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Dark Age of Camelot
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Grenouillebleue
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Chapitre 34: Avant-dernier chapitre

Désolé pour le retard. Le week-end a été plutôt chargé, et j'ai mis du temps à remettre toute l'histoire à plat pour comprendre et résoudre mon dilemme du dernier chapitre.

La fin se rapproche à grands pas.
Si vous voulez savoir quelle décision j'ai prise pour la conclusion du chapitre 33, lisez et vous saurez



Introduction
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Chapitre VIII
Chapitre IX
Chapitre X
Chapitre XI
Chapitre XII
Chapitre XIII
Chapitre XIV
Chapitre XV
Chapitre XVI
Chapitre XVII
Chapitre XVII
Chapitre XVIII
Chapitre XIX
Chapitre XX
Chapitre XXI
Chapitre XXII
Chapitre XXIII
Chapitre XXIV
Chapitre XXV
Chapitre XXVI
Chapitre XXVII
Chapitre XXVIII
Chapitre XXIX
Chapitre XXX
Chapitre XXXI
Chapitre XXXII
Chapitre XXXIII

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"Tu vois quelque chose ?"
Shareen plissa les yeux. Le soleil disparaissait lentement à l'horizon, une boule de feu éblouissante. Même en mettant sa main en protection, elle avait du mal à voir quoi que ce soit dans cette direction. Ses yeux s'embuèrent devant la forte lumière. La journée promettait d'être belle.
"Rien du tout" fit-elle, frustrée. "Ils devraient déjà être rentrés depuis longtemps"

Bok haussa les épaules. Il avait enlevé ses bottes pour se masser les pieds. Son épée restait à portée de main, ainsi que le grand arc de chasse qu'il portait habituellement en bandoulière. Le carquois de flèches à pointes barbelées était lui aussi posé sur le côté. Adossé à un arbre, les paupières mi-closes, il n'avait pas l'air particulièrement inquiet.
"Ne te tracasse pas pour ça, petite. Je connais bien Rekk. Ce n'est pas le genre d'hommes à qui il peut arriver malheur. C'est une force de la nature, quelque chose de primaire, d'élémentaire. Personne ne peut l'arrêter"

Shareen se retourna, sourcils froncés. Cela faisait maintenant plus de six heures que les deux cavaliers étaient partis. Même en imaginant que le chemin leur ait pris plus de temps que prévu, cela faisait toujours deux de plus que ce qu'elle avait imaginé. D'un autre côté, il y avait tellement d'impondérables qui avaient pu les retarder. Le simple faite de trouver Dani leur avait certainement demandé du temps. Elle fit la moue.
"Vous pensez vraiment ce que vous dites ?"
"Oh, j'en suis totalement convaincu" sourit Bok, sans prendre la peine d'ouvrir les yeux. "Ca fait vingt ans que je le connais, et que je le vois se sortir de situations totalement impossibles, qu'il a le plus souvent créées lui-même." Il eut un petit rire. "Ce n'est pas un empereur de rien du tout qui parviendra à l'abattre"
"L'empereur a pourtant déjà réussi à l'emprisonner" observa Shareen. "C'est grâce à nous qu'il en est sorti"

Bok haussa un sourcil.
"Vous, eh ? Toi, et ce Laath ?"
"Oui… et quelqu'un d'autre. Un ami à moi. Il est mort, depuis"
"Oh" Le capitaine ouvrit enfin les yeux pour scruter le visage de la jeune fille. Il ravala les questions qui lui montaient aux lèvres. "Quoi qu'il en soit, Rekk est toujours là. Ca prouve bien ce que je disais. Même dans les mains d'un ennemi, même réduit à l'impuissance, il s'est d'une manière ou d'une autre débrouillé pour survivre." Il cracha sur le sol. "C'est ce genre d'homme qui me fait croire à l'existence des Dieux, ou au moins d'une puissance supérieure, quelque chose qui veillerait sur sa vie."
"Quelque chose de primaire, d'élémentaire" cita Shareen.
"Exactement, petite. Exactement"
Il se détourna pour observer le camp. La jeune fille suivit son regard.

