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Dark Age of Camelot
Le miroir des âmes
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[Broc] Le Retour

Chapitre 1 : les Colons

Il essayait de respirer silencieusement. L'attente se faisait longue, caché dans ce buisson parmi les arbres, au bord de la clairière. Cette clairière, si paisible, un des lieux préférés du mort-vivant. Les traits d'un baroudeur un peu burinés par l'âge, un collier de barbe grise et une puissante musculature, il avait l'air d'être sûr de lui. Mais la douce chaleur de l'été et les bruits de la forêt ne pouvaient dissiper le creux d'inquiétude au fond de son ventre. Il assura sa prise sur son épée blanche.

L’espace d’un instant, ses pensées glissèrent vers ses souvenirs…

L’homme, un Colon grand et sec, qui lui expliquait que la fumée le ferait rêver, que dans ce rêve il rencontrerait le saint des Colons, qu’une épreuve lui serait donnée, que s’il réussissait à prouver sa pureté en passant l’épreuve, il gagnerait le droit de voir le saint réellement. La couche de pierre, la fumée épaisse qui à peine inhalée l’a plongé dans ce rêve… Le saint des Colons, un homme également grand et sec, aux cheveux et à la barbe blanche, à l’étrange regard aveugle… et l’épreuve… débarrasser la clairière du mort-vivant qui y vient très souvent.

Un craquement attira l’attention du guerrier. Il se tassa un peu et observa la forêt. Rien. Il ne savait depuis combien de temps il était là. Des heures sans doute. Son attention errait, tiraillée entre la clairière et ses souvenirs. Il en avait si peu, des souvenirs. Il s’appelle Macsteel. Il sait se battre. Presque rien d’autre… L’autre Colon, qui lui a dit que le saint pourrait lui rendre la mémoire, est un de ses plus anciens souvenirs, il date de deux jours. Ce Colon qui lui a demandé ne pas parler de lui aux autres Colons. Un Colon qui refuse d’aller dans la vallée sacrée, appartenant par droit divin aux Colons, et qui préfère son jardin à une constante guerre contre les trolls habitant la vallée, c’est un Colon qui a fait le mauvais choix vis-à-vis des siens, a-t-il dit.

Un autre craquement, plus net, ramena Macsteel dans le présent. Quelque chose approchait, définitivement. Le visage de la belle et froide paladine qui commandait les Colons traversa l’esprit de Macsteel. Drôle de moment pour penser à une femme, se dit-il.

Des bois sortait une haute silhouette en armure sombre, une épée noire à la main. Macsteel pensa « Tss tss pas juste cette épreuve, il a une armure et moi je suis aussi nu que le jour de ma naissance »…
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Des vers sortant de sa tête putride, le mort-vivant s’arrêta un instant et regarda autour de lui. Macsteel se cacha un peu plus. D’accord, tout ceci n’était qu’un rêve… à priori. Ou plutôt un cauchemar, mais bon…

Que faisait ce monstre, maintenant ? Arrêté, il semblait contempler quelque chose. Mac attendait, somme toute assez calme. Peut-être, avant, était-il normal pour lui de chasser les morts-vivants ? Le fantasme d’être un puissant et valeureux guerrier l’effleura. Mauvais moment pour l’introspection, se demander s’il était une brute sanguinaire ou un être profondément bon attendrait. Macsteel se déplaça un peu, lentement, très lentement, posant le pied là où, il espérait, aucun son ne le trahirait.

Le mort-vivant était toujours immobile, lui tournant le dos, regardant quelque chose dans les branches. Qui avait été cet homme ? Macsteel se demanda un instant si, dans sa vie, cet homme avait eu des enfants, des amis, puis il se pencha un peu, par curiosité, pour voir ce que la créature regardait. Un oiseau bleu, magnifique, paisible, sur une branche…

Macsteel eut l’impression de chuter dans un puit sans fin. Une infinie tristesse balaya son âme, une vague de nostalgie, comme si cet oiseau avait été important dans sa vie passée et perdue. Il se reprit, releva son arme et regarda le mort-vivant, qui ne s’était rendu compte de rien. Macsteel était troublé. Peut-être ce mort se rappelait-il aussi avec nostalgie sa vie. Macsteel leva l’épée pour le frapper. Il hésita. Après tout, cet homme était peut-être innocent, le c½ur bon, malgré son apparence et son épée.

D’un geste brusque, suivant son intuition, Macsteel planta son épée dans le sol, et dit :
« Magnifique oiseau. Je ne sais pourquoi il provoque tant de tristesse chez moi. »

Surpris, le mort-vivant se retourna d’un bond, l’épée noire dressée. Il regarda Macsteel, puis l’épée blanche plantée dans le sol. Après un instant, il sembla se détendre, baissa son arme, et regarda l’oiseau à nouveau.
« Moi en tous cas je le sais. La couleur préférée de ma femme était le bleu. Et elle me manque terriblement. »
« Où est votre femme ? »
« Morte depuis longtemps, elle m’attend au séjour des morts. » Il regarda à nouveau Macsteel, la tristesse reconnaissable même sur son horrible visage décomposé. « Mais je ne peux la rejoindre. J’étais en train de réaliser un chef d’½uvre, fierté de n’importe quel artisan, quand elle m’attendait, à la croisée des chemins. »

Le mort-vivant sortit une magnifique corde dorée de son sac, avec des capuchons de métal à chaque bout. « Cette corde était ma grande oeuvre, celle qui allait faire ma gloire auprès de mon seigneur. Je savais que ma femme m’attendait, j’ai préféré terminer la corde. Quand mon apprentie est entrée en hurlant que ma femme était morte, j’ai enfin laissé tomber la corde, trop tard. Des bandits l’avaient tuée. Fou de chagrin, je suis venu ici, ils avaient leur campement dans cette clairière, à l’époque. » Il regarda la clairière, perdu dans ses souvenirs.

« Je me suis rué contre eux, j’ai même réussi à en tuer deux avant de mourir. Et maintenant je suis coincé ici. En partir est simple, pour moi. »

Il montra, dans l’herbe, un petit objet de métal, dans lequel était serti un diamant.
« Je l’ai perdu ici avant de mourir. Il suffit que je le mette dans son emplacement sur le bout de la corde, et elle sera terminée. Alors je pourrai enfin rejoindre ma Iseult. »
« Pourquoi ne le faites-vous pas, alors ? »
« Parce que j’avais la corde sur moi, avant de mourir, et que je l’ai toujours. Mais je n’avais plus le diamant, et maintenant je ne peux plus l’attraper. »
De sa main gantée de noir, il traversa le diamant sur le sol. Macsteel, songeur, se pencha et ramassa le diamant. Une fortune. Il avança la main vers la corde. Le mort-vivant, soudain tendu, lui donna lentement la corde. Macsteel l’attrapa et plaça le diamant à son extrémité.

Le mort-vivant éclata de rire. Un rire de profond bonheur, de soulagement. Il serra Macsteel entre ses bras, l’étouffant de puanteur.

« Étranger ! Tu m’as libéré… »

Il tomba à genoux et murmura : « Garde la corde, je t’en fais cadeau. Iseult ! Enfin… je te… retrouve… » et s’écroula, immobile à jamais.

La couche de pierre, sous Macsteel, était dure et froide. Il était désorienté. Il portait son armure, comme avant, mais il n’avait pas de corde dorée dans les mains. Au loin, au fond de l’immense salle, il entendait faiblement la voix de la paladine. Étourdi, il se redressa. Plus de trace de fumée. Devant lui, assis, un doux sourire illuminant son visage, se tenait le saint.

« Seuls les Colons, comme moi, ou les êtres au c½ur pur peuvent m’approcher, Macsteel. Et tu as réussi l’épreuve, tu es pur. Lève-toi et approche. »

Macsteel, pas très solide sur ses jambes, se mit debout et vint près du saint.

« Je vois que ta mémoire a été effacée par une puissante magie. Mais je vais pouvoir la restaurer. »

Macsteel se sentit immensément soulagé et reconnaissant. Puis il vit un couteau de cérémonie sur un meuble, à côté. D’un geste rapide il s’en empara et poignarda le saint. Un crépitement, quand la lame pénétra la poitrine, fut couvert par le cri du saint.

D’autres cris d’alarme répondirent, des bruits de course. Macsteel regarda le saint tomber au sol, mortellement touché.
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Macsteel, horrifié, lâcha le couteau ensanglanté. Un coup à la tête le mis à genoux et un garde devant lui leva sa lance pour lui transpercer la poitrine.

« Ne le tuez pas ! » La voix du saint était faible mais autoritaire. Les gardes le plaquèrent violemment au sol. La paladine se pencha sur le saint, mourrant. Elle invoqua la bénédiction divine, pour le guérir de sa blessure. Mais cela n’eut aucun effet.

« Impossible ! Cela ne marche pas ! » s’écria-t-elle, le visage marqué par la peur et la colère.
Le saint, d’une voix de plus en plus faible, répondit : « Ce n’est pas vraiment la blessure du couteau qui est en train me tuer, mais un sortilège. J’y résiste mais mes forces s’épuisent. Je vais mourir, et tu n’y peux rien, Yafon, ma fille. Aie foi, je rejoins la Lumière. »

À ces mots, la paladine donna l’impression qu’elle allait s’effondrer en larmes… Mais elle ne pleura pas. Elle leva un masque de fureur vers Macsteel et hurla : « POURQUOI ?!? Pourquoi avoir tué ce saint homme, qui a passé son temps à soigner les autres ! »
Elle se leva, sortit son arme et s’approcha de Macsteel, toujours immobilisé par les gardes. « Le saint était comme mon père, comme le père de tous les Colons, je vais te tuer ! »

Là encore, la voix très faible mais parfaitement claire du saint s’éleva : « Non, au contraire, ma fille, protège-le. » Elle s’arrêta, confuse. « Le protéger, cet assassin, alors que vous allez mourir ? Et que vous mort, le peuple des Colons va être obligé de quitter la Terre Sacrée ? »

« Il ne l’a pas fait de lui-même. » reprit le saint. « Son amnésie a fait de lui un être pur, mais caché en lui une magie a pris le contrôle de son esprit, pour qu’il me tue. » Il parlait de plus en plus difficilement. Il tourna la tête vers Macsteel. « Macsteel, je n’aurai plus le temps de te rendre la mémoire. Je vais mourir. Le peuple des Colons vit dans la Vallée Sacrée parce que j’ai activé la bénédiction de la Grotte de la Lumière, au fond de la vallée. Maintenant que je disparais, en quelques semaines cette bénédiction va s’éteindre. » Il reprit son souffle. Les gardes Colons et Yafon, la paladine, étaient pâles, le visage décomposé, comme si leur monde s’effondrait.

