« Vous nous avez demandés de l’aide et, nous sommes là. Affirmait le DRH à l’attention de Peter, mais pour cela il vous faut nous écouter.
- Parlez autant que vous voulez DRH, mais je ne vous écouterais pas. Je veux que vous libériez Jeanne. C’est ma première condition.
- Très bien, nous allons la faire venir. Vous parliez de votre première condition, cela veut-il dire que vous en avez d’autres ?
- Oui ! Je veux que vous redonniez à Jeanne sa mémoire.
- Nous allons faire de notre mieux, mais êtes-vous sur que c’est ce qu’elle veut ?
- Oui ! Et cessez de gagner du temps. Faites la venir !
- Allons monsieur Peter, nous ne sommes pas des animaux…
- Cessez de m’appeler Peter, hurla Anton. Vous et votre entreprise, vous avez fait de nous des machines ! Mais je me suis libéré de votre emprise. Je ne suis plus une machine, et je m’appelle Anton !
- Mais vous êtes une machine Peter, affirmait le DRH… nous sommes tous des machines. Nous vivons d’impulsions électriques, Peter. Tout ce qui se passe en nous est mécanique. Perceptions, émotions, pensée, d’où croyez-vous que cela sort ?
Nous sommes tous éduqués pour suivre des schémas, et quand il y a une erreur d’éducation il faut reprogrammer.
- Non ! Peut-être êtes vous une machine Monsieur Johnson, mais je n’en suis pas une ! Je veux me débarrasser de votre conditionnement, cesser de produire sans fin en ruinant le monde.
J’aime ! L’aviez vous programmé cela ? L’aviez vous seulement prévu ? Une machine est-elle capable d’aimer ? Je ne suis pas une machine, j’aime Jeanne, vous m’entendez ! Et je veux que vous la libériez. »

Pour la première fois le DRH semblait perdu. Ses manuels ne parlaient pas de machines amoureuses, c’est à peine s’il savait ce que cela signifiait.

« Ce qu’il vous arrive est une crise passagère. Une simple perte de repère monsieur… Anton. Cela s’appelle une dépression, c’est juste un défaut dans votre schème. Beaucoup d’entre nous passons par-là. Laissez nous vous soigner.
- Ne cherchez pas à me faire perdre pied ! Libérer Jeanne et je laisserais partir votre contremaître… »

Le STL était revenu. Il avait entendu la conversation de son supérieur avec Anton, et ne pouvait s’empêcher de trouver cette histoire romantique.
« Il a raison, admet l’assistant, pourquoi ne faites-vous pas l’échange. Que vous importe de laisser vivre ces deux là comme ils l’entendent ? De toute façon lui est déjà inutilisable…
- Et vous avez pensé au long terme ? Que se passera-t-il lorsque les autres membres de sa catégorie apprendront ce qu’il s’est passé ? Pensez-vous que l’on pourra laisser R. Al Phabis continuer son travail si nous laissons partir l’autre ? Vous avez entendu comme moi, cet individu est amoureux. Avez vous songé à la contamination ?
Non, bien sûr, vous pensez à courte vue, comme tous les débutants. Vous êtes fatigué, vous voulez aller vous coucher, alors vous préconiser la solution la plus expéditive. Et bien ça ne se passera pas comme ça. Nous avons un sérieux problème STL Verdan, et vous êtes dans la merde avec moi ! »

Verdan ne comprenait pas vraiment pourquoi il se faisait enguirlander, mais il sentait qu’il valait mieux qu’il oublie ses objections.
« Je vous demande pardon DRH. Voici le communiqué de presse, dit-il en tendant un mini-ordinateur. Et je vous informe que Jeanne Devreau est arrivée. »

Johnson lu rapidement le document avant de le lui rendre.
« Parfait, faites suive le communiqué, et amenez-moi Mademoiselle Devreau. »

Ce fut fait, rapidement. Jeanne était debout à côté du DRH, bien visible depuis la fenêtre où se tenait Anton. Habillée d’une belle robe verte, qui faisait ressortir son regard candide, elle regardait dans sa direction avec appréhension.
Jeanne était passée à la rééducation dans l’heure qui avait suivit son arrestation. Tous ses souvenirs parasite avaient disparu, et il ne restait en elle que le minimum nécessaire à son travail et a sa survie.
Ses épaules, et bras découverts portaient encore quelques traces de coups, mais elle ne savait pas d’où cela venait. Les médecins lui avaient assuré qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, alors elle ne s’inquiétait pas.