Les guerriers avaient habilement mis à profit le temps qu'ils avaient pour dresser un camp improvisé, loin des sentiers battus et des régions fréquentées de la forêt. La nuit avait vu les bois bruire d'activité, alors que l'on décidait d'un certain nombre de sentinelles, que l'on répartissait les corvées d'eau, et que de nombreuses discussions agitées se faisaient jour au sujet d'une palissade.
Certains soutenaient qu'une muraille d'arbres élagués en piques permettraient de renforcer le campement en cas d'attaque ou de siège. Ils maintenaient qu'on ne savait jamais comment les choses risquaient de tourner, et qu'avoir un endroit un tant soit peu retranché pour se replier était une précaution nécessaire. Ils avançaient que cela ne prendrait pas longtemps et pourrait se révéler inestimable. Les autres guerriers maintenaient qu'il valait mieux rester discret, ne pas faire de bruit ni de remous, et que couper assez d'arbres et d'arbrisseaux pour monter un rang de défense, sans même parler de l'élagage, risquerait de faire remarquer la petite troupe. Ils suggéraient de maintenir un profil bas en attendant le retour de Rekk, et que quelques morceaux de bois ne feraient de toute façon pas beaucoup de différence en plein cœur de la forêt.

Bok avait tranché la discussion dans le vif.
"Rekk nous a dit de rester ici. Il n'a rien mentionné au sujet de barricades ou de protections éventuelles. Si jamais nous attaquons cette nuit, comme il était prévu, il vaudra mieux que nous soyons restés discrets. L'effet de surprise sera essentiel. De plus, profitons-en pour reprendre des forces et nous reposer"
Il avait suivi son propre conseil, rabattant son manteau sur sa tête en maugréant contre les moustiques. Ils n'avaient pas ce problème, dans le nord.

La jeune fille le regarda droit dans les yeux, revenant brutalement au présent.
"Si c'est ce que vous croyez, alors pourquoi est-ce que vous vous êtes opposé à lui, à Bertholdton ? Si vous étiez tellement convaincu qu'il s'en sortirait, pourquoi devenir son ennemi ?"
Bok éclata de rire.
"Tu penses vraiment qu'il y avait le moindre danger ? Tu crois vraiment que je serais encore là, s'il me voyait comme son ennemi, gamine ? Non. Je savais qu'il allait retourner la situation à son avantage. C'était évident. Je lui ai offert la tribune pour le faire, en le conduisant dans le Grand Hall, au milieu de tous ses guerriers" Il redevint sérieux, baissant la voix. "Même s'il n'avait pas parlé en sa faveur, les guerriers l'auraient fait. Ils lui vouent tous une admiration sans bornes. Le marquis n'avait aucune chance de les convaincre, eût-il été accompagné de l'empereur en personne, et de ses légions"
"Je ne comprends pas" Shareen s'assit, étreignant ses genoux contre son torse. "Je ne comprends pas pourquoi ils le suivent comme ça. Ca fait plus d'un mois que je voyage avec lui, et ce n'est pas vraiment quelqu'un que je dirais charismatique"
Bok sourit paresseusement.
"En es-tu si sûre, petite ?"
"Je ne sais pas. Je veux dire, il a l'air de préférer l'action à la réflexion, le combat à la discussion. Je ne le vois pas vraiment se soucier de ses hommes et de leur confort"
Le capitaine hocha la tête.
"Tu as raison. Je ne pense pas qu'il verserait la moindre larme pour un seul d'entre nous. Peut-être qu'il nous vengerait – il a une fâcheuse tendance à vouloir venger tout affront, réel ou imaginaire – mais il ne nous regrettera certainement pas. Mais ce n'est pas ça, le charisme, non." Sa voix se fit rêveuse. "Le véritable charisme, c'est de pouvoir donner, par sa simple présence, une raison de vivre aux gens. Et ça, il y arrive très bien"
"Je ne comprends pas" répéta Shareen.