« Écoute-moi, Macsteel, parce que tu m’as tué, le peuple des Colons est condamné à quitter sa terre ou à y mourir, car nul être humain ne peut vivre dans la Vallée Sacrée sans la protection d’une bénédiction divine. Je maintenais cette bénédiction active à travers la Grotte de la Lumière, pour tous les humains dans la vallée. La Lumière de la Grotte va faiblir, s’éteindre… sauf… sauf si de ta propre volonté, toi qui mets fin à mes jours, tu sacrifies ta vie dans la Grotte, la nuit la plus courte de l’année, bientôt… »

À ces mots, les gardes échangèrent un regard d’espoir, Yafon, la paladine, ouvrit de grands yeux en dévisageant Macsteel. Le saint reprit : « Je ne… te... demande... rien… Je sais.. que ton c½ur est réellement.. pur. Fais… ce que ton c½ur.. te dictera… En fin, de compte, ce sera bien. » Il ferma les yeux, sa tête s’affaissa.

« Nooon ! » cria Yafon, se précipitant pour le prendre dans ses bras. Le saint rouvrit les yeux, plongea son regard aveugle dans les yeux violets de la paladine, et murmura « Je t’aime, ma fille… ». Il cessa de respirer.

Elle le serra fort, contre lui, ses vêtements et ses longs cheveux noirs teintés de son sang, puis, le visage froid et contrôlé, se tourna vers Macsteel. « Si tu ne te sacrifies pas, je te tuerai. »
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Macsteel avait presque la nausée. Il répondit : « Je ne comprends pas ce qui s’est passé, vraiment ! C’est comme si je n’avais pas été moi-même. » Même mort, le saint gardait comme une ombre de sourire et de douceur sur le visage. Les yeux de Macsteel s’embuèrent. Il considéra Yafon, malgré son visage contrôlé, il voyait clairement combien elle était touchée.

Yafon répliqua : « Peut-être. Peut-être est-ce vraiment ta personnalité réelle qui est ressortie. Je pense que tu es un assassin, un homme corrompu, venu ici sous le déguisement de ton amnésie, pour tuer. Je doute que tu veuilles te sacrifier ! »

Macsteel resta un instant songeur, son regard allant de Yafon au saint, pensant aux Colons obligés de quitter leurs foyers à cause de lui. Il se sentait coupable. « Yafon, peut-être as-tu raison, je ne sais, tu as entendu le saint, je ne sais pas qui je suis. Je suis peut-être un fou sanguinaire, utilisé pour cela par je ne sais qui. Je suis peut-être un ennemi de votre peuple, les Colons, et si cela se trouve, j’avais de bonnes raisons de tuer le saint. Je n’en sais rien. Ce que je sais, là, maintenant, c’est que je me sens malade d’avoir fait cela. Que je ne veux pas que des milliers de gens abandonnent leur vie, leur pays, à cause de moi. Moi seul peux réparer cette situation, visiblement. Je n’ai pas vraiment le choix, en fait. Je suis obligé de me sacrifier. Je te suivrai jusqu’à cette grotte. » Il se sentit déjà un peu mieux, à la fois triste et soulagé, d’avoir pris cette décision.

Yafon le regarda, l’air un peu troublée. Elle réfléchit un instant avant de répondre à voix basse. « Je ne comprends pas. Qui peut avoir monté cela ? Cela dépasse les possibilités de nos ennemis, les trolls, ces brutes violentes… » Elle se reprit. « La nuit la plus courte de l’année est dans quelques nuits. Je vais t’emmener dans la vallée, nous partirons demain. Cet après-midi le saint sera enterré. Tu attendras notre départ en cellule. »

Elle s’adressa aux gardes : « Écoutez bien, je ne le répèterai pas. Nous allons annoncer que le saint a été assassiné, mais que les circonstances de sa mort sont gardées secrètes pour des raisons de sécurité. Dites aussi que nous avons une chance de garder la Grotte de la Lumière activée. En aucun cas Macsteel ne doit être désigné comme l’assassin, je n’ai pas envie que quelqu’un décide de faire justice et le tue. Que personne ne sache non plus que c’est grâce à lui que la Grotte peut être activée définitivement. Je vous tiens pour responsables de la façon dont les informations circuleront. Mettez-le en cellule, et préparez notre voyage vers la Vallée Sacrée, demain matin. Nous irons chez la famille Cirius. »

Ils la saluèrent et firent signe à Macsteel de les suivre.

« Yafon m’impressionne. » dit Macsteel aux gardes, juste avant de rentrer dans sa cellule.

Un des gardes le regarda sans aménité et répondit : « Elle a l’air très dure, mais tous savent qu’elle a du c½ur et qu’elle sait ce qu’elle fait. C’est le meilleur chef que le peuple des Colons n’ait eu depuis longtemps, et tous les gardes sont prêts à mourir pour elle. »

La lourde porte se referma derrière Macsteel. Il était prisonnier.
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Macsteel se demandait pourquoi l’attitude de Yafon avait changé. Après avoir quitté le temple du saint, ils avaient voyagé avec un minimum de paroles. Alors que sur l’aire de téléportation de Château Sauvage beaucoup d’aventuriers parlaient d’une voix forte, probablement pour chasser l’angoisse d’aller en territoire ennemi, leur petit groupe était resté silencieux. Seules les rituelles bénédictions de protections et de combats rompirent ce silence.

Même lors de l’attaque des elfes, après le passage des Portes d’Odin, elle ne parla que pour donner des ordres, clairs et efficaces. Les Colons étaient de redoutables combattants, en particulier l’avalonien , thaumaturge dont les flammes avaient mis en déroute l’adversaire.

Puis ils arrivèrent au sud de Bledemeer Faste, le fort Midargdien, près d’un poste de garde abandonné. Là, leurs éclaireurs, arc à la main, se fondirent dans la végétation. Ce n’est que lorsqu’ils revinrent assurer que la zone était vide que la troupe alla plein Est et passa dans une étroite gorge montagneuse dont Macsteel n’aurait jamais soupçonné l’existence.

Macsteel avait été ébloui par la Vallée Sacrée. Plus chaude qu’il n’aurait pensé, des forêts et des prairies, une immense vallée protégée par les montagnes s’étendait sous ses yeux. L’air était pur, parfumé.

Et Yafon parlait. D’abord de tout et de rien, de l’endroit où elle était née, dans cette vallée. Du mariage de son frère. Du premier agneau qu’elle avait vu naître. Macsteel voyageait plus détendu, en l’écoutant. Mais les doutes l’assaillaient. Peut-être avait-elle conscience qu’il fallait qu’il se sacrifie de lui-même, et essayait de l’apprivoiser. Ou peut-être sa conscience de paladine la titillait, en considérant que peut-être un innocent, victime de sorcellerie, allait périr pour leur peuple.

Puis elle a raconta l’histoire des Colons. Mille quatre cent ans auparavant, alors qu’Albion n’existait pas encore en tant que royaume, cette vallée avait la réputation d’être maudite pour les humains. S’il n’y avait pas un prêtre auprès d’eux, concentré en permanence sur ses bénédictions de protection, ils mourraient. Personne, à part les animaux et les plantes, ne vivait ici.

Puis un homme saint explora la vallée. Il trouva la Grotte de la Lumière, pleine d’une extraordinaire énergie spirituelle, et y transféra ses bénédictions. La grotte, désormais, permettait aux humains de vivre dans cette vallée. Ils vinrent en nombre coloniser ce paradis caché. Ils furent reconnaissants au saint, et à la Lumière, pour leur avoir donné cet endroit.

Trois siècles passèrent. Puis des trolls arrivèrent, en détresse, chassés de chez eux par une guerre terrible. Les Colons les accueillirent. Ils s’installèrent dans un contrefort de la vallée et les deux communautés vécurent en paix, chacune apportant quelque chose à l’autre.

Environ cent ans après l’arrivée des trolls, des Colons prirent les armes contre d’autres Colons, pour une histoire de terre. Nul ne sait si c’est lié, mais la bénédiction de la Grotte de la Lumière se mit à faiblir, les Colons à mourir. Certains y voient une punition divine.

Il fallut partir, ce fut l’exode. Après quatre siècles d’isolement, les Colons n’étaient plus les bienvenus dans les régions de ce qui allait devenir Albion. Ils y ont passé des siècles traités comme des parias, des étrangers, mais ils ont gardé leur identité et leurs croyances. Ils savaient qu’un jour ou l’autre, la Lumière leur rendrait la Vallée Sacrée.

Ils attendirent neuf cents ans. Il y a environ un siècle, le saint que Macsteel a tué est allé dans la Vallée Sacrée, tenter d’activer la Grotte, comme bien d’autres Colons religieux avant lui. Mais lui a réussi. La Lumière donnait de nouveau la vallée aux Colons. Ils y sont retournés, mais les trolls s’étaient installés partout, il y eut une guerre. Mieux armés et entraînés, les Colons repoussèrent les trolls dans leurs contreforts d’origine, une région montagneuse d’où il est impossible de les déloger. Puis il recolonisèrent la vallée.

Depuis, la Vallée Sacrée est à nouveau aux humains, par la grâce de la Lumière. Une sorte de paradis, ne serait-ce la guerre constante contre les trolls.

Macsteel, avec un autre guerrier, nettoyait une grosse volaille. Le campement, dans une petite clairière, était baigné par la lumière de l’été. Des Colons s’installaient sous les arbres, tandis qu’au centre de la clairière, quelqu’un plaçait des pierres pour préparer un feu pour le repas de midi. La viande était prête à griller. Notchic, le thaumaturge, proposa de faire une expérience, tenter d’utiliser un peu de pouvoir magique pour créer un feu pour cuire la viande.

