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Dark Age of Camelot
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Grenouillebleue
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Chapitre I (suite de l'introduction)

L'introduction est là

Bon, je vais encore me faire taper sur les doigts... c'est quelque chose que j'avais posté sur le bar de la taverne.

Mais soyez gentils les modos, ca a sa place ici aussi, nan ?
Et puis je voudrais vraiment le plus de critiques possibles, c'est comme ca qu'on peut s'améliorer.

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Attention, c'est un gros pavé.
Je ne corrige jamais avant d'avoir fini le livre, donc c'est probablement assez mal écrit. Mais bon, j'espère que le fond vous plaira, si la forme vous déplaît


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« Qu’est-ce que je fais ici ? » grommela Shareen en resserrant les pans de son manteau contre elle pour se protéger du froid. Quelques morceaux de neige glissèrent de sa cape pour venir s’écraser au sol. « Quelqu’un peut me dire ce que je fais ici ? »

Ce qu’elle faisait était assez évident : elle désertait.
Elle avait profité d’une relâche de trois jours qui lui avait été accordée pour enfourcher son cheval et s’en aller vers le nord. Mais maintenant, elle se sentait perdue.
Elle avait prévu les divers dangers qui pouvaient agrémenter le parcours d’une jeune fille seule, et s’était équipée en conséquence. Elle portait une cotte de mailles sur son surcot de cuir, et un petit bouclier accroché à son bras gauche. Sa main droite tenait une lance à large pointe, tandis qu’une épée de bonne taille était accrochée à sa ceinture.
Mais elle n’avait pas prévu le froid, ni la neige. Elle avait peu de vêtements de rechange, et aucun qui puisse véritablement la protéger. Peu de couvertures, également, et la nuit n’allait pas tarder à tomber.
« Tu aurais dû t’en douter, aller au nord au beau milieu de l’hiver ! Idiote ! » se morigéna Shareen, avant de tousser pitoyablement. « Que les dieux me foudroient, pourquoi est-ce que je fais ça ? Qu’est-ce que je fais ici ? »

C’avait semblé une vraiment bonne idée voici douze jours, lorsqu’elle avait empaqueté ses affaires. L’atmosphère à l’Académie était de plus en plus lourde, et devenait insupportable. Cela faisait près d’un mois que Demia avait été retrouvée morte, et tout allait de travers. Elle ne s’était pas rendue compte, lorsqu’elles étaient ensemble, à quel point Demia lui apportait quelque chose. Elle n’avait plus d’amie, désormais. Les autres filles n’étaient que des catins de bonne famille qui ne cherchaient qu’à plaire aux hommes. Et les autres garçons…
Malek avait paru affecté par la mort de la jeune fille, mais il avait bien été le seul. Certains s’étaient même ouvertement réjouis de son viol. Un des garçons avait même prétendu que Denia, pour une fois, avait dû prendre du plaisir avec autre chose que son épée. Malek l’avait frappé, alors. Mais cela n’avait rien arrangé.

Il en était de même pour les leçons à l’épée. Elle avait cherché à continuer, elle avait vraiment essayé. Mais elle se rendait compte, maintenant, à quel point Demia l’avait faite progresser, avait cherché à la hisser à son niveau. Les cours semblaient bien fades désormais, et totalement inadaptés. Les guerriers semblaient se satisfaire de frapper de taille, en mettant toute leur force derrière leurs coups, et en cherchant l’ouverture à grands coups de bouclier. Pas de fluidité, de souplesse, d’intelligence. Et c’était encore plus difficile lorsqu’on était une fille.
« Et puis, il faut quand même que je le prévienne, tu ne crois pas ? Il va apprécier qu’on lui dise, s’il est comme tous les pères, non ? » murmura Shareen à l’oreille de sa monture. Mais le cheval ne répondit pas.

Ce n’était certainement pas à elle d’entreprendre cette démarché. Ce n’était pas à une jeune fille, aussi proche fût elle de Demia, d’aller annoncer à un père la mort de son enfant. Mais l’Académie semblait considérer qu’il y avait bien mieux à faire, et bien plus urgent, que de prévenir les parents. A dire vrai, ils mettaient une énergie bien surprenante à tenter d’étouffer l’histoire, de la minimiser. Ils avaient envoyé quelques gardes à la recherche du coupable, n’avaient rien trouvé – ou rien voulu trouver, et s’étaient bien vite occupés d’autres sujets, manifestement plus importants.
Désormais, c’est comme si Demia n’avait jamais existé. C’était effrayant.