Bok lui tapota amicalement l'épaule.
"Je m'en doute. Ca n'est pas facile à accepter. Mais tu es toujours autour de lui, alors que tout vous sépare. Demande-toi si tu serais à l'endroit où tu es maintenant, si Rekk n'était pas Rekk. Demande-toi pourquoi, si ton histoire est vraie, trois gamins ont décidé d'aller braver l'empereur et ses laquais pour essayer de sauver un homme qu'ils connaissaient à peine" Il sourit. "Je commence à t'embrouiller, on dirait. C'est l'âge, ça. Vingt ans à Bertholdton, ça vous use un homme. Je devrais laisser les longs discours aux autres. Tout ce que je voulais dire, c'est qu'à ta place, je ne m'inquiéterais pas tellement du retard de Rekk. L'ancien empereur ne l'a pas eu, les barbares ne l'ont pas eu, les assassins ne l'ont pas eu, ce n'est pas un gamin qui n'a pas encore de poils sur le torse qui lui causera le moindre problème"
Il frappa avec bonne humeur sur sa propre poitrine, recouverte de poils sombres.
"Je… suppose" fit Shareen, hésitante.
Bok se tourna sur le côté. Clairement, la discussion était terminée pour lui.

Elle se releva et se remit à observer l'horizon. Si jamais Rekk et Laath revenaient, elle voulait être la première à les voir. Ils viendraient par l'est, certainement.
Ses pensées se mirent à vagabonder. Malek n'avait pas de poils, lui. Il avait la peau douce, sur le torse, une vraie peau de bébé. Elle s'était moquée de lui, pour ça, questionnant sa virilité. Mais en fait, elle appréciait de pouvoir le caresser doucement, sentant le duvet à peine formé sous sa main. C'était un mélange de tendresse, et elle sourit vaguement en se rappelant leurs premières étreintes, dans l'eau, et la manière dont il l'avait enserrée comme si sa vie en dépendait, et une larme vint s'écraser sur sa main.
"Qu'est-ce que… Pourquoi est-ce que… Je pleure ?" murmura-t-elle.
Incrédule, elle essuya rapidement ses yeux d'un mouvement de manche. Cela faisait un mois, maintenant. Elle avait cru que tout cela était derrière elle. Mais, visiblement, ça n'était pas encore le cas. Elle se détourna, honteuse. Les guerriers semblaient l'avoir acceptée assez facilement dans leurs rangs. Elle ne voulait pas briser ce fragile équilibre en montrant sa faiblesse.

Elle se concentra sur sa respiration, pour la faire revenir à la normale. C'était plutôt facile, finalement, de ne pas montrer ses sentiments. Lorsqu'elle releva la tête, ses yeux étaient secs et son visage sans expression.
Soudain, elle cilla. Le soleil continuait à l'empêcher de voir clairement, mais il y avait pourtant quelque chose… quelqu'un…
Elle bondit soudain sur ses jambes et courut vers l'orée de la clairière.
"Petite !" s'exclama Bok, derrière elle. "Qu'est-ce que tu fais ? Petite !"
Elle ne l'écouta pas. Toute son attention se concentrait sur les cavaliers qui revenaient enfin. Sa poitrine se souleva de soulagement. Bok avait beau être certain qu'ils reviendraient, c'était bon d'en avoir confirmation. Elle pouvait déjà voir un des deux cavaliers, vêtu du long manteau que le Banni arborait en partant. Cette posture, ces habits… il y avait peu de doutes.
"C'est Rekk et Laath ! Ils reviennent !" s'exclama-t-elle, les yeux brillants d'excitation. "Tout va bien ! Il ne leur est rien arr…"
Sa voix descendit brutalement alors qu'elle réalisait qu'aucun cheval ne suivait celui de Rekk. Eperdue, elle tenta de mieux voir contre le soleil, jusqu'à ce que ses yeux la brûlent. Mais elle devait se rendre à l'évidence. Laath n'était pas là.
"Mille catins humides, petite, tu as tout à fait raison ! C'est bien ce bougre de Rekk qui revient !" Bok lui tapa amicalement dans le dos, et elle toussa. "Qu'est-ce que je t'avais dit ? Il leur a encore filé entre les pattes ! Il est invincible, notre Démon Cornu !" Ce fut alors qu'il aperçut le visage sombre de la jeune fille. "Quoi, qu'est-ce qu'il se passe ? Ca fait une heure que tu me tannes en me demandant quand il va rentrer, et tu fais cette tête quand il arrive enfin ? Souris un peu, sinon Rekk va encore dire que je me suis mal occupé de toi"
"Je ne suis pas une petite fille, qui a besoin d'une nourrice" gronda Shareen, plus brutalement qu'elle l'aurait voulu. Elle se sentit désolée en voyant l'expression blessée du capitaine. Mais elle avait d'autres soucis à l'esprit. "Je suis désolé… c'est juste que… où est Laath ?"