Certains le regardèrent avec une moue dubitative. Il se concentra, produisit une magnifique petite flamme sous la volaille… puis fis une grimace, comme si quelque chose n’allait pas. Un instant après, une boule de feu apparut sur les pierres, et la viande fut carbonisée.

En mangeant ses biscuits secs, le regard noir envers Notchic, Yafon reprit.

« Nous allons dans une ferme, pas très loin de la Grotte de la Lumière. En attendant la nuit du sacrifice, nous resterons avec les Cirius, les Colons de cette ferme. Que tu connaisses les gens qui désormais dépendent de toi, Macsteel ! Nous devrions y être assez tranquilles, c’est à l’opposé de la région des trolls. De là, nous ferons une reconnaissance vers la Grotte, pour nous assurer qu’il n’y a aucun problème, on ne sait jamais avec ces brutes de trolls.»

Macsteel, songeur, répondit : «Ces brutes… En neuf cents ans, sans doute se sentent-elles chez elles. Pourquoi ne pas s’entendre avec les trolls ? Il n’y a pas assez de place pour que tout le monde vive en paix ? »

Un garde eut un ricanement ironique. Yafon dit. « Si, sans doute. Mais d’abord pour s’entendre, il faudrait se comprendre. Or presque plus personne ne sait parler les langues des autres royaumes. Nous ne comprenons pas les trolls, ils ne nous comprennent pas. De plus, ils sont violents, meurtriers, pas très intelligents, pas beaucoup mieux que des bêtes féroces, hélas. Ils ne sont pas pacifiques, Macsteel, loin de là ! »

Elle haussa les épaules et reprit : « De toute façon, même si on le voulait, ce serait impossible. Rappelle-toi qu’ils appartiennent au royaume de Midgard, et nous à Albion. Et nos royaumes sont en guerre. Penses-tu que l’on nous laisserait faire la paix ici ? »

Macsteel resta silencieux.

Yafon reprit, avec l’ombre d’une douceur dans la voix : « Je regrette que le destin t’impose une épreuve pareille, Macsteel. Mais il faut assumer tout ce que l’on fait, dans l’existence. Toi, ta vie pour celle d’un peuple. Nous, une guerre pour une terre de droit divin. Nous ne comprenons pas toujours le pourquoi, Macsteel, mais nous savons ce qu’est le bien et le devoir. »

Alors qu’ils se remettaient en route, au loin, Selicia l’elfe pourvoyeuse de mort pensait à ce groupe d’Albionnais, contre qui il avait fallu fuir, près des Portes d’Odin. Elle était sûre d’avoir reconnu un des guerriers. Ainsi il est revenu, se dit-elle.
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La nuit tombe plus vite dans les montagnes. C’était déjà le soir, ils étaient près du fond sud de la vallée. Yafon avait fait signe à Macsteel, ils s’étaient un peu éloignés des autres.

Au loin, dans la lumière entre le jour et la nuit, on distinguait deux grandes fermes, deux groupes de bâtisses, en fait. Il faisait encore doux, Macsteel regarda longuement les maisons, les montagnes, les étoiles. Il se sentait bien, à la fois très vivant et serein.

Yafon dit : « Nous y serons dans deux heures. Nous nous installerons dans les granges. » Elle continua à voix très basse, comme si elle se parlait à elle-même : « J’aime bien les deux familles qui habitent là, les Cirius et les McGregor. Des gens solides. Je m’inquiète pour eux… Pour tout mon peuple... Que vont-ils devenir ? »

Macsteel comprit qu’elle craignait qu’il ne se sacrifie pas. Le parfum des herbes et des arbres embaumait. Macsteel ressentit comme un coup de poignard, une profonde tristesse qui perça son c½ur. Il soupira. Cette nouvelle vie serait décidément courte, songea-t-il. Il dit : « Yafon, je ferai ce que je pense être juste, ne t’inquiète pas. C’est tout ce que l’on peut demander à un homme. »

Yafon resta quelques secondes à réfléchir. Puis elle se tourna vers Macsteel et lui dit d’une voix douce : « Lors de l’attaque des Elfes, aujourd’hui, j’ai arrêté mon chant de bénédiction divine, pour en changer. J’ai eu la surprise de t’entendre chanter aussi. Un chant de paladin, invoquant les soins de la Lumière. Mais rien ne s’est passé, ton chant était sans effet, comme si la Lumière ne t’écoutait pas. »

Macsteel eut l’air surpris. Il dit : « Je ne me souviens pas d’avoir chanté. »
Yafon hocha la tête et reprit : « J’y ai beaucoup songé. On dirait que tu faisais cela machinalement, presque inconsciemment. Macsteel, je crois que tu es un paladin déchu. Tu n’as plus les pouvoirs de serviteur de la Lumière, probablement parce que tu as fauté, dans ton ancienne vie. »

Macsteel resta coi, en lui quelque chose essayait de se réveiller, comme si les paroles de Yafon provoquaient un écho dans sa mémoire.

Yafon reprit d’une voix plus ferme :« Macsteel, ou qui que tu sois, je ne crois pas au hasard. C’est la Lumière qui décide de nos vies et place les épreuves devant nous. Je crois que la Lumière a placé cette dure épreuve devant toi comme une chance de rédemption, pour que tu fasses le choix du Bien contre le Mal. »

Macsteel était troublé. Il répondit : « Je ne suis pas sûr que les trolls représentent le mal. »

Yafon, irritée, haussa la voix : « Écoute, Macsteel, je fais un effort pour oublier que tu as tué le saint, car tu as été manipulé et tu peux être innocent ! Mais ne me pousse pas à bout ! Qui es-tu donc pour contester les décisions de la Lumière ? La Lumière a étendu sa bénédiction pour permettre aux hommes de vivre ici, elle a donné cette terre aux Colons, la Lumière, Macsteel, pas un seigneur humain ! Et puis, oublies-tu que c’est la guerre ? N’es-tu pas Albionnais et les trolls Migardiens ? Ne dois-tu pas faire passer ta vie après ton royaume ?? »

Yafon prit une grande respiration. Elle reprit, essayant de parler posément : « Le problème est que pour toi, tout cela n’est qu’une question de principes, de beaux discours. Tu raisonnes de manière logique, mais ici il ne s’agit pas seulement de logique, Macsteel. »

Elle montra les fermes au loin et dit : « Il s’agit d’hommes, de femmes, d’enfants. Il s’agit de personnes qui vivent, aiment et meurent ici, Macsteel ! »

Elle fit un réel effort pour se calmer. « Macsteel, je vais faire ce que je sais faire : organiser. Demain j’enverrai un message pour demander des soldats Colons supplémentaires, ils seront là dans deux jours. Nous mènerons alors une reconnaissance vers la Grotte Sacrée, pour s’assurer qu’il n’y a pas de trolls dans les environs. Il nous restera plusieurs jours. Profite en pour sentir ce que ton c½ur te dira à propos des familles de Colons avec qui l’on vivra. Ils ne sont ni meilleurs ni pires que les autres, et tu verras bien si les gens qui vivent ici méritent d’être sauvés ou pas. »

Elle lui tourna le dos et rejoignit les autres. Macsteel la suivit et ils repartirent vers leur destin.
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Ils étaient à la ferme depuis trois nuits. Malgré l’heure tardive de leur arrivée, il y avait eu du monde pour les accueillir. Mikael Cirius, le chef de famille, avait tout de suite fait bonne impression sur Macsteel. Bourru, le fermier le disputait au maître d’armes, chez lui. Il avait accueilli Macsteel sans chichi, comme s’il hébergeait un vieux compagnon, sans se poser de questions. Michna, sa femme, très timide petite blonde aux seins arrogants, était venue leur apporter du lait chaud, et s’était sauvée après avoir échangé trois mots.

Macsteel essuya son front. Cette petite pause faisait du bien. Cela faisait trois jours qu’ils travaillaient à construire une nouvelle grange pour les Cirius, afin de remplacer celle brûlée par la foudre. Les soldats demandés par Yafon n’étaient arrivés qu’aujourd’hui, retardés par des troubles avec les trolls, au nord de la vallée. La reconnaissance aurait lieu demain.

Macsteel regarda la grange. Le plus gros du travail était fait, pensait-il, sans être très sûr de lui. L’expert, c’était McGregor, le chef de la famille d’à côté. Étrange et attachant bonhomme, ce McGregor. Un clerc de la Lumière, mais ayant tellement soigné d’animaux dans toute la vallée que depuis, il réussissait rarement à soigner ses frères humains. Il fourmillait d’idées ingénieuses mais parfois farfelues, dont il était clair que certaines étaient impossibles à réaliser, comme un oiseau mécanique. McGregor se tourna vers Mac, montra l’entrée de la grange, et dit « Nous irons travailler ici. » Il ajouta avec un sourire espiègle « Ne te casse pas la tête, je te montrerai quoi faire. » Macsteel fronça les sourcils, la première fois que McGregor lui avait montré quoi faire, tout le monde avait rigolé, Macsteel n’ayant pas compris tout de suite la blague de McGregor. Mais il se contenta de hocher la tête. Il y avait encore du travail à faire.

Quand Cirius, le lendemain de leur arrivée, lui avait demandé s’il voulait aider à la construction de la grange, Macsteel avait spontanément accepté, à la surprise du Colon.