« C’est la moindre des choses que je puise faire pour elle… » se convainquit Shareen, dodelinant de la tête.
Elle était fatiguée, mais il n’était pas question de s’arrêter. Si ses calculs étaient bons, lorsqu’elle s’était référée à la carte, il n’y avait plus beaucoup de chemin avant d’arriver à Château Bertholdon.
Elle avait mis du temps à le trouver, ce château. Il était indiqué sur bien peu de cartes, et souvent en des endroits différents. A croire que personne n’avait pris la peine de consigner sa position exacte.
« A moins » réfléchit Shareen tout bas, «que quelqu’un veuille cacher son emplacement ».
Mais c’était ridicule, bien sûr. Les scribes de l’Empire étaient toujours à la recherche de bribes d’information pour tracer leurs cartes de manière de plus en plus précise, et certains d’entre eux ne vivaient que pour cette inlassable quête des localisations les plus parfaites.
Château Bertholdon existait bien, mais c’était une minuscule forteresse, à peine entourée d’un village, un avant-poste perdu aux extrémités nord de l’Empire, à la limite des immensités des steppes barbares. Un petit point sur la carte, perdu devant une immense tache blanche représentant le territoire inexploré.

Au coin du feu, avec l’image de Demia fortement présente, ça ressemblait à une aventure, comme dans les légendes. Mais ici, il n’y avait que la neige, et le froid, et la glace, et l’épuisement.
« Je crois que je ne suis définitivement pas taillée pour le voyage » fit Shareen en soupirant. « Mais il est trop tard pour revenir sur mes pas »
D’un air chagrin, elle regarda la pomme qu’elle venait d’extraire de sa sacoche de selle. Il fut une époque où elle aimait bien ce fruit. Mais deux semaines de voyage à ne manger que du pain et des pommes commençait à la faire changer d’avis. Elle grimaça en mordant le fruit acide.

Parfois, elle avait croisé quelques hameaux, et les paysans qui travaillaient alentour l’avaient regardé passer alors qu’elle chevauchait. Au fur et à mesure de son voyage, ces villages s’étaient espacés, puis avaient complètement disparu pour laisser la place à une toundra glacée, sans âme qui vive.
« Charmant pays… » grommela Shareen.
Depuis quelques heures, elle entendait des hurlements d’animaux, au loin.
Sa lance n’arrêterait pas des loups, et son épée serait encore plus inutile. Elle commençait à se rendre compte du ridicule de sa démarche. Il n’était pas étonnant que l’Académie n’ait pas dépêché de messager : qui voudrait voyager aussi loin, dans un pays aussi inhospitalier ?
« Peut-être que je devrais rebrousser chemin ? » se demanda-t-elle tout haut, serrant nerveusement sa lance dans ses mains. « Ca ne rime à rien, tout ça »
Le cheval sembla acquiescer, secouant nerveusement sa tête dans les rênes.

Mais ce fut à ce moment qu’elle aperçut le nuage de poussière, dans le lointain. Une dizaine de cavaliers, peut-être un peu moins. Qui venaient droit vers elle.
Sans trop savoir comment réagir, elle les laissa approcher, jusqu’à ce qu’ils soient à portée de voix.
« Bonne journée à vous ! » cria-t-elle, sans trop savoir comment réagir.
Ils étaient moins nombreux qu’elle l’avait cru au premier abord. Huit hommes en tout, qui vinrent se déployer en cercle autour d’elle sans répondre à ses salutations.
Ces hommes formaient un spectacle effrayant. Tous portaient de vieilles armures de mailles de mauvaise qualité, maintes fois déchirées et maintes fois recousues. Leurs surcots étaient salis par la chevauchée, et leurs capes méritaient à peine le nom tant elles étaient effilochées. Mais dans la main de chacun d’eux se trouvait une lance, et un bouclier dans l’autre, et un arc sur leur dos, et une épée à leur flanc. Il y avait en eux une dureté, une violence contenue réellement effrayante.