"Laath ?" Le capitaine la regarda un instant, ses épais sourcils s'agitant comme deux limaces sur son visage. Il se tourna enfin vers le cavalier et mit sa main en protection contre le soleil. "Mais c'est pourtant vrai ! Il a l'air d'être seul. Je me demande ce qu'il a bien pu se passer." Il baissa sa main comme à regret. "On ne sait jamais. Je vais organiser les hommes en ordre de marche. Il se pourrait que nous ayons à avancer plus tôt que prévu." Il soupira en partant. "Peut-être que des palissades auraient été utiles, finalement"
Shareen ne le regarda pas partir, occupée qu'elle était à observer l'horizon. Laath pouvait avoir du retard, tout simplement. Son cheval allait probablement se montrer dans la minute à venir, galopant derrière celui de Rekk. C'était forcément ça. Elle fronça les sourcils. Ou alors, il avait pu rester dans la ville pour organiser le passage des soldats. Peut-être que Dani avait eu besoin de lui. Il y avait des centaines de raison qui expliquaient son absence derrière le Banni. Alors, pourquoi avait-elle ce mauvais pressentiment, ce pincement de cœur ?
Lorsque Rekk arriva enfin à l'orée de la forêt, elle fut la première à se jeter sur lui. A peine apparut-il en pleine lumière qu'elle comprit que quelque chose avait effectivement mal tourné.

Il avait l'air fatigué. Ses yeux étaient hantés. Pour la première fois, il paraissait son âge. Les rides sur son visage semblaient s'être accentuées, et se confondre avec les cicatrices. Ses habits étaient tachés de pourpre. Il descendit pesamment de sa monture, alors qu'une dizaine de guerriers faisaient cercle autour de lui.
"Vous êtes blessé ?" bredouilla Shareen, affolée par la quantité de sang sur ses vêtements. "Et Laath ? Où est-il ? Que s'est-il passé ?"
"Une question à la fois, gamine, s'il te plaît" gronda Rekk en attachant son cheval. "Je suis d'assez mauvaise humeur comme ça"
"Les hommes sont prêts à marcher, Rekk" fit Bok en s'approchant. "Tout se passe bien ?"
"Répondez moi !" exigea Shareen en se rapprochant. "Où est Laath ?"
Rekk se tourna vers elle.
"Les choses… ne se sont pas passées comme prévu. Dani ne nous aidera pas. Et Laath…" Il resta un instant hésitant.
"Eh bien quoi, Laath ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Des gardes ? Il est emprisonné ? Pire ? Répondez, enfin !"
"Laath…" murmura Rekk. Sa mâchoire bougea sans qu'aucun son en sorte. Il semblait chercher ses mots, ordonner ses idées. Mais il finit par lever les bras au ciel. "Oh, très bien, la vérité. C'est moi qui l'ai tué."
"Quoi ?"
Shareen recula d'un pas, frappée d'horreur.
"Il le fallait" grommela le Banni, visiblement mal à l'aise. "Il a... il a cherché à nous trahir. Il ne voulait pas que nous attaquions le palais. Il a appelé les gardes à l'aide, et il se préparait à leur révéler l'existence du souterrain. Je ne pouvais pas faire autrement"
"Il a fait… ça ?" bredouilla Shareen, incrédule. "Il a vraiment fait ça ?"
Rekk soupira, puis leva les yeux et la regarda franchement.
"Oui. Dani a essayé de me convaincre que nous avions tort. Que la vengeance n'avait aucun sens. Laath l'a crue, et il a essayé de prévenir Musheim que nous arrivions. S'il était parvenu à ses fins, nous n'aurions jamais pu atteindre le palais. J'étais obligé d'agir"
"Vous avez des méthodes… expéditives" déglutit Shareen.
Elle aurait dû ressentir de l'horreur, de la haine, du désespoir, de l'incompréhension. Mais la seule émotion qui remontait à la surface était la fascination alors qu'elle réalisait ce que le Banni venait de faire.