« Et bien, Macsteel, cela me fait plaisir que tu acceptes ! Deux bras de plus seront utiles, crois-moi, il nous faut finir cette grange rapidement, il y a tant de choses à faire… Tout le monde s’y mettra. Nous, les McGregor, même Yafon et les gardes. »

Macsteel sourit, et désignant l’épée courte au côté de Cirius lui dit : « Mon intuition me dit que vous savez autant vous en servir que du reste de vos outils, à la ferme. »

Cirius sourit : « Oui. Je suis un guerrier, autant qu’un fermier. Nous n’avons jamais été attaqués, ici, aussi loin des trolls. Mais quand la situation l’exige, je rejoins les gardes et je vais combattre. »

Macsteel hocha la tête. Cirius ajouta : « Nous les Colons avons retenu la leçon. Il y a des siècles, la guerre civile qui a valu notre exil a commencé parce que deux puissantes familles se disputaient une terre, alors qu’il restait des terres à coloniser dans la Vallée Sacrée. Aujourd’hui, quand une famille de Colons est installée, elle a tendance à s’occuper de ses affaires et à se replier sur ses besoins. Si l’on permettait cela, le peuple des Colons ne pourrait vivre longtemps. Pour que l’on reste unis, il faut que chaque citoyen soit prêt à servir. » Il haussa les épaules. « Rien que de très naturel, tu vois. »

Macsteel, reproduisant les gestes de McGregor, aimait cette solidarité. Il se sentait bien, ici, sous le ciel bleu, à travailler avec les autres sur quelque chose de simple mais d’important pour ces deux familles. Un peu partout, les hommes et femmes s’activaient, montaient, s’interpellaient, l’ambiance était bon enfant, même si le soleil asséchait tout le monde. Il avait un peu l’impression d’avoir trouvé une famille. La vieille Marcée, hier soir, un peu extra lucide, lui a dit qu’il s’était donné la mort…

Macsteel se demandait ce que cela voulait dire, pourquoi était-il vivant s’il s’était donné la mort, quand un cri le fit sursauter. Un cheval de trait, tirant une grosse poutre que l’on mettait en place, s’était affolé, et essayait de fuir. La poutre, coincée dans la structure de bois de la porte, cassa un des piliers. Un des cotés de la grange en construction menaçait de s’écrouler, avec des constructeurs dessus, à cause d’un pilier qui commençait à pencher. Macsteel bondit vers la corde attachée au haut du pilier et tira de toutes ses forces en sens inverse. La charpente et ses charpentiers, plusieurs centaines de kilos, continua inexorablement à glisser, tirant Macsteel, incapable de retenir une masse pareille. Alors qu’il hurlait « Aidez-moi ! », plusieurs Colons se précipitèrent à ses côtés, pour tirer. Les charpentiers, en haut, sautaient et descendaient ; en quelques instants, tout le monde avait évacué. Mais la charpente gauche continuait à glisser, si elle s’écroulait toute la grange serait à reconstruire ! Chaque centimètre de la corde fut bientôt pris, les mains, les bras, les muscles, hommes, femmes, ils tiraient, le pilier lentement se remis en place… et une autre poutre se mit à glisser, sans corde pour la retenir… À la surprise de Mac, la femme devant lui cessa de tirer la corde et se précipita vers son bâton. Elle le pointa vers la nouvelle poutre qui glissait, et prononça une rapide formule. Un amas de glace apparut, coinça la poutre où elle se trouvait.

L’espace d’un instant, plus personne ne bougea. La charpente ne bougea pas non plus. Puis tout le monde s’agita, pour consolider immédiatement la grange !

Une heure après, les dégâts étaient complètement réparés. Tout le monde se félicita, Macsteel reçut sa part d’accolades. C’était une sensation étrange, agréable, comme si l’on avait gagné une bataille, mais sans guerre. Deux petites filles s’approchèrent de son groupe, la petite blonde Maevelle, fille de Cirius, et son amie brune, Shana McGregor. Elles portaient des plateaux de gobelets de terre cuite. McGregor sourit : « Du cidre frais ! Cela nous fera du bien ! » Maevelle s’arrêta près de Macsteel, et du haut de ses neuf ans, lui fit une petite révérence. En s’appliquant, elle dit, comme récitant un texte : « Sire Macsteel, c’est un honneur de servir un grand guerrier comme vous. »

Macsteel sourit à son tour et répondit : « Oh, gente Maevelle, je ne suis qu’un guerrier comme les autres, mais c’est avec plaisir que je prendrai le cidre ! ». Maevelle prit un air sérieux, et dit : « C’est toi qu’a tiré la corde en premier, j’ai vu ! Je sais que tu es un grand guerrier, si jamais les méchants m’attaquent, tu me protègeras, et quand je serai grande, je te pouserai ! » Sur ce, elle partit avec son amie, insouciante, servir d’autres travailleurs. Macsteel la regarda partir, attendri. Puis il songea qu’il n’épousera personne. Son estomac se serra. Il avait peur de mourir.

Plus tard, après la toilette à la cascade, les deux familles et les gardes se retrouvèrent pour un banquet, autour d’un grand feu de bois sous les étoiles. Une fois le repas terminé, Sentix, un ménestrel grand et massif comme un ours, chanta des chansons comiques, où un apprenti sorcier ratait ses expériences de la façon la plus catastrophique pour ses voisins. Puis il chanta la douceur de vivre dans la Vallée Sacrée, en paix. Yafon vint s’asseoir près de lui, et écouta en silence la voix et les notes se mélanger aux bruits de la nuit d’été. Michna s’approcha d’eux, donna une bouteille à Macsteel.

« Mon cher Macsteel, tout le monde a apprécié ton coup de main, ces trois jours. Et l’initiative que tu as eue, tirer la corde. » Macsteel, un peu fasciné par la femme de Cirius, voulut protester : « Ce n’est rien... » mais celle-ci lui dit en souriant : « Chut ! Voici une bouteille de l’alcool que nous produisons ici. Il est très bon. Garde-la pour une grande occasion ! ». Elle repartit. Macsteel regarda la bouteille, tout à coup exclu de la fête, sa dernière occasion était si proche… Yafon le regardait, triste elle aussi.
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Tout le monde était un peu fatigué, dans la troupe qui revenait de reconnaissance. La journée avait été longue. Ils n’étaient pas rentrés dans la Grotte de la Lumière, mais avaient fait des kilomètres et des kilomètres à explorer la région, pas de traces de trolls. Ce n’était pas très étonnant, personne n’allait dans la Grotte, d’habitude, très difficile d’accès et dans laquelle, de toute façon, les trolls ne pouvaient pas pénétrer.

Macsteel, sur le cheval qui allait d’un pas lent, regardait les hautes montagnes se découpant sur le ciel bleu. Elles semblaient éternelles, insensibles aux guerres et aux espoirs des humains, une profonde sérénité s’en dégageait. Il était heureux de rentrer, s’imaginait déjà entendre les cris de bienvenue des fermiers, juste au-delà de la prochaine colline.

C’était bien des cris, qu’il entendait, mais de rage et de souffrance. Il échangea un regard inquiet avec Yafon et toute la troupe se mit au galop. Arrivés en haut de la colline, ils virent de la fumée s’échapper de la ferme des McGregor, et les fermiers lutter contres des guerriers trolls. Le prêtre se mit à lancer les bénédictions divines de combat et de protection. Les éclaireurs s’arrêtèrent avant les autres, pour commencer un chant de mort avec leurs arcs.

Macsteel n’était pas un bon cavalier, mais il galopait à fond, les fermiers étaient en mauvaise posture, plusieurs étaient morts ou à terre. Il lui faudrait encore plusieurs longues secondes avant d’être au contact.

Il eut le temps de voir quatre trolls se diriger vers un vieux fermier, celui-ci leva un bâton vers eux, et les quatre trolls restèrent immobiles, paralysés. Un sorcier, songea Macsteel. Déjà deux jeunes femmes, des rapières à la main, se précipitaient vers les trolls pour les achever. A ce moment là, un sort frappa le sorcier, qui chancela, et un cinquième troll accourut vers lui et l’acheva. Dans la troupe à cheval, plusieurs gardes se dirigèrent vers les jeunes femmes.

Yafon lui cria : « Là-bas ! Cirius ! » Cirius, une hallebarde à la main, avait fait des ravages, avec quatre cadavres de trolls autour de lui, mais il menaçait de céder sous le nombre. Son arme, maniée avec une stupéfiante rapidité, tenait à distance ses adversaires, mais il commençait à fatiguer. Yafon s’élança vers lui, suivi de Macsteel.

Macsteel sauta de cheval, il savait mieux se battre à pied, comme tout le monde ici. À quelques mètres devant lui, une troll para un coup d’épée maladroit d’un jeune fermier, vit une petite fille et prit le temps de lui écraser la tête avec sa masse, projetant du sang et des éclats partout.

Horrifié, Macsteel eut un instant où il sentit ses forces l’abandonner. Pourquoi la troll avait-elle fait cela ?! Si tous les êtres vivants avaient du bien au fond d’eux, au nom de la Lumière, pourquoi ??

Une boule de feu enveloppa la troll, qui périt aux pieds de son jeune adversaire. Notchic passa de suite à un autre ennemi.

Un cri de Cirius le replongea dans l’action ! « Maevelle ! » Macsteel vit la petite fille cachée dans un recoin d’un bâtiment, mais un troll approchait, allait la trouver et elle n’avait aucun lieu où fuir. Cirius et Yafon, entourés d’ennemis, ne pouvaient l’aider. Le désespoir se peignit sur le visage de Cirius. Elle était loin. Macsteel courut, certain d’arriver trop tard, mais allant de toute la vitesse de son âme. Sa course était une prière.

Le troll vit la petite fille et alla vers elle, sa masse levée. Un cri le détourna, un marteau à la main, McGregor lui fonça dessus ! Le troll para le coup, donna un coup dans le ventre de McGregor, qui se plia sous l’impact. Le troll leva sa masse et frappa le clerc au cou, lui brisant la nuque. McGregor s’écroula, mort, et le troll reprit sa marche vers Maevelle, paralysée de terreur.

Pendant ce temps, Cirius était tombé, Yafon appelait ses gardes à l’aide, menacée elle aussi de succomber. Le troll leva son arme vers la petite fille, Macsteel était presque là, il hurla, le troll se retourna et avec une dextérité incroyable pour sa masse, esquiva le coup du maître d’armes. Macsteel dut sauter de coté pour ne pas avoir les os brisés par la masse, il roula sur lui-même, passa sous l’arme du troll et lui planta son épée dans le ventre. Le troll laissa tomber sa masse, tomba à genoux, Macsteel dégagea son épée et l’acheva. Il eut le temps de faire un sourire rassurant à Maevelle avant qu’un coup à la tête ne le projette au sol. Sonné, des étoiles plein les yeux, il vit un immense troll lever sa masse pour le coup de grâce. Il fallait bouger, vite ! Mais ses membres ne répondaient pas. Alors devant lui surgit comme par miracle Michna, qui d’un geste précis égorgea le troll. Une sicaire, pensa Macsteel, le monde est décidément plein de surprises. Et il s’évanouit.
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Macsteel, la tête bandée, était allongé. Il avait encore mal, mais le plus grave avait été soigné par le clerc. Les trolls, grâce aux soldats venus pour la reconnaissance, avaient perdu la bataille, aucun n’avait survécu.