« Je viens en paix » tenta de nouveau la jeune fille, essayant de ne pas paraître effrayée. Elle avait d’abord songé à tirer son épée, mais tentait désormais d’avoir l’air la plus inoffensive possible. Ces hommes avaient des regards de tueurs.
Seul le silence lui répondit. Un cheval s’ébroua, un autre éternua. Dans une immobilité de statue, les huit guerriers contemplaient la jeune fille.
« Je cherche Château Bertholdon, suis-je dans la bonne direction ? » fit Shareen une nouvelle fois, en désespoir de cause.
Cela, au moins, leur arracha une réaction. Un des hommes fit avancer sa monture d’une pression sur les flancs, et s’approcha d’elle.

C’était probablement le chef de la petite troupe, même si aucun insigne ni blason ne venait le distinguer des autres. Il avait les mêmes habits fatigués, et le même regard alerte. Sans un mot, il leva son bouclier. Sous la poussière, on pouvait distinctement voir l’aigle de feu de l’Empire.
Shareen étouffa un cri de soulagement.
« Vous êtes des gardes de l’Empire ? »
« Que recherchez-vous à Château Bertholdon ? » demanda l’homme sans répondre à la question.
Mais Shareen était trop heureuse que le silence soit rompu pour s’en formaliser.
« Je suis à la recherche du seigneur du Château, du seigneur… » Shareen s’interrompit, se rendant compte subitement qu’elle ne connaissait même pas son nom. « Du seigneur de Bertholdon » finit-elle misérablement.
Les yeux de l’homme s’étrécirent jusqu’à ne plus être que des fentes.
« Que vient faire une jeune fille, vêtue comme un guerrier, dans les steppes du nord ? »

D’un mouvement de lance, il indiqua avec mépris la cotte de mailles flambant neuve qui recouvrait le corps de Shareen. Elle offrait un contraste frappant avec la sienne, tailladée en maints endroits, qui semblait presque faire partie de son corps. Shareen se sentait ridicule. Cela n’aurait pas dû se passer comme cela. Elle perdait complètement le contrôle des événements.
« J’ai à faire avec le Seigneur des lieux » fit-elle finalement, tentant de retrouver un peu d’assurance.
« Beaucoup de gens ont à faire avec le Seigneur. Mais a-t-il à faire avec eux ? »
« Je sais qu’il m’entendra. Je dois lui dire quelque chose de très important. »
L’homme haussa les épaules.
« Je suis un de ses capitaines, Bokk. C’est moi qui jugerai si ce que vous avez à dire est important ou non »
« Mais… »
Bokk leva sa lance d’un air menaçant.
« Pour ce que j’en sais, vous pourriez être une barbare qui viendrait espionner nos mouvements. Soyez heureuse que je veuille bien vous écouter, et crachez votre histoire. Tout de suite »

Shareen poussa un glapissement de terreur alors que la pointe de la lance se rapprochait de son œil. Qu’aurait fait Deria dans la même situation ? Elle aurait probablement ri, et demandé au capitaine s’il souhaitait s’asseoir sur sa lance ou s’il préférait qu’elle la lui plante elle-même. Mais Shareen n’avait pas ce genre de courage.
« Ca concerne sa fille… » déglutit-elle. « C’est important »
Le capitaine fronça les sourcils.
« Son nom ? »
« Deria. Deria Froiduval » murmura Shareen.

D’un seul coup, la tension parut quitter les hommes devant elle, et les lances s’abaissèrent. Visiblement, la réponse leur avait plu.
« Voilà qui est intéressant » murmura Bokk, regardant Shareen d’un œil nouveau. « Froiduval, hein ? » Il rit, soudain beaucoup plus détendu. «Et vous avez fait tout ce chemin depuis Musheim pour apporter des nouvelles, eh ? Ca doit être des nouvelles sacrément importantes, moi je dis. Sacrément importantes… »
Son ton impliquait qu’il aimerait qu’elle apporte des explications, mais il n’était plus menaçant, presque amical. Son visage couturé de cicatrices se tordit pour former un affreux sourire, alors qu’il tentait de se montrer jovial.
« Froideval ? heh » répéta-t-il encore, comme s’il goûtait une plaisanterie que lui et ses hommes seuls pouvaient comprendre. « Parfait, Demoiselle. Nous allons vous conduire à notre seigneur… Froideval » Ses hommes rirent avec lui alors qu’il faisait tourner bride à son cheval.