Etrangement, elle ne se sentait pas particulièrement triste pour le jeune homme. Révulsée, oui. Elle ne parvenait pas à s'habituer à la désinvolture avec laquelle Rekk semblait donner la mort. Mais triste, non. Elle ne s'était pas réellement attachée à ce personnage étrange. Il était courageux, certainement, mais il y avait en lui trop de raison et de bon sens pour satisfaire la soif de vengeance de la jeune fille. Dès le début, il n'avait pas semblé particulièrement motivé pour les accompagner. Il n'avait pas le sang chaud. En lui ne brûlait pas la même conviction qu'en Malek, Rekk et elle.
Fermant les yeux avec force, elle ne trouva aucune épitaphe pour le troublant jeune homme. Il avait aimé une fille, et il suivait la raison plutôt que les sentiments. Pour ces deux raisons, il était maintenant mort. C'était tellement absurde. La prière refusait de lui venir aux lèvres. Elle savait qu'elle aurait dû prononcer quelques mots, mais ils lui échappaient.
"S'il est mort, alors nous ne saurons jamais qui était la personne qui a fixé le rendez-vous à Deria avant qu'elle soit assassinée" fut tout ce qu'elle trouva à dire.
"Oui" répondit Rekk sobrement.
Il se détourna et marcha vers ses hommes, serrant des mains et lançant plusieurs ordres. Cette nuit, ils allaient marcher contre le palais. Cette nuit, ils allaient faire tomber un empire.

Et Shareen resta dans son coin, la tête dans ses bras, à penser à un jeune garçon aux longs cils. Elle ne parvenait pas à blâmer Rekk. Dans les mêmes circonstances, n'aurait-elle pas fait pareil ? Appeler les gardes… il fallait être complètement fou. Elle ne savait pas comment les choses s'étaient passées mais, à plusieurs reprises, elle avait surpris les coups d'œil appréciateurs du Banni envers le jeune garçon, comme s'il réévaluait son jugement et finissait par admettre le choix de sa fille. Shareen doutait que Rekk le tue par simple plaisir. Il s'était probablement vraiment senti trahi. Elle frissonna de haine, alors que le visage de l'empereur repassait devant ses yeux, aussi immonde que lorsqu'il avait tenté de l'embrasser, au bal. Serait-elle capable de renoncer à sa vengeance, maintenant, alors qu'elle semblait à portée de main ? Sa main se serra sur la poignée de son grand glaive. Elle allait l'enfoncer dans le corps de l'empereur, et tourner jusqu'à ce qu'il hurle comme un cochon. Si Laath avait décidé de se désolidariser de l'aventure, alors il avait mérité son sort. Elle haussa les épaules, et leva les yeux vers les étoiles qui s'allumaient dans le ciel.
Elle resta ainsi jusqu'à ce que Bok vienne la secouer.
"Nous partons" fit-il sobrement.

La forêt parut se mettre en mouvement alors que des guerriers surgissaient de derrière chaque arbre, en tenue de combat. Certains portaient des lances, mais la plupart avaient abandonné ces armes trop longues pour une épée, une hache ou une masse. D'autres, comme Bok, portaient un arc et un carquois en plus de leur arme de poing. Leurs cottes de mailles usées étaient recouvertes de poussière et de terre pour ne pas briller sous la lumière de la lune, ou celle d'une improbable torche. Leur visage était recouvert de charbon de bois, au point que certains paraissaient totalement se fondre dans la nuit. Shareen sursauta alors que Rekk apparaissait à côté d'elle. Il avait remis ses habits sombres, et son visage était grimé comme celui des autres. Il avait l'air d'un Dieu, ainsi. Le Dieu de la Mort. Il lui tendit une poignée de cendres.
"Mets-en sur ton visage"
Elle obtempéra sans rechigner, tartinant ses joues de noir et de charbon. Rekk la regarda faire sans ciller, jusqu'à ce qu'il s'estime enfin satisfait.
"Parfait." Il éleva la voix. "Allons-y !"

