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Dark Age of Camelot
Le miroir des âmes
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Khyok
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Limbes.

[ : Un jour, j’ai tenu dans ma main un petit disque luisant et une lettre : " GOA est heureux de vous inviter à prendre part à la bêta-test de DAoC… " Quelques jours plus tard, non, je n’avais pas accroché. J’ai rangé le CD, passons à autre chose. Mais un système m’avait marqué, ces gigantesques boucheries héroïques entre royaumes ; et malgré le temps – et maintenant que j’en ai – il m’est venu à l’idée de le retranscrire maladroitement, un vieux souvenir, en somme.
Je demande à l’avance mille pardons quant à longueur, et pour les longueurs de ce texte, ainsi que pour les maladresses.

Un sourire aux vieilles connaissances.]





Un soleil charmant avec une brume légère qui accompagne l’aurore, promettant une belle journée. Une matinée douce et calme, malgré l’air un peu frais, qui vient frapper à la porte de la chambre d’une auberge – au premier étage – , réveiller deux corps. Il entrouvre les yeux et le contact froid des orteils blottis à côté des siens au fond du lit le fait frissonner. Il tente de dégager son bras des épaules de la serveuse sarrasine : en vain. Elle entrouvre à son tour les paupières et sourit. Il descend lentement les yeux, avec ennui, sur son petit visage rond auréolé de noir et tacheté de petits points noirs, comparables à des taches de rousseur obscures. Depuis que son père était mort et l’avait laissée seule, elle avait besoin d’un homme par nuit ; combler dans l’affection charnelle et brutale ce vide béant. Bien sûr, il y avait là des yeux, un nez, une bouche, mais tout cela n’avait pas de sens face à lui.
Elle allait ouvrir la bouche quand elle sursauta, les yeux exorbités. " Dong, dong… " Dans sa tête résonne la cloche d’alerte. " Dong, dong… " Encore une fois, les frontières d’Albion avaient été franchies.
Sans décocher un mot, le grand Breton se lève, enfile sa côte de mailles, ceint son épée et sort : un mercenaire parmi tant d’autres emplit la rue et se dirige vers les remparts de la ville. Sur le pas de la porte, la jeune fille lui souffle : " A plus tard… - Volontiers. " Répond-il sans se retourner. Elle lève la main en guise de salut, lui ferme lentement la porte, qui claque dans un bruit mat.

On lui plaque un carquois et un arc contre la poitrine ; il monte en silence sur le rempart ; et sous le soleil déjà clairement levé, des fumées s’élèvent, un peu plus loin. La cloche d’alerte qui tonne toujours lui vrille les tympans. Des éclairs sourds semblent animer la forêt clairsemée ; des Druides, des Thaumaturges hantent les lieux, l’angoisse au cœur, la rage au ventre.

Allons, il faut se soumettre. C’est l’heure du renoncement, de l’austérité. Il faut s’arracher à tout ce qu’elle a aimé… il balaye de son esprit le visage de la sarrasine dans un frisson de dégoût… s’arracher à sa démarche altière et discrète, à son visage fin et fluet… à ces tiédeurs intimes, où, repliée sur elle-même, elle se laissait couler dans ses bras vers quelles moiteurs douceâtres, quelles amères, honteuses, délicieuses odeurs…
Il faut oublier tout cela. Voilà. Tout droit et pur – vide –, il bande son arc. Sa main tremble.

Et voilà que des mornes et grises étendues, des formes pétrifiées qui se dressent dans le jour blafard se dégagent. C’est comme un souffle tiède, une familière, intime, rassurante bouffée… quelque chose qu’il reconnaît… il l’a tant de fois respiré, aspiré… Cela montait de ses cheveux, de sa chemise de coton fin et légère… et qui lui suggérait des images de Reines et de Princesses disparues… Cette odeur de poussière et d’épices des armées d’Hibernia.
Devant lui s’étend quelque chose de gris, de froid… Les collines et les rondeurs du paysage sont des cryptes, voûtes, sépulcres, des musées d’horreur aux dalles frappées par le soleil et aux colonnes brisées ; des sarcophages, déjà il les voit sur la plaine, par centaines ; les statues aux poses hiératiques, aux yeux opaques, aux visages figés, les futures momies – pardon, des soldats, ces héros…

- Il ne faut pas avoir peur.