Soulagée d’un énorme poids, Shareen se permit enfin de déglutir. Elle était convaincue qu’elle avait réellement vu la mort de près. Si sa réponse n’avait pas plu au capitaine, alors celui-ci l’aurait transpercée sans même ciller.
Sans autre choix réel, elle emboîta le pas à la petite troupe. Les soldats se déployèrent en formation lâche autour d’elle, et il y avait toujours une paire d’yeux pour observer ses mouvements, tandis que les autres étudiaient le paysage sans relâche.
Quelques minutes passèrent en silence, puis le capitaine ralentit un peu, la laissant le rejoindre.
« Votre nom, damoiselle ? » demanda-t-il, cherchant visiblement à faire preuve de politesse.
« Shareen, seigneur capitaine» fit-elle, heureuse de cette conversation après tant de jours de silence. « Je suis une amie de Deria »
« J’imagine, j’imagine » murmura le capitaine, avant de retomber dans un silence malheureux. Il n’avait visiblement pas le verbe facile.
« Pourquoi vos hommes sont-ils aussi prudents ? » s’enquit-elle, tentant de relancer la discussion. « On dirait qu’ils ont peur d’une embuscade ? »
Le capitaine la regarda avec des yeux incrédules, puis il esquissa un sourire.
« Je vais commencer à me poser des questions si Demia ne vous a pas prévenue avant de vous envoyer ici » Il lança un regard perçant à la jeune fille, mais elle ne réagit pas. « Ces terres sont parcourues jour et nuit par des bandes de barbares venues des terres du nord, qui cherchent à rejoindre les fermes plus au sud pour les piller. Vous avez eu beaucoup de chance de nous rencontrer avant eux » Il ricana. « Ce n’est pas avec l’épée que vous portez au côté que vous auriez pu vous battre, et ils ne font jamais de prisonnier »
Shareen déglutit.
« Et nous sommes en sécurité, maintenant ? »
Bokk haussa les épaules.
« Autant que faire se peut. Les barbares se déplacent rarement à plus de dix, pour passer plus facilement inaperçus. Nous pourrions aisément nous débarasser d’aussi peu d’ennemis »
Il annonçait cela avec une confiance absolue. Ce n’était pas vantardise de sa part, simplement un élément objectif de comparaison.
« Et si jamais ils sont plus nombreux ? »
« Alors vous n’auriez vraiment pas de chance. Mais nous en entraînerions beaucoup avec nous, et ce serait une aubaine pour le Seigneur. Il attend depuis longtemps que les barbares deviennent trop confiants et lancent une partie de leurs forces à l’assaut. Ces escarmouches nous minent »
« Je vois » fit Shareen, qui ne voyait pas du tout. « Vous ne m’en voudrez pas si je prie pour que cela n’arrive pas, n’est-ce pas ? »
« Faites comme vous le voulez » répondit le capitaine sans sourire. «Le plus dur est de toute façon passé. Nous apercevrons la forteresse avant la nuit. »

Le capitaine se trompait.
La nuit était déjà tombée, et le ciel commençait à se remplir d’étoiles, lorsque le château fut enfin visible au loin.
Shareen poussa un soupir de soulagement en l’apercevant. Elle avait eu de la chance, finalement, de tomber sur ces hommes. Non seulement le voyage s’était révélé plus sûr mais, si elle s’était fiée à la vieille carte qu’elle suivait jusque là, elle serait probablement passée beaucoup trop à l’ouest de la citadelle.

Pourtant, il était difficile de la manquer, maintenant qu’on savait où elle était, à flanc de colline. Plus Shareen se rapprochait, plus elle se rendait compte du travail titanesque qu’il avait dû falloir pour construire une telle forteresse.
Lorsqu’ils arrivèrent enfin au pied des douves, elle avait compté pas moins de quatre murs d’enceinte, imbriqués les uns dans les autres, avec des murs de plus en plus haut. Cela avait dû demander des années de travail de milliers d’esclaves pour parvenir à un tel résultat !

Elle se préparait à poser la question au capitaine, ne serait-ce que pour relancer la conversation, mais celui-ci lui intima le silence, et produisit un cor des fontes de son cheval. Il prit une grande inspiration, et souffla.
« Qui va là ? » appela une voix, du haut de la première muraille.
« Bokk et sa patrouille » cria le capitaine en réponse. Il fit un geste à l’un de ses hommes, qui leva sa lanterne bien haut pour qu’ils soient en pleine lumière.
« On ouvre » fut la laconique réponse.
Le pont-levis s’abaissa sur les douves gelées avec un grondement sourd et un cliquetis de chaîne. Comme tout le château, il s’agissait d’une porte énorme, épaisse comme trois hommes. Lorsqu’il fut en place, il fallut encore ouvrir deux herses successives pour enfin parvenir au sein de la première enceinte.