Reclus dans l’appartement, Anton serrait le fusil avec un peu plus de vigueur que nécessaire. Son voisin le regardait sans rien y comprendre. Anton était devenu fou, voilà tout ce qu’il arrivait à conclure. Pris d’une crise de démence soudaine ni ses mots ni ses actes n’avaient de sens. Et face à cela Richard ne savait absolument pas comment réagir. Il s’en remit donc aux probabilités, et conclut qu’il fallait suivre à la lettre les ordres de son agresseur. Cela semblait fonctionner, puisque Peter se désintéressait de lui. Son rôle était de rester en vie, celui de la Police était de le sauver, voilà ce qu’il se disait.
« C’est toi Jeanne ? Demanda Peter en la voyant apparaître dans la rue.
- Oui. C’est vous Monsieur Peter ?
- C’est moi, mais…Jeanne, je ne suis pas tout à fait Peter ce soir… Je suis Anton. Tu te souviens d’Anton ? »

Confuse Jeanne avait du mal à répondre. Elle ressentait comme une sensation, une impression lointaine ressurgir en elle. C’était comme au moment du réveil au sortir d’un rêve, quand les images s’en vont en ne laissant derrière elles que la sensation floue. Elle ressentait, toute proche, la réponse à la question de son supérieur, mais n’arrivait pas à accrocher d’image juste. « Anton ? Anton… » se répétait-elle. Jeanne était désemparée. Là, à la frontière de son esprit flottait l’image aguicheuse d’une sensation de bonheur pur, et elle ne pouvait s’en souvenir. C’était frustrant. Elle préféra l’écarter pour revenir au présent.
« Je ne comprends pas ce que je fais là monsieur Anton, dit-elle. Ai-je fait quelque chose de mal ?
- Pas du tout, au contraire. C’est moi qui ais fait quelque chose de mal. J’aurais voulu te sauver mais je n’ai pas pu mon amour, je suis désolé, je te demande pardon...
- Je suis confuse monsieur Anton, mais… Je ne me souviens pas… Pourquoi me demandez-vous pardon ?
- Ils t’on passé en rééducation Jeanne, mais je vais t’aider à te souvenir. »

Sur ces derniers mots le DRH Johnson entra en action. « C’est terminé ! » Dit-il en tirant Jeanne vers lui. « Mettez là dans la camionnette STL. » Et celui-ci obéissait aux ordres.
Elle s’est retrouvée enfermé dans le véhicule pendant que le DRH et Anton continuaient de parler. Leur dialogue ne l’intéressait pas vraiment, quelque chose la poussait à vouloir se souvenir.
« Ramenez là ! Hurlait Anton. Je veux lui parler.
- C’est a vous de faire un effort à présent Monsieur… Anton, criait le DRH. Nous avons ramené votre employée comme vous nous l’avez demandé, il faut libérer Al Phabis a présent.
- Libérez-là ! C’était ça notre marché.
- Elle ne veut pas de votre liberté. Vous voulez que je lui demande. Jeanne Devreau, voulez-vous partir avec cet individu ?
- Ne les écoute pas Jeanne, je vais t’aider. Ecoute-moi, je sais que tu va te souvenir. La première fois que nous nous sommes touchés, je suis persuadé que tu t’en souviens. Quand je suis venu chez toi, notre promenade clandestine, notre premier baiser…
- Ne soyez pas capricieux Monsieur Anton ! continuait le DRH »

Mais il ne l’écoutait plus. Elle non plus ne l’écoutait plus, elle laissait entrer en elle les paroles d’Anton, « Et hier, lorsque tu m’as souris parce que je te regardais. » Ces paroles qui aidaient son souvenir à reprendre forme. « Jeanne, je t’aime, et tu m’aimes aussi, je le sais. » Et elle le voyait, beau comme un ange. Anton doucement, timide, s’approchait. Ni lui, ni elle n’avait idée de la sensation que pouvait provoquer un baiser. « L’amour » songea-t-elle.
« Ca suffit, j’en ais assez, cracha le DRH. Emmenez-là !
- Mais et l’otage ? Questionna Verden. Vous n’y songez pas ? »
« Je t’aime Anton lança alors Jeanne de l’intérieur de la camionnette. Oui, moi aussi je t’aime. »

Pendant quelques secondes, entre Jeanne et son amant, le silence prit place.
« Vous entendez ? La contamination commence. Alors faites ce qu’il y a à faire, ordonna le DRH.
- Non ! Supplia Jeanne en entendant les ordres du DRH. Laissez-moi partir avec lui ! »

Et déjà les hommes se mettaient en action. Depuis le toit une balle sifflait vers la fenêtre. Ouvrant la portière de la camionnette deux hommes tiraient Jeanne vers l’extérieur. Et quelque chose d’imprévu arriva. Se détachant de l’emprise des deux miliciens Jeanne sauta à la gorge de Johnson, le projetant au sol. Emplie d’une énergie insoupçonnée, elle lui lacérait le visage, le martelait de coups de poings, lui mordait le nez, et l’étranglait. Ses yeux écarquillés, telle une démente, elle n’avait qu’une envie : le tuer. Incrédule les miliciens comme Verden étaient resté immobilisé.
« Mais tuez-la bon Dieu ! Mais tuez-la ! Hurlait le DRH à leur attention. » Il avait peur, pas de doute.
« Lâchez-la, laissez-la en paix ! » Lançait Anton depuis son balcon. C’était un cri désespéré, sans espoir d’être entendu. Mais de l’espoir il n’y en avait aucun, Jeanne l’avait compris avant lui, et c’est pour ça qu’elle mourut. Elle prit une balle dans la tête, et s’en était finit. Les boulons se répandaient sur le sol, l’huile mêlée de sang artificiel coulait sur le trottoir, les câbles lançaient leurs dernières étincelles, et le visage à la peau soyeuse de la jeune fille laissait apparaître les restes de la mécanique carbonisée.
« Non, non, non ! Hurla Anton en la voyant tomber. » Dans ses yeux on pouvait lire la douleur, on pouvait lire l’horreur, mais on lisait surtout la surprise. Revenant à l’abri, il se tourna vers Richard.
« Alors Jeanne était une machine ? Demandait-il sur un ton trop calme. Et moi, suis-je aussi une machine ? Et toi Richard ? »