Sentix, le ménestrel, s’approcha de lui. « Comment vas-tu, Macsteel ? »
« Ça va. Autant que cela puisse aller dans ces circonstances, on va dire. » répondit Macsteel, en se redressant.
« Tu devrais peut-être rester allongé. »
« Non, je t’assure, cela va mieux. D’ailleurs regarde Cirius, Yafon l’a pratiquement relevé des morts et il n’arrête pas. »

Cirius, avec des bandages partout, allait et venait, réconfortait, ordonnait, évaluait.

Sentix regarda Cirius et hocha la tête. Il aida Macsteel à se mettre debout et dit : « En tous cas, si tu as besoin de quelque chose, je suis là. »
Macsteel hocha la tête. Autour de lui, les Colons en état de le faire s’affairaient. Les morts étaient déjà regroupés, il fallait leur préparer une sépulture, il fallait nettoyer, prévoir où dormiraient les survivants, tout faire, y compris des choses aussi banales que préparer le repas du soir, même si la plupart n’avait guère faim.

Ne sachant quoi faire, Macsteel erra un peu. Il vit les corps de presque toute la famille McGregor. Il avait du mal à croire qu’il ne verrait jamais plus McGregor se payer sa tête, lui montrer comment travailler le bois. Deux larmes coulèrent le long de son visage, il fit une dernière révérence à McGregor et aux siens.

Les Colons parlaient peu, mais leurs paroles étaient de souffrance et de colère.

Il vit le jeune homme qui s’était tenu face à la troll, celle qui avait assassiné la petite fille. Il pleurait, disait qu’il n’avait pas su la sauver, qu’il se sentait coupable. Un vieux fermier tentait de le consoler. Sans prêter attention à Macsteel, le regard tourné vers le bas, le jeune fermier reprit :
« J’ai peur, Arston, j’ai peur de rester ici ! Je me rappellerai toujours cette horrible troll ! Je suis un lâche, peut-être… Mais je me demande si nous ne devrions pas quitter la vallée. Si cette terre est vraiment sacrée, pourquoi la Lumière ne nous protège pas de choses aussi horribles ? »

Macsteel fut prit d’une brève nausée, il revit l’image terrible du crâne de l’enfant exploser sous le coup de masse. Une violente haine des trolls le saisit.

Le vieil homme répondit : « Nous ne comprenons pas les voies de la Lumière, mais Elle teste la foi de ses suivants, c’est sûr. »

Macsteel dit, à voix basse : « Je ne comprends pas pourquoi elle a fait cela. Cette troll était en train de combattre, elle a délibérément pris le temps de tuer une enfant. »

Le vieux fermier répondit : « Parce que les trolls sont mauvais, voilà pourquoi ! » Sentix, qui s’était approché, ajouta avec une colère sourde : « Et parce que c’est leur stratégie ! Ils veulent nous terroriser ! Ils sèment la terreur en s’en prenant de préférence aux familles plutôt qu’aux soldats, pour que les Colons quittent la vallée, par peur pour les leurs. Et pour dissuader d’autres Colons de venir s’installer ici ! » Un masque de haine déforma les traits du ménestrel, dont la voix enfla : « Je tuerai tous les trolls que je rencontrerai ! Je vengerai les miens et mes amis, et la terreur se retournera contre eux ! »

Macsteel fut peiné de voir Sentix, cet homme qui hier chantait la douceur de vivre, maintenant vouloir semer la mort sur toute une race. Il savait que le ménestrel était un être sensible, ayant soin des autres, un artiste en harmonie avec la nature. Au fond de lui, cette haine ne lui ressemblait pas. Puis Macsteel songea à sa propre bouffée de haine, cela faisait-il de lui un homme mauvais ? Peut-être la troll était-elle guidée par une haine aussi puissante ? Les trolls sont des ennemis, se dit-il, surtout s’ils agissent comme cela. Mais j’essaierai de les combattre sans haine, même si c’est difficile. Macsteel eut la nette impression que s’il laissait tomber sa foi dans un fond de bien dans chaque être vivant, le peu qu’il connaissait de sa propre identité s’effondrerait, il ne serait plus personne, plus rien. Il frissonna. S’il n’avait plus le temps de retrouver ses souvenirs, au moins ses réactions aux évènements le renseigneraient sur le plus important : quel genre d’homme est-il ?
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La nuit tombait. Le plus urgent avait été fait, dans l’adversité les Colons se montraient d’une redoutable efficacité. Maintenant qu’ils étaient moins occupés, ils prenaient plus de temps pour exprimer leurs réactions. Où qu’il aille, Macsteel entendait parler de douleur, de colère, de vengeance. Qu’ils étaient les Colons, choisis par la Lumière, qu’ils pouvaient plier mais jamais ne rompraient. Il avait l’impression qu’ils renforçaient le sens de leur identité, pour être plus forts face à l’épreuve.

Il entra dans une petite maison, dépendance de la ferme des Cirius. A l’intérieur, Yafon était plongée dans une intense activité, elle organisait, planifiait. Elle recevait et renvoyait des messagers, qui profitaient de la nuit étoilée pour voyager, discutait beaucoup avec les autres Colons. Elle semblait à son aise, maîtrisant parfaitement la situation.

Elle parlait à Sentix. « Les obsèques auront lieu après demain soir, à notre retour. Ce soir, tu chanteras une chanson pour honorer ceux qui sont tombés, et pour motiver ceux qui vont partir. Va de suite informer les Colons, que ceux qui veulent venir avec nous demain se fassent connaître auprès de Cirius.»
Le ménestrel hocha la tête, l’air contrarié, et quitta la pièce.

« Où vas-tu, demain ? » demanda Macsteel.
« Où NOUS allons. Je préfère garder l’½il sur toi, Macsteel. Nous allons faire un raid de représailles, contre un lieu sacré des trolls. Et puis, cela te permettra de voir la différence entre nous et les trolls, entre leur sauvagerie et notre guerre de peuple civilisé, une guerre propre. »

Macsteel réfléchit un instant. « Pourquoi être si pressés ? Ne pourrait-on pas partir après-demain, après les enterrements ? »
« Non. Nous agissons toujours immédiatement, les trolls ne doivent avoir aucun doute, à chacun de leurs actes de terreur, il y aura une punition, toujours ! »

Une femme dans la cinquantaine, un visage remarquablement laid entouré de courts cheveux bruns coupés en brosse, fit son entrée dans la pièce. Elle salua Yafon et fit un signe de tête à Macsteel.

« Macsteel, je te présente Muncha. » reprit Yafon. « Elle est le chef du village voisin, et gouverne pour moi cette région de la vallée. Muncha, voici Macsteel, un maître d’armes.»

Macsteel s’inclina brièvement, Muncha hocha de nouveau la tête, l’air de considérer Macsteel comme un insecte n’étant pas à sa place.
Macsteel reprit : « Est-ce que cela se passe toujours comme cela ? Un cycle sans fin d’attaques et de contre-attaques ? »

Irritée, Yafon secoua la tête. « Macsteel, arrête de poser des questions avec ta tête, écoute donc ton c½ur, un peu ! Ce que nous avons à faire est clair ! » D’un ton ironique elle ajouta : « Tu crois toujours que les trolls peuvent être bons ? Si c’est comme cela que des êtres bons agissent, nous n’avons pas la même définition du bien et du mal ! »

Muncha regarda Macsteel et s’adressa à Yafon. « Bah, ce n’est pas un Colon. Il ne peut pas comprendre ce que c’est que d’être né ici, et de voir son droit à l’existence bafoué. » Négligeant le maître d’armes, elle se tourna vers Yafon.

« Je suis venue proposer l’aide du village. Et j’ai des nouvelles pour toi aussi. Un groupe de mercenaires Albionnais, avec à leur tête un certain McKeen, est arrivé dans la Vallée Sacrée, à notre capitale. Ils te cherchent et cherchent un certain Macsteel. Comment ont-ils eu des informations sur ce qui se passe chez nous, je l’ignore. La couronne a peut-être des espions ici ou au temple. »

« Que veulent-ils ? » demanda Yafon, d’une voix froide.

« Il semble qu’ils pensent que Macsteel a un rôle important à jouer, ici. » Elle jeta un coup d’½il dubitatif au guerrier. « Ils ont dit être en mission royale, ils ont le sceau qui le prouve, et toute façon leur chef est connu. Ils doivent s’assurer que Macsteel n’est pas un traître, et que les intérêts de la couronne seront respectés. »

Muncha se fit songeuse, puis continua : « Les Colons ne sont pas idiots, Yafon, et parlent. Beaucoup pensent que ce Macsteel est lié d’une manière ou d’une autre à l’activation permanente de la Grotte, et il est évident que la présence des mercenaires fait suite à la mort du saint. Je ne leur ferais pas confiance, à ta place.»

Macsteel fut surpris de cette dernière remarque, bien que Muncha semblait du genre à ne faire confiance à personne. Il demanda « Pourquoi ne pas leur faire confiance ? »

Yafon regarda Macsteel et réfléchit un instant, comme si elle cherchait ses mots. « Ni Midgard ni Albion ne sont intéressés par cette vallée, où la survie des humains est problématique et qui n’a pas d’importance stratégique. Les deux royaumes, s’ils combattent ici, le feront plus par principe que pour les habitants ou pour des raisons militaires. »

Elle reprit : « Quelqu’un de très proche du roi nous déteste, dans le royaume il fait tout ce qu’il peut pour rendre la vie dure aux Colons. Je ne sais pas qui exactement a envoyé ces mercenaires, mais il est peu probable que ce soit le roi lui-même. Je ne sais même pas si le roi a jamais vu un Colon. Nous ne savons pas quels sont les ordres réels de ces mercenaires, Macsteel, mais ils ne sont pas forcément à notre avantage. »

Muncha approuva de la tête. Yafon se tourna vers elle et dit : « Voici mes ordres. Que l’on occupe et retarde ces mercenaires sous des prétextes divers. Qu’ils soient baladés dans la vallée, si besoin, mais ils ne doivent pas entrer en contact avec Macsteel et moi avant… cinq jours. C’est tout, Muncha.»
Macsteel sentit son ventre se contracter, plus que trois nuits avant la nuit fatidique.