Shareen monta avec hâte à cheval, alors que la petite armée s'ébranlait. Elle avait enveloppé les sabots avec des chiffons, comme l'avaient fait les autres. Elle doutait de l'efficacité d'une telle précaution face à une multitude pareille, mais elle devait admettre que le son en était clairement étouffé.
L'obscurité recouvrait tout, et ils galopèrent sans plus prendre de précautions, suivant le Banni alors qu'il traçait sa route vers la caverne. Deux cent formes sombres cavalaient dans la nuit, prêts à en découdre. A cette heure de la nuit, personne n'était là pour les regarder alors qu'ils se séparaient en petits groupes pour se rejoindre à la caverne. Ils prirent bien soin de passer à l'écart des murailles de la ville. Les lumières des lanternes pouvaient se voir au-dessus des remparts, alors que les gardes patrouillaient le chemin de ronde.
Les murs de Musheim étaient hauts, solides, et suffisamment d'hommes les contrôlaient pour pouvoir repousser une armée dix fois supérieure. Les livres racontaient nombre de ces batailles épiques, et louaient l'héroïsme et le courage des premiers empereurs. Mais aujourd'hui, ces défenses impressionnantes ne leur seraient d'aucune utilité. L'ironie de la situation arracha un sourire bref à Shareen.

Ils n'allaient pas avoir besoin des chevaux une fois la caverne atteinte. Aussi Rekk poussait-il les montures à bout, galopant en tête du groupe. Même sans voir son visage ni ses vêtements, il était difficile de le confondre avec quelqu'un d'autre. Tous les regards convergeaient vers lui, et la moindre pression sur les rênes était imitée par deux cent mains. Shareen frissonna, resserrant son manteau contre elle. L'air était doux, mais la vitesse rendait le vent mordant. Cette nuit, d'une manière ou d'une autre, le Banni allait s'inscrire définitivement dans l'Histoire.
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Ils arrivèrent à la caverne plus rapidement qu'elle l'avait escompté. Tous mirent pied à terre, alors que les montures étaient regroupées dans un coin.
"Slain. Bombal. Karbo. Maresh. Je vous charge de garder les chevaux, vous et vos Mains"
"Mais…" protesta un homme au visage nerveux, avançant en avant.
"Pas de discussion, Slain. Nous ne pouvons pas les laisser sans surveillance. J'ai confiance en vous. Vingt hommes seront suffisants"
"Vingt personnes ne seront jamais assez si les choses tournent mal. Et quinze seront largement suffisants contre une patrouille ou des voleurs de passage" argumenta Slain de nouveau. Il tenait une hache à double tranchants dans sa main. "Laisse-moi venir avec toi. Mes hommes sont impatients de combattre, elle aussi"
Rekk le regarda un instant, et Slain soutint son regard sans faiblir. Le Banni finit par hocher lentement la tête.
"Bombal, Karbo, Maresh, qu'est-ce que vous en pensez ? Vous pouvez vous débrouiller à quinze ?"
"Fais-nous confiance" répondirent deux personnes, dans la foule. Une troisième leur fit écho presque aussitôt.
"Le problème est réglé, alors. Slain, tu viens avec nous"

Shareen suivit l'échange, tendue. Elle commençait seulement à réaliser ce qui les attendait. Pendant un instant, un instant terrible, elle ouvrit la bouche pour proposer de rester derrière, elle aussi. De garder les chevaux. Devant ne se trouvait que le combat, et la violence, et la mort. Et la vengeance. Elle referma la bouche, serra les dents, et accompagna les autres dans le souterrain. Ses mains étaient moites alors qu'elle dégainait son glaive. Une main se posa sur son bras.
"Pas encore" chuchota Bok. Il avait un sourire presque compatissant. "Je comprends ce que tu peux ressentir, mais pas maintenant"
"Et qu'est-ce que vous croyez que je ressens ?" fit Shareen, furieuse de cette intrusion.
"De la peur. De la terreur. J'ai les intestins qui se liquéfient, en ce moment" Il haussa les épaules. "C'est toujours la même chose, quand le combat est proche. Même après plus de vingt ans, ça me fait toujours la même chose. Et regarde-les, tous ces fanfarons autour de toi, avec leurs sourires victorieux. Eux aussi, ils se pissent dessus. Mais tu verras, une fois que la bataille commencera vraiment, ça ira beaucoup mieux"
"Vous… en êtes sûr ?" demanda la jeune fille, calmée mais dubitative. Elle ne parvenait pas à croire que le grand guerrier qui lui parlait pouvait éprouver de l'inquiétude. C'était étrangement réconfortant, de partager quelque chose en commun avec tous ces vétérans – même s'il ne s'agissait que de la peur.
"Bien sûr, que j'en suis sûr" Il lui sourit, un éclair de dents pourries. "Bon, je vais devoir m'occuper de ma Main. Jon et Tem veilleront sur toi"