Attrapant Richard par la manche il le projeta brutalement vers la fenêtre, et le plaque contre la rambarde.
« Alors Johnson, nous sommes tous des machines ? Demandait Anton. Jeanne, moi, vous, vos flics, le monde entier est fait de machine ? Et Richard, pourquoi tenez-vous tant à sa vie si c’est une machine ? Mais peut être n’en est-il pas une lui ? Et si je le tuais pour voir ?
- Calmez-vous Anton, ce n’est pas la vrai Jeanne que vous avez vue, c’était une réplique robotique… Nous ne voulions pas prendre de risque… Je suis sûr que vous comprenez… N’est ce pas Anton ?
- Vous m’embrouillez avec vos questions Johnson ! » Et il a tiré. Richard alors est tombé. Un autre robot était carbonisé.
« Nooooonnnnn ! » Comment vouliez vous qu’il s’en sorte ? Le monde d’Anton était bouleversé. Depuis son balcon il a sauté, tout entier empli de rage. Le DRH fut sa seule victime. De lui, c’est bien du sang qui a coulé, produisant chez Anton l’effet d’un calmant.
Dans les secondes qui ont suivit, il s’étalait sur le sol. Anton Peter, le robot venait d’être annihilé.

La JRI à pris quelques images. Elle a posé deux ou trois questions aux miliciens, et une au STL Verden, pas vraiment fier de lui.
« Vous pouvez m’expliquer comment un modèle Pi-Ter a pu tomber amoureux d’un modèle 2-V-ro ? A demandé la journaliste.
- Probablement un programme défectueux madame. Les machines ne marchent pas aussi bien que les humains. »

Elle l’a filmé quelques instants en souriant avant de baisser sa caméra. Verden la regardait avec une petite marque dans les yeux.
« Je peux vous demander une chose JRI ?
- Oui ?
- Quel est votre prénom ?

HC Aka Morethil
(Carrément humain)
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Ahh..


J'ai aimé!

Cependant, je me permets une légère critique : tout d'abord, je crois que c'est tandis et non tendis.. Ensuite, je crois que c'est mieux d'écrire les chiffres courts tels que 4, 9, 28, quatre, neuf, vingt-huit.. M'enfin voilà.. Je suis pas experte..

L'histoire est bien, j'ai hâte de lire les autres dès que j'ai le temps.. *Triste de la fin..*

Sur ce, j'ajoute le site à mes favoris et je file.


KlliS.
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Ca me rappelle les nouvelles de Philip K. Dick... Un monde futuriste dont les anecdotes sont des critiques de notre société actuelle... Si on peut appeller ca une anecdote.

Très bien écrit et magnifique...Comme toujours...T'as un vrai talent...
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Smile
J'aime bien ! Merci !
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Merci pour les compliments. Dommage qu'il y ais si peu de gens qui osent donner leur point de vue... a moins que ce soit un pbm de lecture ?
J'en profite pour remonter le post et demander à un Modo de le mettre dans la biblio
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Je viens de lire "Défaillance" sur ton site...
Je ne sais pas si j'ai malencontreusement raté si tu l'as posté sur JoL ou si tu ne l'as pas posté.

Mais je voulais te dire que c'etait un tres joli texte.
Ma préférée étant "Pour 1G2"...


Je doute être le seula attendre avec impatience tes prochains écrits...

*Aoshi, fan *
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J'ai beaucoup aimé, vraiment, bravo

L'histoire es prenante et intéressante
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tres bien écrit, une belle histoire sur les sentiments.
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Je suis impressionné, et admiratif.
C'est un très beau texte, et la chute est intéressante.

Un passage en particulier m'a beaucoup plu en termes stylistiques:

Elle hurle et il mâche. Il avale et elle souffre

J'aime le parallèle.
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Citation:
Provient du message de Morethil
Elle s’est retrouvée enfermé dans le véhicule pendant que le DRH et Johnson continuaient de parler. Leur dialogue ne l’intéressait pas vraiment, quelque chose la poussait à vouloir se souvenir.

Une petite faute la.

Sinon j'aime assez, un petit gout de 1984.
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Tous des animaux ? Tous des machines ? Pourquoi pas tous humains ?
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@ selicia : C'est le DRH qui a cette vision manichéenne Selicia, ce n'est pas mon propre propos
Par contre je pouvait difficilement faire dire à Anton qu'il était humain, même si je le sous-entend, ou alors je risquait d'embrouiller le lecteur. Et puis y'a le titre.
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