Muncha regarda Yafon et dit : « Il en sera fait comme tu l’ordonnes, Yafon. Mais ne cache pas trop de choses à ton peuple. » Elle salua la paladine, hocha la tête vers le guerrier et partit.

Yafon regarda Macsteel et dit : « Couche-toi de bonne heure, nous partons à l’aube. »
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La troupe serpentait le long de la montagne. L’air était vif et pur. Yafon dit à Macsteel : « Nous allons grimper un peu, tous les lieux des trolls sont en montagne, nous les avons chassés de la vallée. C’est une sorte de temple que nous allons attaquer. Ici, les shamans semblent avoir développé leurs propres croyances, je ne sais pas s’il en existe l’équivalent en Midgard. »

Macsteel écoutait. Même avant son amnésie, il y avait peu de chance qu’il fut expert en croyances midgardienes.

Yafon reprit : « Les trolls ici sont très en contact avec la nature. Leurs temples sont creusés dans la montagne, avec une seule entrée largement ouverte, mais gardée. Il y a des plantes et de la vie partout, même leur mobilier semble vivant. Je pense que le chef des shamans trolls doit être aussi vieux que notre saint. » Puis son visage s’attrista, comme si elle réalisait à nouveau que le saint était mort. Elle garda le silence jusqu’aux environs du temple.

Là, cachés dans le bois, ils écoutèrent le rapport des éclaireurs, pas de trolls aux environs. Ils s’approchèrent discrètement de l’orée du bois. Michna la sicaire partit en reconnaissance rapprochée, comptant sur son invisibilité pour espionner l’intérieur du temple.

Le temps passa, les nerfs des Colons mis à l’épreuve pendant l’attente. Macsteel se concentrait sur sa respiration, essayant de ne pas prêter attention au creux dans son ventre. Seuls les cris des oiseaux et le bruit du vent dans les feuilles se faisaient entendre. Enfin Michna revint. Elle fit son rapport à Yafon.

« Il y a deux gardes à l’entrée. Je peux en tuer un silencieusement, les éclaireurs peuvent cribler l’autre de flèches, avec un peu de chance, on pourra entrer dans le temple sans donner l’alarme. »
Yafon fronça les sourcils, il y avait habituellement plus de gardes. Mais il était tout à fait possible que les trolls soient partis semer la terreur.
Michna reprit : « L’entrée donne sur une très vaste salle circulaire, avec un hôtel et des sortes d’arbustes. Tout autour de la salle, il y a des portes donnant sur des petites salles. La plupart de ces salles contiennent des trolls en arme. On dirait qu’ils nous attendent, en fait. Ils sont plus nombreux que nous, nous ne pourrons pas attaquer ce temple sans avoir de lourdes pertes. Je ne suis même pas sûre que nous gagnerons car si nous entrons, ils nous encercleront. Nous serons groupés, vulnérables à des sortilèges de zone, alors qu’eux seront plus dispersés, plus difficiles à avoir. »

Un silence suivit les paroles de Michna. Tout le monde réfléchissait et attendait la réaction de Yafon. Elle dit : « Ce serait de la folie que de faire leur jeu. Mais j’ai une idée. La moitié de notre force va entrer, l’autre attendra à l’extérieur, tout près de l’entrée. Ceux à l’intérieur ne s’avanceront pas, il est vital qu’ils gardent dégagé le passage vers l’entrée. Ils mettront le feu, puis se replieront, ceux à l’extérieur couvriront leur sortie. Puis nous cueillerons les trolls au fur et à mesure qu’ils sortiront. Même plus nombreux, venant d’une salle enfumée, ils ne peuvent passer que par petits groupes à l’entrée, nous les tuerons au fur et à mesure. » Macsteel ressentit une étrange émotion, en entendant cela, de vagues images comme si lui aussi avait enfumé des ennemis, dans sa vie précédente.

Mechanéel, un fermier thaumaturge spécialisé dans la magie du feu, intervint : « Comment qu’on va mettre le feu ? Les plantes et le bois sont verts, à l’intérieur d’leurs temples, ça y ferait beaucoup de fumée, mais c’est presque impossible à l’allumer. On aura pas le temps d’amener du bois pour y faire un foyer… Et ma magie du feu elle fait des flammes trop fortes et instantanées, ça carbonisera sans avoir le temps d’allumer un incendie… »

Notchic, l’autre mage spécialiste du feu, répondit : « Je peux y arriver. J’ai appris à contrôler l’intensité et la durée de mes flammes. » En voyant la moue dubitative de Yafon, il ajouta : « Je ne réussirai peut-être pas du premier coup, mais je finirai par y arriver. Il faudra me protéger le temps que j’y arrive. »

Cela décida Yafon. « Bien, Notchic, tu fais partie du premier groupe, celui qui entre, tu resteras au centre, protégé, avec Marsa la clerc, chargée de te soigner si tu es blessé. Bric, tu te tiendras sur le bord gauche de l’entrée avec ton golem. Bandouc, tu feras de même à droite, avec ton animal de combat. Si les trolls se doutent de quelque chose, ils chargeront même si les Colons ne sont pas complètement au centre de la salle. Le premier groupe, dès l’incendie déclaré, devra sortir. Vous ferez rentrer à ce moment là vos créatures magiques. Elles seront sacrifiées mais elles couvriront la sortie du premier groupe, en attaquant les trolls à l’intérieur. Nous n’avons plus de sorcier pour paralyser les trolls, il faudra faire sans. »

Il y eut des questions, des précisions demandées, des détails à régler. Ils s’enfoncèrent un peu dans la forêt, pour que les sorts et bénédictions de combats n’attirent pas l’attention des gardes. Puis ils mirent le plan à exécution.
Les gardes étaient morts en silence. Les Colons approchèrent de l’entrée, s’engageant sur le chemin. Yafon fit signe aux éclaireurs de partir vers le nord, surveiller la route, au cas où par malchance les trolls recevraient des renforts. Les mages se mirent en place sur les bords de l’entrée, le premier groupe entra silencieusement, le second, comprenant Yafon et Mac, se mit en embuscade dehors, devant l’entrée, prêts à s’écarter devant les amis mais à bloquer irrémédiablement les ennemis.

Il y avait comme une odeur de moisi, de champignons, dans la pénombre de cette salle. Notchic était surpris, ce n’était pas son premier raid mais c’était la première fois qu’il voyait un temple aussi grand. Il se demandait comment faisaient les trolls, pour construire aussi rapidement des lieux pareils, au fur et à mesure que les Colons les détruisaient. Devant lui, les soldats laissèrent un peu d’espace, pour qu’il puisse voir l’entrelacs de plantes, d’arbustes et de fleurs pourpres qui semblaient aussi bien décorer que servir le temple. Il choisit un petit arbre qui, une fois enflammé, communiquerait le feu à de nombreux autres, et se concentra.

Son murmure était bas, mais perceptible. Les Colons, nerveux, pointaient leurs armes vers les portes de la salle. Une flamme naquit sous l’arbuste, commença à le noircir... puis s’éteignit. A ce moment là un cri de guerre retentit, suivi par un tas d’autres. Les trolls se déversaient des salles et chargeaient !
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Le choc entre les Colons et les trolls fut terrible. Les Colons, mieux équipés et très entraînés, laissèrent leur fureur éclater. Ils avaient des disparus à venger. Les trolls, plus nombreux et défendant leur temple, chargèrent avec férocité.

L’espace d’une minute, on n’entendit que les cris, les chocs, l’acier contre l’acier, des râles, et des incantations. Un groupe de trolls ralentit, quand une étrange lumière les enveloppa, ils semblèrent s’affaiblir à vue d’½il, et tombèrent sous les coups de paladins et maîtres d’armes Colons. Un puissant guerrier Colon repoussa un monstrueux troll, et reçu la foudre en pleine poitrine, la magie d’un troll l’ayant invoquée sous terre !

Puis, insensiblement, malgré les feintes, attaques et techniques des Colons, le combat changea. Les trolls l’emportaient. Certains Colons étaient morts, d’autres blessés. Notchic, la sueur coulant sur son front, se concentrait, ses flammes impuissantes à allumer l’incendie. La clerc hurla « Notchic, dépêche, on ne va pas pouvoir tenir longtemps ! »

Dehors, Macsteel ne pouvait voir qu’une partie de l’action. Impossible d’intervenir, il serrait son épée et regardait, impuissant, le combat dans le temple. Un cri derrière lui attira son attention, une poignée de trolls arrivait vers eux, de la forêt au sud. Il dit à Yafon « Ils ne devaient pas venir du nord ? » Yafon répondit en haussant les épaules : « Tout le monde peut se tromper ; et puis cela ne doit qu’être une patrouille sur le retour. » Impulsivement, les Colons s’étaient précipités vers les nouveaux arrivants. « STOP ! » hurla Yafon. « On s’en tient au plan ! Cirius, prends quelques hommes et charge-les ! Les autres, reprenez votre formation à l’entrée ! »

Cirius et une poignée d’hommes chargèrent les trolls. A l’intérieur du clan, Notchic murmura « Bientôt je n’aurais plus d’énergie magique… Il faudra fuir même si j’ai pas allumé l’incendie ! » Devant lui, un Colon tomba et un troll se précipita dans l’ouverture pour frapper le thaumaturge. La clerc fit un geste, le troll resta paralysé un instant, un paladin le décapita. Au fond de la salle, trois trolls en tenue cérémonielle apparurent et se mirent à incanter.

En rage d’assister au combat comme spectateur, Macsteel hurla à Yafon : « Il faut qu’ils sortent, ils vont crever ! ». Yafon, le visage froid et contrôlé, se tourna vers Macsteel, et poussa un juron : Cirius et ses Colons n’étaient pas arrivés au contact des autres trolls. Ils étaient empêtrés dans des plantes, qui avaient poussé de manière à les faire prisonniers. Les trolls qui arrivaient étaient tous des jeteurs de sort ! Yafon vit, à sa propre horreur, les plantes à ses pieds en un instant pousser, s’enrouler autour d’elle et l’immobiliser sur place. Macsteel la regarda sans comprendre, il sentit quelque chose s’enrouler autour de sa jambe, regarda et vit une liane pousser autour de lui. En deux secondes, tout le second groupe de Colons, à l’extérieur, était prisonnier des plantes, incapable de bouger.