Il presse sa main sur l’arc, mais la retire précipitamment, faisant se figer la flèche au loin dans une motte de terre, entraînant le cri d’un gradé dont il ne daigna pas écouter les gutturales remontrances. " Ça existe. Cette chose sur laquelle je pressais mes doigts, s’appelle une flèche. Ils l’ont faite pour tuer ; ils ont pris du bois, une pointe de fer, des plumes, ils se sont mis au travail, avec l’idée de faire une flèche, et quand ils ont eu fini, c’était ça qu’ils avaient fait : un instrument de mort ; beau et froid. " Mais il n’arrive pas à prononcer ces mots, " flèche, mort… ", ils lui restent sur les lèvres. Les choses, les hommes, se sont délivrés de leurs noms ; ils refusent d’aller se poser sur eux et de les confiner dans des sens précis, des prénoms définis ; les visages s’effacent, pourtant tout existe. Il aimerait crier leurs noms, comme pour exorciser. En vain. Pourtant, la flèche reste ce qu’elle est ; elle existe. Tout, autour de lui, vomit cette existence, il se sent surpassé, envahi, cette Existence le pénètre, l’entoure.
Pourtant, tout est sur le point de s’anéantir. Il regardait avec effroi ces êtres instables et éphémères qui dans une minute, peut-être une heure, allaient crouler. La Mort l’étreint.

Pourtant, il faut être là, il faut exister, dans ce monde plein d’hommes. Exister, docile. Allons, il faut se soumettre. . Bander son arc sur ces guerriers qui déjà sortent des fourrés. – sur ses frères à elle. Annaëlle, elle au moins a un prénom ; un mot, qui lui arrache la gorge et qui correspond à un visage. Elle, au moins, il l’emprisonne dans son esprit : avoir conscience de son existence, la définir par ses gestes, la façon qu’elle a de légèrement pencher la tête avec un sourire tendre, sa chevelure tirée en arrière… Dans un sens, se glisser en chaque partie d’elle, être tout comme elle, en même temps qu’elle.
" J’existe parce que je l’aime ; j’existe parce qu’elle m’aime ; je fléchis parce que je l’aime ; elle rit parce que je fléchis ; elle rit parce que je l’aime… " Dans un brouillard, il entrevoit son sourire.

- Lâche.

Il tourne légèrement la tête vers la gauche, vers ces autres si vides et anonymes. Il est saisi par ces visages juvéniles : comme ils sont durs et déterminés, comme ils sont présents et concrets. Il n’y a rien en eux d’autre que du présent ; ils doivent pourtant bien avoir un passé, une famille… Non, là ils ne font que paraître.
Déjà, il ne se sent plus appartenir au monde qui l’entoure : il est seul. Il fixe son regard sur un sarrasin au visage altier et aux yeux clairs comme un lac, mis en première ligne, comme il se doit. Ses jambes entourées de molletières semblent avoir du mal à le supporter, lui, son armure légère et son arme : lui aussi, il est seul ; " il est comme moi. " Et ses lèvres, quand le premier projectile voltigea, se mirent à trembler.
Les autres, ils ne se connaissent pas, mais se regardent d’un petit air de connivence, parce qu’il fait si beau aujourd’hui et que ce sont des hommes – des hommes raffinés et habillés en égard à ce banquet funèbre. Des cons qui vont à l’abattoir. Et ceux qui les y envoient, fiers de sortir par miracle une relique poussiéreuse de ruines fumantes, ceux-là sont des salauds…

- Traître.