Elle se retourna. Les deux hommes étaient là, marchant dans ses traces. Ils tentèrent un sourire avant de retomber dans leur mutisme. Ils avaient l'air inquiets, en effet. Shareen se sentait de plus en plus rassérénée. Mais ce regain de confiance ne dura pas assez longtemps à son goût.
Le souterrain était obscur et humide. Elle se sentait oppressée alors qu'elle avançait. Les espaces confinés l'avaient toujours mise mal à l'aise. Devoir partager le peu d'espace qu'il y avait avec deux cent guerriers respirant bruyamment et sentant la sueur ne contribuait pas à améliorer la situation. Elle avait l'impression d'étouffer. Où qu'elle avance, elle se faisait bousculer par des gens qu'elle voyait à peine. Lorsqu'elle cherchait à retrouver son équilibre, sa main se posait sur un visage, ou une poitrine, ou une cuisse. Jon et Tem finirent par passer devant elle pour lui dégager un passage, et c'était déjà mieux, mais elle attendit avec impatience que les tunnels laissent enfin la place à l'air de Musheim.

Si ses souvenirs étaient exacts, il n'y avait plus que deux tournants, et l'on arrivait à la cave de la maison de Dani et à la trappe qui permettait d'en sortir. Elle exhala un soupir de soulagement. Puis poussa un cri perçant alors que ses yeux s'arrêtaient sur deux corps sur le sol, vaguement cachés par de vieux sacs de farine vides.
L'une des personnes était attachée, et remuait doucement. L'autre ne bougeait pas. S'approchant a vec précaution, il ne fallut pas longtemps à la jeune fille pour se rendre compte qu'il ne bougerait plus jamais. C'était Laath, et son cœur avait été proprement percé de part en part. Ses traits avaient une expression terrible dans la mort, et le sang avait maculé ses habits de rouge.
"Qu'est-ce qu'il se passe !" grogna Rekk, se matérialisant brusquement à côté d'elle. Elle eut un mouvement de recul, et il laissa sa main retomber. "Je t'avais prévenue" murmura-t-il. "Ce n'est pas beau à voir. Mais Dani n'est pas blessée. Je la libérerai après la bataille." Il se pencha et essuya doucement la poussière qui couvrait les joues de la grosse femme. "Je suis désolé, Dani. Il faut me comprendre. Je suis sûr que tu verras les choses comme moi, une fois que tout sera terminé" Dani le regarda avec fureur, les yeux injectés de sang. Il soupira et se détourna.
"Et si jamais vous mourez dans la bataille ? Elle mourra ici, attachée, sans pouvoir manger ni boire ? C'est une mort horrible !"
Rekk fronça les sourcils. Il n'avait visiblement pas songé à cela. L'échec n'était pas quelque chose qu'il envisageait souvent.
"Très bien" grogna-t-il, prenant sa décision. "Tem. Tu restes ici, avec elle, et tu attends qu'on revienne. Si jamais les choses tournent mal, je te charge de la libérer, puis d'aller prévenir ceux qui gardent les chevaux. C'est bien compris ?" Tem fronça les sourcils, visiblement frustré d'être privé du combat. Il ouvrit la bouche et une floppée de sons incohérents en sortirent. "Qui ne dit mot consent" fit Rekk, souriant froidement. "Je savais que tu étais l'homme de la situation"
"Laath…" murmura Shareen.
Rekk laissa le muet à ses protestations et se tourna vers la jeune fille.
"Ne reste pas là. Tout le monde est déjà sorti. La maison de Dani est pleine à craquer. Il est temps d'y aller"
Elle hocha bravement la tête. Il lui serra l'épaule, et lui dédia un sourire, avant de remonter s'occuper de ses hommes.