« Ça y est ! » hurla Notchic. Il y était arrivé, il avait mis le feu à l’arbre, il avait même pris appui sur ce feu pour propager rapidement l’incendie dans la salle. La fumée était âcre et épaisse, Colons et trolls avaient du mal à combattre, se mettaient à tousser. « DEHORS TOUS ! » cria Marsa. Les Colons se replièrent vers l’entrée, mais ne purent sortir, car l’issue était bloquée par l’autre groupe empêtré par les plantes. Au fond de la salle, les trois shamans firent de leur mieux pour ignorer la fumée, au moins le temps de lancer un sort conjugué. Un nuage vert, de poison, vint se mélanger à la fumée, sans incommoder les trolls mais affaiblissant les Colons. Notchic essaya de retenir sa respiration, devint pale, tomba à genoux. Marsa fit demi-tour pour lui tendre la main, mais une lance traversa la poitrine du thaumaturge. Ils allaient tous mourir là.

A l’extérieur, Macsteel se laissa tomber au sol pour éviter le coup d’un marteau géant, apparu juste au-dessus de lui ! Un Colon hurla « Les marteaux de Thor ! » Surgis de nulle part, des marteaux sans combattant s’acharnaient sur les colons prisonniers des plantes, à l’extérieur. Macsteel, se relevant, tira de toutes ses forces pour se libérer, en vain. Il jeta un regard haineux au groupe de trolls, au sud, qui en toute tranquillité continuait à leur jeter des sortilèges. Un des trolls le remarqua et en le fixant commença une formule.

Le troll s’interrompit, une expression de surprise intense sur le visage et une flèche dans la poitrine. Macsteel vit, au nord, les éclaireurs bander à nouveaux leurs arcs et tirer une nouvelle volée. Il ne fut jamais aussi heureux, dans cette courte vie, de voir revenir quelqu’un. Les trolls jeteurs de sorts furent décimés et enfin, les plantes redevinrent normales.

Yafon hurla « Dégagez ! Laissez la place au groupe Un ! » Les Colons se poussèrent, ceux de l’intérieur sortirent enfin, les trolls sur leurs talons. Un temps, un golem et un grand loup se dressèrent contre les trolls, puis furent balayés. Les Colons, surpris par la violence de la poussée des trolls, furent un instant débordés. Yafon se retrouva isolée contre une paroi par un nuage de poison, avec trois trolls. Elle bloqua de son bouclier l’attaque d’un troll et blessa à mort le deuxième. Le troisième troll la blessa à l’épaule, le bouclier ne serait plus utilisable. Macsteel essaya d’avancer dans le poison, mais se rendit compte qu’il n’arriverait pas vivant jusqu’à la paladine. Elle se débarrassa du second troll mais l’autre la blessa à nouveau, à la jambe, elle tomba, à la merci de son adversaire. Pendant ce temps, Macsteel avait crié à Marsa « Soigne-moi ! » et foncé dans le nuage de poison. À peine entré dedans, ses jambes faiblirent, il se sentit mal. Puis une lumière l’enveloppa, la magie des soins de la prêtresse lui rendit sa vitalité. Il traversa le nuage et planta son épée dans les reins du troll qui allait achever Yafon.

Les Colons s’étaient repris, et rapprochés de l’entrée. Les trolls ne pouvaient se battre efficacement, essayant d’échapper à la fumée et s’entassant dans l’entrée. Ils furent décimés.

Plus tard, quand l’incendie se fut calmé de lui-même et que Michna ait déclaré que plus personne ne vivait dans le temple, les Colons y pénétrèrent.

« Macsteel, nous allons finir notre travail ici. » dit Yafon, soignée de ses blessures. Ils allèrent à la porte au fond de la grande salle, passèrent dans un couloir et arrivèrent dans une petite pièce aux murs nus. Au centre de cette pièce, une grosse pierre trônait. Curieux, Macsteel s’approcha de la pierre, il y avait quelque chose dessus. Il se pencha et vit qu’il s’agissait de sortes d’herbes, qui prenaient directement racine dans la pierre.

« Nous ne savons pas de quoi il s’agit exactement, mais les trolls sont prêts à mourir pour le préserver, c’est ce qui doit être le plus saint pour eux. » dit Yafon. « Nos érudits pensent que cela sert de liaison entre le monde des esprits et des shamans. Qu’en détruisant ces plantes, on affaiblit la magie des trolls. Quoi qu’il en soit, c’est un symbole pour eux, et nous détruirons leurs symboles ! »

Alliant le geste à la parole, elle arracha les petites plantes. À ce moment, une étrange plainte s’éleva dans les airs, lointaine, comme si un ch½ur de voix inhumaines murmurait sa peine. Macsteel en fut ému, mais il vit qu’il était le seul surpris, visiblement les Colons s’attendaient à cela.

Ils campèrent loin du temple. Dans la soirée, Yafon, d’humeur maussade, ne parla à Macsteel que pour lui expliquer son concept de guerre propre. La guerre en elle-même, dit-elle, est horrible et sale. Mais les Colons s’attaquent aux soldats et aux symboles, tandis que les trolls tuent sauvagement des civils.
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Chapitre 2 – Les Trolls

Macsteel sentait la pointe du poignard sacrificiel percer légèrement sa peau, juste à la hauteur du c½ur. Il le tenait fermement des deux mains contre sa poitrine, mais ses jambes étaient en coton, la peur menaçait de le liquéfier. C’est une chose de combattre l’ennemi, c’en est une autre de se tuer. La Grotte de la Lumière était parfaitement silencieuse, comme si elle attendait son sacrifice. Il essaya de haïr les trolls, pour se motiver, mais son c½ur ne répondit pas à son appel. Il décida de se prendre par surprise, et s’enfonça brusquement l’arme dans la poitrine.

Il se réveilla en sursaut, le c½ur battant la chamade. Autour de lui, à part les sentinelles, tout le monde dormait, récupérant de la journée de voyage et du combat au temple. La nuit était douce, ni trop chaude ni trop fraîche, et pleine de la vie nocturne de la forêt. Il se rallongea, les yeux ouverts. Les images de la sauvagerie des trolls, à la ferme, et du combat au temple se mélangeaient dans son esprit, chassant le sommeil. Il imagina les siècles à venir comme une interminable suite d’actes de terreur suivis de raids de représailles, une guerre éternelle faisant souffrir Colons et trolls. Il ne voyait pas d’issue à la situation.

Puis il revint vers lui-même. Il s’interrogea sur ce qu’il ressentait. Il avait appris à aimer les Colons, à l’esprit pionnier, droits et courageux. Il avait ressentit de la haine pour les trolls, mais l’attaque du temple semblait l’en avoir purgé. Il ferma les yeux et tenta de retrouver le sommeil, mais ses pensées erraient sans repos. Le saut à travers le poison, porter secours à Yafon. Oui, il a dut être paladin… et il devait en rester encore quelque chose en lui, déchu ou pas.

Sur ce sentiment rassurant, il glissa à nouveau dans le sommeil. Dans son nouveau rêve, il vit une statue de lui-même, dans l’avenir. Les Colons en train de le révérer à l’égal d’un saint, pour s’être sacrifié pour eux.

Puis, avec la logique propre aux rêves, il devint la statue. Il voyait les Colons passer devant lui et le remercier, s’inspirer de lui. Il se sentait vaguement coupable. Coupable de cautionner une guerre sans fin, coupable de conforter les Colons dans leur croyance que les trolls représentaient un mal à éradiquer.

Des larmes coulèrent le long de la statue.

Plus tard, il ouvrit les yeux. Oh, il avait encore sommeil. Très sommeil, même, il avait la tête lourde comme s’il avait trop bu. Et on le portait. Quelqu’un le portait sur ses épaules. Un troll le portait, un autre troll portait Yafon. Il faisait jour, mais il pensa que sûrement il dormait encore, il devait faire un autre cauchemar. Un cauchemar où il était attaché, prisonnier, et Yafon prisonnière avec lui. Yafon ouvrit les yeux, poussa un cri et essaya de se libérer. Un troll l’assomma.

Macsteel, les dernières traces de sommeil s’effaçant, se rendit à l’évidence. Il ne rêvait pas. Les trolls les avaient capturés, Yafon et lui, au beau milieu d’un camp avec des sentinelles. C’était à ne rien y comprendre… Au beau milieu d’un camp… peut-être pas… Son dernier souvenir était de se lever pour aller satisfaire un besoin naturel, caché par les arbres. À sa surprise, Yafon y était déjà, pour les mêmes raisons. L’esprit très embrumé tous les deux, ils ne trouvèrent pas bizarre cette coïncidence, ni le fait de s’être éloignés du camp. En fait ils sourirent de se croiser pour une telle chose. Puis… Macsteel ne se rappelait plus… si… peut-être… Comme une chanson aux accents gutturaux, et ses yeux qui se sont fermés…
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Macsteel avait mal partout. Les trolls n’avaient pas été rattrapés, et Yafon et lui étaient toujours prisonniers. Ils étaient suspendus par les pieds et les bras à de fins troncs d’arbres, que les trolls portaient par deux sur leurs épaules. Plusieurs heures comme cela avaient donné naissances à de multiples douleurs, à chaque pas les balancements les tiraillaient de partout.

Ils ne comprenaient pas les trolls, qui de toute façon parlaient peu. Et quand ils tentèrent de parler entre eux, leurs gardiens les frappèrent. Le voyage dans les montagnes se fit dans un silence inconfortable, traversé d’inquiétudes et de craintes pour l’avenir.

Ils arrivèrent en fin d’après-midi dans une sorte de village troll, haut perché au nord de la vallée. Yafon semblait désespérée.
Ils furent emmenés dans un temple, là enfin, assis et enchaînés, ils purent reposer leurs corps endoloris. Pendant ce temps, les trolls faisaient leur rapport à un très vieux troll, couvert de colliers bizarres, d’inscriptions et de tout un bric-à-brac de choses venant de la forêt. Son visage ressemblait à du très vieux cuir, couvert de rides profondes, craquelé comme la terre au plein milieu de la chaleur de l’été.