Leur résistance est brisée, jusque dans leurs recoins les plus secrets, l’agresseur avance, écrasant sur son passage ces joies délicates et fraternelles, ces voluptés, cette exaltation, cette sensation de croître, de s’étendre, qu’ils avaient, s’agglutinant contre la paroi froide et parcheminée des remparts, gonflés d’attente. Voilà ce qui vous fascine, ces abîmes qui vous émerveillent ; ce sentiment de " vie " car frôlant à chaque instant la mort, qui fait se contracter voluptueusement les muscles, tous sens en éveil. Retourné contre vous.
Ils sont abattus, prostrés, ils tâtonnent – les yeux brouillés – de chaque côté, cherchant secours et ne trouvant que des cadavres ou leurs propres chaînes, luisantes sous la lumière cruelle de la Lune.

l s’engouffre dans un couloir aux murs tapissés par la lumière des torches. Droite… gauche… quel dédale ! Et ces pas qui résonnent. Comme des froissements d’étoffe sur la pierre. La douce vibration, l’exquise titillation de la peur ; ce seul sentiment infléchit les lignes rigides du Breton, comme fixées pour l’éternité – ou jusqu’à la mort. Et quand se retournant, il voit paraître au bout du couloir ces fronts hautains couronnés de diadèmes décorés de rubis, d’émeraudes et de diamants… l’exquise titillation de la peur. La dévotion, l’humilité, devant ces signes infaillibles de défaite ? Lâche ! Alors que tu n'as pas décoché une flèche ! Non, courir.

Un chef d’œuvre éventré, tel un animal mort : la muraille sud d’Albion, le plus vieux rempart de la ville. Il semble percevoir les pulsations de la vie, au sein de cet édifice suintant de flammes et de gravats. S’engouffrer dans la forêt, fuir cet enfer

- Egoïste.

Plonger tout entier, être happé par cette forêt d’un vert plus sombre que l’émeraude, plus bruissante qu’une place un jour de marcher. Tout droit et pur – vide –, mais pour qui ? Par orgueil ; se sentir exister, vivre, pulser, dans la plénitude de l’orgueil. Arrogance surannée. Amour-propre éventré par la défaite, alors on prend sa revanche sur le bruit sourd du vent, sur les animaux fuyants.
Pourtant tout est trop calme dans ce décor pris dans la couleur scintillante du givre ; il chante pour se donner de la contenance, mais sa voix devenue fluette et enrouée, ne perce pas l’opacité de la forêt. Il a envie de s’enfuir, de s’écarter du chemin, de retourner là-bas, vers les molles et sanguinolentes tiédeurs, avec les autres, ses proches, ses semblables dans le paraître Elle l’attire ; semblable dans l'être ; " elle me comprend, elle me cachera. "

Le crissement d’une branche qu’on écrase, et un poids qui s’abat sur son dos ; il s’affale de tout son long, plaqué à terre. Et entrouvrant difficilement les yeux, la poussière le pique, mais même elle, existe, il parvient à se glisser dans chacun de ces petits grains de sables. Il se sent pris d’un vertige nauséeux ; est-ce ce poids au creux de ses reins qui lui maintient les poignets, est-ce de se sentir englobé par l’absolu de l’Existence ? Absurde : l’éclair d’une lame qu’on dégaine le rappelle à la réalité. Il voit déjà le filet de sang jaillir, il sent déjà ce goût rance et fade dans sa bouche : celui de son sang, de ses crimes, de ses erreurs et de l’amertume de ne pas sentir l’odeur du chèvrefeuille et de violette de son corsage.
C’est pourtant le plat de la lame qu’on applique sous sa gorge. Et une voix – comme sortie d’un rêve – qui se glisse à son oreille ; une voix charriant les relents de chèvrefeuille et de violettes, comme entonnée par un Opéra grandiose, baroque, virevoltant et réglé. Il déglutit pour sortir de son rêve, il renaît, tout excité, il se laisse empoigner et va pour répondre. Mais l’air lui vient à manquer et une substance visqueuse et étouffante l’emplit… ruisselant sur les doigts longs et fins de la jeune Elfe.

" Annaëlle…
- Ce fut préférable que je le fasse moi-même ; c’eût été un autre, il aurait été cruel et je n’aurais pas supporté voir les petites lueurs d’intelligence venant taper sporadiquement à la glace de tes yeux s’éteindre sous un regard autre que le mien… Adieu, Amour. Pardonne-moi. "

- Mort...
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Lyséa [CO]
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Citation:
Un sourire aux vieilles connaissances

(Bon sang ça faisait longtemps, trop longtemps même, que je n'avais pu te lire avec plaisir.

Juste pour toi : Tout nous vient des autres, être c'est appartenir quelqu'un (Sartre))

Le sourire t'es rendue je sais que tu le comprendras

L'Ombre.)
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