On ne pouvait garder secret un tel nombre d'hommes en armes dans les rues de Musheim. Rekk avait décidé d'abandonner à partir de maintenant toute prudence. Et ce fut deux cent hommes au pas de course qui se dirigèrent vers le palais. Ils tentaient toujours de faire le moins de bruit possible, mais le cliquetis des armures et le claquement des lourdes bottes sur le pavé faisait de tout espoir de silence un vœu pieux. Plusieurs fois, les volets s'ouvrirent alors que les habitants les regardaient passer, les yeux bouffis de sommeil, l'air incrédule. Certains refermèrent violemment leur fenêtre, d'autres restèrent sans réagir alors que la procession continuait dans les rues, croyant certainement à un mauvais rêve. Mais cet état de grâce ne dura pas.
"Aux armes !" hurla un marchand, ouvrant sa fenêtre pour voir la lumière de ses lanternes se réverbérer sur la pointe de lances et de casques "Aux armes !"
"Accélérons" grinça Rekk, serrant les dents.
De plus en plus de gens les regardaient passer, mais ils n'en avaient cure. Le palais était tout proche, et le lourd portail était ouvert. Une demi-douzaine de gardes s'avancèrent pour voir ce qui provoquait toute cette agitation. Leur chef se frotta les yeux, incrédule. Puis il tomba, une flèche en travers de la gorge. Bok encocha un nouveau trait alors que tous se jetaient en avant.

Le plus étrange, dans cette charge, c'était le terrifiant silence qui provenait des guerriers. Leurs bottes résonnaient contre le sol, leur épée criait en sortant de leur fourreau, leur armure sonnait bruyamment. Pourtant, ils ne prononçaient pas un mot, ne lançaient pas un cri, alors qu'ils se ruaient vers les portes comme des possédés. Les cinq gardes survivants reculèrent, hurlant à perdre haleine tout en cherchant à refermer les lourds vantaux, mais il était bien trop tard. L'armée s'engouffra sans effort entre les deux battants. Les soldats firent face avec un courage stupide, et se firent emporter par la marée humaine. Le premier sang de la journée venait de tomber. Ce ne serait pas le dernier.
Plusieurs lumières se mirent à briller aux fenêtres du palais alors que les gens se penchaient pour chercher à comprendre ce qu'il se passait. Levant son épée vers le ciel, Rekk leur fournit la réponse.
"Les hommes du Nord", rugit-il, "sont parmi vous !"
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prems !

vivement demain

(toujours aussi bien écrit )
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deuz jvais lire now

Lecture : eheheh du bon, du grand, du Crapo

Crapo c'est bon, mangez en !
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Haaaaaaaaa

merci Gregre !!,
j'ai un instant eu peur que tu nous abandonne comme de vilains enfants gatés que nous sommes !!

ouf
__________________
Sur GW2 : Gannon Darmon

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toujours aussi parfait, vivement demain

bisou
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Génial gregre

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et la moindre pression sur les rênes était imitée par deux cent mains
Je dirais plus 399, en comptant deux mains par personne sauf pour le manchot
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Lyséa [CO]
Reine
 
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<Grisée par les avant-goûts de la bataille, attends la suite>

Bibi, mon crapaud
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Olwenn
Alpha & Oméga
 
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Merci Grenouillette

Ca sent la fin, méééééé

Toujours aussi bon, vivement demain

Mes conseils auront portés leur fruits
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lanceleau31
Roi
 
oh non ... bientot fini

pourquoi tu le fait pas editer par une maison d edition ?
tu serais le nouveau phénomene de la littérature francaise
nan serieux nous on te ferai de la pub ( tu aurai deja 1 livre vendu par daocien + le bouche a oreille

allez bonne chance pour le dernier chapitre


un de tes + fideles lecteurs
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Nepher
Roi
 





super



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Nepher
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