« Ca a l’air hospitalier, par ici » grinça Shareen, se demandant de plus en plus où elle se retrouvait. « On sent que vous cherchez tout de suite à mettre le voyageur à l’aise »
Le capitaine se retourna vers elle et faillit sourire, mais il se reprit bien vite.
« Cette forteresse a déjà fait l’objet de nombreux combats. Mieux vaut un peu d’inconfort plutôt que de retrouver nos familles abattues »
Shareen ne trouva plus rien à dire. Hébétée, elle se laissa conduire au travers des différents murs d’enceinte, jusqu’au cœur de la citadelle.

Ils croisèrent plusieurs hommes d’armes, qui vaquaient à leurs occupations, fourbissaient leurs armes, discutaient dans un coin, parfois jouaient au dé ou aux cartes. Mais aucun ne se séparait de son épée ni de sa lance, et ils avaient tous l’air de loups au repos. Jamais Shareen n’avait senti une telle violence contenue dans les soldats qu’elle avait pu croiser au sein de l’Empire. Mais il fallait dire que l’Empire, depuis plus de vingt ans, connaissait la paix. C’était sans doute le danger et l’inquiétude qui donnait à ces hommes un regard si dangereux, des yeux si meurtriers. Sans doute.

Elle en était là de ses réflexions, suivant machinalement le capitaine et montant sans y penser les escaliers qu’il lui faisait monter, jusqu’à ce qu’ils arrivent devant une porte.
Comme toutes celles du bâtiment, c’était un ouvrage massif en chêne brut, épais et renforcé de chevrons d’acier. Rien n’indiquait que ce fût là le logement d’un seigneur, pourtant le capitaine lui fit signe d’avancer.
« Allez-y, frappez. Et débrouillez-vous avec lui »
Sur ces mots, il se détourna et s’en alla.
« Attendez ! » s’exclama Shareen, surprise de se retrouver brusquement seule. « Vous ne rentrez pas avec moi ? »
Le capitaine eut un mouvement de surprise.
« Rentrer avec vous ? Pour quoi faire ? C’est bien vous qui voulez le voir ? »
« Je pensais que vous assuriez sa sécurité » balbutia la jeune fille, se sentant ridicule. « Que vous vérifiriez que je ne lui voulais pas de mal »
Bokk la regarda un instant, incrédule, puis il éclata de rire. Il se détourna de nouveau, puis partit sans répondre. Et Shareen se retrouva seule devant la porte.
Fantastique. C’est tout bonnement fantastique. Et qu'est-ce que je fais, maintenant ?

Comme d’habitude, on décida pour elle. Une voix grave et sombre résonna derrière la porte.
« Je sais que tu es là, gamine, on m’a prévenu de ton arrivée. Qu’est-ce que tu fais à regarder la porte comme une ahurie ? Viens, rentre, et parle-moi de ma fille »
Shareen prit une grande inspiration, vérifia machinalement que son épée jouait bien dans son fourreau, rassembla tout son courage, et poussa la porte.
« Tu vois, ce n’était pas si difficile »
La pièce qu’elle venait de révéler était meublée, ce qui changeait agréablement des couloirs et des pièces vides que Shareen avait vu jusque là. Meublée de manière spartiate, mais meublée.
La fenêtre avait des tentures ocre frappées de l’aigle de l’Empire, il y avait un lit dans un coin, un tapis sur le sol, deux coffres contre les murs et une table sur le tapis. Trois chaises étaient dispersées dans la salle, de simples chaises en bois et en paille tressée, qui auraient plus été à leur place dans la demeure d’un paysan que dans celle d’un seigneur.
Un homme était assis sur l’une de ces chaises, et son regard cloua la jeune fille sur place alors qu’elle entrait.
« Prends un siège » fit l’homme, indiquant d’un geste négligent le plus proche d’entre eux.
Il avait des yeux terrifiants, des yeux de meurtrier, des yeux de tueurs. Ce n’étaient que deux épingles remplies de nuit, qui restaient fixée sur elle alors qu’elle se laissait tomber sur une chaise, les jambes flageolantes. Dex yeux noirs que le sourire qu’il arborait pour la mettre à l’aise ne touchaient pas. Des yeux qui la jaugeaient, la pesaient, l’appréciaient, la mettaient à nu, comme pour déceler si elle représentait un danger ou non, et s’il convenait de la tuer ou non. Il fallut à Shareen toute sa volonté pour se détacher de ce regard, et observer l’homme plus avant.