Macsteel, notant qu’ils n’avaient plus de gardiens à proximité, dit à Yafon, la voix basse : « Je ne sais pas pourquoi, mais… il me fait peur, ce vieux troll. »
Yafon répondit : « Cela doit être le shaman. Le chef spirituel des trolls et des autres shamans, je veux dire. A priori, c’est plus un vieux fou qu’autre chose, moi je crains plus leur chef de guerre, qui ordonne les massacres contre les Colons. Il n’est pas ici, je le connais, je l’ai déjà combattu. »

Macsteel se tut, le découragement visible sur sa face. Yafon fit un effort pour se donner autant de contenance que la situation le lui permettait et dit : « Courage, Macsteel, la Lumière et la justice triompheront ! »

À ces mots, le shaman éclata d’un rire grinçant et dit : « La justice ? Quelle justice ? La justice des Colons ? La Lumière et la justice ne font pas bon ménage ! »

Yafon était absolument stupéfaite. Sous le choc, elle bafouilla, avec un mal évident à se remettre de sa surprise : « Vous… nous... comprenez… je veux dire, commu… parlez albionnais ? »

« Non, » dit le troll, « je parle la langue maudite des elfes, là. » Puis, en éclatant à nouveau de rire : « Bien sûr que je parle albionnais, imbécile, vous avez le cerveau trop lent pour le réaliser ? » Il reprit d’un ton sarcastique : « Évidement, cela vous étonne, vous qui voyez le monde de façon si simple, avec les bons et intelligents Colons d’un coté et de l’autre les méchants et stupides trolls. Comme si les trolls ne réfléchissaient pas, comme si les trolls n’avaient pas un c½ur, et ni connaissaient ni l’amour ni la haine.»

Sa voix s’était adoucie sur ces derniers mots, mais elle s’enfla de colère et de haine quand il ajouta : « Mais qui est bête, maintenant, Yafon, paladine, Commandeur des Colons ? Les trolls ou vous ? Aaaaah je suis heureux de vous avoir à ma merci, de pouvoir voir votre visage haï quand je vous annoncerai la victoire définitive des trolls ! »

Il s’approcha de Yafon et dit, d’une voix plus contrôlée mais suintante de haine « Vous, qui menez sans cesse des raids sur mon peuple, vous, dont le peuple a volé nos terres, vous qui avez souillé tant de lieux sacrés, qui avez coupé tant de liens d’harmonie dans nos temples… Je vous hais ! Et j’ai compris » dit-il en jetant un coup d’½il à Macsteel, « que vous alliez essayer d’activer à jamais votre grotte. » Avec un sourire dévoilant des dents noires, regardant Yafon dans les yeux, il ajouta « Cela n’arrivera jamais. »

Le visage de Yafon était un masque de haine, qui éclipsait sa froide beauté. Elle cria : « Monstre ! Vous êtes comme les autres trolls, un monstre de haine, une bête, oui, car même si même si les trolls sont intelligents et instruits, vous faites la guerre comme des monstres sauvages ! » Le shaman répondit calmement : « Qui sont les monstres ? Les trolls qui vivaient pacifiquement ici depuis des siècles, ou les Colons qui sont venus les tuer, les repousser dans les montagnes et tout leur prendre ? Ici, la vallée est sacrée, oui. On peut s’y mettre en harmonie avec l’univers, plus que n’importe où ailleurs. Et c’est ce qu’a fait le peuple troll, jusqu’à ce que vous, votre Lumière et votre arrogance viennent nous porter la guerre ! »

Macsteel secoua la tête, irrité. Il intervint : « Mais êtes-vous incapable de parler sagement ?? Personne ne s’en sortira jamais en allant exhumer les fautes du passé et les rejetant à la tête de l’autre ! » Sa voix se fit passionnée. « Peu importe le passé ! Il faut avoir le courage de reconnaître la situation telle qu’elle est maintenant, et tâcher de trouver la meilleure solution ! »

Il vit le visage de Yafon et fut choqué. Elle le regardait comme s’il l’avait trahie, avec ces quelques mots pourtant modérés. Le shaman le regarda avec dédain et répondit « Si la situation est telle qu’elle est, c’est à cause des Colons. En se débarrassant des Colons, la situation sera réglée. »

Macsteel se sentit accablé. C’était un dialogue de sourds, jamais Colons et trolls ne s’entendraient. Il tâcha de répliquer, mais, l’esprit confus et découragé, ses propres mots lui semblèrent futiles : « Pour moi il est évident que les Colons ne sont pas la cause unique de cette situation, les trolls ont leur part de responsabilité. »

Yafon continuait à le regarder d’un air blessé. Le shaman se dirigea vers une porte et avant de les quitter, dit « Ce n’est plus votre problème, de toute façon, vous allez mourir. »
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Yafon et Macsteel, dans leur très étroite cellule, restèrent un moment plongés dans leurs pensées. L’avenir était sombre, inquiétant, ils partageaient le même stress.

Pas de lit, juste de la paille au sol, des murs nus éclairés par une torche dans le couloir vide, à travers l’imposante grille qui les maintenait enfermés. Le décor était déprimant.

Macsteel, pour la douzième fois, examina la grille et sa serrure, rien faire. Assise, Yafon prit la parole, comme si elle se parlait à elle-même. « Ce shaman est mauvais, il pue la haine. Les trolls n’admettront jamais que la vallée nous appartienne par droit divin. Cela fait d’eux des ennemis aussi bien de la Lumière que des Colons. »

Macsteel arrêta sa stérile inspection, s’appuya à la grille. Tous les muscles lui faisaient mal. Il répondit, la voix lasse, « Les trolls sont des ennemis, certes, il faut les défaire. Mais ils ont quand même des arguments qui se tiennent. »

Yafon lui jeta un regard furieux. « Dire que je commençais à…» elle se reprit, s’interrompit et reprit : « Tu me déçois, Macsteel. Tu as l’air d’excuser les trolls, mais ce qu’ils font n’a pas d’excuse ! D’accord, ils sont plus intelligents que je ne le pensais, mais c’est pire, parce qu’ils n’ont pas l’excuse de pas comprendre ! Ils agissent ainsi par choix, par... fourberie ! Ils sont fourbes ! » Après une courte pause elle ajouta : « Peut-être qu’il ne reste pas beaucoup du paladin que tu fus, en toi. J’espère pour mon peuple et pour ton âme que nous arriverons à nous en sortir et que tu auras ta rédemption par ton sacrifice ! » Elle se tut et se mordit les lèvres, la nuit la plus courte était si proche…

Macsteel se tourna vers elle.

« - Je te propose que l’on se calme, Yafon. Nous voulons tous les deux nous tirer d’ici. Essayons de faire un plan.
- Je veux bien, mais je ne vois pas ce que l’on peut faire. Cette grille est inviolable pour nous. »

Macsteel s’assit. D’un ton fataliste il répondit « Et nous sommes dans le village, même si l’on sort d’ici, nous tomberons sur les trolls. On dirait bien qu’on est coincés. »

Yafon se plongea dans ses souvenirs. « Un sicaire a été prisonnier dans ce village. Personne n’est venu lui parler, il y a juste une troll qui essayait des potions sur lui. Il a réussi à s’évader. »

« Comment ? » s’écria Macsteel, qui se releva aussitôt.
« - Calme-toi. Ce sont les trolls militaires, qui l’ont capturé, pas des religieux. Il n’était pas enfermé ici, mais dans une grotte de leur caserne, là où les autres trolls sont allés à notre arrivée. Il était attaché, il n’y avait pas de cellule. Il a pu se détacher. Outre l’entrée, il y avait deux cavernes qui partaient de cette grotte. La première qu’il prit amenait à la lumière, mais la sortie était barrée d’un précipice. Il est revenu sur ses pas et a pris l’autre, qui s’est enfoncée longtemps sous terre. Il a débouché dans un autre vallon. De là il a rejoint nos troupes.
- Cela voudrait dire que si nous nous échappions d’ici, que nous nous introduisions dans la caserne, nous pourrions trouver ces cavernes et fuir. Je me demande qu’est-ce qui est le plus impossible des deux, passer à travers un village de trolls ou une caserne ennemie ! »

Yafon eut un rire sans joie et dit : « De toute façon, maintenant, on ne peut rien faire. » Macsteel acquiesça et répondit : « Le mieux que nous ayons à faire est de dormir, de récupérer et d’être capables demain, de profiter de la moindre occasion. »

Il s’étira et grimaça de douleur, Yafon s’allongea et ne peut retenir un gémissement quand ses muscles endoloris protestèrent. Macsteel, obligé à la promiscuité par l’exiguïté des lieux, s’allongea près d’elle. Ils étaient tous les deux épuisés. Yafon ferma les yeux.

Macsteel ferma les yeux aussi mais malgré la fatigue eut du mal à trouver le sommeil. Les événements de sa courte vie défilaient devant lui, les images s’entrechoquaient. Et il avait une conscience aiguë de Yafon, qui respirait paisiblement à ses côtés, de son corps chaud qui effleurait le sien. Il se rappelait ce qu’était faire l’amour, mais ne se rappelait pas l’avoir fait, il ne se rappelait de rien…

Il glissa dans un demi-sommeil, et une vague image lui vint à l’esprit… Il eut conscience que c’était plus une image du passé qu’un rêve, un souvenir qui tentait de faire surface… Un lit à baldaquin, une femme, une prêtresse de la lumière qui lui montrait sa chambre, à l’étage... en face d’une auberge…le Mug, Camelot… Un ciel étoilé… La cour intérieure de… l’Académie de magie, à Camelot… Une femme à côté de lui, la prêtresse, il ressentit une vague de passion, d’amour et de tendresse, et tendit sa main vers la sienne… Dans la cellule, Macsteel prit la main de Yafon. Elle ouvrit les yeux, elle ne dormait pas. Elle regarda Macsteel, qui était plongé dans le sommeil et avait l’air de rêver. Elle le regarda longuement, puis retira sa main, lentement, à regret.
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