Il n’était pas particulièrement grand, ni particulièrement petit. Il portait un pourpoint de velours noir sans manche, qui laissaient apparaître des bras noueux et musclés, desquels la graisse semblait totalement absente. Son visage était également mince, en lame de couteau, les traits durs et profondément marqués. Peut-être avait-il été beau, autrefois, mais plusieurs balafres lui striaient le visage, lui donnant un air encore plus terrifiant. Il avait des cheveux blonds, comme sa fille, mais ceux-ci tournaient au gris à certains endroits, seul signe de son âge. Il était mal rasé, et les poils qui lui mangeaient la bouche étaient gris, eux aussi. Une épée reposait sur la table, devant lui, dans un simple fourreau de cuir.

« Tu as perdu ta langue ? » grogna l’homme, et Shareen se rendit compte avec un sursaut qu’elle le dévisageait avec insistance depuis un bon moment.
« Non… c’est à dire… je… »
L’homme darda sur elle ses yeux perçants.
« On m’a dit que tu avais des nouvelles de ma fille. Tu viens seule, donc je me doute qu’elles ne sont pas bonnes. Dépêche-toi de me les dire, ou je vais perdre patience »
Shareen déglutit. Elle ne s’attendait certainement pas à ce que le père de Demia ressemble à… à ça ! Si elle avait su, jamais elle n’aurait entrepris ce voyage stupide.
« C’est difficile à dire » murmura-t-elle finalement, reportant son regard sur la cheminée au fond de la pièce.
L’homme haussa les épaules, comme si cela ne le concernait pas.
« Ca, c’est ton problème. Tu as voyagé longtemps pour venir ici. Tu ne l’as pas fait par hasard »
Justement, je me le demande. Que les dieux me foudroient… Shareen prit une grande inspiration.
« J’étais la meilleure amie de votre fille » commenca-t-elle.
Le seigneur haussa un sourcil.
« Tu étais ? »
Shareen déglutit.
« Elle est morte ». Elle baissa les yeux, n’osant pas regarder son interlocuteur. « Elle a été assassinée. Je suis désolé. »
L’homme ne lui répondit pas. Elle resta un instant prostrée, regardant le sol, puis rassembla tout son courage pour observer sa réaction.
« Laisse-moi » fit-il simplement, lorsqu’elle croisa son regard.
Ses yeux étaient humides. Une larme coulait doucement sur le coin de sa joue, comme si elle ne savait pas ce qu’elle faisait ici, comme si cet homme n’avait jamais appris à pleurer. D’un revers de main, il la sécha.
« Laisse-moi ! » hurla-t-il de nouveau, et sa main alla chercher l’épée sur la table. « Sors d’ici tout de suite ! »
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Epouvantée, Shareen se leva en faisant tomber sa chaise. Elle fit quelques pas en arrière puis, voyant le regard possédé du père de Deria, elle obéit rapidement et s’enfuit de la pièce, fermant la porte derrière elle.
Je ne me suis pas enfuie.Il ne m’a pas fait peur. Je suis partie de mon plein gré, pour le laisser pleurer en paix. Elle avait beau se dire ça, la vérité était que l’homme la terrifiait.
Elle s’assit sur le sol et resta ainsi un long moment, ne sachant où aller, jusqu’à ce que la porte s’ouvre de nouveau.

L’homme baissa les yeux pour la regarder. Il n’y avait plus trace de larmes dans ses yeux, de tristesse sur son visage. La violence le recouvrait comme un manteau.
« Quand et comment est-ce arrivé ? »
« Il y a un mois et demi, environ » fit Shareen, qui raconta rapidement le banquet, puis la découverte du corps. « Mais je n’en sais pas plus. Elle est partie en direction du centre ville, comme si elle cherchait quelqu’un »
« Tu ne sais pas qui ? »
« Pas du tout »
« Et tu n’as pas songé à l’accompagner ? Pas songé à la protéger ? Tu fais une belle amie ! » L’homme cracha sur le sol. Il avait un air meurtrier sur le visage. « Et pourquoi l’Académie ne m’a pas fait prévenir ? Ils devaient le faire, ils étaient tenus. Je leur confie ma fille, je leur confie ma vie, et voilà ce que… » Il s’interrompit, trop furieux pour parler.
Shareen resta prostrée sur le sol. Les accusations de l’homme ressemblaient trop à celles qu’elle avait formulée elle-même. Elle s’était traitée de lâche, elle s’était dit maintes fois que, si jamais elle avait couru après Deria cette nuit-là, rien ne se serait passé.
« Je n’ai pas été une bonne amie » murmura-t-elle, se berçant doucement sur le sol, enserrant ses jambes de ses bras.

Mais l’homme se pencha, et la redressa avec une douceur surprenante.
« Tu devais l’être, puisqu’elle t’a parlé de moi » fit-il. Il hésita, puis ajouta : « Elle n’a jamais été très fière de moi, et on peut la comprendre »
« Ce n’est pas vrai » protesta Shareen, déconcertée par ce changement d’humeur. « Elle m’a parlé de vous avec fierté. Elle disait que vous étiez le meilleur escrimeur qui soit »
L’homme eut un sourire emprunt de nostalgie. Son visage s’éclaira un instant, comme s’il n’était pas habitué à une telle manifestation.
« Elle a dit ça ? » Puis il se rembrunit. « Tu me dis que tu n’as aucune idée de la personne qui a pu la tuer ? De la personne qui l’a violée ? De la personne qui l’a mutilée ? » Il s’échauffait en parlant, et son visage devenait de plus en plus terrible à voir.
« Peut-être un voleur, un vagabond… » hasarda Shareen.
« Voleur, vagabond ou prince, il est déjà mort »
« Comment ça ? » fit Shareen , prise de court.
« Je vais là-bas. Je pars pour Musheim dès ce soir. » Le rictus de l’homme était épouvantable à voir. « Voilà ce qui arrive avec un Empereur trop laxiste. Pas comme son père, ça non ! On ne fait plus respecter la loi, on ne règne plus d’une poigne de fer, et les coupe-jarrets se croient tout permis. » Il retourna dans la pièce, marchant lourdement, et s’empara de son épée. « Je vais aller à Musheim, et je vais rétablir l’ordre. Je vais tuer tous ces bons à riens, ces brigands, ces assassins, ces voleurs, jusqu’à ce que je sois sûr que j’ai eu l’assassin de ma fille. Et lorsque je l’aurai trouvé, j’abattrai sa famille, ses amis, ses relations sous ses yeux. Puis je m’occuperai de lui, et il maudira le jour où sa mère a pour la première fois écarté les jambes pour son père. Mais je les aurai tués, eux aussi. » Il cracha sur le sol, puis sortit une petite fiole de sous sa tunique, qu’il renversa sur son épée. Un liquide translucide s’en échappa, recouvrant la lame.

Shareen le regardait, épouvantée, les yeux écarquillés.
« Vous avez vraiment l’intention de faire ça ? » Elle déglutit. « La garde de la ville a déjà cherché l’assassin, un homme seul ne fera pas la différence »
L’homme avança son épée dans la cheminée, et le liquide dessus s’embrasa soudainement, auréolant la lame de flammes rouges dansantes. Puis il pivota pour regarder la jeune fille. Son regard était tranquille, sa voix calme. Il n’y avait plus trace de la colère qui l’habitait.

« Autrefois, on m’appellait le Faiseur de Veuves. Le Démon Cornu. L'Epée de Feu. On m'appelait Rekk le Banni. Je fais toujours la différence ».
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Re: Chapitre I (suite de l'introduction)

Toujours aussi bon !

Citation:
Provient du message de Grenouillebleue
je voudrais vraiment le plus de critiques possibles, c'est comme ca qu'on peut s'améliorer.
(...)
Je ne corrige jamais avant d'avoir fini le livre, donc c'est probablement assez mal écrit. Mais bon, j'espère que le fond vous plaira, si la forme vous déplaît

A moi il me plait , et je ne m'en tiendrai pas aux petites fautes d'inattention, alors

Mais par contre, décide-toi quand même... La fille du Banni s'appelait-elle Denia, Demia, Deria... ? La pauvre, déjà qu'elle est morte, il vaudrait mieux qu'elle ne reste pas à moitié anonyme, en plus, non ?

Félicitations, et mes sincères encouragements pour la suite ...parce que je voudrais bien lire la suite, moi !

Oui, le problème avec ce genre de récit, c'est qu'on n'en a jamais assez, et qu'on demande toujours une suite...
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